Deux ans après son EP, sorti en 2024, Mathilde Lejas alias Championne franchit une nouvelle étape avec Le Milieu, son premier album. Mais pas seulement. « C’est aussi la fin d’un chapitre », glisse la musicienne. Composé de 9 titres, entre rock, pop et cold-wave, portés par une basse au chorus affûté, le disque voit l’artiste se raconter et se dévoiler davantage. « Il y a là le bilan d’une première décennie passée dans l’âge adulte, avec tout ce qu’elle peut comporter de contrastes et de difficultés. », explique-t-elle. L’album ressemble ainsi à une sorte d’inventaire, composé de rimes et d’intime, sans le côté démonstratif qui accompagne trop souvent l’exercice. C’est qu’il est loin le temps où elle composait et maquettait encore dans sa chambre. « Le Milieu parle de la vie, puis des strates qui la composent, précise la Rennaise, expatriée à Brest désormais. Le secteur de la musique, oui, mais aussi d’autres domaines où les limites ne sont pas très claires, empêchent de trouver sa place dans un monde patriarcal. » Son univers se découvre alors au fil des textes chantés dans la langue de Miossec, portés par une voix dénuée d’artifices. Ici, on ne triche pas et on va à l’essentiel, qu’on écrirait presque « essen-ciel » puisqu’on peut l’entendre dire dans le morceau qui conclut l’album, Je m’aime, « C’est fini. Je me change en aigle royal. » Le Milieu s’annonce donc comme le point de départ d’une nouvelle aventure musicale… qu’on lui souhaite la plus aérienne possible !

[ALTER1FO] : Bonjour Mathilde, votre premier album sort bientôt. Dans quel état d’esprit êtes-vous à l’approche de cette sortie ?
[MATHILDE LEJAS aka CHAMPIONNE] : Je dirais que c’est un mélange d’excitation et d’appréhension. Beaucoup de choses vont se jouer le jour de la sortie, le 13 novembre, donc c’est aussi très intimidant.
Que faites-vous en attendant ? Reste-t-il des choses à terminer ?
Non, le disque en lui-même est terminé, pressé. Je dois gérer le travail de diffusion des singles, et surtout celui de la communication, même si je suis nulle à ça (rires…) Mais je me fais un peu violence ! C’est presque ce qui me prend le plus de temps aujourd’hui, en fait. Comme beaucoup d’artistes indépendantes, je dois lutter contre une forme d’invisibilité. Si l’on n’alimente pas régulièrement les plateformes et les réseaux, on a parfois l’impression que notre musique disparaît dans les limbes d’Internet à cause de ces fichus algorithmes. C’est une réalité avec laquelle il faut composer.
Comment s’est construit cet album ?
Je souhaitais éviter l’écueil du premier album conçu comme une simple compilation de morceaux accumulés au fil du temps. Je voulais un véritable album, avec une narration, un fil rouge, une cohérence. Comme j’écris en français, c’était important pour moi que les chansons dialoguent entre elles et racontent quelque chose ensemble.
Chanter en français était une évidence pour vous ?
Je n’ai pas vraiment choisi de manière rationnelle. J’ai longtemps écrit en anglais parce que j’ai grandi avec des références principalement anglo-saxonnes, surtout dans le rock. Puis, très vite, les premiers textes de Championne sont venus naturellement en français. Je me souviens notamment de Petite mort, qui s’est écrite presque d’un trait. À partir de là, il m’était devenu impossible de revenir en arrière. Le français est devenu un terrain de jeu incroyable. Je peux être beaucoup plus précise dans ce que je raconte. Je maîtrise mieux les nuances et les intentions.
Vos textes semblent très personnels. Comment écrivez-vous ?
Chaque chanson a sa propre méthode. Certaines arrivent très vite, presque d’un seul jet. D’autres demandent un long travail de réécriture pour atteindre la précision que je recherche. Je n’ai pas de recette. Sur cet album, chaque morceau a trouvé sa propre manière d’exister.
La voix occupe une place centrale dans vos chansons. Cela a-t-il toujours été simple pour vous de l’appréhender ?
Pas du tout (rires). Je pensais que ce serait facile ! Parce que je chantais déjà auparavant sans aucun problème. Parce que j’allais chanter mes propres mélodies. Mais je n’avais pas anticipé la charge émotionnelle que représente le fait d’interpréter sur scène des textes aussi intimes. J’y parle de violences sexuelles, de bipolarité ou encore de dépression avec des mots parfois très crus. Au début, cette exposition m’a beaucoup affectée et j’ai rencontré de véritables problèmes vocaux. Je ne reconnaissais plus ma voix.
Puis il a fallu composer avec le stress et la pression, notamment lorsque le projet a commencé à gagner en visibilité auprès des professionnels du secteur. Certains concerts étaient cruciaux pour l’avenir du groupe et il ne fallait pas passer à côté. Cette pression a, elle aussi, eu des répercussions sur mes cordes vocales.
Parlons-en justement : qui compose le groupe qui vous accompagne sur scène ?
Aujourd’hui, je joue avec Florian Pardigon à la batterie (Wonderboy et Bye Bye Panke, NDLR) et Louis Kuipers à la guitare (Her, Born Idiot , Louise Papier, NDLR). Au départ, je ne les connaissais pas forcément personnellement. J’ai surtout choisi des musiciens dont j’aimais le jeu et l’univers. Très vite, humainement comme musicalement, l’alchimie a fonctionné. Ils m’ont d’ailleurs accompagnée sur toute la tournée du précédent EP. Aujourd’hui, même si je reste la « patronne » du projet, on construit vraiment le truc ensemble !
Femme, musicienne et leadeuse, avez-vous rencontré des difficultés dans le monde très masculin de la musique ?
Heureusement, je n’ai pas eu le sentiment d’être freinée dans le développement du projet. Les choses évoluent et les institutions, comme les programmateurs, sont beaucoup plus attentives aux questions de parité qu’auparavant, même s’il reste beaucoup de travail à faire. En revanche, le sexisme ordinaire existe toujours : des techniciens qui expliquent comment faire son propre son, des remarques déplacées dans le public… Ces situations n’ont malheureusement pas disparu.
Pour rebondir sur ce sujet, même si vous vous êtes déjà beaucoup exprimée à ce propos lors de la sortie de l’EP, est-ce que certaines de ces situations vous ont poussée à lancer votre propre projet solo ?
Clairement. J’ai connu différentes formes de sexisme dans les groupes où j’ai joué auparavant. J’avais besoin de construire un espace dans lequel je peux fonctionner librement et être décisionnaire du début à la fin : écrire mes textes, composer, choisir la direction artistique, sans compromis.

J’évoque régulièrement votre EP, quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’objet ?
Je le regarde avec beaucoup de tendresse. Je ne le réécoute plus vraiment, mais je ne regrette rien. C’était une photographie à un instant donné. Les morceaux vivent encore sur scène et cet EP m’a énormément appris, notamment sur la production. Il m’a permis d’affiner mon goût, mon regard esthétique, de mieux comprendre les choix de sons, de mixage, d’arrangements.
Cette expérience a-t-elle influencé l’enregistrement du nouvel album ?
Oui. Avec Joris Saïdani (Birds in Row, NDLR), nous avons pris le parti inverse de l’EP. Cette fois, nous avons choisi pour le chant un micro très précis, très frontal. Il y a beaucoup moins d’effets, beaucoup moins de réverbération, et aucune correction de justesse. L’idée était de conserver la fragilité et la vérité de la voix plutôt que de la lisser.
Un mot sur la pochette du disque ?
Elle a été réalisée par mon ami Aloïs Lecerf, qui est un graphiste très talentueux. Nous avons construit une image composée de nombreux objets et reliques disséminés dans un bordel organisé. Avec des couleurs un peu flash, un peu crades. Chaque élément renvoie à un morceau ou à une idée présente dans l’album. J’aime les « textes à tiroirs » avec plusieurs niveaux de lecture ; la pochette fonctionne un peu de la même manière. Et puis on y retrouve aussi ma petite chienne (rires…)
Merci

- Sortie : 13/11/2026 LP « Le Milieu » + FT « 666 Vérités »
- https://championne.bandcamp.com/album/le-milieu
- Live :
07/11 Aeronef – Lille w/Miossec
11/11 Barrel House – Mâcon
13/11 La Grenze – Strasbourg w/Billie
23/11 La Régie – Montoire
24/11 Les Femmes s’en Mêlent – Paris w/Hélène Barbier
16/01 La Lune des Pirates – Amiens w/Miossec
06/03 La Carène – Brest TBC
29/04 Le Petit Bain – Paris w/Peter Kernel TBC
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