Il y a du monde en haut de la rue Saint-Louis, en cette fin d’après-midi. Une file d’attente s’étire déjà sur le parvis de la salle de la Cité. Pourtant, ce soir-là, aucun concert n’est programmé. Non. Les personnes qui patientent viennent écouter une conférence, celle du géographe et spécialiste des politiques temporelles Luc Gwiazdzinski, invité par l’équipe du Festival Georges pour parler des enjeux liés à la nuit. Un sujet qui intrigue, et intéresse visiblement, puisque la soirée affiche complet depuis plusieurs jours déjà !

Après une (trop ?) longue introduction de Marc Hervé, premier adjoint à la maire délégué à l’urbanisme, Luc Gwiazdzinski a pu dérouler son propos, en dialogue avec Hélène Réveillard, responsable au Bureau des temps. Autant le dire tout de suite : la conférence fut dense, compacte, massive. Parfois alambiquée ou brouillonne, mais vivante ! Cette soirée inaugurale est une vraie entrée en matière pour un festival qui casse les codes ! Donc bravo pour ça, car de nombreuses idées intéressantes ont été lancées, et il est difficile de tout résumer. D’ailleurs, ce court papier n’a pas cet objectif, si ce n’est de vous conseiller la lecture de l’ouvrage « Décoloniser la nuit : essai sur l’habiter nocturne contemporain » aux éditions de l’Aube ; eh oui, cela ne s’invente pas !
S’il me fallait retenir une chose, c’est que la nuit n’existe pas ! Il existe des nuits. Depuis toujours, ce temps n’a jamais été vide : on y travaille, on y fait la fête, on y veille, on y dort. Cette pluralité est pourtant de plus en plus menacée. Faute de la penser collectivement, d’autres décident à notre place.
- Certain·es responsables politiques n’envisagent la nuit que sous l’angle de la sécurité (on ne compte plus le nombre de couvre-feux en outre-mer, ou pour mineurs dans plusieurs communes).
- Certains commerces prolongent leurs horaires et grignotent peu à peu la nuit. Un exemple anecdotique et non scientifique, le film de 20 h 30 de mon adolescence est décalé aujourd’hui à 21 h 10.
- Certaines industries tendent vers une activité continue, sans pause.
Toutes ces logiques réduisent nos nuits à une variable de contrôle, d’ajustement ou de rentabilité au détriment de notre liberté. Il est impossible de ne pas faire ici le lien avec une tribune qui avait fait du bruit, en 2019. Tribune lancée par moult collectifs et associations de Rennes, qui évoquait déjà localement « un travail méthodique de destruction culturelle et de muséification du centre-ville ». Bref, « la nuit est conquise par le privé », prévient Luc Gwiazdzinski. Si l’on n’en fait rien, elle appartiendra au monde de l’économie ». Aussi, par ses travaux et ses interventions, le géographe contribue à faire des nuits un objet de politiques publiques, en les présentant comme un espace urbain à part entière. « Un espace des plus inégalitaires qui soient », ajoute-t-il. Et pourquoi ne pas s’inspirer, pour les prochaines municipales, de ce qu’avait proposé le collectif Bar-Bar en 2013 : l’élection d’un·e maire de la nuit dans chaque ville ?
Fondé en 2020 par des architectes bénévoles animés par la volonté de partager leur passion avec le plus grand nombre, Georges interroge la création architecturale et ses enjeux qu’ils soient culturels, sociaux, économiques, environnementaux, à travers des regards croisés entre architecture et art.
