Depuis le 1er janvier 2025, l’article 28 de la loi EGalim interdit l’utilisation de contenants en plastique pour la cuisson, le réchauffage ou le service dans les cantines scolaires, universitaires, ainsi que dans les établissements accueillant des enfants de moins de six ans. Un an et demi après son entrée en vigueur, force est de constater que « Papy Plastique » fait de la résistance à Rennes.
En effet, malgré les risques avérés pour la santé liés aux perturbateurs endocriniens, désormais bien documentés scientifiquement, la ville ne prévoit une mise en conformité totale qu’en 2029, avec l’ouverture d’une nouvelle cuisine centrale, soit quatre ans après l’échéance fixée par ladite loi. D’ici là, seuls quelques groupes scolaires recevront des bacs en inox dès la rentrée 2026, avant un déploiement progressif dont les contours restent encore flous. Et quand c’est flou, hein… Ce calendrier a fait réagir le groupe d’opposition France Insoumise de Rennes lors du dernier conseil municipal en juin dernier.

La soirée touche presque à sa fin, et la fatigue se fait ressentir. Et pour cause ! Déjà plus de trois heures trente que le conseil municipal déroule son ordre du jour. Arrive alors la délibération n°80, consacrée à la mise à disposition de locaux et de moyens de la cuisine centrale rennaise au bénéfice de la commune de Betton. Rien de bien choquant me direz-vous, ni de très surprenant. Cependant, c’est à ce moment que Typhaine Grignard, élue en 2026 sur la liste de La France insoumise (LFI) menée par Marie Mesmeur, demande la parole pour une intervention qui fera mouche.
En s’appuyant sur les documents financiers de la convention, la conseillère municipale souligne que Rennes va facturer 0,06 € de conditionnement par repas. Un montant correspondant aux barquettes en plastique utilisées pour sceller, transporter et bien souvent réchauffer les plats. Et ce, malgré la loi Egalim qui interdit leur usage depuis le 1er janvier 2025. « Cela fait un an et demi que la ville de rennes est dans l’illégalité et qu’il nous faut nous conformer à la loi », dénonce Typhaine Grignard. « Et aujourd’hui, non seulement nous perpétuons ce système pour les rennais, mais aussi nous exportons notre retard réglementaires et sanitaires à la commune de Betton, en jetant au passage deux mille barquettes jetables supplémentaires par jour ». Elle poursuit : « la santé de nos enfants, de nos aînés, n’a pas de prix et […] la fin du plastique est une nécessité écologique et sanitaire. […] Jusqu’à quand allez-vous repousser l’application de la loi ? »
■ Alter1fo : Bonjour, Mme Grignard, pouvez-vous nous expliquer le but de votre intervention lors de la séance du conseil municipal de juin dernier ?
(Typhaine Grignard, conseillère municipale de La France insoumise à Rennes) : À la France Insoumise, on accompagne les mobilisations citoyennes. Pendant la dernière campagne municipale, on a pas mal été sollicité·es, notamment par une membre du collectif Cantine sans plastique qui, pour être transparente, s’est positionnée sur notre liste. Forcément, quand des personnes aussi impliquées et informées nous interpellent, nous décidons de mettre ce sujet-là en avant. Deuxièmement, c’était aussi dans notre programme. On proposait la cantine gratuite, bio et sans plastique. Donc oui, même si, aujourd’hui, nous faisons partie de la minorité au conseil municipal, nous continuons de défendre notre programme électoral. Et forcément, quand une délibération évoque la cuisine centrale, on ne pouvait pas faire autrement que d’intervenir et de rappeler à la mairie ses responsabilités, notamment celles liées à la loi EGalim.
■ Quelles conclusions tirez-vous de la réponse de Monsieur Brossard, délégué à l’Alimentation durable, à l’Agriculture urbaine et à la Lutte contre la précarité alimentaire ?
Je pense qu’on est dans une forme de dissonance politique et économique sur le sujet. Quand on a fait nos recherches durant la campagne de 2026, notre groupe a vu que, dès 2024, alors même que l’échéance de 2025 de la loi EGalim approchait, la majorité avait bel et bien décidé de continuer à utiliser du plastique. Sans doute pour des raisons économiques : le remplacement par l’inox demande des coûts supplémentaires, en construction comme en mise en place technique. Rappelons que, depuis plusieurs années, les collectivités territoriales ont de moins en moins de moyens. Mais globalement, j’ai trouvé la réponse insuffisante au regard de l’enjeu de santé.