Si vous n’avez pas eu le temps de profiter de toutes les nombreuses (!) expos et installations proposées par le Festival Maintenant dédié aux arts, aux musiques et aux technologies pendant la durée du festival, vous pouvez encore vous rattraper. Quelques unes sont encore visibles pour un peu plus longtemps. Maintenant, des fois, c’est bien aussi après !
Fanion Locomotion de Pinaffo et Pluvinage

Direction d’abord Châteaugiron pour voir danser des tissus colorés avec le retour de l’extraordinaire duo Pinaffo et Pluvinage (autrement dit Marion Pinaffo et Raphaël Pluvinage) qui avait signé l’identité du festival en 2023 avec ses sculptures mouvantes alliant fumées colorées et structures en bois (réalisées sans moteurs, et déclenchées manuellement, les structures économisant l’énergie grâce à un système de balances, contrepoids et autres poulies). On peut en effet découvrir Fanion Locomotion au centre d’Art les 3CHA à Chateaugiron. Et autant dire que l’installation mérite sans hésiter une petite visite à la cité médiévale.

Imaginez plusieurs automates mouvants (dont les mouvements sont programmés) qui créent une sorte de structure en bois auxquels sont accrochés des fanions de soie colorés. Lorsque les différents éléments de la structure se mettent en route, les fanions commencent leur époustouflant ballet, vibrant, tournoyant, ondulant, s’animant, séparément ou ensemble, donnant vie quelques instants à des formes éphémères qui construisent progressivement une chorégraphie aussi aérienne que poétique. Nul doute que dans l’espace de l’immense chapelle des 3CHA, la création du duo prend une dimension assez incroyable !
Du 2 octobre au 13 décembre 2026 au Centre d’art les 3CHA (Le Château, Boulevard Julien et Pierre Gourdel – Châteaugiron) les mercredi & vendredi : 14:00 → 17:00, le jeudi : 11:00 → 13:00, le samedi : 11:00 → 13:00 / 14:00 → 18:00, le dimanche : 10:00 → 13:00. Gratuit
Le vertige de la collision entre réel et virtuel avec s3lf.tech par Émilie Brout et Maxime Marion

L’exposition s3lf.tech conçue et réalisée par Émilie Brout et Maxime Marion est visible à 40mcube depuis le mois de juin mais continue encore après le festival. Premier volet d’un projet développé notamment en résidence à la Villa Kujoyama au Japon en 2025, s3lf.tech est en même temps un ensemble d’installations vidéo, d’objets, de prolongements en ligne sur les réseaux sociaux (ou sur le site du même nom) qui permet de questionner les différents modes de projection de soi à travers les technologies numériques actuelles. Les deux artistes se sont inspirés à la fois de la pratique de streaming où une personne se représente via un avatar contrôlé en temps réel (le VTubing), des fan-fictions (qui permettent aux fans de prolonger le scénario d’un d’un roman, d’un film, d’une série de la manière qu’ils ou elles souhaitent), ou de l’univers des BJD (si comme nous, le concept ne vous est pas familier, sachez qu’il s’agit de Ball Jointed Dolls, autrement dit de poupées articulées faites en résine ou en porcelaine, inspirées des esthétiques des animés et mangas particulièrement populaires en Asie).

Porté.es par la figure de la chanteuse canadienne Grimes qui avait proposé à ses fans de créer de la musique en utilisant Elf.Tech, un logiciel utilisant une intelligence artificielle permettant de reproduire sa propre voix, les artistes ont créé un avatar, Grim3s, librement inspiré de la musicienne. Ils ont ensuite intégré cet avatar dans deux films distincts à découvrir dans l’exposition : un clip musical, lent et hypnotique, et la vidéo d’un échange en streaming avec ses fans (avec la fenêtre de chat reprenant commentaires et questions auxquels Grim3s répond) réellement streamée sur YouTube par Émilie Brout et Maxime Marion. Oui, vous avez le vertige de cette collision entre réel et virtuel. Nous aussi. D’autant que si on a tout compris, la vidéo se termine par un problème technique qui en révèle le dispositif. Ajoutez un troisième film dans lequel on retrouve un autre avatar virtuel, Kageusa, jeune VTubeuse, que Grim3s a invité à faire la promotion de son invention dans sa vidéo, et qui nous donne le vertige : le point de vue de la caméra, mouvant, se déplaçant sans cesse entre qui parle, qui regarde et qui est regardé. Sans compter cette contamination du réel par ce qui se passe dans l’écran : la fourrure du décor de la vidéo virtuelle s’invite sur les sièges et les écrans.

Bref, vous l’aurez compris, Émilie Brout et Maxime Marion nous invitent à questionner notre monde où les frontières entre authenticité, fiction et reproduction deviennent de plus en plus poreuses. Se révélant tout aussi séduisantes qu’inquiétantes. Pour parfaire ce vertige, ces effets de démultiplication et de mise en abyme, les artistes convoquent diverses technologies de productions d’images : motion capture, 3D, animation, IA et même objet en dur puisque la poupée à l’effigie de l’avatar virtuel Grim3s se retrouve dans une vitrine telle une relique. Avec cet univers instable mêlant avatars, objets, corps fictionnels, alter ego, idole synthétique, Maxime Marion et Émilie Brout montrent que ceux-ci ne viennent pas « simplement se superposer à une personnalité préexistante. Ils agissent en retour sur elle, la déplacent et la refaçonnent. » A notre époque où les images acquièrent une forme d’autonomie en ligne (quid de l’IA), les réflexions et le questionnement proposés par le duo devraient trouver un écho salutaire. D’autant qu’ultime pied de nez et brouillage de piste, l’exposition se prolonge elle-même en ligne sur le site s3lf.tech. On n’a pas fini d’avoir le vertige.
Du 6 juin au 19 décembre 2026 à 40mcube (48, avenue Sergent Maginot
– Rennes) du mercredi au samedi : 14:00 → 19:00. Gratuit.
Les notes de Fortuna de Thomas Besset : des sculptures sonores époustouflantes

Un tantinet plus organique, enfin du moins en apparence, l’exposition Les notes de Fortuna proposée par l’artiste plasticien Thomas Besset à Basalt (sons & curiosités) – autrement dit le nouveau Bon Accueil- devrait un temps vous réconcilier avec la réalité. Enfin, c’est ce que votre œil croira d’abord. En effet, les œuvres de l’artiste se présentent souvent sous la forme de sculptures en même temps cinétiques et sonores qui s’inspirent des formes complexes d’os, d’organes, d’appareils vocaux qu’ils soient issus d’animaux, de fossiles, de plantes, de fleurs… Oui mais voilà, on est ici davantage dans le laboratoire du savant timbré Victor Frankenstein que dans la simple observation d’entomologiste ou de biologiste. Thomas Besset reprend en effet à son compte les vertigineux méandres de l’hybridation.

D’abord en mêlant diverses techniques aussi bien artisanales (cuivre martelé, grès, silicone moulé…) que technologiques (impressions 3D, composants électroniques…). Ensuite en proposant des œuvres animées qui imitent le fonctionnement d’organismes vivants, rendant poreuse la frontière entre le vivant et l’inerte, entre l’organique et le synthétique, entre le réel et l’imaginaire (des chimères à la SF). Car ses installations/sculptures semblent animées : elles « respirent, palpitent, semblent artificiellement maintenues en vie. » Toutes paraissent imiter le fonctionnement des organismes vivants à l’aide de tuyaux, de moteurs,… « Les pièces que je développe combinent le fonctionnement des appareils vocaux humains et animaux à celui des orgues mécaniques. Des parallèles sont ainsi créés entre le larynx, les cavités buccales et la forme des sifflets, la vibration des anches et celles des cordes vocales, l’appareil respiratoire et le soufflet de l’orgue » expliquait-il ainsi aux Musée et Manufacture Nationaux de Sèvres en 2024. On ne sait encore quelles pièces l’artiste donnera à voir (et à entendre) à la galerie Daphné Oram (aka Basalt), mais à la découverte de son époustouflant travail, on se doute qu’on devrait très certainement en perdre le souffle !
Du 18 septembre au 7 novembre 2026 à Basalt (La Longère, 66-68 Canal Saint-Martin – Rennes) du mercredi au samedi : 14:00 → 18:00. Gratuit.
Retrouvez tous nos articles sur l’édition 2026 du festival Maintenant ici.
Le festival Maintenant a eu lieu du 1er au 11 octobre 2026.
