À quelques jours du coup d’envoi du festival, nous avions envie de prendre des nouvelles de l’équipe d’ I’m From Rennes. Et pour cause. Frappée par une météo exécrable, la dernière édition avait enchaîné les déconvenues : concerts noyés sous des trombes d’eau, public moins nombreux, annulations et, forcément, une baisse significative des ventes, au bar comme à la restauration.

« Quand il pleut comme ça, tu bois un verre et c’est tout… C’est encore pire pour les food-trucks », nous explique Cédric, co-fondateur et co-programmateur, rencontré cette semaine dans un rade de la rue Saint-Hélier. Une fois le matériel séché, plié puis rangé, l’équipe a fait les comptes. Et, sans surprise, ils n’étaient pas bons. Mais alors, pas du tout ! Une perte sèche (ou humide) à cinq chiffres. « On a eu peur. », reconnaît aujourd’hui Cédric. « On s’est dit que c’était peut-être plié. » Oui, mais non. Très rapidement, le public se manifeste. « Les gens nous disaient de ne pas arrêter. », indique Cédric, encore étonné de cet élan de sympathie. Les rennais·es n’ont d’ailleurs pas hésité à mettre la main (voire les deux) à la poche. Une campagne de financement participatif et des appels aux dons ont permis de récolter plus de 10 000 euros. La Ville de Rennes n’est pas en reste non plus. Sans attendre une demande officielle, signée et paraphée, celle-ci s’est démenée pour leur accorder quelques milliers d’euros supplémentaires. Une manière d’affirmer son soutien. Mieux, sa reconnaissance. Il faut dire que IMFR offre à nos élu·es une vitrine assez confortable et sympathique pour cultiver (ou vendre, c’est selon) l’image d’une capitale bretonne jeune et dynamique.
Les mois passent et, après l’organisation d’une ultime soirée de soutien à l’étage… enfin, c’est la bonne nouvelle malgré le marasme ambiant. Les comptes, sortis de la zone de turbulence, permettent au festival d’envisager une édition 2026. Certes, en formation réduite : l’équipe a dû se séparer de son unique salariée.[1] Certes, en mode resserré : les événements sont moins nombreux et se déroulent sur un long week-end. Aussi, à l’instar du Grand Soufflet, le festival dit au revoir au Thabor. La fresque de Camille Godet qui orne les murs de la salle de la Cité servira à présent de décor. Alors évidemment, Cédric ne cache pas sa déception de délaisser la scène Simon-Carpentier.[2] « Quitter cette scénographie naturelle est un véritable crève-cœur. Le Thabor reste un lieu magique », confie-t-il. Mais l’ancienne Maison du Peuple a l’avantage de proposer des tarifs accessibles aux associations.
Alors, tout est bien qui finit bien ?

Presque… Car 2026 marque un tournant décisif ! Après les Trans’ qui s’obligent à augmenter leurs tarifs, IMFR devient payant. Un choix difficile, vécu comme une véritable déchirure par l’équipe. « Personne ne voulait lâcher la gratuité », affirme Cédric. « Et moi le premier ! Cela a fait l’objet d’un nombre de réunions assez hallucinantes ! Je défends l’idée que la culture doit être accessible à tout le monde. » Difficile de ne pas être d’accord. Une entrée payante (même si les tarifs sont volontairement les plus bas possible : cinq euros avec la carte Sortir, dix en prévente, douze sur place) risque probablement d’exclure certaines personnes : jeunes, étudiant·es, précaires, familles… et, par conséquent, d’accentuer l’entre-soi. Cependant, même si cela semble contre-intuitif, des études récentes montrent que le coût financier n’est plus le seul frein aux pratiques culturelles. « Nous ne pouvions pas continuer à proposer une programmation ambitieuse et à offrir des conditions dignes aux artistes et au public en ignorant cette réalité, confirme Cédric. Si on ne passait pas au payant, c’était mort d’avance. » Depuis sa création, IMFR repose sur un modèle économique fragile et tient grâce à des prestations annexes, des extras, quelques opérations avec des entreprises. Bref, un système de débrouille, de bric et de broc n’ayant qu’un seul objectif : équilibrer les comptes, bon an mal an, pour pouvoir remettre une pièce dans la machine l’année suivante. Néanmoins, la structure s’est professionnalisée. « Et c’est tant mieux », estime Cédric. Artistes et technicien·nes sont toutes et tous rémunéré·es ! Même si les cachets « ne sont pas à la hauteur de ce qu’on voudrait vraiment, malheureusement. »
Par contre, une chose n’a pas changé : c’est l’énergie déployée pour faire découvrir la nouvelle scène musicale locale et métropolitaine. Le comité de programmation s’est agrandi et rassemble aujourd’hui des sensibilités différentes. Résultat : une diversité esthétique beaucoup plus large qu’à ses débuts. Il est loin le temps où l’on entendait que des groupes de mecs jouant de la pop/rock. Les guitares électriques se mélangent dorénavant aux platines et aux cuivres. Bienvenue au rap, au R’n’B, au jazz… Et même au théâtre avec la participation de David Perrot en maître de cérémonie. La question de la place des femmes s’est également imposée. Il faut saluer ici le travail remarquable de HF Bretagne, qui ne cesse de documenter, et d’alerter sur le sujet. Dans leur dernier, diagnostique 2025, le constat est peu reluisant. La part des femmes reste bloquée sous le plafond de verre des 30 %, qui leur donne une visibilité minimale, mais reste loin d’une parité. « Pendant longtemps, je n’y pensais pas. Seul l’artistique m’intéressait, sans prendre en compte le genre », admet Cédric. Aujourd’hui, si le festival n’est pas totalement paritaire, « on a énormément de femmes leaders de projets », précise-t-il. Ce dernier va même plus loin en avouant avoir refusé des groupes qu’il apprécie par souci d’équité, et d’exigence sur la présence des femmes sur scène. Finalement, chaque choix devient un geste politique. « C’est l’application même de la théorie du colibri », plaisante Ced’.
À la veille des premiers concerts, l’équipe se dit sereine. Après avoir évité le pire, le festival peut enfin souffler et regarder devant lui. Et ça, c’est déjà une première victoire pour la musique ! Pour le reste… l’avenir d’IMFR repose désormais en partie dans les mains des rennais·es qui, espérons-le, répondrons présent·es pour continuer à faire vivre cette aventure commencée en 2012 déjà !
[1] Les associations rennaises auraient supprimé entre 1 500 et 2 000 emplois en 2025
[2] En hommage au musicien de Her décédé en 2017
+ d’1fos → https://imfromrennes.com/
illustration : photo Jean-Adrien-Morandeau
