
Pour conclure sa nouvelle édition, le festival Maintenant dédié aux arts, musiques et technologies invitait le public au Musée des Beaux Arts un dimanche après-midi d’octobre. Au programme, l’ambient sensible et épurée de la musicienne belge Natasha Pirard qui a déployé pour nous une sorte d’album photos familial sonore lors d’un moment délicat et suspendu.
C’est une jolie habitude qu’a pris le festival rennais, désormais, de conclure (ou de quasi conclure) ses éditions au Musée des Beaux Arts le dimanche, au milieu de l’après-midi, par une proposition ouverte à toutes et tous (l’entrée est libre et gratuite). Nichée dans le quatuor d’Expériences particulièrement singulières proposées par le festival, la performance de Natasha Pirard va nous emmener dans une délicieuse exploration sonore toute en douceur pendant environ 45 minutes. Comme chacune de ces dernières années, on retrouve la grande verrière lumineuse du patio du Musée des Beaux Arts et les sempiternels coussins rouges (on l’avoue, nos fesses -pourtant rebondies- frémissent d’angoisse à chacune de leur apparition) disposés sur la pierre à même le sol qui invitent à s’y asseoir. Une fois encore, le public, des plus aux moins minots (qui préfèrent les tabourets à déplier) s’est volontiers déplacé pour découvrir la performance proposée.

Chemisier blanc, casquette sur la tête, la musicienne s’installe dans le silence derrière la table sur laquelle sont disposés ses instruments et machines (table de mixage analogique, clavier maître, petit synthétiseur hybride -analogique et numérique-, synthétiseur granulaire polyphonique, pédale d’effet et un autre instrument étrange qu’on n’a jamais vu et que Natasha Pirard nous présentera après le concert). Elle commence alors par créer un drone lent et suspendu dont les lentes modulations emplissent progressivement l’espace. Les notes s’étirent, se lovent avec douceur dans les oreilles. Les variations, ténues, résonnent sous le haut plafond. Les corps se détendent. Les têtes se calent dans les bras, sur les épaules. Des yeux se ferment. D’autres corps se déplient à l’horizontale et s’allongent sur les coussins.

La musicienne d’électronique expérimentale et sensible crée la performance qui se déploie dans nos oreilles à partir de son recueil de morceaux le plus intime à ce jour, Fernande, Cécile, sorti sur Dewee (le label des frères Dewaele) à l’automne 2025. Mêlant voix, fields recordings (moins audibles ici pendant la performance), synthétiseur, cordes, le disque est comme un album photo sonore familial dédié à deux femmes essentielles à la vie de l’artiste, qui sur l’album, se partagent toutes deux une face chacune. Fernande, grand-mère chérie mais perdue tôt (à sept ans) boussole indestructible qui a laissé une trace indélébile et chaleureuse dans sa mémoire. Cécile, mère repère qui tout en traversant elle-même les aléas de sa vie, a su accompagner sa fille d’un indéfectible soutien.

C’est à une plongée dans cet album familial et féminin sonore que nous invite Natasha Pirard. Elle en ouvre lentement les pages, prend le temps de nous en dévoiler chaque grain, chaque détail. Rien ne s’y impose. Tout s’y révèle doucement. Les couches sonores s’y superposent, prenant le temps de la résonance.
Derrière ses machines, Natasha Pirard s’efface, laissant toute la place aux mouvements sonores tout en délicatesse qui immergent le patio. A peine plus démonstrative, la musicienne y ajoute alors les notes de son étrange instrument : deux courts montants qui forment une croix à l’envers sur lesquels sont tendues deux cordes qu’elle pince ou frotte plus tard avec un archet. Il s’agit d’un instrument électroacoustique inspiré de la musique indienne et persane, qui mélange (la taille du) violon et (la grosseur des cordes du) violoncelle, une sorte d’instrument hybride entre cordes et synthétiseur, entre analogique et numérique, dont la musicienne joue tout aussi délicatement et dont le timbre profond enveloppe les oreilles de tout le patio.
Hommage à une lignée de femmes, qui s’aiment, transmettent, partagent, la performance de Natasha Pirard souligne l’impermanence de la mémoire, sa fugacité, en écho à Alzheimer — dont a souffert sa grand-mère- mais aussi sa fragile puissance puisque la performance témoigne, magnifie ces présences qui sont ou ont été. Composé en strates de fragments qui s’agrègent, nappes, field recordings, notes éparses et résonances s’assemblent comme des souvenirs parcellaires, d’un jardin en fleurs, d’un buisson de mûres, du chant d’un oiseau dont malgré tout la sérénité jaillit et se déploie. Un moment hors du temps qui nous rappelle une fois encore comme on est bien au présent, bienvenue conclusion à cette nouvelle édition de Maintenant.
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Le festival Maintenant a eu lieu du 1er au 11 octobre 2026.
