[Maintenant 2026] – Magie, Merveille : Fanion Locomotion de Pinaffo et Pluvinage aux 3CHA

Fanion Locomotion, Pinaffo & Pluvinage – Maintenant 2026 – Les 3 CHA – Photo : Copyright Gwendal Le Flem

On ne s’attendait naïvement pas à ce que quelques morceaux de tissus tournoyants autour de piquets en bois nous fascinent à ce point : l’installation Fanion Locomotion des artistes Pinaffo et Pluvinage nous a pourtant émerveillé.es. Magique !

Un immense merci une fois encore au photographe Gwendal Le Flem qui nous a à nouveau permis d’utiliser ses photos pour illustrer cet article, en plus du plaisir (quasi quotidien !) de partager ce temps de festival et de discussions avec lui. N’hésitez pas à vous abonner à son compte instagram ici.

Présentée dans le cadre du festival Maintenant par l’association Electroni[k] au centre d’art les 3CHA de Châteaugiron, l’installation Fanion Locomotion de Pinaffo et Pluvinage reste visible au delà du temps fort du festival, jusqu’en décembre. Et c’est tant mieux tant la magie qu’elle déploie mérite le détour ! L’extraordinaire duo Pinaffo et Pluvinage (autrement dit Marion Pinaffo et Raphaël Pluvinage) avait déjà signé l‘identité visuelle du festival en 2023 avec ses sculptures mouvantes alliant fumées colorées et structures en bois (réalisées sans moteurs, et déclenchées manuellement, économisant l’énergie grâce à un système de balances, contrepoids et autres poulies) et c’est à cette occasion qu’on avait (tardivement !) découvert leur travail.

Noise Jelly – Electroni[k] 2012 – Photo : Mr B. Alter1fo

On se souvenait pourtant de Raphaël Pluvinage puisqu’avec la regrettée Marianne Cauvard, il avait présenté l’atelier Noise Jelly (autrement dit un atelier pour créer de la musique, des sons en touchant des formes en gelée toutes colorées reliées à des capteurs électroniques – gros succès chez les minots !) lors de l’édition 2012 du festival (qui s’appelait encore Electroni[k]). Mais c’est l’année suivante, en 2013, que Raphaël Pluvinage a rencontré Marion Pinaffo sur les bancs de l’Ensci-les Ateliers (Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle) et que les deux artistes-designers ont commencé à travailler ensemble.

Depuis, les deux se sont installé.es dans le Tarn pour avoir plus de place dans leur atelier et mener leurs projets ludiques et souvent interactifs à la frontière des sciences, de l’art et du design.

Depuis Papier Machine en 2015 (un livre-cahier de jeux électroniques en papier pré-découpé -pour être découpé, plié, assemblé voire déchiré- dont les circuits électroniques sont imprimés avec une encre argentée conductrice d’électricité permettant de produire du son) en passant par des bancs à gratter pour ados pour taguer à l’envers (Île à gratter, avec Benoît Bonnemaison-Fitte), des circuits pour gouttes d’eau (Château d’eau, dont le revêtement en polymère superhydrophobe repousse les gouttes d’eau et les fait avancer sur le circuit, révélant ce phénomène physique invisible), des « briques de codes » en carton coloré intuitives qui provoquent l’engagement des spectateurs et spectatrices, d’épatantes affiches-feux d’artifice dont les dessins, recouverts de poudres pyrotechniques s’animent au contact d’une flamme (Affiches, Artifices, 2021), une sculpture monumentale entre le mobile et le pendule surmontée d’aiguilles colorées qui s’entrecroisent, actionné.es par les promeneur.euses (Pastilles et Partitions, 2023), jusqu’au Sfumato, dessins de fumées (certainement autant inspirés des techniques de flou des pinceaux de Leonardo Da Vinci que de ses systèmes mécaniques fonctionnant sans électricité !) qui ont servi pour la création de l’identité visuelle de Maintenant 2023 sans oublier la gigantesque architecture en papier et carton qui s’anime comme un automate, seulement actionnée… par des grains de sable (En cascade, 2023) ou cette autre sculpture mouvante Panneau, Panache, dont les formes colorées suspendues surgissent comme des feux d’artifice à poulies,  Marion Pinaffo et Raphaël Pluvinage ré-enchantent le réel avec une poésie assez folle !

Pinaffo et Pluvinage – Crédit photo : Pinaffo et Pluvinage

L’une de leurs dernières installations, Tricks and Tracks (2025) se présente d’ailleurs comme un simple circuit de train en bois, certes assez grand, mais plutôt simple dans sa forme avec ses ronds de cartons (?) colorés. Sauf que le wagon qui s’y déplace contient un téléphone qui filme en temps réel le dévoilant ainsi sous un nouveau cadrage… que les deux artistes ont bien évidemment mis en place et travaillé. « Autrefois proscrite, la « photophonie » — l’art de photographier avec un téléphone — a désormais sa place dans le paysage muséal. Les écrans se multiplient, les selfies envahissent l’espace, et les œuvres circulent bien avant d’être réellement regardées. Avec « Tricks & Tracks » nous nous saisissons de ce paradoxe. L’installation est conçue pour le téléphone lui-même : il devient alors visiteur, explorateur, conteur. Ce que vous découvrez, c’est l’envers du décor, peuplé d’illusions bricolées, de théâtres miniatures et de dispositifs ludiques. À contre-courant des images générées par l’intelligence artificielle, nous réaffirmons la magie du concret : l’ingéniosité des trucages, leur matérialité fragile » avec, expliquent-ils encore, un clin d’œil aux « premiers enchantements du théâtre et du cinéma. »

Fanion Locomotion, Pinaffo & Pluvinage – Maintenant 2026 – Les 3 CHA – Photo : Copyright Gwendal Le Flem

C’est cette simplicité apparente (on n’imagine pas la quantité d’essais et le nombre d’heures de travail qu’il y a derrière cette fluidité !), cette magie du concret qu’on retrouve avec Fanion Locomotion aux 3CHA. Déclinée sous les formes Fanions et Carillons à l’abbaye de Fontevraud en 2023 puis Voûtes et Volutes pour la réouverture du Grand Palais à la demande du Centre Pompidou en 2025, Fanion, Locomotion proposée aux 3CHA reprend le principe des fanions de soie colorés mis en mouvement par des structures légères en bois.

Fanion Locomotion, Pinaffo & Pluvinage – Maintenant 2026 – Les 3 CHA – Photo : Copyright Gwendal Le Flem

Imaginez une grande chapelle (celle-là même qui avait servi de cadre aux 20 piscines gonflables colorées plongées dans le noir de l’artiste allemand Nils Völker lors de l’édition de 2018 de Maintenant), dont cette fois, les fenêtres et les vitraux laissent passer le soleil automnal. Dans la nef et jusque dans le chœur, sept hautes structures en bois, fines et élancées, régulièrement espacées.

Chacune est surmontée de deux grands rectangles de soie à deux couleurs (les teintures ont été réalisées par par les artistes eux-mêmes après moult recherches) glissés sur deux tiges métalliques indépendantes, elles-mêmes actionnées par de petits moteurs, programmés sur mesure, à la manière d’automates. Le tissu, particulièrement léger des lés de soie est immense. Très fin, il laisse passer la lumière, en soulignant davantage la fragilité.

D’abord immobile, chaque structure esquisse un lent mouvement : les deux tiges métalliques balancent légèrement de droite à gauche (ou d’avant en arrière, selon comment vous vous placez), augmentant très doucement l’amplitude de leur mouvement. Les rectangles de soie qui y sont accrochés commencent alors une lente et paisible chorégraphie, ondulant doucement avec de plus en plus d’amplitude. Les moteurs s’arrêtent quelques secondes et seule l’écume des mouvements d’airs précédents fait désormais onduler les tissus avec délicatesse. Avant que l’un après l’autre, ils plongent soudain, en série, vers la droite, le temps d’une rotation, aussitôt suivis par celle de leurs voisins, dans un mouvement aller-retour dans la nef (en sens inverse). La danse serpentine de Loïe Füller s’y trouve réinventée.

Fanion Locomotion, Pinaffo & Pluvinage – Maintenant 2026 – Les 3 CHA – Photo : Copyright Gwendal Le Flem

Suit alors une époustouflante chorégraphie de couleurs, de voiles, de drapés, les sept ossatures s’animant tour à tour de façon synchronisée ou en cascade. Le mouvement créant l’illusion de la vie. On reste bouche bée, émerveillé.es qu’autant de simplicité (apparente !) nous saisisse à ce point.

L’étourdissant ballet des fanions, vibrant, tournoyant, ondulant, s’animant, séparément ou ensemble, donnant vie quelques instants à des formes éphémères, construit progressivement une chorégraphie aussi aérienne que poétique.

D’autant que la chorégraphie programmée (la séquence dure 6 minutes) alterne, comme une narration, les mouvements d’ensemble, les soli, les pas de deux, les vitesses, les pauses, les respirations.

Et même, un temps final qui nous étreint doucement. Les fanions descendent délicatement jusqu’au sol, le bas des lés venant comme s’incliner pour un salut plein d’humilité. Avant, de se relever et de venir reposer sur un morceau de bois horizontal, progressivement immobiles. Dans l’attente que la chorégraphie, la boucle de six minutes, soit relancée par quelqu’un (un gros bouton poussoir à actionner à l’entrée de la chapelle). Ils ne dansent, ne s’animent qu’en présence du public. Leur attente immobile n’est pourtant pas inerte : ils respirent doucement lorsque de légers souffles d’air font frémir la soie, attendant qu’on les invite à remonter sur la scène de (l’illusion de) la vie.

Fanion Locomotion, Pinaffo & Pluvinage – Maintenant 2026 – Les 3 CHA – Photo : Copyright Gwendal Le Flem

Les spectateurs et spectatrices arrivé.es avant nous sortant, on a la chance de découvrir l’installation quelques minutes dans le silence. On y entend alors seulement les murmures des étoffes qui dansent, fragiles merveilles sonores qui se dévoilent dans le silence de l’imposante nef. On a très souvent souligné l’attention du festival Maintenant à soigner les dialogues qui se nouent et se tissent entre les lieux et les propositions artistiques qui viennent s’y déployer (comme cette année avec Implausible rainbows: an exercise in skyscaping par Lukas Truniger et Bruce Yoder qui faisait apparaître des arcs-en-ciel sur les voûtes même du Vieux St Étienne).

L’adéquation, parfois inattendue, entre un lieu et une œuvre renforce encore le dialogue que les publics nouent avec elle. La magique majesté des mouvements des Fanions colorés dans cette nef minérale, solennelle, immobile et lumineuse qui semble à son tour s’animer, l’écho qui se trame entre les légères ossatures en bois des automates et la sublime voûte lambrissée arrondie au-dessus d’elles, la transparence colorée des vitraux et des tissus : tout se joue ici entre légèreté et immobilité, inertie et mouvement, permanence et éphémère, monumental et fragilité. Dans l’espace de la lumineuse chapelle des 3CHA, la création du duo prend une assez incroyable dimension. C’est d’autant plus vrai quand au-dessus (?) de nous, les cloches se mettent soudain à sonner, accompagnant le bruissement des longues soies de leurs résonances cuivrées légèrement étouffées. On sort de là aussi ému.es qu’ébloui.es. La bonne nouvelle c’est que vous pouvez encore y aller jusqu’en décembre. On ne saurait que trop vous le conseiller.

Retrouvez tous nos articles sur l’édition 2026 du festival Maintenant ici.


Le festival Maintenant a eu lieu du 1er au 11 octobre 2026, mais Fanion Locomotion de Pinaffo et Pluvinage reste visible du 2 octobre au 13 décembre 2026 au Centre d’art les 3CHA (Le Château, Boulevard Julien et Pierre Gourdel – Châteaugiron) les mercredi & vendredi : 14:00 → 17:00, le jeudi : 11:00 → 13:00, le samedi : 11:00 → 13:00 / 14:00 → 18:00, le dimanche : 10:00 → 13:00. Gratuit

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