
La fascinante et foisonnante programmation du festival Maintenant dédié aux arts, aux musiques et aux technologies qui a lieu du 1er au 11 octobre rassemble une palanquée de propositions d’expositions et d’installations tout bonnement affolante : fabrique d’arcs-en-ciel, monde invisible à découvrir avec des lunettes 3D, écrans qui dévoilent des réalités augmentées… ou bien des réalités qui sont en fait…des fictions, à en donner le vertige, créatures poilues que les kids auront le droit de faire crier, feu -de camp- d’ordinateurs, automates qui font danser des tissus colorés, paysages à construire et dévoiler, disques vinyles dont on découvre les deux faces en même temps, ondes hertziennes devenues visibles, sculptures sonores, luttes contre la pollution de l’air et plastique à l’aide de jeux vidéos, et on en passe ! A découvrir un peu partout dans Rennes (et un petit peu ailleurs), panorama exhaustif de tout ce que les oreilles et regards curieux pourront y découvrir.
Avec, on l’applaudit à nouveau, le souci de permettre à chacun et chacune de les découvrir, de favoriser l’accès à toutes et tous : l’accès à l’ensemble des expositions ci-dessous est gratuit.
Le Monde invisible de Flavien Théry et Fred Murie : découvertes de l’invisible

Intégrant la programmation, mais déjà visible sur Rennes dans la salle Anita Conti des Champs Libres depuis plusieurs mois, puisque conçue en résidence à l’Université de Rennes et coproduite par Les Champs Libres, Le Monde Invisible de Fred Murie et Flavien Théry vous invite à découvrir un malicieux et sensible dialogue entre arts et sciences. Après la déjà très chouette exposition Le Rayon Extraordinaire en 2023, mais cette fois-ci après avoir consciencieusement écumé les merveilles des collections anciennes de l’Université de Rennes II, le duo Fred Murie et Flavien Théry revient nous émerveiller.

De leurs inattendues recherches et découvertes, les deux acolytes ont en effet tiré une vingtaine d’installations, qui vous offriront l’occasion de de découvrir, avec ou sans lunettes 3D, des réalités habituellement cachées à notre regard. Cette exploration questionne avec malice, mais aussi avec émotion notre rapport au réel grâce à des touches très personnelles des auteurs. Cerise sur le gâteau, la visite se fait, comme la précédente, au son des compositions de Thomas Poli qui ajoute encore plus de douceur et de charme à ces explorations inouïes et sensibles de l’invisible.
Du 19 mai au 11 octobre 2026 aux Champs Libres (10 cours des Alliés – Rennes) du mardi au vendredi : 12:00 → 19:00 / week-end : 14:00 → 19:00. Gratuit.
Le vertige de la collision entre réel et virtuel avec s3lf.tech par Émilie Brout et Maxime Marion

De la même manière, l’exposition s3lf.tech conçue et réalisée par Émilie Brout et Maxime Marion est visible à 40mcube depuis le mois de juin mais continue pendant et après le festival. Premier volet d’un projet développé notamment en résidence à la Villa Kujoyama au Japon en 2025, s3lf.tech est en même temps un ensemble d’installations vidéo, d’objets, de prolongements en ligne sur les réseaux sociaux (ou sur le site du même nom) qui permet de questionner les différents modes de projection de soi à travers les technologies numériques actuelles. Les deux artistes se sont inspirés à la fois de la pratique de streaming où une personne se représente via un avatar contrôlé en temps réel (le VTubing), des fan-fictions (qui permettent aux fans de prolonger le scénario d’un d’un roman, d’un film, d’une série de la manière qu’ils ou elles souhaitent), ou de l’univers des BJD (si comme nous, le concept ne vous est pas familier, sachez qu’il s’agit de Ball Jointed Dolls, autrement dit de poupées articulées faites en résine ou en porcelaine, inspirées des esthétiques des animés et mangas particulièrement populaires en Asie).

Porté.es par la figure de la chanteuse canadienne Grimes qui avait proposé à ses fans de créer de la musique en utilisant Elf.Tech, un logiciel utilisant une intelligence artificielle permettant de reproduire sa propre voix, les artistes ont créé un avatar, Grim3s, librement inspiré de la musicienne. Ils ont ensuite intégré cet avatar dans deux films distincts à découvrir dans l’exposition : un clip musical, lent et hypnotique, et la vidéo d’un échange en streaming avec ses fans (avec la fenêtre de chat reprenant commentaires et questions auxquels Grim3s répond) réellement streamée sur YouTube par Émilie Brout et Maxime Marion. Oui, vous avez le vertige de cette collision entre réel et virtuel. Nous aussi. D’autant que si on a tout compris, la vidéo se termine par un problème technique qui en révèle le dispositif. Ajoutez un troisième film dans lequel on retrouve un autre avatar virtuel, Kageusa, jeune VTubeuse, que Grim3s a invité à faire la promotion de son invention dans sa vidéo, et qui nous donne le vertige : le point de vue de la caméra, mouvant, se déplaçant sans cesse entre qui parle, qui regarde et qui est regardé. Sans compter cette contamination du réel par ce qui se passe dans l’écran : la fourrure du décor de la vidéo virtuelle s’invite sur les sièges et les écrans.

Bref, vous l’aurez compris, Émilie Brout et Maxime Marion nous invitent à questionner notre monde où les frontières entre authenticité, fiction et reproduction deviennent de plus en plus poreuses. Se révélant tout aussi séduisantes qu’inquiétantes. Pour parfaire ce vertige, ces effets de démultiplication et de mise en abyme, les artistes convoquent diverses technologies de productions d’images : motion capture, 3D, animation, IA et même objet en dur puisque la poupée à l’effigie de l’avatar virtuel Grim3s se retrouve dans une vitrine telle une relique. Avec cet univers instable mêlant avatars, objets, corps fictionnels, alter ego, idole synthétique, Maxime Marion et Émilie Brout montrent que ceux-ci ne viennent pas « simplement se superposer à une personnalité préexistante. Ils agissent en retour sur elle, la déplacent et la refaçonnent. » A notre époque où les images acquièrent une forme d’autonomie en ligne (quid de l’IA), les réflexions et le questionnement proposés par le duo devraient trouver un écho salutaire. D’autant qu’ultime pied de nez et brouillage de piste, l’exposition se prolonge elle-même en ligne sur le site s3lf.tech. On n’a pas fini d’avoir le vertige.
Du 6 juin au 19 décembre 2026 à 40mcube (48, avenue Sergent Maginot
– Rennes) du mercredi au samedi : 14:00 → 19:00. Gratuit.
Les notes de Fortuna de Thomas Besset : des sculptures sonores époustouflantes

Un tantinet plus organique, enfin du moins en apparence, l’exposition Les notes de Fortuna proposée par l’artiste plasticien Thomas Besset à Basalt (sons & curiosités) – autrement dit le nouveau Bon Accueil- devrait un temps vous réconcilier avec la réalité. Enfin, c’est ce que votre œil croira d’abord. En effet, les œuvres de l’artiste se présentent souvent sous la forme de sculptures en même temps cinétiques et sonores qui s’inspirent des formes complexes d’os, d’organes, d’appareils vocaux qu’ils soient issus d’animaux, de fossiles, de plantes, de fleurs… Oui mais voilà, on est ici davantage dans le laboratoire du savant timbré Victor Frankenstein que dans la simple observation d’entomologiste ou de biologiste. Thomas Besset reprend en effet à son compte les vertigineux méandres de l’hybridation.

D’abord en mêlant diverses techniques aussi bien artisanales (cuivre martelé, grès, silicone moulé…) que technologiques (impressions 3D, composants électroniques…). Ensuite en proposant des œuvres animées qui imitent le fonctionnement d’organismes vivants, rendant poreuse la frontière entre le vivant et l’inerte, entre l’organique et le synthétique, entre le réel et l’imaginaire (des chimères à la SF). Car ses installations/sculptures semblent animées : elles « respirent, palpitent, semblent artificiellement maintenues en vie. » Toutes paraissent imiter le fonctionnement des organismes vivants à l’aide de tuyaux, de moteurs,… « Les pièces que je développe combinent le fonctionnement des appareils vocaux humains et animaux à celui des orgues mécaniques. Des parallèles sont ainsi créés entre le larynx, les cavités buccales et la forme des sifflets, la vibration des anches et celles des cordes vocales, l’appareil respiratoire et le soufflet de l’orgue » expliquait-il ainsi aux Musée et Manufacture Nationaux de Sèvres en 2024. On ne sait encore quelles pièces l’artiste donnera à voir (et à entendre) à la galerie Daphné Oram (aka Basalt), mais à la découverte de son époustouflant travail, on se doute qu’on devrait très certainement en perdre le souffle !
Du 18 septembre au 7 novembre 2026 à Basalt (La Longère, 66-68 Canal Saint-Martin – Rennes) du mercredi au samedi : 14:00 → 18:00. Gratuit.
BlockSmog de Guillaumit : des jeux vidéos pour mieux respirer

On aura également le plaisir de retrouver l’univers aux couleurs éclatantes d’un habitué du festival au Jeu de Paume. Après La boîte (quatre sculptures interactives dotées du son et de la musique concoctées avec Gangpol) en 2013, les moutons de Moutonium installés dans le Parc de Grande Prairie à la Courrouze (jeu urbain monumental en même temps assises pour tout un chacun.e qui revisite le saute-mouton des cours d’école en version monumentale conçu avec les Bordelais du Bruit du Frigo en 2022), en passant par la foisonnante et ludique installation proposée au Couvent des Jacobins, Livelyyy, en 2021, l’artiste plasticien touche à tout Guillaumit revient présenter une œuvre qui rappelle justement celle de Livelyyy, BlockSmog.
BlockSmog est en effet un triptyque de trois fresques murales hyper colorées toutes en géométrie qui représentent trois mondes différents dans lesquels spectateurs et spectatrices sont invités à plonger. Pour cela, il suffit de se munir d’un smartphone ou d’une tablette numérique. Les fresques ne sont en effet pas simplement en deux dimensions, mais s’animent lorsque vous passez l’appareil devant elles, vous donnant alors accès à de mini-jeux qui y étaient dissimulés. Au départ simple fresque murale, l’image se gonflera de plusieurs dimensions, s’animant soudain grâce à la réalité augmentée. Donnant à voir ce qui restait invisible, smartphones et autres tablettes permettent ainsi l’accès à un univers grouillant de couleurs, mais qui pose de réelles questions écologiques. En effet, les trois images vous inviteront à réfléchir sur les impacts de la pollution de l’air, mais surtout, par le biais de cette dimension participative (sous la forme de ces petits jeux qui y sont cachés auxquels vous pourrez jouer) vous proposeront de trouver des solutions pour maintenir vivants nos fragiles écosystèmes.

En parallèle, toujours au Jeu de Paume, la création BlockSmog : Eco Feelings prendra la forme d’un test de personnalité interactif, une sorte de quizz en dix questions qui vous permettra d’explorer différentes manières de réagir face aux enjeux écologiques : de l’inquiétude à l’action, de l’analyse aux inventions de solutions. Une création qui s’inscrit dans le projet européen Transition to 8 (qu’on peut résumer en trois questions : « Comment l’expérience humaine peut-elle servir de matière première à la création artistique contemporaine ? Comment réagissons-nous lorsque nous sommes confronté·es à des problèmes sociaux urgents ? Comment la recherche technologique enregistre-t-elle les réactions humaines et les convertit-elle en données numériques ? »), notamment parce que pour cette création transforme des données environnementales et biométriques collectées lors de sessions participatives et citoyennes à Rennes en 2025.
Du 1er au 11 octobre 2026 au Jeu de Paume (12, rue Saint-Louis – Rennes) en continu. Gratuit
Now Bodies par Rafaela Mascaro

Tout aussi coloré, mais un tantinet plus poilu et rondouillard, l’univers de l’artiste Rafaela Mascaro qui signe l’identité visuelle de cette édition (chaque édition Maintenant donne en effet carte blanche à un·e artiste pour réaliser l’identité visuelle du festival) pourra lui aussi être découvert non plus seulement sur les affiches du festival mais aussi en mouvement. A la fois designer et directrice artistique, l’artiste basée au Brésil donnera en effet à voir ses personnages, ses Gang Friends comme elle les appelle, sous une forme animée au Théâtre du Vieux St Étienne.
Bien joufflues et rebondies, ces figures colorées et singulières mêlent illustration numérique, 3D, animation et intelligence artificielle. A la fois hyperréalistes dans leurs détails (jetez un coup d’œil à la netteté de leurs poils ou aux détails de leurs expressions faciales) et fondamentalement surréalistes (couleurs éclatantes, voire saturées, univers glam et pailleté et arc en ciel qui surgit d’un postérieur), ces petits personnages qui miment nos expressions, en même temps peluches dodues et incarnations tout en étrangeté, « entretien[nen]t une tension permanente entre intimité et théâtralité. »

Now Bodies avec ces créatures imaginaires déroule un univers de prime abord particulièrement accrocheur mais finalement déroutant. Renvoyé.es à notre curieuse perplexité, on écoutera Rafaela Mascaro : pour elle, ces créatures “incarnent le désir d’appartenir, de créer des liens, d’être vu et de trouver un sens aux côtés des autres” et nous invitent à “imaginer un monde où la curiosité, l’empathie et les liens comptent plus que les divisions.” Dont acte.
Du 2 au 11 octobre 2026 au Théâtre du Vieux St Étienne (14 rue d’Échange – Rennes) du mercredi au vendredi : 14:00 → 19:00/week-end : 10:00 → 19:00. Gratuit.
L’équipe de Maintenant proposera également une immersion en famille, Super Samedi ! dans l’univers coloré et fascinant de Rafaela Mascaro. Le temps d’un après-midi, petit·es et grand·es sont invité·es à expérimenter, jouer et créer autour de l’identité visuelle du festival au Jeu de Paume le samedi 3 octobre. Les minots -et moins minots- pourront aussi bien inventer les cris des Gang Friends et rendre ces créatures interactives, que faire un quizz « quel Gang Friend es-tu ? », partir pour un jeu de piste à la recherche de la salle mystère ou devenir chimiste en reproduisant les expériences scientifiques des artistes… Au programme également, un bar à sirops, un espace motricité, des jeux géants et on en passe. Des chances que ce samedi d’octobre porte fort justement son nom !
Samedi 3 octobre 2026 au Jeu de Paume (12, rue Saint-Louis – Rennes) de 14:00 → 18:00. Gratuit.
Inference_Commons par David Lazar

Et si on transformait l’informatique en feu de camp, propose l’artiste David Lazar aux Ateliers du Vent avec son installation Inference_Commons. Détrompez vous néanmoins : David Lazar ne veut pas jeter les ordinateurs au feu (ni la maîtresse au milieu !) mais au contraire nous inviter à ré-interroger notre rapport à l’informatique. « Je conçois des systèmes qui révèlent les infrastructures cachées » explique-t-il en exergue de son site web. Aussi, en mettant en parallèle deux temporalités différentes, il parvient à mettre au jour ce qui se joue réellement avec les infrastructures numériques modernes.
Autrefois, les humains se rassemblaient autour du feu, pour parler, se mettre d’accord, délibérer, transmettre… Les décisions et les valeurs communes étaient établies ensemble (à peu près), comme sur le forum, dans l’agora antiques, autour d’un feu que toutes et tous partageaient (enfin plus tous que toutes malheureusement). Aujourd’hui, beaucoup des décisions qui régissent nos vies sont dictées ou pour le moins influencées par les systèmes informatiques (calcul numérique, IA…), qui façonnent l’organisation de la vie collective dans nos sociétés modernes. Pour autant, qui sait réellement ce qui se passe sous le « capot » ? Nos infrastructures informatiques rendent hermétiques et invisibles leurs règles de fonctionnement. « Là où le feu constituait un espace de dialogue, d’écoute et de décision partagée, les systèmes computationnels opèrent désormais de manière diffuse, omniprésente, tout en demeurant largement hors de portée des communautés qui en dépendent.«

David Lazar propose donc une installation qui rassemble plusieurs écrans d’ordinateurs tel un feu de camp au milieu de l’espace d’exposition et dont le foyer est constitué de composants informatiques dénudés et donc visibles. Des écrans émane un feu « graphique » qui se mêle aux silhouettes des spectatrices et spectateurs. On se rassemble donc ici derechef autour d’un nouveau feu de camp, virtuel cette fois-ci, afin de « faire communauté et décider avec raison de son utilisation. » Prenant le contre-pied de l’opacité du numérique d’aujourd’hui, David Lazar encourage poétiquement tout un chacun.e à se réapproprier son contrôle.
Du 2 au 11 octobre 2026 aux Ateliers du vent (59 rue Alexandre Duval – Rennes) les mercredi & vendredi : 14:00 → 19:00, le jeudi : 14:00 → 20:00, le week-end : 10:00 → 19:00. Gratuit.
Recalls de Lukas Persyn

Toujours aux Ateliers du Vent, le jeune artiste rennais Lukas Persyn viendra présenter son installation Recalls, la bien nommée, puisqu’elle s’inspire des vestiges des tours hertziennes qui s’élevaient autrefois régulièrement dans nos paysages afin de renvoyer les faisceaux hertziens qui assuraient les télécommunications longue distance (les ondes pour la radio et la télévision entre autres). Aujourd’hui, ces infrastructures, devenues quasiment inutiles, continuent de ponctuer nos paysages, mais sans plus de réelle fonction, elles nous sont devenues quasi invisibles. A la manière des ondes qu’elles ne relaient plus vraiment.
Passionné par les ondes hertziennes, au point d’inventer le projet Hertzian spirits -dont Recalls fait partie- qui explore les ondes hertziennes comme des phénomènes à la fois invisibles et omniprésents, des présences flottantes intangibles qui régissent pourtant une partie de nos quotidiens, Lukas Persyn se propose de nous donner à voir ces ondes immatérielles comme des présences spectrales et fantomatiques.

Son installation mouvante, est composée de quatorze structures métalliques habillées de projecteurs, miroirs, lentilles, réflecteurs, réparties dans l’espace de l’exposition, partiellement plongées dans la brume et traversées de faisceaux lumineux renvoyés par des miroirs, modifiés par des prisme en verre, qui s’y on a tout compris, témoignent de ces ondes électro-magnétiques que Lukas Persyn a collectées et transformées en ondes lumineuses afin de nous les rendre enfin visibles. Structurée autour d’une boucle d’une quinzaine de minutes (accompagné d’une bande son réalisée par Lukas Persyn et Serguei Spoutnik), cette installation lumineuse en mouvement nous invite à nous rendre compte des infrastructures (désuètes ou non !) souvent invisibles (et/ou invisibilisées) qui peuplent nos quotidiens, les quatorze structures apparaissant comme autant de totems qui symbolisent ces présences fantomatiques, agissant comme relais, désormais, entre le visible et l’invisible, le matériel et l’immatériel.
Du 2 au 11 octobre 2026 aux Ateliers du vent (59 rue Alexandre Duval – Rennes) les mercredi & vendredi : 14:00 → 19:00, le jeudi : 14:00 → 20:00, le week-end : 10:00 → 19:00. Gratuit.
Bivouac par Bérengère Amiot

Bérengère Amiot, qu’on a déjà pu croiser dans la programmation du festival (notamment en 2017, dans le cadre de Parcours Sensibles – dispositif qui vise à favoriser l’accès aux droits culturels de tous, et notamment des personnes en situation de grande précarité et/ou d’exclusion sociale- elle avait réalisé une maquette interactive de Rennes, une représentation de la ville subjective par huit de ses habitants, la joliment nommée Carte Mémoire), viendra elle aussi interroger la question des paysages du passé aux Ateliers du vent. En effet, comment retranscrire notre souvenir du paysage ? S’agit-il seulement d’éléments visuels agencés d’une certaine manière devant nous. Ou bien le paysage est-il une expérience plus sensible, qui convoque autant la vue que l’ouïe, le toucher que l’odorat ? Dès lors, comment rendre compte, comment partager à l’autre l’émotion vécue ?

L’artiste designer a donc créé un micro paysage, des pierres faites de différents matériaux (céramique, bioplastique, …) à la manière d’un Bivouac que spectateurs et spectatrices sont invité.es à déplacer et à agencer selon leur choix et qui deviendront dans la pénombre surfaces/écrans de projections. La designer nous invite en effet à plonger dans son propre souvenir, celui d’une maison de famille en campagne, et d’un jardin. « L’expérience du paysage est une expérience de soi : elle engage autant ce qui est perçu que l’acte même de percevoir » explique Bérengère Amiot. C’est donc les spectateurs et spectatrices qui vont révéler (et modeler – en bougeant les pierres-) ce paysage passé émergeant de l’ombre en utilisant une source lumineuse, par exemple la torche de leur téléphone portable pour recomposer ces souvenirs, en projetant des diapositives (de cette famille, de ce jardin) sur le micro-paysage qu’ils et elles ont agencé. L’exploration du paysage devient alors immersive, celui-ci n’étant plus seulement observé mais ressenti.
Du 2 au 11 octobre 2026 aux Ateliers du vent (59 rue Alexandre Duval – Rennes) les mercredi & vendredi : 14:00 → 19:00, le jeudi : 14:00 → 20:00, le week-end : 10:00 → 19:00. Gratuit.
La Planète d’Au-Dessus de la Terre d’Elly Oldman

Les Rennais.e.s connaissent désormais très bien Elly Oldman, notamment grâce à son Dessin sans fin (les quinze mètres initiaux étant réagencés dans une fresque murale aux dimensions plus raisonnables -2,5m par 5m- dans laquelle elle avait dissimulé un parcours un peu dingue, accessible en réalité augmentée : l’histoire d’une petite fille qui partait dans un monde parallèle ramasser du plastique et autres déchets. Une sorte de chasse aux trésors écologiste interactive où chacun pouvait utiliser des mains virtuelles pour mettre le plastique à la poubelle) puis La Forêt qui fait Peur selon le même principe de narration hybride. Elle revient désormais présenter une nouvelle fresque interactive aux Ateliers du Vent, La Planète d’Au-Dessus de la Terre. On y découvre Mattie et son robot Mirligros dans une lutte acharnée et ludique conte Platastique (rappelez vous, on le voyait déjà dans le Dessin sans fin) et les plastimonstres.

Toujours réalisés à la tablette numérique, les dessins d’Elly Oldman mêlent les références pop et colorées pleines d’humour et invitent à l’immersion dans ce monde dense un tantinet farfelu, non seulement à l’image des Cherche et trouve intemporels, mais aussi grâce à la réalité augmentée à laquelle tout un chacun.e peut accéder via l’application développée par le studio rennais Friday Afternoon et ainsi se lancer dans les différentes aventures proposées (vous l’aurez compris : il s’agit de juguler la pollution plastique). A la manière du Blocksmog de Guillaumit, l’univers coloré et accueillant plein d’humour d’Elly Oldman entend diminuer l’éco-anxiété en permettant de se mettre à l’action et en donnant des solutions pour nous aider à abandonner le plastique. Animations ludiques se chargeant de faire passer le message qu’on espère une nouvelle fois sans fin : plus que le plastique, c’est la protection de l’environnement qui est fantastique !
Du 2 au 11 octobre 2026 aux Ateliers du vent (59 rue Alexandre Duval – Rennes) les mercredi & vendredi : 14:00 → 19:00, le jeudi : 14:00 → 20:00, le week-end : 10:00 → 19:00. Gratuit.
Fanion Locomotion de Pinaffo et Pluvinage

Autre retour, celui de l’extraordinaire duo Pinaffo et Pluvinage (autrement dit Marion Pinaffo et Raphaël Pluvinage) qui avait signé l’identité du festival en 2023 avec ses sculptures mouvantes alliant fumées colorées et structures en bois (réalisées sans moteurs, et déclenchées manuellement, les structures économisant l’énergie grâce à un système de balances, contrepoids et autres poulies). On pourra en effet découvrir Fanion Locomotion au centre d’Art les 3CHA à Chateaugiron. Et autant dire que l’installation méritera sans hésiter une petite visite à la cité médiévale.

Imaginez plusieurs automates mouvants (dont les mouvements sont programmés) qui créent une sorte de structure en bois auxquels sont accrochés des fanions de soie colorés. Lorsque les différents éléments de la structure se mettent en route, les fanions commencent leur époustouflant ballet, vibrant, tournoyant, ondulant, s’animant, séparément ou ensemble, donnant vie quelques instants à des formes éphémères qui construisent progressivement une chorégraphie aussi aérienne que poétique. Nul doute que dans l’espace de l’immense chapelle des 3CHA, la création du duo devrait prendre une dimension assez incroyable !
Du 2 octobre au 13 décembre 2026 au Centre d’art les 3CHA (Le Château, Boulevard Julien et Pierre Gourdel – Châteaugiron) les mercredi & vendredi : 14:00 → 17:00, le jeudi : 11:00 → 13:00, le samedi : 11:00 → 13:00 / 14:00 → 18:00, le dimanche : 10:00 → 13:00. Gratuit
Implausible rainbows: an exercise in skyscaping par Lukas Truniger et Bruce Yoder
Direction le Théâtre du Vieux St Étienne pour y découvrir une toute aussi invraisemblable fabrique à arcs-en-ciels. Vous vous souvenez peut-être que Maintenant avait allumé un nuage (d’ampoules) sur la Place Hoche en 2015 ou bien y avait également fait entendre les vents de quatre coins du monde en 2014. Et bien cette année, ce sont les arcs-en-ciels que le festival mettra à l’honneur à travers l’installation du duo americano-suisse formé de Lukas Truniger et Bruce Yoder : Implausible rainbows: an exercise in skyscaping.
A l’aide d’un système mêlant lampes LEP (Laser Excited Phosphor) fixées sur quatre structures en métal dont les faisceaux ricochent sur des miroirs rotatifs et traversent des lentilles de diffraction optique, cette installation donne à voir des arcs-en-ciel artificiels. Les diffractions de la lumière n’y restent pas statiques et toute l’installation est en mouvement, créant un environnement en permanente mutation, ces mouvements d’appuyant notamment sur les phénomènes cycliques du système solaire. Accompagnés de rotations et de variations sonores qui évoluent elles aussi et qui se trouvent tout aussi spatialisées, ces phénomènes lumineux mouvants transforment constamment l’espace autour de nous avec l’ambition démiurgique de réaliser une « composition de ciels artificiels. »

En s’intéressant à la manière dont nos technologies parviennent à simuler des phénomènes physiques naturels, les deux artistes « explore[nt] les tensions entre observation scientifique, fascination esthétique et volonté humaine de reproduire ou contrôler la nature. » Tout en nous invitant à poser un autre regard sur notre propre ciel pour en souligner les beautés. En plus de la découverte de l’installation tous les jours du festival au Théâtre du Vieux St Etienne, le duo vous y convie également pour une performance live autour de l’installation le soir de l’inauguration du festival (le 1er octobre) où vous pourrez découvrir un paysage sonore fait de rythmiques répétitives et de nappes ambiantes évoluant en direct et suivant ce fascinant ballet d’arcs-en-ciels.
Du 2 au 11 octobre au Théâtre du Vieux St Étienne (14 rue d’Échange – Rennes) du mercredi au vendredi : 14:00 → 19:00/week-end : 10:00 → 19:00. Gratuit.
L’harmonie de notre absence de Paul Vivien

Également au Théâtre du Vieux St Étienne, vous pourrez découvrir l’œuvre sensible de Paul Vivien qui travaille autour des relations entre les êtres vivants, les machines et leur environnement. Pour l’œuvre présentée durant le festival, L’harmonie de notre absence, Paul Vivien imagine un monde dont nous, les humain.es, aurions disparu et qui continuerait à vivre sans nous. Mais pour une fois avec douceur, dans un futur moins apocalyptique où espèces et technologies cohabiteraient en harmonie.
Pour nous plonger dans cet après-monde, dans l’ère géologique qu’il a inventée: le molysmocène -l’ère des déchets, Paul Vivien a imaginé un dispositif assez contemplatif à partir d’une platine vinyle détournée. Celle-ci peut en effet lire deux faces d’un même vinyle simultanément. Bien sûr les vinyles ne sont pas ceux qu’on trouve chez Blindspot et ont été totalement customisés par Paul Vivien.

Si la face B est bien une piste sonore que vous pouvez entendre, la face A est une maquette de paysage devenue rotative grâce au mouvement de la platine. Ce paysage, minutieusement construit et imaginé par Paul Vivien, se donne en même temps à voir directement sur la platine, mais aussi par le biais d’une caméra qui le filme en gros plans et dont les images sont projetées sur un écran derrière la platine, invitant chacun.e d’entre nous à une balade vidéo contemplative apaisée.
Du 2 au 11 octobre au Théâtre du Vieux St Étienne (14 rue d’Échange – Rennes) du mercredi au vendredi : 14:00 → 19:00/week-end : 10:00 → 19:00. Gratuit.
Retrouvez tous nos articles sur l’édition 2026 du festival Maintenant ici.
Le festival Maintenant a lieu du 1er au 11 octobre 2026.
