La Route du Rock 2017 – La complainte du festivalier ravi [compte-rendu du samedi]

Seconde journée au Fort St Père : les yeux sont tirés, le dos déjà en vrac, le foie devient un peu rétif. Forcément après avoir assisté à la finale de la ligue des Champions avec les concerts de vendredi flirtant avec l’excellence, revenir en première division le samedi est un poil déconcertant. Pourtant malgré une légère déprime, ce samedi à la Route du Rock aura réservé son lot de bons moments et on en ressort plutôt content. On vous raconte.

Le concert des Cold Pumas étant très haut placé dans nos attendus de cette année, nous pressons le pas pour ne pas en louper une miette. Bien nous a pris, car l’imparable Slippery Slopes sur lequel ils ouvrent brillamment les hostilités balaye d’emblée les quelques doutes que nous avions sur les capacités scéniques de la bande de Brighton. Le groupe déploie avec une énergie communicative et une précision mélodique redoutable le groove abrasif et brumeux de son post-punk hypnotique. Nous passons le concert la tête dans un nuage électrique et des fourmis dans les guibolles. Ils nous offrent ainsi une des plus chouettes ouvertures de Fort que l’ont ait vue depuis longtemps.
La soirée démarre donc de la plus belle des manières et nous confirme une fois de plus que nous sommes décidément incapables de résister aux charmes si particulier des batteurs-chanteurs.

On avait découvert Parquet Courts en 2013 sur la scène des Remparts. Cette année, les Texans installés à Brooklyn reviennent sur la grande scène du Fort mais y impriment la même déglingue sonique fiévreuse. Ils y déroulent avec la même nonchalance ironique et faussement blasée leurs compositions post-punk vives et incisives redoutables mélodiquement. Raide, fiévreux, électrique, le set dégage une frénésie vivifiante. Toute en riffs distordus et chants mitraillette débraillés, volte-faces accumulés avec gourmandise, la musique des Parquets Courts a cependant évolué sur scène : en 2013, tout était enchaîné tambour battant avec une énergie de fous furieux. Depuis, le quatuor a appris à s’autoriser des tempi moins enlevés, les compos moins rentre-dedans et cela, sans que l’intensité et la qualité du set en pâtissent. Bien au contraire. Ajoutez à cela une alternance au chant entre Andrew Savage, le visage rouge écarlate, qui hurle comme un beau diable sur la gauche et le flegmatique Austin Brown (sur la droite), au débit so NYC (versant Television) et une réelle capacité du quatuor à empiler les arrangements culottés, alambiqués et inattendus et vous comprendrez que le rock que nous offrent les Parquet Courts ce soir est bien moins crétin qu’il en a l’air. Alors certes, il y a quelques moments plus en-dedans, mais dans l’ensemble, les New Yorkais d’adoption auront bel et bien fait le job.

C’est déjà au siècle dernier que les Ecossais avaient été programmés à la Route du Rock, en 1999. Après une dizaine d’années d’existence (en gros de 1995 à 2006) clôturée par une tournée d’adieux et une compilation, Arab Strap avait tiré sa révérence en 2006 avec six albums studio à son actif. Reformé en 2016, le groupe mené par le chanteur Aidan Moffat et le multi-instrumentiste Malcolm Middleton -ce soir à la guitare- est revenu pour quelques dates sold out et un double album compilation de vingt titres partagés entre classiques du groupe et raretés l’an dernier. Les Ecossais, depuis, s’offrent de nouvelles dates et autant dire qu’il y a une tripotée de fans, ravis de ces retrouvailles, qui se massent les yeux pleins d’amour devant la scène des Remparts. Ça commence avec l’intro de Loch Leven, autrement dit les cornemuses samplées, qui coupent court à la furie des Parquet Courts et plongent tout de suite dans l’ambiance de spleen brumeux chère au groupe. Mais sur scène, la belle bande a sacrément le sourire, également toute aussi heureuse de ces retrouvailles avec son public. Et autant dire qu’on va passer un fort chouette moment. Guitares, basse, batterie, violon, claviers, synthés, boîte à rythmes, les arrangements en apparence plutôt dépouillés, mais à la grande subtilité, se révèlent au final particulièrement insidieux. On en vient même à trouver la boîte à rythmes rachitique de Turbulence  quasi dansante ! D’un chant susurré, quasi plus parlé que chanté, Aidan Moffat, tout sourire, narre les exploits pitoyables d’une vie de loosers marquée par le sexe triste (et cru), les relations bancales, l’alcool et les drogues frelatées. On est d’ailleurs ravi de retrouver nos amis britanniques venus en nombre gonfler les rangs des festivaliers cette année (leur formidable accent nous avait manqué l’an dernier). Et eux, au moins, auront compris toutes les blagues et les subtilités (crues) des paroles d’Aidan Moffat, ce qui n’est malheureusement pas notre cas. Cela ne nous empêche pas, cela dit, de goûter réellement le moment et la performance résolument classe des Ecossais. Et la version, tout sourire, de The First Big Week end, sur laquelle Malcolm Middleton  apporte un contrepoint vocal quasi pop, finira pour nous d’enfoncer le clou.

Nous avions écrit en 2014 à propos du concert des Temples sur cette même scène : « Vivement Temples avec quelques années de plus. Les gamins nous colleront alors sûrement la dérouillée que leur talent laisse présager. » Pari hélas perdu, car si les gars n’ont rien perdu en qualité de leurs arrangements vocaux et ont encore à leur actif de belles fulgurances mélodiques, ils restent cependant bien trop lisses à notre goût. Leur seconde galette bien moins flamboyante mélodiquement que leur premier essai avait déjà bien refroidi nos ardeurs et ce concert ne fera que confirmer que ce groupe possède décidément une hygiène musicale bien trop irréprochable pour nous emballer.

En écho à la grande tristesse qui a saisi toute la scène musicale d’ici (et de bien plus loin), la mention du souvenir de Simon Carpentier sur les écrans géants, moitié de Her (et autrefois bénévole sur le festival), décédé il y a quelques jours à peine, fait chaud au cœur. On se permet d’y associer toutes nos pensées pour la famille et les proches du musicien.

La soirée sera écossaise ou ne sera pas, ont dû se dire les programmateurs de la Route du Rock, puisque c’est maintenant au tour des frères Jim et William Reid et leur bande d’enchaîner sur la scène du Fort.  On l’avoue, on n’a jamais vraiment écouté The Jesus & Mary Chain, donc l’effet madeleine n’a que peu de prise sur nous. Et si on a bien compris que Psychocandy en 1985 a fait le lien entre le punk et le shoegaze encore à venir, la sortie récente de Damage and Joy (2017), dont la pochette sert de fond de scène au groupe ce soir, ne nous a pas fait formidable impression. On attend donc de juger sur pièce. Jim Reid est en frontman, loin devant ses camarades, tous en arrière-plan. Avec ses guitares saturées d’effets, noisy et vaporeuses à souhait, le groupe construit progressivement son mur du son, avec un set qui monte de plus en plus en intensité et en puissance sonique, avec une setlist qui pioche allégrement dans la majorité de ses albums (Honey’s Dead, Psychocandy, Automatic, Darklands, pour ceux qu’on a pu/cru reconnaître, et le dernier en date). Assez curieusement, les nouveaux titres, en nombre dans la setlist, ne déparent pas et s’intègrent sans peine dans le set. Les fans sont ravis et les bras sont nombreux à se lever de bonheur dans le Fort, notamment dès l’intro à la batterie de Just like honey accueillie dans les cris. Nous, on ne passe pas un mauvais moment. On trouve ça plutôt honnête, et si l’effet madeleine ne fonctionne pas pour nous, on est ravi que le groupe ait (re)trouvé son public.

Après le visuel très pro des Ecossais sur la scène du Fort, c’est un drap tendu tagué au nom des Black Lips qui nous attend sur la scène des Remparts. La bande de joyeux sauvages commence pied au plancher un bordel sans nom fait de guitares fracassées, d’un saxophone incongru et d’une voix trafiquée tout aussi saugrenue, de paroles chantées en chœur à plein poumons, le tout en trouvant le temps de lancer des rouleaux de PQ (tout en jouant), sur un public complètement survolté. Certes les compos ne sont pas des plus originales, mais cette immédiateté jouissive n’est pas pour nous déplaire. C’est punk, crasseux, garage et en même temps complètement joyeux et roublard. Entre son bassiste moustachu qui se recoiffe entre chaque morceau et renvoie les gobelets arrivés sur scène avec une énergie teigneuse, ses guitaristes montés sur ressorts (enfin surtout un), les Black Lips nous filent définitivement la banane. D’autant plus, lorsqu’ ils se permettent d’arrêter quasi leurs morceaux entre chaque couplet pour hululer à qui mieux mieux agenouillés sur scène les bras en l’air. Certes, tout ça n’est pas d’une finesse de dentellière, mais comme c’est fait sans se prendre une seconde au sérieux, ça reste un chouette moment de n’importe nawak, bigrement rafraichissant.

A chaque Route du Rock son succès insondable à nos yeux. L’an dernier ce fut La Femme, cette année c’était Future islands. Le groupe a rassemblé la foule et semble-t-il conquis une immense majorité du public mais, pour notre part, nous a laissé aussi insensible que circonspect. Le chanteur Samuel T. Herring déboule sur scène d’humeur causante et nous déclare son ravissement d’avoir fait, pour la première fois, le déplacement en jet privé pour pouvoir jouer ici ce soir. Dès les premières notes, il se déchaîne en bondissant comme un fauve d’un bout à l’autre de la scène et en multipliant les poses les plus outrancières. Ceci pour le plus grand bonheur du public mais cela ne nous évoque personnellement pourtant davantage le kazachok dévastateur improvisé en plein bal de mariage par le plus relou (et le plus bourré) de vos oncles. Ajoutez à ça que leur musique sonne à nos oreilles comme une soupe synthético-discoïde nous évoquant douloureusement les heures les plus sombres de nos plus honteuses soirées 80’s et nous lâchons l’affaire sans regret mais avec nombre d’interrogations sur les mystères de la gloire musicale.

Après cette série un peu en dedans, nous lâchons donc l’affaire à regret avant le set de Soulwax histoire de garder de l’énergie pour une ultime soirée s’annonçant comme des plus prometteuses.

Photos : Mr B

Compte-rendu écrit par Mr B et Isa, en équipe réduite, avec mille pensées pour le reste de la team prise par d’heureux événements…

Ces mots et ces photos sont dédicacés à Nola.

 


La Route du Rock Collection Eté 2017 a lieu du jeudi 17 août au dimanche 20 août.

Plus d’1fos : http://www.laroutedurock.com/


 

2 commentaires sur “La Route du Rock 2017 – La complainte du festivalier ravi [compte-rendu du samedi]

  1. Hector

    Si vous pouvez évoquer « douloureusement les heures les plus sombres de nos plus honteuses soirées 80’s » … il est étrange que: « on n’a jamais vraiment écouté The Jesus & Mary Chain ». Vous devriez pourtant. J’ai pour ma part eu le sentiment qu’il était trop tard pour vraiment voir JAMC sur scène. Englués comme beaucoup dans l’idéologie du gros son … La majeur partie des groupes de cette RDR semblent ne faire plus confiance aux chansons mais plus à la présence sonore qui doit forcément évoquer la compression dynamique des mp3 128 kbps .. Reste le psychédélisme rageur et imbibé à haute dose de bayou garage des Oh Sees, la délicate Americana d’Angel Olsen et les chaleureuses chansons houellebecquiennes machouillées d’Arab Strap. Sympa le Mac, mais je comprends pas trop l’engouement massif autour du Gus. Très Feel Good en tout cas et rigolo … Pour Ty Seagall, faudra qu’on me explique à nouveau car je préfère un bon plat mijoté à une bouillie difforme … Bref, vivement le BBMix festival et dieu que le MoFo festival ( première mouture ) me manque. Bises !

  2. M Cotton

    Merci pour votre review toujours aussi sérieuse et pointue 🙂

    Par contre, pour ce qui est de Jesus & co: « Assez curieusement, les nouveaux titres, en nombre dans la setlist, ne déparent pas et s’intègrent sans peine dans le set. », est ce parceque tous leurs morceaux se ressemblent EN FAIT? (sans mauvaise foi je précise)

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