[Route du Rock 2026] – Vendredi, c’est permis !

La Route du Rock – Crédits Photo : © Mathieu Foucher

Ça y est, vous êtes bien rentrés dans le festival ? Prêts à fourbir vos armes pour la seconde journée de la Route du Rock ? Avant d’y retourner, revue en détail de la programmation de ce qui vous attend au Fort St Père (et au théâtre -sic !) ce vendredi 14 août.

Christophe Brault, la conférence

Comme chaque édition, vous pourrez commencer cette journée de festival avec l’ami Christophe Brault pour une de ces conférences érudites, passionnées et passionnantes dont il a le secret.

Cette année, pour la collection été, notre cher Christophe (que vous pouvez ici écouter tous les mois dans Music Machine pour une sélection mensuelle de nouveautés rock et un retour historique sur les oldies) s’interroge sur le passage progressif des quatuors et quintets (Beatles, Rolling Stones, The Who, The Kinks, Pink Floyd…) aux power trios et aux duos (Cream, The Jimi Hendrix Experience, Suicide d’abord, Nirvana, Daft Punk ou les Sleaford Mods ensuite…) voire au.à la musicien.ne désormais seul.e derrière son laptop !

Comme toujours, il faut chercher du côté des évolutions technologiques qui transforment progressivement les contraintes musicales (un mur d’amplis pour grossir le son des guitares -le stack, inventé par Jim Marshall-, un synthé qu’on peut transporter sur scène, des machines qui permettent de faire autant de barouf seul qu’avec un orchestre…). Mais aussi, sûrement du côté des contraintes économiques (plus facile de tourner en duo ou seul plutôt qu’à six ou sept !). Christophe Brault vous propose de vous expliquer tout cela en détails avec la fougue qu’on lui connaît. L’année dernière, pour les raisons que certain.es connaissent, mais aussi pour avoir délivré une fois encore une conférence passionnante, Christophe avait eu droit à une standing ovation hyper méritée. Vous êtes prévenu.es, ne le manquez pas !

Christophe Brault sera en conférence au Théâtre Chateaubriand à St Malo le vendredi 14 août à 14h.

Une petit tête dans les flots pour commencer ?

La Route du Rock – Crédits Photo : ©Titouan Massé

Comme chaque année, on ne saurait que trop vous conseiller d’aller profiter du festival sur la plage Bon Secours les après-midis à St Malo. Les doigts de pied en éventail face à la mer, vous pourrez découvrir nos chouchous québécois Bibi Club et leur avant pop arty diablement émouvante aujourd’hui. C’est Barely Lit Path (un hommage à Oneohtrix Point Never ?) qui prendra les platines juste avant avec une sélection qui devrait naviguer entre morceaux actuels (RnB, hyperpop) et IDM dès 13h30 (à noter, c’est elle qui vous fera également danser jusqu’à l’aube au Fort St Père pour le dj set final de ce vendredi).

Alice Costelloe, du tumulte à la lumière

Alice Costelloe – Crédits Photo presse : © Bex Aston

On commencera ensuite la soirée au Fort st Père avec la co-fondatrice du duo indie pop Big Deal, la Londonienne Alice Costelloe, dont l’ascendance doit certainement être lourde à porter quand on embrasse la carrière artistique (le peintre Lucian Freud, et avant lui Sigmund bien sûr, ou encore la créatrice de mode Bella Freud entre autres), notamment un père lui ayant bien pourri la vie du fait de ses addictions. Aussi, après l’aventure transatlantique avec Kacey Underwood (Big Deal donc), une poignée d’Eps (So neurotic en 2023, When it’s the time en 2024, Anywhere else en 2025 si on ne se trompe pas) et les tournées à la basse avec les Britanniques de Superfood, la musicienne se retrouve avec du temps pour elle, et une fenêtre de tir de six mois pour composer un premier album solo. Elle se lance alors dans la composition de morceaux « horribles » (c’est elle qui le dit, pas nous !) liant Londres et figures mythologiques grecques, imaginant qu’elle seule ne pourrait suffire (« I had this weird idea that I wasn’t enough and I needed to make it somehow grander, lyrically » , confie-t-elle à DIY).

Elle entend alors un morceau de Lump (le duo composé de Laura Marling et du co-fondateur de la folktronica de Tunng, Mike Lindsay) par hasard et s’y trouve surprise par  « la beauté et la chaleur du son, mais aussi par son originalité. Il y avait tant d’éléments étranges et ludiques que [elle] n’avai[t] jamais entendus auparavant » . Elle découvre qu’elle en a assez des guitares (ou plus exactement de la relation qu’elle-même entretient avec la guitare) et qu’elle a envie d’explorer un nouvel univers sonore. Dans le même mouvement, après avoir essentiellement écouté des musiciens, avec la peur du faux pas loin du cool (les règles intrinsèques de Big Deal, sur ce qui peut se faire ou non), elle commence à écouter des musiciennes (Cate Le Bon, Weyes Blood, Joni Mitchell) et s’autorise enfin à s’apprivoiser, à s’écouter, à écrire des chansons plus intimistes, sans se sentir « trop féminine » ou « vulnérable » .

Signée sur Moshi Moshi, elle contacte logiquement Mike Lindsay pour enregistrer dans son studio de Margate, avec tout plein de synthés et d’orgues vintage (dont elle n’aurait pas à créer le son sur des plugins devant son ordi !), achète une flûte à soixante livres, et comprend surtout que c’est d’elle-même que doit venir cet album. En parallèle, une thérapie (l’EMDR, utilisée pour combattre le stress post traumatique) lui permet alors de remettre sa relation à son père à une distance moins dévastatrice (si elle ne peut changer le passé, elle peut faire évoluer la relation qu’elle entretient avec lui). C’est donc de lui et de ses addictions, mais aussi de sa disparition, dont parlera cet album, forcément triste par son sujet, mais remarquablement lumineux dans ses arrangements (plein de flûte et de synthés, donc). Épaulée par Jono Helsby aux percussions et par Mike Lindsay (enregistrement, production, synthés, guitare, basse), Alice Costelloe y dépose un chant aérien (parfois juste avant les larmes comme sur le final Is there something (Goodbye)), des guitares (quand même finalement), des notes aux claviers, à la flûte, qui trouvent leur juste et tendre place dans un disque éminemment personnel. Si on s’interroge légitimement sur comment les arrangements de ce Move On With The Year (Moshi Moshi, février 2026) se trouveront transposés en live, on est d’ores et déjà conquis par l’intégrité et la délicatesse art pop de cet album et on se réjouit de le découvrir sur la scène de la Route du Rock.

Alice Costelloe sera en concert sur la scène des Remparts à 18h30.

Dry Cleaning

Dry Cleaning – Crédits Photo presse : DR

Déjà venus au Fort St Père en 2023, les Britanniques de Dry Cleaning sont de retour à la Route du Rock pour présenter leur troisième et dernier album en date sorti en janvier, Secret Love et on se réjouit de leur retour, tant on aime cette alliance de guitares anguleuses et de spoken word sec et incisif. Formé en 2018, le quatuor rassemble la chanteuse/parleuse Florence Shaw, le guitariste Tom Dowse, le bassiste Lewis Maynard et le batteur Nick Buxton. Si on était honteusement passé à côté des deux premiers eps des Londonien.nes (Sweet Princess Boundary en 2018 et Road Snacks and Drinks en 2019), on avait immédiatement adhéré à l’écoute de leur premier album, New Long Leg sorti en avril 2021 sur 4AD (ils racontaient avoir imprimé une pochette pour un de leurs morceaux à leurs débuts en y incluant le logo du label indé pour la blague, sans se douter de pouvoir y signer un jour). La faute donc à ce spoken word désincarné totalement inattendu dans ses paroles étranges (au hasard « I just need to be weird and hide for a bit/ And eat an old sandwich from my bag » ) qui se greffe sur des morceaux qui citent avec le même bonheur Pylon, Television, la jeunesse sonique ou les Feelies, des développements de 3 à 4 minutes à géométrie instable et un paquet de bonnes idées mises en boîte par John Parish dans un studio du Pays de Galles. Un disque qui ne s’use pas à force d’écoutes : de l’hyper addictif Scratchcard Lanyard inaugural au long final Every Day Carry strié d’expérimentations soniques.

Parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, la bande retrouve John Parish pour Stumpwork (2022, 4AD), à la pochette dont l’humour ne laisse personne indifférent.e (un savon et des poils pubiens, on vous laisse juge). Malgré un Gary Ashby accrocheur qui parle d’une tortue aux sons de riffs Marr-iens et Don’t Press me à la flûte blagueuse et au format pop, le disque demande plusieurs écoutes pour se laisser apprivoiser complètement. Un second album moins évident et immédiat, certes, mais truffé de détails passionnants et dont certaines sonorités (sur Anna calls from the artic et Icebergs) nous rappellent avec bonheur les derniers disques de Cate Le Bon. On n’était pas loin puisque pour son troisième album, Secret Love (janvier 2026) le quatuor du South London décide de travailler dans des studios différents avec divers producteurs.trices. Dont Cate Le Bon.

L’album (à la pochette toute aussi marquante) sera donc écrit entre Chicago dans le studio The Loft de Wilco avec Jeff Tweedy qui passe la tête par la porte pour faire quelques commentaires et les laisse travailler seul.es, Dublin avec Daniel Fox et Alan Duggan de Gilla Band aux Sonic Studios qui ont poussé le groupe déjà amateur de changement vers des extrêmes plus poussés (le morceau Sliced by a Fingernail pas sur l’album mais sorti en single en mars) et l’Anjou (!) au Black Box de Peter Diemel avec Cate le Bon, donc.

En émergent 11 titres et un peu plus de 41 minutes qui continuent d’explorer avec un insolent talent l’univers de Dry Cleaning, sans jamais s’imposer de frontières. Pour preuve le funk bowie-esque (dynamité par Robert Fripp !) du morceau d’ouverture Hit my head all the day ou plus loin les guitares acoustiques qui se mêlent au saxophone de Bruce Lamont (Yakuza) sur Let me grow and you’ll see the fruit sans oublier les guitares distordues sur la rythmique martiale et indus de Rocks ou les nappes synthétiques caverneuses d’I Need you pour n’en donner que quelques exemples. Le spoken word de Florence Shaw s’y fait moins atone et la Londonienne chante même sur quelques titres (Secret love -concealed in a drowing of a boy-, The Cute thing, le très indie pop Joy). On y salue aussi particulièrement l’inventivité de Tom Drowse à la guitare qui parvient à nous faire constamment dresser l’oreille sur cet album encore. Avec ce troisième essai largement transformé, Dry Cleaning confirme qu’il est un groupe passionnant qui, en gardant le même cadre, continue toujours d’explorer. On a donc bien hâte de les entendre à nouveau sur la scène de la Route du Rock.

Dry Cleaning sera en concert sur la scène du Fort à 19h25.

Moin, trio oblique

Moin – Crédits photo presse : DR

On poursuivra la soirée avec Moin, qui vient aussi en partie d’Angleterre, puisqu’il adjoint Joe Andrews et Tom Halstead du duo électro oblique Raime (Quarter turns over a living line en 2012 et Tooth en 2016 chez Blackest Ever Black) et la non moins oblique et passionnante percussionniste et compositrice italienne Valentina Magaletti dont on adore ici tout autant les groupes (le si regretté Tomaga, mais aussi Better Corners avec Matthew Simms de Memorials, le psychédélisme jazz de Vanishing Twin passé par la Route du Rock en 2022, le dub claustrophobe d’Holy Tongue…) que les collaborations (de Jandek (!) à Mica Levi, en passant par Thurston Moore, Upsammy, Olivier Mellano ou Fred Frith, ou encore sa prestation sur la batterie en porcelaine d’Yves Chaudouët et on en passe, tellement !). Les deux producteurs britanniques y reviennent à un format autour des guitares : « La batterie, la basse et la guitare sont le point de départ. Cette limitation est libératrice pour nous. Je pense qu’au sein de la sphère électronique, les possibilités sont infinies… Nous avions besoin d’un exutoire plus spontané, s’inscrivant dans un format déjà établi. » expliquaient-ils à Truant. Les trois évoluent donc dans la contrainte d’un format qu’ils éclatent constamment.

En mélangeant les percussions denses et sensibles de Valentina Magaletti, à la guitare et aux textures électroniques, en leur y adjoignant des samples vocaux, puis progressivement au fil des enregistrements en invitant différentes « chanteurs.euses » (sur leur troisième long format, on entend ainsi Olan Monk -Guess It’s Wrecked-, le flow de de Coby Sey –We Know What Gives-, le spoken word de Sophia Al-Maria -Family Way, Lift You- ou James K – What If You Didn’t Need a Reason -), Moin définit un son donnant à sa musique une forme en perpétuelle mutation. Après un premier album Moot! (2021) délicieusement déstructuré et heurté sur le label de Nic Tasker AD 93 suivi de Paste en 2022 et de You Never End en 2024, un dernier fascinant ep en 2025 (Belly up), le trio a signé chez 4AD cette année, on imagine pour un nouvel album à venir. On espère qu’on en découvrira les prémices à la Route du Rock. Un concert qu’on pressent d’ores et déjà aussi dense que captivant.

Moin sera en concert sur la scène des Remparts à 20h30.

Mogwai, dans le mur du son

Mogwai – Crédits photo presse : © Steve Gullick

Autres habitués du festival, on retrouvera ensuite les Écossais de Mogwai pour leur quatrième fois à la Route Du Rock. On les avait vus dans le noir avec capuches et casquettes vissées bien profondément sur la tête en 2006 puis plus détendus et (un peu) plus communicatifs en 2011. Les voilà de retour pour célébrer, on espère avec classe, leurs trente années d’existence.

A la fin des années 1990, les deux écossais Stuart Braithwaite (guitare) et Dominic Aitchison (basse) fondent avec leur pote Martin Bulloch le groupe Mogwai. Ce nom emprunté à la créature mignonne et velue se transformant en zébulon démoniaque dans le film Gremlins de Joe Dante, « n’a pas de sens particulier, et nous avons toujours eu l’intention d’en trouver un meilleur, mais comme beaucoup d’autres choses, nous ne l’avons jamais fait. » avoue Braithwaite. Le trio va d’emblée poser un des jalons du style post-rock avec leur très remarqué premier album Mogwai Young Team sorti chez Chemikal Underground en 1997.

Conçu comme un seul long morceau, le disque presqu’intégralement instrumental prend le temps de bâtir de longues plages atmosphériques parcourues de telluriques déflagrations soniques. Ce style qui fera à la fois leur renommée et leur embarras car ils déclinent l’étiquette chaque fois qu’ils le peuvent, ils vont pourtant le peaufiner au fil d’un impressionnante discographie flirtant avec la trentaine d’albums si on compte les lives et les Bandes Originales. Il se révèlent d’ailleurs fort habiles dans ce dernier exercice et on vous conseille hautement leurs musiques composées pour les séries Les revenants, The bombing of Pan Am ou les ballets avec balle de Zinédine Zidane dans le fascinant documentaire Zidane : Un portrait du 21e siècle de Douglas Gordon et Philippe Parreno.

Après deux rééditions très réussies en 2023 via Chemikal Underground Records de leurs deux premiers albums Mogwai Young Team et Come On Die Young, le groupe a sorti en 2025 The bad Fire sur son propre label Rock Action. Ce onzième disque au titre emprunté à la parabole écossaise désignant l’enfer, est forcément sombre mais pas plombant. Malgré de douloureuses épreuves familiales durant sa composition, on notera en effet la volonté de célébrer leur trente années d’activité tout en jouant avec leur acquis avec, par exemple, la présence de synthés tout droit sortis des films de John Carpenter, d’un vocoder délicat ou de titres étonnamment aériens.

En live, Mogwai devrait encore une fois nous offrir une expérience hautement physique avec son « rock qui se vit, au moins autant qu’il ne s’écoute. » comme on dit sur Arte Live Web. Leurs murs de son réussissent l’exploit d’être aussi imposants tout en restant toujours très mélodiques et on apprécie de se laisser porter par ces voyages sonores même si le style et l’intériorité de l’expérience ne conviendront sûrement à tout le monde dans les conditions d’un festival.

Mogwai sera en concert sur la scène du Fort à 21h25.

Baxter Dury, un dandy pour danser

Baxter Dury – Crédits photo presse : © Tom Beard

En guise de fidèles des lieux, le très anglais Baxter Dury se pose là. Avec deux venues à la collection hiver de la Route du Rock (2006 et 2012, si on se souvient bien) et deux escales estivales en 2014 et 2022, le voilà de retour sur la grande scène du Fort ce vendredi 19 août ! Depuis Happy Soup, sorti en 2011, le Britannique a réussi à se faire un prénom après deux premiers essais restés confidentiels (en termes de ventes, du moins) Len Parrot’s Memorial Lift en 2002 et Floor Show en 2005, notamment grâce à ces 10 titres à la simplicité directe où s’entremêlent la voix grave du songwriter et celle omniprésente et légère de Madelaine Hart aux chœurs. Épurée, aux arrangements minimalistes, la musique de Baxter Dury gagnait pourtant en luminosité sur ce troisième album. Sa basse ronde et ses chœurs sautillants et élastiques vous donnant même parfois envie de vous trémousser avec un flegme tout britannique (on pense à Claire ou à la dernière partie de Leak at the Disco par exemple).

Ont suivi depuis ce coup de maître It’s a Pleasure (2014), Prince of tears (2017), The Night Chancers (2022), mais aussi B.E.D. surprenant plan synthétique à trois avec Etienne De Crecy et Delilah Holliday. Après un album plus sombre (I Thought I Was Better than you en 2023), Baxter Dury est revenu l’an dernier avec Allbarone (2025), produit par Paul Epworth, aux ambiances plus électroniques et clairement taillé pour le dancefloor.

Sans oublier ce qui a fait son succès depuis Happy Soup : le charisme déglingué, la classe nonchalante et l’humour flegmatique. Le dandy devrait une fois de plus conquérir le cœur des festivaliers.ères. De notre côté, on appréhende quelque peu depuis ses passages estivaux. Si ses deux concerts hivernaux à la Nouvelle Vague nous avaient enchanté.es, on était resté de marbre devant les gesticulations grotesques du bonhomme lors de son passage en 2022. Etait-ce juste le concert raté d’un frontman en légère méforme ou bien est-ce le format en extérieur qui ne sied pas à son répertoire plus intimiste ? Nous attendons de voir si les arrangements scéniques d’Allbarone permettront de faire bouger le Fort Saint-Père.

Baxter Dury sera en concert sur la scène du Fort à 23h15.

Sprints, pyromanes irlandais

Sprints © David-Willis

En matière de boute-feu de cette édition, on met une petite pièce sur les Dublinois de Sprints. Menée par la charismatique Karla Chubb, la bande est également composée de Sam McCann, Jack Callanet et du nouveau guitariste Zac Stephenson. La couverture incendiaire de leur premier album annonce clairement la couleur : leur garage punk est là pour vous chopper par la nuque et ne pas vous lâcher jusqu’à la dernière note.

Pour All That Is Over, leur deuxième album, de nouveau produit par Daniel Fox (Gilla Band), le groupe ne perd pas vraiment en intensité mais gagne par contre en nuances. Du lancinant Abandon aux accents flamenco de l’ample final Desire, en passant par le débridé Descartes, le groupe montre qu’il est capable de reliefs tout en gardant son énergie rageuse. La réputation scénique du groupe étant plus qu’élogieuse, on fait le pari que cela devrait être un joyeux bordel devant la scène des Remparts lors de leur passage. On croise aussi les doigts pour le groupe nous offre leur épatante reprise de Deceptacon, l’imparable tube de Le tigre.

Sprints sera en concert sur la scène des Remparts à 0h35.

Marie Davidson, Hard Times, Furious Dancing

Marie Davidson © alter1fo

Qui de mieux pour quasi conclure la soirée qu’une des figures les plus aventureuses et singulières de la foisonnante scène indépendante canadienne ? La musicienne et productrice franco-canadienne Marie Davidson semble en effet parfaite pour tenir ce rôle.

La Montréalaise a démarré sa foisonnante carrière dans le duo Les Momies de Palerme avec Xarah Dio. Leur album de 2010, Brûlez ce coeur, est une des plus fascinantes références du mythique label Constellation Record. Elle a ensuite multiplié les collaborations de grande classe avec David Kristian, le projet orchestral Land of Kush ou le sublime et passionnant projet Coin Coin Chapter One: Gens de couleur libres de Matana Roberts.

Elle a aussi marqué l’électro minimale avec l’album Demain est une autre nuit de 2016 du duo Essaie pas en compagnie de son complice Pierre Guerineau. Parallèlement, elle a également sorti des disques en solo dont le troisième Adieux au dancefloor disséquait avec malice et acuité son rapport ambivalent à la dance music et la culture club.

Elle a depuis enchainé les albums marquants avec Working Class Woman chez Ninja Tune en 2018, Renegade Breakdown sur le même label en 2020,et enfin le très beau City of Clowns en 2025 chez Deewee. Se moquant des barrières stylistiques des musiques électroniques, elle y mêle introspection, electro clash, italo disco, techno acérée et spoken word aux paroles aiguisées comme des scalpels pour disséquer les monstrueuses méga-entreprises de la tech. Sur scène, la dame nous a fait une épatante démonstration de sa vitalité bondissante et hautement communicative lors de la dernière édition de Kool Thing à l’Antipode. De quoi donc danser jusqu’à bout de forces tout en gardant un oeil acéré sur le monde actuel.

Marie Davidson sera en concert sur la scène du Fort à 1h40.

The Femcels, impertinente adolescence

The Femcels – Crédit photo presse : © DR

Avant le dj set final de Barely Lit Path dont on vous parlait plus haut, place au duo venu des contrées anglaises, The Femcels qui devrait facilement faire dresser l’oreille des amateurs et amatrices d’une electro pop DIY sautillante et punk lo-fi qui ne se prend pas au sérieux (à la manière de The Go ! team). Un brin décalée, souvent du versant chiptune de la force, la musique des Londoniennes se décline en morceaux courts (punk quand tu nous tiens) aux titres souvent à rallonge, pot pour rire fourmillant d’idées crasses. Toutes jeunes, Rowan Miles et Gabriella Turton n’ont concrétisé leur projet qu’il y a deux ans à peine, en buvant suffisamment, dit la légende, pour aller enregistrer en une nuit quatre morceaux en studio… qu’elles n’avaient même pas encore composés ! Gentiment impertinentes, avec leurs tenues bigarrées mélangeant les genres, les deux se sont trouvées invitées sur scène par Charli XCX pour l’un de ses concerts Londoniens en juillet, bondissant sans prise de tête à qui mieux mieux devant un public les bras en l’air.

Précédé de deux singles He Needs me et Ur not my friend sortis en 2025, leur premier album I have to get hotter (2026), produit par Ike Clateman (du duo Bassvictim) mélange avec la même énergie survitaminée beats déstructurés, bleeps électroniques, hymnes braillés, gros fuck hurlé qui fait rire les copines, discussions sans queue ni tête à bâtons rompus et mélodies acidulées chantées d’une voix claire finies dans un rugissement éraillé. Des sons de téléphones en arrière-fond, une attitude de slacker nonchalantes, à la recherche du cool sans pour autant en être dupes, les deux croquent les attermoiements adolescents, avec une expressivité aussi loufoque que fondamentalement mélancolique (« i kiss my mirror to overcome my fear » répètent-elles en boucle dans I’m so fat), planquée bien sûr à grands renforts de rires trop forts et d’électro qui bave sur le trait. Is loser an emotion you feel too ? demandent ainsi les deux enfants terribles, avant de doubler leur chant chuchoté à l’unisson d’une seconde voix braillée. Insouciance my ass, oui !

 The Femcels seront en concert en aftershow à partir de 2h55.

On s’y retrouve tout à l’heure ?

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La Route du Rock a lieu du 12 au 15 août 2026.

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