photos (C) Titouan Massé
Compte rendu écrit à six mains par Isa, Mr. B et Yann
C’est parti pour ce troisième jour de festival, au Fort St Père, qui affiche complet depuis des lustres du fait de la venue de Fontains D.C. pour leur seule et unique date en France cet été. Et de mémoire de festivalier.es, on aura rarement vu le Fort bondé à ce point (à la mesure de la venue de Cure en 2005). Pour preuve, dès l’ouverture des portes à 17h30, les premiers fans courent (littéralement !) se poster devant la grande scène (pour un concert qui ne commencera qu’à 23h45 !), restant plus de six heures sans bouger devant les crash barrières. Nous, on préfère la toute aussi inédite option glaces avant de commencer cette dernière belle salve de concerts. On vous raconte (les concerts, pas la glace !).
Snuggle
photo (c) Brice Delamarche
Du fait de soucis de santé, Ciel , initialement programmé a été remplacé par les Danois.es de Copenhague Snuggle, qui se sont comme beaucoup rencontré.es sur les bancs du désormais célèbre conservatoire de musique rythmique (RMC) de Københaven. Rejoints à la batterie en live par Bjarke Kjemtrup (Morning), le duo composé d’Andrea Thuesen Johansen (également membre du trio Baby in Vain) et Vilhelm Tiburtz Strange (auparavant guitariste de feu Liss, avant le suicide de son leader Søren Holm) a déjà un sacré nombre de concerts au compteur (et une quarantaine de dates prévues entre la fin de l’été et l’automne). Gibson SG à la main pour Andrea Thuesen Johansen, Godin LG3 blanche pour Vilhelm Tiburtz Strange, les Danois.es se proposent de nous faire commencer cette dernière journée au Fort tout en douceur, à l’image de leur premier album Goodbyehouse (2025, Escho), ce qui n’est pas de refus après les deux jours marathons précédents.
photos (C) Titouan Massé
Ca commence par les arpèges très doux de Sticks, soulignés par une délicate batterie et le chant d’Andrea Thuesen Johansen dont le médiator calé dans une chaussette-bas est des plus inédits. Les deux guitares se répondent, l’un et l’autre passant de fingerpicking en accords plaqués (pour Andrea) ou d’accords grattés en arpèges joués au médiator (pour Vilhelm), notamment sur le très joli pont de Marigold un peu plus loin. Leurs deux voix se mêlent également davantage que sur l’album (du moins la voix de Vilhelm qui y était mixée en retrait trouve ici une marge d’expression plus franche), ce qui dynamise plutôt joliment la prestation live. Tout comme quelques sonorités électroniques délicates lancées sous forme de samples par le batteur, notamment sur Driving me crazy et sa guitare jouée au vibrato sur le final ou le très pop Sun Tan qui suivent. Souriant et rassuré, Vilhelm nous fait part de ses craintes initiales de jouer devant un public clairsemé et de son soulagement de nous voir aussi nombreux.ses devant la scène (merci l’ouverture des portes à 17h30 qui permet enfin à un public conséquent de profiter du premier concert – et aux groupes de jouer devant du monde-).
photo (c] Nicolas Joubard
Avec ses textes à la mélancolie douce-amère, ses guitares et ses voix allégées de réverb’, ses mélodies comme des nuages de sucre glacé, on se dit que tout en ayant digéré les influences dream pop/shoegaze des nineties, Snuggle suit sans trop rougir les traces de la scène pop indie américaine (au hasard Soccer Mommy, Snail Mail, Phoebe Bridgers,…) et on se laisse porter par ce joli équilibre entre intimité et douceur. La voix haut perchée d’Andrea, qui joue tout en chassé-croisé avec celle de Vilhelm sur le refrain de Carsick, étoffé en live, le dépouillement du très downtempo Water in a pond (un morceau sur Copenhague, nous a expliqué Andrea), la mélancolie de Woman Lake, mais surtout cette capacité à monter en puissance avec douceur (c’est possible) dans chacun de leurs morceaux sied parfaitement à ce début de soirée ensoleillé. Avec son nom fort approprié (snuggle = câlin) convoquant les brumes chaleureuses plutôt que les brouillards angoissants et électriques, la dream pop un poil shoegaze de Snuggle se révèle aussi cosy qu’enveloppante. Le set s’achève sur un Dust (adéquat, souffle Andrea alors que bien entouré.es de t-shirts, casquettes, tatouages à l’effigie de Fontains D.C., on respire par amples vagues des nuages de poussière) et ses guitares aériennes. Alors, oui, rien de nouveau sous le soleil ici – ou plutôt dans les brumes de la dream pop, mais Snuggle nous aura parfaitement mis sur les rails de cette dernière soirée. Et ça tombe bien puis que c’est Aldous la magnifique qui suit.
Aldous Harding
photo (c) Brice Delamarche
Parmi les annonces préliminaires qui se sont succédées pour cette édition 2026 de la Route du Rock, celle de la venue d’Aldous Harding est sûrement une de celles qui nous a le plus enthousiasmé.es. Depuis 2015 et au fil de quatre albums tous plus épatants les uns que les autres, cette Néozélandaise née Hanna Claynails Harding n’en finit pas de tracer une route d’une réjouissante personnalité. Son premier album sans nom, sorti en 2014, réussissait l’exploit d’à la fois s’inscrire dans une grande tradition de folk sombre et intimiste (Kate Bush, Joan Baez, Joni Mitchell, Vasti Bunyan…) tout en ayant déjà un grain qui n’appartient qu’à elle. Avec les trois albums qui vont suivre : Party (2017), Designer (2019), Warm Chris (2022), et tout récemment Train on the Island (2026), tous sortis chez 4AD et produits par le grand John Parish, elle va progressivement, et avec beaucoup de bonheur, élargir son terrain de jeux. Il y a parfois des instants où la magie dépasse les plus folles attentes. Il y a celles et ceux (nous en sommes) qui attendaient fébrilement de découvrir le set, et les spectateur.ice.s qui découvraient l’artiste néozélandaise. Mais tout le monde s’est fait cueillir, au-delà de tout. Tentative d’explication d’un moment rare qu’il fallait vivre pour pleinement le comprendre.
photos (C) Titouan Massé
Ce qui nous a fasciné.es tout d’abord, c’est la manière dont Aldous vit ses chansons : des mouvements de bras délicats sur l’introductif Train On The Island au regard qui s’échappe vers le ciel lorsqu’elle joue de la guitare, elle habite littéralement les morceaux et nous embarque avec elle dans son univers singulier. Avec un naturel désarmant, notamment quand elle s’allonge sur scène pendant un solo de harpe. Parce qu’elle s’allonge sur scène pour écouter la harpe. Réellement. Elle est également entourée d’un backing band de luxe, composé de multi-instrumentistes immensément talentueux. Le groupe groove à merveille (Passion Babe) mais sait également jouer tout en nuances (San Francisco). Chaque partie instrumentale relève de l’orfèvrerie, de la délicate pedal-steel (Worms) d’Harry Bohay à la magnifique harpe de Mali Llewelyn, et on tutoie la perfection au détour de chaque note.
photos (C) Titouan Massé
Et puis il y a ce chant, tour à tour évanescent, troublant, malicieux. Enfin plus exactement ces chants. Ceux délivrés avec le cœur par Aldous Harding, artiste aux voix multiples, qui passe d’un timbre grave à une voix quasi enfantine avec une aisance déconcertante (Leathery Whip). H. Hawkline, compagnon de route de longue date, change lui aussi de tessiture en contrepoint parfait. Et ces choeurs… Sur Imagining My Man, on effleure le sublime. Et Treasure nous submerge d’émotion, littéralement. Aldous Harding a ce don de vous faire pleurer, pour mieux sécher vos larmes avec une ritournelle enjouée (Venus in the Zinnia). On reste bluffé par la qualité des compositions, qui fourmillent d’idées, et dont l’ambiance peut brusquement changer sans perdre le fil du morceau (What am I gonna do?). Une pop subtile et délicate, que l’artiste saupoudre de quelques grains de folie : mélancolie et euphorie, intimité et excentricité s’équilibrent à merveille.
photo (c) Brice Delamarche
Les arrangements sont sublimes, le son est d’une justesse absolue : on a l’impression de vivre un moment complètement intemporel, et les silences du public en sont le parfait reflet. Entre chaque morceau, après des applaudissements nourris, le public du Fort se fait soudainement silencieux, laissant Aldous accorder sa guitare avec un infini respect. De mémoire de festivalier.es, on n’avait jamais vu autant de monde à 19h30. Et on a rarement pu apprécier une telle écoute. Aldous Harding clôt le set avec l’ensoleillé Designer, sous une standing ovation de bras levés. On ressort de là en apesanteur, et on mettra un long moment à redescendre de notre petit nuage. Avec une certitude absolue : on vient de vivre Le concert de cette édition. On n’aura jamais les mots suffisants pour décrire cette parenthèse enchantée : on remercie juste Aldous Harding et ses musicien.es d’avoir partagé avec nous ces instantanés poétiques, mélancoliques et lumineux.
Ulrika Spacek
photo (c) Gaelle Evelin
C’est donc la tête encore dans les cieux de ce moment magique que nous retournons vers la scène des remparts retrouver les Britanniques d’Ulrika Spacek. On avait découvert la bande défendant leur premier album The Album Paranoïa (sorti chez Though Love) lors d’un concert fébrile mais plein de promesses en ouverture de soirée de l’édition 2016 de la Route du Rock. Depuis, les cinq (Rhys Edwards au chant et à la guitare, Rhys Jenkins à la guitare, Joseph Stone à la guitare et aux claviers, Syd Kemp à la basse et Callum Brown derrière la batterie) ont sorti trois autres albums. Modern English Decoration enregistré à la « maison » (Ken) sorti en 2017 (Tough Love), qui a vu les trois autres musiciens davantage participer à la composition, d’abord, puis le douloureux et exutoire Compact Trauma (Full time hobby, 2023), qui comme son nom l’indique, n’a pas été enregistré tranquillement au fil de l’eau (entre le sentiment d’être dans l’impasse pendant la composition et le coup de frein dévastateur de la pandémie). Expo, enfin, (Full time hobby, février 2026). Sans compter d’autres projets, tel Astrel K (aka Rhys Edwards) qu’on a pu voir au Pies Pala Pop en 2024 notamment ou un enregistrement live (Live to 388, 2024).
photos (C) Titouan Massé
Avec leur dernier album studio en date, Expo, donc, les Britanniques ont décidé d’allier organique et électronique dans un même mouvement : « Notre musique a toujours fonctionné comme un collage, une sorte de patchwork sonore ; mais ce qui fait de cet album une étape marquante pour nous, c’est que nous sommes allés plus loin en créant notre propre banque de samples. »
photos (C) Titouan Massé
Malgré nos grandes attentes, on va avoir du mal à entrer dans leur concert. Ce n’est clairement pas la faute du quintet, mais les charmes du concert d’exception de la magicienne Aldous Harding ne se laissent pas aussi rapidement dissiper. Heureusement, les Ulrika Spacek vont rapidement reconquérir toute notre attention et ce n’est pas le plus mince des exploits. Ils vont y parvenir principalement par la grâce et la force de leur collectif scénique. Le groupe joue ses compositions de pop élégamment psychédélique avec une unité et une complicité remarquable. On constate avec un grand plaisir que les cinq ont amplement gagné en épaisseur et en présence scénique depuis dix ans. Entrelacs de guitare fascinants, arrangements vocaux somptueux, rythmiques à la fois euphorisantes et élégantes, utilisation des samples d’une grande richesse et finesse, le set est très impressionnant. De plus, tout ça est joué comme un seul homme avec une énergie collective d’une immense générosité. Afin d’ajouter une petite dose de trouble, des projections à l’étrangeté parfois inquiétante (on passe de fiches techniques hypnotiques à de traumatisantes images de détartrage) habillent le fond de scène. Comme quoi leur sens du détail redoutable dépasse même leur musique. En fin de set, Rhys Edwards exprime avec une sincérité désarmante leur émotion et son plaisir d’être de retour dans un festival qui les a soutenus dès leurs débuts. Plaisir (et émotions) partagés.
Kurt Vile & The Violators

photo (C) Titouan Massé
Bon, on n’est pas les plus grand.es fans du monde de Kurt Vile and the Violators, projet solo du co-fondateur de The War on Drugs, joué à plusieurs (avec les Violators, donc), qui enchaine alors sur la grande scène. Pourtant, même si la discographie du natif de Philadelphie ne nous émeut pas vraiment (une dizaine d’albums de folk d’abord lo-fi puis de plus en plus incisifs et tranchés, qui flirtent parfois avec le psyché, parfois avec une écriture plus classique très américaine), on doit reconnaitre que le début du set joué essentiellement à la guitare folk par le garçon à l’éternelle chemise à carreaux ne nous déplait pas. Des sonorités de Red Room Dub instrumental issu de son dernier opus, Philadelphia’s been good to me (chez Verve Records) qui marque un retour vers le lo-fi des débuts et dont la signalétique s’affiche en fond de scène, au plus ancien et gentiment lancinant Bassakwards (2018), en passant par l’entrainant Zoom 97, les compos laid-back de Kurt Vile ne sont pas des plus pénibles. Jesse Trbovich l’y accompagne essentiellement à la guitare mais joue aussi des claviers sur la droite de la scène et les autres Violators (Kyle Spence à la batterie, Adam Langellotti à la basse, Matthew Jugenheimer aux claviers, si on ne se trompe pas) ne sont pas en reste, ponctuant chaque morceau d’arrangements aussi flegmatiques que bien sentis.
photo (c] Nicolas Joubard
Làs, la voix plus trainante sur Rock o Stone, suivie d’un 99PM qui le voit reprendre la guitare électrique et aligne tous les passages obligés du classic rock américain (on n’est définitivement pas solo à la gratte) nous ennuient profondément. Et pire, ça s’étire, ça s’étire à l’envi (oubliez le format pop des 3 ou 4 minutes, penchez plutôt pour les 8-10 minutes par titre). On a tout de même un petit sursaut (léger, hein) sur Girl called Alex, parce que Kurt y reprend la guitare folk (avec un joli pont à la six cordes dans le noir, notons-le).
Mais les « wou wou » et la douze cordes de Like exploding stones ne suffiront pourtant pas à nous distraire (ni même ses quelques notes de claviers joué par Kurt Vile) et la suite du set, essentiellement à la gratte électrique pour Kurt Vile (avec un bottleneck sur Mounty Airy Hill) est un long tunnel, nonobstant la sympathie et la générosité d’un garçon qu’on ne remet pas en cause. Comme on n’a rien de mieux à faire, on trompe notre ennui poli comme on peut, en détaillant les guitares que le musicien de Philadelphie utilise, changeant de modèles à quasi chaque morceau (vieille Gretsch, étrange douze cordes rouges, Gibson SG, jazzmaster et des modèles qu’on n’a jamais vus). On se réveille quand même un peu sur le plus pop rock Chance to bleed qui précède un Pretty Pippin sautillant et même sympathique. Bref, si on reconnait sans peine l’humilité et la sincérité du garçon, tout comme la qualité de ses morceaux pour qui est sensible à ce slacker folk rock, teinté d’americana et de classic rock (une grande partie du Fort y adhère complètement) et leur impeccable exécution en live, on est soulagé quand le final Walkin on a pretty day s’achève. Avec sa setlist faisant la part belle à son dernier long format mais n’hésitant pas à piocher dans toute sa discographie, Kurt Vile a ravi ses fans. Et c’est bien le principal.
photo (c) Brice Delamarche
Friko

Les Chicagoans de Friko avaient la redoutable pression de jouer sur la scène des Remparts, juste avant la tête d’affiche du festival. Pas forcément un cadeau quand on constate (déjà) l’impressionnante densité devant Kurt Vile. On aurait aimé voir si les promesses de leur second album, Something Worth Waiting, se confirmaient sur scène. Voir également si la voix de Niko Kapetan, très particulière, tenait la route sur l’ensemble du set. Hélas, nous faisons le choix de rester devant la scène du Fort pour avoir une chance d’entrapercevoir Fontaines DC de pas trop loin. Ce choix est le bon quand on constate la rapidité avec laquelle les rangs se densifient. On ressent tout de même une pointe de regret lorsqu’on entend de loin résonner la reprise de New Order, Ceremony. On espère juste qu’ils ont pu jouer devant un public suffisamment nombreux. On touche là les limites d’une jauge remplie à ras bord, bien conscient.es du fragile équilibre entre la volonté de permettre au maximum de festivalier.es de profiter de la venue d’une tête d’affiche, et le fait d’assurer un minimum de confort pour les spectateurs.trices présent.es.
photo (c) Brice Delamarche
Fontaines D.C.
On les avait découverts prometteurs mais bien timorés en 2019. On les avait revus en mode noirceur surjouée, biceps bombés et son atrocement mammouth en 2022. Voilà maintenant que les Fontaines D.C. reviennent en star incontestée de cette édition 2026 dont ils auront boosté la billetterie à eux seuls.
Ce statut n’est pas sans avoir des conséquences inhabituelles pour le festival. Rush sur les premiers rangs et le merchandising dès l’ouverture du Fort, site bondé d’un bout à l’autre, c’est clair qu’on n’en avait pas l’habitude à Saint Malo, tout comme le fait d’être obligé de camper sur place une heure avant le concert pour pouvoir ne pas y assister de trop loin. On n’avait clairement pas vécu une telle fébrilité et une telle densité de public depuis la venue de The Cure en 2005. Tout ça se passe heureusement dans une ambiance assez joyeuse et les zozos qui bousculent tout le monde pour accéder au milieu de public dix minutes avant le début du concert ne sont finalement pas si nombreux que ça.
Sous un déluge d’applaudissement, les Irlandais débarquent devant un public conquis d’avance. Le frontman Grian Chatten est toujours accompagné de Conor Deegan III (basse, guitare, chœurs), Carlos O’Connell (guitare, claviers, chœurs), Conor Curley (guitare, basse, claviers, chant) et Tom Coll (batterie) mais le quintet est désormais complété sur scène par le très polyvalent Alexander « Chilli » Jesson qui assure autant les divers claviers, que la guitare, la basse et même les chœurs. Le groupe démarre pied au plancher avec un tonitruant Boys in the Better Land. Si le set va laisser la part du lion à un Romance, dont le public connaît par cœur chaque note et paroles, il sait aussi alterner habilement avec leur discographie passée et seule leur seconde galette A Hero’s Death n’aura droit qu’à un seul titre avec Televised Mind. Ce dernier est suivi de la surprise annoncée par le groupe sur leur insta : la venue de Kurt Vile pour accompagner à la guitare le Roman Holiday qu’il a inspiré aux Fontaines D.C.. Après des accolades chaleureuses, le guitar hero de Philadelphia repart et les Irlandais déroulent avec un savoir-faire impressionnant une seconde partie de set qui inclura le Marianne annonciateur du prochain album et se conclura sur le redoutable combo In the Modern World / Favourite qui comble le public. Le quintet a bien évidemment droit à un rappel durant lequel ils enchaîneront Six Shot Morning, I Love You et inévitablement… le Starburster que tout le monde attend.
Que dire pour nous d’un tel concert ? C’est effectivement une machine assez spectaculaire avec une scénographie ultra léchée, un rythme parfait et une setlist d’une redoutable efficacité. C’est une machine parfaitement huilée, taillée pour combler toutes les attentes de la foule y compris dans les poses de Grian Chatten qui arpente la scène de bout en bout pour offrir sa photo ou vidéo le plus proche possible de la bête de scène. Sauf que nous ne sommes guère friand.e.s des machines. Contrôlé dans ses moindres détails et souffrant donc d’un manque de spontanéité, le concert, certes virtuose, nous a semblé manquer d’émotions et nous a donc laissé.e.s absolument froid.On a aussi été assez surpris par le manque d’engagement physique du public qui n’a guère bougé. On sait bien que le public du festival n’est pas connu pour être le plus remuant mais on pensait quand même les Fontains D.C. capables de plus emballer leurs spectacteur.ice.s.
On est bien évidemment très content.e.s de voir un groupe capable de rassembler et de combler familles et fans, de rajeunir largement le public de la Route du Rock et de booster les entrées des autres soirées. Clairement pas notre tasse de thé donc mais chapeau bas à un groupe capable de fédérer une aussi large audience et à s’ériger en héros/hérauts de leur Irlande d’origine.
La transition jusqu’à la scène des Remparts se fait dans une ambiance festive et sautillante au son des Jaloux Saboteurs de Maître Gazonga qui accompagne comme toujours l’habituelle chenille bon enfant du festival qui serpente à qui mieux mieux dans les rires et les sourires. Et qui permet de désengorger en douceur le flot de festivalier.es d’une densité rarement constatée.
Chest.
photo (c] Nicolas Joubard
Le groupe qui avait le redoutable honneur de passer derrière ça, c’était les petits Français de Chest. Le chanteur va vite confier au public qu’ils sont autant ravis d’être programmés dans un tel festival… que terrifiés de jouer devant autant de monde. On sent en effet, dans le jeu comme dans la voix, une certaine fébrilité mais elle va vite se dissiper quand ils vont constater que le public va largement se densifier au fil d’un concert tout en intensité. Si on avoue être un peu dubitatif sur leur utilisation de rythmiques electro (voire disco) dans leur post punk bien abrasif, on reconnaît qu’ils vont se montrer absolument à la hauteur de l’événement et offrir une parfaite occasion de lâcher la bride à celles et ceux qui ont été frustrés par le manque de mouvement durant le concert précédent.
photo (c) Brice Delamarche
Malgré l’heure tardive, leurs compos furibardes mais n’oubliant pas les mélodies dans le chaos, embarquent tout le monde dans un joyeux et réjouissant tourbillon sonique. Après le rabat-joie EP All Good Things Ends paru en février chez Howlin’ Banana, le groupe est venu défendre la sortie de son premier album Happy Broken à sortir à l’automne 2026 chez A tant Rêver du Roi. On les félicite de s’être montrés à la hauteur des enjeux délicats de cette date à la Route du Rock et on leur souhaite le meilleur pour la suite de leurs aventures. On les retrouvera d’aileurs très bientôt du côté de l’Antipode à Rennes. On vous en parle très bientôt.
Le bilan de la team alter1fo de cette 34e edition
photo (c] Nicolas Joubard
Comme tous les ans, nous avions autant sauté de joie que râlé et pinaillé à la lecture de la programmation de cette 34ème Route du Rock. Nous en ressortons pourtant, encore une fois, ravi.e.s et comblé.e.s. Nous y aurons passé trois journées contrastées et riches durant lesquelles on n’aura pas vu le temps passer. Nous avons eu droit à trois concerts d’exception : Peaches, Moin et très haut dans notre panthéon personnel Aldous Harding. Ça faisait un par jour, les choses sont bien faites. Nous aurons de plus eu droit à une large dose de de très bons concerts : Horsegirl, Cate Le Bon, The Divine Comedy, DITZ, Alice Costelloe, Dry Cleaning et Ulrika Spacek auxquels on peut ajouter les Smerz qui nous ont sorti de notre zone de confort et les très prometteurs Snuggle. Ajoutez à ça que les concerts qui nous ont moins plus ne se sont pas révélés si déplaisants au final que ça (à part peut-être Darkside et Kurt Vile ?) et vous obtenez une édition qui restera sans doute parmi nos meilleurs souvenirs du festival.
photo (c) Brice Delamarche
Côté chiffre, La Route du Rock retrouve sa meilleure fréquentation depuis 12 ans avec plus de 30 000 entrées et un public largement rajeuni. Nous saluons l’initiative d’ouvrir les portes dès 17h30, ce qui fluidifie nettement les démarrages de set permet aux groupes d’ouvertures de jouer devant un public à la fois plus conséquent et plus détendu. Nous apprécions également le nouvel espace des douves qui offre assez malignement un nouvel espace de calme et les efforts sur la décoration avec les chouettes photos géantes sur les grilles et le logo K7 géant qui a eu beaucoup de succès.
Dans les bémols, on note que sur la soirée complète les conditions d’accueil se dégradent nettement. Queues interminables, points d’eau trop rares, circulation plus que difficile. François Floret et ses collègues annoncent avoir l’ambition d’afficher deux soirées complètes l’an prochain. Nous leur souhaitons bien sûr d’y parvenir en espérant que cela ne se fera pas au détriment du confort des festivali.ère.s. Le festival était cette année en partenariat avec France Inter pour une soirée spéciale animée par Matthieu Conquet. Dans l’équipe, on aurait aussi apprécié le retour des captations d’Arte concert qui nous permettaient de revivre les plus beaux moments de l’édition bien peinard.e.s à la maison.
Au final, cette 34ème édition de La Route du Rock nous a semblé marquer la fin de mue d’une transformation opérée depuis quelques années. Plus professionnel, plus carré, plus ambitieux en ouverture au public, le festival y perd sans doute un peu de son charme et de son côté un peu foutraque mais y gagne en ampleur et sûrement en pérennité. Tant qu’il parviendra à se développer en gardant ses petits pas de côté et sa défense des formations plus aventureuses, confidentielles ou intimistes, on n’y voit rien à redire. Longue vie à la Route du Rock et rendez-vous l’an prochain sans faute pour une trente-cinquième édition qu’on souhaite toute aussi, voire encore plus, réussie.
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La Route du Rock Collection Eté avait lieu du du 12 au 15 août 2026 à St Malo et au Fort de St Père
Quel plaisir de lire vos compte-rendus autour du festival de la Route du Rock (auquel j’ai participé cette année encore…) : un vrai travail journalistique, rigoureux, documenté, informatif et (j’ai trouvé 🙂 très juste…On est loin de ces papiers (mal) écrits à la va-vite, qui semblent s’être copiés les uns les autres…et qui n’auront en définitive retenu que la présence de Fontains DC en tant que groupe « sauveur du modèle économique » du festival, en oubliant quelque peu ce que pourquoi la majorité du public est là, à savoir être saisi par l’émotion de la musique (ce qui ne fut pas mon cas s’agissant de la prestation de ce groupe, trop propre sur lui, trop dans « la ligne »…).
Bravo et merci pour votre publication dont la tenue me rappelle les grandes années de la Route du Rock, lorsque quotidiennement était publiée une feuille recto-verso A3 (vendue 1 franc !), avec cette même exigence de rigueur journalistique…