[Route du Rock 2026] – C’est pas fini ! La prog’ du samedi

La Route du Rock – Crédits Photo : © Titouan Massé

Vous commencez à avoir mal partout ? Le foie et les oreilles un brin rétifs ? Pas d’inquiétude, nous aussi. Pourtant ce samedi, on remet le couvert et on fonce une nouvelle fois en direction de la Route du Rock pour une dernière journée aux allures estivales. De toute façon, demain on sera tous tristes que ce soit fini (enfin peut être pas notre foie), alors autant terminer cette édition en beauté. Plongée dans la programmation de ce samedi.

Une petite tête dans les flots pour commencer ?

La Route du Rock – Crédits Photo : ©Titouan Massé

Comme chaque année, on ne saurait que trop vous conseiller d’aller profiter du festival sur la plage Bon Secours les après-midis à St Malo. Les doigts de pied en éventail face à la mer, il ne faudra pas manquer l’excellente indie pop de l’Américaine Lael Neale précédée dès 13h30 d’un dj set de Wolfïn (qu’on connaissait sous l’identité de Malouve le jour) un poil différent puisqu’elle propose sous cet autre alias nocturne un mix entre techno, acid et post punk (à noter, c’est elle qui vous fera également danser jusqu’à l’aube au Fort St Père pour le dj set final de ce samedi).

Snuggle : un petit câlin dream pop ?

Snuggle – Crédits photo : DR

On l’avait pressenti mi-juillet : il y avait peu de chances que Ciel initialement programmé, se produise à la Route du Rock si on se fiait à leurs récentes communications sur les réseaux. Le groupe y parlait d’annuler tous ses concerts cet été à cause des problèmes de santé de sa bassiste et chanteuse Michelle Hindriks. Sans surprise, ils ne pourront assurer leur date à la Route du Rock. On leur souhaite sincèrement de se remettre au plus vite et de revenir rapidement au meilleur de leur forme… et pourquoi pas sur une nouvelle édition ? Pour les remplacer, le festival a donc fait appel à Snuggle. Vous avez sans doute lu comme nous un récent article du Monde sur le succès des artistes pop danois.es qui ne sont plus seulement apprécié.es au Danemark mais s’exportent désormais au-delà des frontières scandinaves. Pour exemple, La Route du Rock a programmé Elias Rønnenfelt, le frontman d’Iceage mercredi et Smerz jeudi. Et remplace donc Ciel en ouverture des concerts au Fort st Père le samedi 15 août sur la scène des Remparts par les Danois.es de Copenhague Snuggle, qui se sont comme beaucoup rencontrés sur les bancs du désormais célèbre conservatoire de musique rythmique (RMC) de Københaven.

Pop, mais plutôt rêveuse, la musique du duo composé d’Andrea Thuesen Johansen (chant, guitares, piano, synthé) également membre de Baby in Vein et Vilhelm Tiburtz Strange (guitares, basse, piano, synthé et batterie) auparavant guitariste de feu Liss (avant le suicide de son leader Søren Holm) est surtout marquée par une douceur vaporeuse. Quelques sonorités électroniques subtiles et délicates, des textes à la mélancolie douce-amère, des guitares et des voix allégées de réverb’, des mélodies comme des nuages de sucre glacé : leur premier album Goodbyehouse paru en septembre 2025 chez les Danois d’Escho, propose un joli équilibre entre intimité et douceur. Avec son nom fort approprié (snuggle = câlin) convoquant les brumes chaleureuses plutôt que les brouillards angoissants et électriques, la dream pop un poil shoegaze de Snuggle se veut cosy et enveloppante. Alors certes, rien de bien neuf sous la brume, mais les Danois.es devraient sans peine nous faire commencer cette dernière journée au Fort tout en douceur, ce qui ne sera pas de refus après les deux jours marathons précédents.

Snuggle sera en concert sur la scène des Remparts à 18h30.

Aldous Harding, folie douce

Aldous Harding – Crédits photos : DR

Parmi les annonces préliminaires qui se sont succédées pour cette édition 2026 de la Route du Rock, celle de la venue d’Aldous Harding est sûrement une de celles qui nous a le plus enthousiasmé.es. Depuis 2015 et au fil de quatre albums tous plus épatants les uns que les autres, cette Néozélandaise née Hanna Claynails Harding n’en finit pas de tracer une route d’une réjouissante personnalité. Son premier album sans nom, sorti en 2014, réussissait l’exploit d’à la fois s’inscrire dans une grande tradition de folk sombre et intimiste (Kate Bush, Joan Baez, Joni Mitchell, Vasti Bunyan…) tout en ayant déjà un grain qui n’appartient qu’à elle grâce à un sens de la composition d’une grande délicatesse et à sa voix tour à tour évanescente, troublante ou malicieuse.

Avec les trois albums qui vont suivre : Party (2017), Designer (2019), Warm Chris (2022), et tout récemment Train on the Island (2026), tous sortis chez 4AD et produits par le grand John Parish, elle va progressivement, et avec beaucoup de bonheur, élargir son terrain de jeux. Si la corde sensible continue d’y vibrer de la plus belle des manières, viennent s’y ajouter des tonalités pop et un grain de folie assez irrésistible. Les trois premiers singles (One Stop / Coats / Venus in the Zinnia, en duo avec le guitariste H. Hawkline), distillés avant la sortie de Train on the Island, en sont le parfait exemple.

Mélancolie et euphorie, intimité et excentricité s’équilibrent à merveille à l’écoute de ses dix titres sans faille. Sur scène, la dame et ses musiciens semblent restituer toutes les finesses de ces compositions tout en y insufflant une vivifiante énergie. Si on ajoute à ça que la maîtresse de cérémonie vit plus au cœur de ses chansons qu’elle ne les interprète et vous comprendrez qu’on a de fortes chances de tenir là un démarrage de soirée sur les chapeaux de roues.

Aldous Harding  sera en concert sur la scène du Fort à 19h25.

Ulrika Spacek, indie pop ourlée

Ulrika Spacek – Crédit photo presse : © Anya Broido

On se souvient d’avoir beaucoup écouté le premier album des Britanniques d’Ulrika Spacek, The Album Paranoïa (sorti chez Though Love en février 2016). Guitares, basse, batterie, avec trois six cordes qui tricotent ensemble, un sens de la mélodie qui accroche, un poil de fuzz et de dissonance, plein de reverb’ sur les voix (on pense souvent à Deerhunter) et des couches de guitares en veux-tu en voilà, avaient durablement marqué nos oreilles. Leur concert plein de promesses à la Route du Rock la même année en ouverture sur la scène des Remparts le samedi, avait confirmé un savoureux potentiel pour à la fois digérer ses influences et exceller lorsqu’il sortait des chemins balisés, malgré un peu de timidité juvénile bien compréhensible. La bande menée par les deux Rhys (Rhys Edwards et Rhys Williams) y était certes encore jeune, mais déjà pleine de sage application.

Depuis, les cinq (Rhys Edwards au chant et à la guitare, Rhys Jenkins à la guitare, Joseph Stone à la guitare et aux claviers, Syd Kemp à la basse et Callum Brown derrière la batterie) ont sorti trois autres albums. Modern English Decoration enregistré à la « maison » (Ken) sorti en 2017 (Tough Love), qui a vu les trois autres musiciens davantage participer à la composition, d’abord, puis Compact Trauma (Full time hobby, 2023), qui comme son nom l’indique, n’a pas été enregistré tranquillement au fil de l’eau (entre le sentiment d’être dans l’impasse pendant la composition et le coup de frein dévastateur de la pandémie). Expo, enfin, (Full time hobby, février 2026). Sans compter d’autres projets, tel Astrel K (aka Rhys Edwards) qu’on a pu voir au Pies Pala Pop en 2024 notamment ou un enregistrement live (Live to 388, 2024).

Avec leur dernier album studio en date, Expo, donc, les Britanniques ont décidé d’allier organique et électronique dans un même mouvement : « Notre musique a toujours fonctionné comme un collage, une sorte de patchwork sonore ; mais ce qui fait de cet album une étape marquante pour nous, c’est que nous sommes allés plus loin en créant notre propre banque de samples. » De fait, ces nouvelles compos, qui réaffirment le pouvoir du collectif sur la fragmentation et l’aliénation de l’individu dans notre monde numérique, en intégrant ces samples, détournés, pitchés ou noyés par les guitares à leur palette sonore kaléidoscopique, y gagnent encore plus d’impact. On a donc bien hâte de retrouver le quintet et ses morceaux addictifs en live, d’autant qu’on est certain.es que les cinq auront encore gagné en épaisseur et en présence scénique depuis dix ans ! Vivement.

Ulrika Spacek sera en concert sur la scène des Remparts à 20h40.

Kurt Vile& The Violators, back to rock

Kurt Vile and the Violators – Crédits photos : DR

On retrouvera également Kurt Vile and the Violators, projet solo du co-fondateur de The War on Drugs, joué à plusieurs sur scène. Auteur dune dizaine d’albums de folk qui flirtent parfois avec le psyché, parfois avec une écriture plus classique à l’américaine (le garçon cite Neil Young, Lou Reed ou Dylan en tête, notamment pour leur diction particulière qui devient partie intégrante de leur univers), mais qui ont progressivement quitté les rivages lo-fi des premiers albums (Constant Hitmaker -2008- et God Is Saying This To You… -2009) pour une écriture parfois plus incisive et tranchée (sur Childish Prodigy en 2009 ou Smoke Ring For My Halo en 2011 qui lui ouvrent une plus grande reconnaissance critique), Kurt Vile cultive arrangements à la fois nonchalants et racés, notamment sur son cinquième long format Wakin On A Pretty Daze (2013). N’hésitant pas, qui plus est, à étirer les formats de la sacro-sainte chanson pop (plusieurs titres dépassent les 7-8 minutes). Son dernier opus, Philadelphia’s been good to me (chez Verve Records), s’inscrit dans la même veine folk-psyché, avec cependant des compos plus épurées qui marquent un retour vers le lo-fi des débuts.

On attend avec une petite inquiétude la version live, tant le concert donné en 2014 sur la scène du Fort nous avait déçu.es : un concert poussif, lent et monotone, qui ne mettait pas en valeur les compos pop-folk teintées de psyché. Séance de rattrapage qui, sait-on jamais, nous surprendra peut-être dans le bon sens.

Kurt  Vile & The Violators sera en concert sur la scène du Fort à 21h35.

Friko, sincérité à vif

Friko – Crédit photo presse : © Adam Powell

Quand on pense à la scène de Chicago, on entend ici directement Shellac, Joan of Arc, Tortoise, le son d’Electrical Audio, Gastr del Sol, Tar, Wilco, The Jesus Lizard, Facs ou même les minots de Sharp Pins, Lifeguard, Horsegirl dans les oreilles (pour n’en citer que quelques un.es). Aussi ne s’attendait on pas à ça en découvrant Friko, quatuor mené par Niko Kapetan (compos, chant, guitare) et Bailey Minzenberger (batterie, chant), rassemblant avec eux David Fuller (basse) et Korgan Robb (guitare). Oubliées bien vite, toutes ces références. A la première écoute, on vous l’avoue, on a même eu quelques craintes : les Chicagoans nous rappelaient plutôt un tas de groupes qu’on n’apprécie pas particulièrement. La faute à une voix, celle de Niko Kapetan, donc, qui doit inévitablement convoquer autant de détracteurs.trices que d’admirateurs.trices fervent.es.

Car le compositeur chante ses élans juvéniles d’une voix tremblante et sans filtre, se voulant plus écorchée que mélodramatique. On a donc eu quelques réticences à la première écoute de leur second album, Something worth waiting for sorti chez Ato Records en avril dernier. Et puis on leur a laissé leur chance et on a été surpris.e par une variété de composition plus marquée qu’on ne l’avait d’abord craint.

Alors certes, tout ça fleure bon le refrain héroïque qui émerge d’un magma de guitares qui s’énervent progressivement, mais certains morceaux font montre de qualités mélodiques pop plus fouillées (Still Around, Choo Choo) allant même jusqu’à sonner glam versant Mott the Hoople (Seven Degrees) sans s’interdire des intros de ballades au piano (Alice, Certainly, Dear Bicycle), une guitare acoustique (Something worth waiting for), des contrepoints féminins à deux voix (Certainly, Dear Bicycle) ou des orchestrations toutes cordes en avant (Certainly, Hot Air Balloon). Néanmoins, en resserrant leur propos par rapport à leur premier album porté par le single Crimson to chrome (Where we’ve been, Where we go from here, Ato Records, 2024), Friko gagne en concision (même si ce n’est certainement pas le bon terme !) et en efficacité. On se dit même que si on avait 20 ans, on ne jurerait que par ces Chicagoans. Làs, on est un poil plus vieux désormais et bien moins perméable aux tripes à l’air. On attend donc de voir les quatre en live pour voir si la sincérité affichée par le groupe le fait pencher plutôt du côté de Dana Margolin (Porridge Radio) ou (des infâmes) Wu Lyf.

Friko sera en concert sur la scène des Remparts à 22h50.

Fontaines DC, le retour des héros

Fontains D.C. – Crédits photos : ©IFUCKTOKYO

Après leurs deux premiers passages à la Route du Rock, les Irlandais de Fontaines D.C. reviennent cette année en terre conquise et en tête d’affiche de la soirée et de l’édition (soirée qui affiche complet depuis plusieurs mois). Dans leur honnête premier album, Dogrel (Partisan Records, 2019), un poil trop produit à notre goût pour que ses brûlots sentent totalement le soufre, la bande menée par Grian Chatten, Conor Deegan III (basse), Carlos O’Connell (guitare), Conor Curley (guitare) et Tom Coll (batterie) montrait qu’elle savait combiner un chant/déclamation qui rappelait tout autant un Robert Smith époque Fire in C.A.I.R.O sur le clashien Sha Sha Sha que The Streets sur le tube Hurricane Later ou Oasis (ouch) sur Television Screens, basse ronde et élastique post punk et guitares la salive aux lèvres. Sans oublier sa ballade pleine de brume et d’alcool Dublin City Sky qui évoquait forcément les Pogues. Un second album A Hero’s death en juillet 2020, puis un troisième Skinty Fia en avril 2022 avec les mêmes qualités (et défauts) sont venus confirmer et amplifier les succès critiques et publics des Dublinois.

Après une première venue en 2019 dans la catégorie « jeune groupe prometteur » qui nous avait laissé plutôt mitigé.es, le groupe était revenu en 2022 dans une version musclée. L’atmosphère sombre et lourde de Skinty Fia s’était retrouvé noyée par un déferlement sonore brouillon. On était resté de marbre.

Depuis, le groupe a sorti un quatrième album, Romance (2024), sur son nouveau label XL Records. Un album beaucoup plus produit, qui s’éloigne de l’urgence punk des débuts pour lorgner vers le hip-hop, le shoegaze, le tout teinté d’ambiances plus électroniques. On confesse qu’on garde nos préférences régionales aux mélodiquement imparables Undertones ou aux plus abrasifs Gilla band ou DITZ mais nous sommes cependant très curieux.es de voir comment le groupe a évolué scéniquement.

Fontaines D.C. sera en concert sur la scène du Fort à 23h45.

Chest, l’art délicat de l’enchainement

Chest – Crédits photo presse : Aileol

Pour passer derrière la monstrueuse locomotive Fontaines DC (et après la chenille), les programmateurs ont fait le pari du local avec Chest. Les Parisiens ont ouvert les scènes pour DITZ, KNIVES et Heavy Lungs et voilà donc que ce soir-là ce seront les stars irlandaises qui feront leur première partie.

Après le rabat-joie EP All Good Things Ends paru chez Howlin’ Banana, le groupe viendra défendre la sortie à l’automne 2026 de son premier album Happy Broken. On compte bien sur leur post-punk noisy furibard mais n’oubliant pas les mélodies dans le chaos pour embarquer tout le monde dans un joyeux tourbillon sonique.

Chest. sera en concert sur la scène des Remparts à 1h40.

Big Wett, indéçancefloor

BIG WETT – Crédits Photo : © Yana Van Nuffel

Le dernier soir et avant la rennaise Wolfïn dont on vous parlait plus haut qui concluera l’édition sans nul doute en apothéose, vous pourrez lâcher tous vos chevaux sur l’énergie imparable et décomplexée de Big Wett. L’Australienne s’est rapidement fait un nom dans la scène club avec ses titres frontaux, allant droit au but sans s’embarrasser de métaphores et ne lésinant pas sur les beats dévastateurs.

Prude et amateur.ice.s de subtilités, passez votre chemin. Big Wett transforme ses sets en célébration débridée, queer et inclusive qui devrait faire monter la température jusqu’à l’incan-décence pour vous emmener jusqu’au bout de cette édition tout feu tout flamme.

Big Wett sera en concert en aftershow à partir de 2h45.

Alors on s’y retrouve ?

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La Route du Rock a lieu du 12 au 15 août 2026.

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