Le vendredi 11 septembre 2026, l’impeccable label rennais Kerviniou Recordz proposait deux concerts sortant délicieusement des sentiers battus. Ce soir-là, dans la chaleureuse intimité du Melody Maker, on a voyagé très loin avec comme guides : l’intense Yeun Elez et l’indomptable Yvan Volochine. On vous raconte.

La soirée démarrait donc avec Yeun Elez, le projet solo d’Hoel Moce (ex Techno Thriller). Il avait déjà ouvert en duo une soirée Kfuel en mars 2025 et il revient cette fois tout seul et avec un set spécialement préparé pour l’occasion.
Une boucle rythmique vaporeuse, quelques notes de fifre lancinantes, dès l’intro, il capte l’attention par la puissance évocatrice de l’atmosphère sans âge qui se dégage de sa musique. Il saisit ensuite son étrange erhu (violon chinois à deux cordes) bricolé maison, en forme de croix inversée, dont les sonorités délicatement singulières font monter la tension. Sa voix profonde entre susurration et hurlements évoquant les gouffres grands ouverts de certaines chansons de Daniel Darc achève de nous envouter totalement. Explorant le folklore celtique avec un œil et des oreilles hautement personnels, les morceaux de Yeun Elez sont également hantés par la mort. Pour que ce soit bien clair, on entendra un extrait du texte de Chaval, porté par la voix de Claude Piéplu, clamant « Vive la Mort. J’ai la conviction que les morts sont les gagnants …« . Cette lugubre ascendance ne rend pourtant pas le concert plombant et on se laisse emporter par les vertiges rythmiques qui nous amènent à une forme de transe plus fascinante que désespérante.
Si ce n’est pas déjà fait, on vous invite à jeter une oreille sur le très beau premier disque Raven Of Dawn sorti en mars 2026 chez Teenage Menopause. Pour notre part, on continuera de suivre avec une encore plus grande attention les prochaines aventures du monsieur.

Après ce parfait démarrage de soirée, il est temps de voir vers quels horizons va nous mener Yvan Volochine. Les chemins de l’artiste sonore sont passés par Toulouse, Berlin, Madrid, Bogotá, Mexico City et Los Angeles… mais aussi Rennes. Cet insatiable touche-à-tout travaille depuis déjà fort longtemps dans une zone sans frontières entre musique expérimentale, noise, performance, théâtre, musique de film… Il a multiplié les projets sous différents alias dont DJ Dolor, Septentrion et El Gusano Rojo, collaboré au sein de projets internationaux comme UltraSpießer et Helaas et fondé le label Hijo de Puta.
Le voilà donc de retour par chez nous avec sa fender squier jaguar, ses pédales d’effets et son chapeau de rancheros. Arcbouté sur sa six cordes, il se livre à un fascinant corps à corps avec son instrument. Il façonne avec la puissance des mains d’un sculpteur un mur de son qui enveloppe le Melody Maker dans une bulle captivante. Son jeu hyper physique nous offre un ballet furieux et passionné entre la déraison des constructeurs de cathédrales (sonores) et la grâce d’une tauromachie sans victime. Couche après couche, coup après coup, il bâtit au long d’un long et unique morceau un imposant labyrinthe sonique, tout en dissonances flamboyantes et vibrations telluriques, qui n’en finit pas de monter en puissance sans jamais virer à la démonstration technique ou la surenchère sonique. On en ressort un peu secoué mais totalement conquis par la classe et la liberté folle de cette furia musicale.
Merci à lui aussi également pour nous avoir offert un voyage dans le temps en nous ramenant, le temps de ce concert en suspension, dans notre tant regretté bar La Bascule et tous les moments incroyables et fabuleux qu’on y a vécus.
![[Concert] Yeun Elez et Yvan Volochine @ Melody Maker, Rennes](https://live.staticflickr.com/65535/55523899724_eda49b2fa5.jpg)