
Après l’apéritif à la Nouvelle Vague hier soir, la Route du Rock commence véritablement ce jeudi 13 août, avec un programme particulièrement alléchant. Sur le papier, ça respire d’ores et déjà la classe et la sueur. Revue en détail de la programmation de ce jeudi au Fort St Père jusqu’au petit matin.
Une petite tête dans les flots pour commencer ?

Comme chaque année, on ne saurait que trop vous conseiller d’aller profiter du festival sur la plage Bon Secours les après-midis à St Malo. Les doigts de pied en éventail face à la mer, vous pourrez découvrir l’électro vaporeuse et en apesanteur d’Helen Island aujourd’hui, précédée d’un dj set du Néerlandais Mark Knekelhuis pour un voyage musical sans frontière aucune dès 13h30 (à noter, c’est lui qui vous fera également danser jusqu’à l’aube au Fort St Père pour le dj set final de ce jeudi).
Horsegirl, Indie forever

Après Memorials l’an dernier, nous sommes de nouveau particulièrement gâté.e.s en terme de groupe d’ouverture de l’édition. On retrouvera en effet dès 18h30 une de nos formations coup de cœur de ces dernières années : Horsegirl. Ce trio, originaire de Chicago et désormais basé à New York, est composé de Penelope Lowenstein (guitare, voix), Nora Cheng (guitare, voix) et Gigi Reece (batterie). Malgré leur jeune âge, les trois jeunes femmes s’inspirent avec talent d’un temps qu’elles n’ont pas connu (nous si) : les années 90. Elles puisent ainsi leur inspiration dans le meilleur des groupes indy rock américains de cette époque. Après quelques singles et EP déjà très remarqués, les demoiselles ont sorti en 2022 leur premier long format : Versions of Moderne Performance. Enregistré avec John Agnello (Kurt Vile, The Breeders, Dinosaur Jr.) dans le mythique studio Electrical Audio (Steve Albini), le disque impressionne par sa solidité mélodique et son déluge de riffs à la fois lumineux et distordus.
Pour leur second disque, Phonetics On and On (Matador, 2025), elles font cette fois appel à la magicienne Cate Le Bon (qu’on pourra d’ailleurs aussi entendre juste après sur la scène du Fort). Elles enregistrent durant deux semaines glaciales de 2024 dans les studios de Wilco à Chicago. Délaissant les guitares saturées sous les conseils de Le Bon, la bande dépouille ses compositions tout en y ajoutant des petites touches de violons, synthés ou gamelan. En délicat équilibre entre épure et expérimentations délicates, l’album est d’une évidence et d’un charme désarmants. Harmonies vocales délicieuses, simplicité irrésistible sans pourtant tomber dans la facilité, difficile de ne pas succomber à une telle démonstration de talent, surtout quand elle est délivrée par un groupe aussi jeune. On piaffe maintenant d’impatience de vérifier si le charme agit autant en live. On vous conseille donc fortement d’arriver tôt !
Horsegirl sera en concert sur la scène des Remparts à 18h30.
Cate Le Bon, délicieuse étrangeté

La compositrice, musicienne et productrice Cate Le Bon est sans nul doute l’une des artistes de cette 34ème édition qu’on attend le plus. La Galloise nous a en effet enthousiasmé.es année après année, sortie après sortie et si elle revient plus de dix ans après son premier passage à la collection hiver, la musicienne a depuis épaissi son propos avec une indéniable classe et une inventivité sans limite. Si on a manqué ses toutes premières sorties dans le passé, un ep en gallois (Edrych yn Llygaid Ceffyl Benthyg en 2008), le liminal My oh my (Irony Bored, 2009) et son successeur Cyrk (The Control Group, 2012), déjà annonciateurs de cette folk étrange et diablement inspirée, on a vite été conquis.es par les déjà addictifs Mug Museum (Turnstile / Wichita, 2013) et Crab Day (Drag City, 2016), dont les morceaux truffaient toutes nos mixtapes pour les copain.ines.
En 2013, Cate Timothy (Le Bon est a priori un hommage à Simon Le Bon de Duran Duran et une mauvaise blague) a en effet déménagé à Los Angeles aux États Unis pour donner davantage d’amplitude à ses compositions psych-folk angulaires, austères et troublantes. Son indie pop un brin arty y trouve une expression toute aussi singulière que toujours fantasque, qu’il s’agisse de ce chant totalement à part au phrasé indéfinissable (à noter le très beau duo avec Perfume Genius I think i knew) ou des instrumentations toujours en décalage et imprévisibles (cuivres, instruments à vent, marimba).
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En 2019, Cate Le Bon revient avec Reward (Mexican Summer), premier album où elle s’approprie enfin l’espace du studio (juste avant, elle a enfilé le costume de productrice pour Deerhunter), et ose aller au bout de ses idées, qu’elle a baroques vous l’aurez compris. Elle y troque les guitares d’antan contre un canevas de synthétiseurs et de pédales d’effets, de saxophones et de filtres en tous genres, pour un disque à la fois excentrique et mystérieux, époustouflant de bout en bout. Le plus introspectif Pompeii (Mexican Summer, 2022), composé en pleine pandémie a été « écrit et enregistré dans le malaise » mais se révèle tout aussi aventureux avec les saxophones d’Euan Hinshelwood et Stephen Black en contrepoint des synthés. En parallèle de ses albums solo, l’artiste galloise s’est progressivement fait reconnaître pour ses travaux de productrice (Wilco, Jeff Tweddy, Deerhunter, Dry Cleaning, St Vincent, Kurt Vile, John Grant, Horsegirl…), la musicienne apposant sa marque singulière sur bon nombre de disques et une influence grandissante dans les explorations sonores indie d’aujourd’hui.
Avec Michelangelo dying paru à l’automne dernier (toujours chez Mexican Summer) à la suite d’une douloureuse et épouvante rupture amoureuse, Cate Le Bon livre à nouveau un disque particulièrement personnel et singulier. Avec ces dix morceaux qu’elle a passé son temps à ré-écrire, la musicienne galloise ajoute une nouvelle pierre de haute stature à son inestimable édifice d’art pop. Guitares et saxophones transformées par les pédales d’effets, percussions et voix modifiées par des filtres (et comme tout dépend de tout, c’est Valentina Magaletti – de Moin, qui jouera aussi dans cette édition- qu’on retrouve aux percussions), le son de ce nouvel album enregistré par l’indéfectible Samur Khouja fait autant écho à Bowie qu’à Laurie Anderson, aux Cocteau Twins qu’à John Cale -qui vient en personne poser sa voix grave sur le morceau Ride. On s’en doute, vous avez désormais compris pourquoi l’on attend la venue de Cate Le Bon au Fort st Père avec une respectueuse et frémissante impatience. Tellement hâte.
Cate Le Bon sera en concert sur la scène du Fort à 19h25.
Divine Comedy, le divin retour

Après cette doublette d’ouverture déjà parfaite, on aura le plaisir de retrouver un des plus attachants songwriters de nos jeunes années. Parmi les retours de cette 34ème édition, celui de The Divine Comedy est en effet l’un de ceux qui nous a fait le plus bondir de joie. Vingt-quatre années (déjà !) après son second passage et trente années (ouch) après sa première venue, l’Irlandais Neil Hannon, maître d’œuvre de ce « one-man-band » comme il l’appelle, sera enfin de retour sur la scène du Fort Saint-Père en 2026.
En 1993 alors que la bataille entre le grunge américain et la Brit pop fait rage sur les ondes, un jeune prodige irlandais va se distinguer et frapper un grand coup avec son second album hors-norme : Liberation. Après un premier essai composé avec quelques amis en 1991 sympathiquement maladroit, Hannon décide de prendre les choses en main en solo, recrute un trio à cordes et compose 13 merveilles de pop sophistiquée et malicieuse. Évoquant aussi bien Scott Walker que Jacques Brel, les compositions du bonhomme réussissent brillamment l’équilibre entre exubérance mélodique et finesse d’écriture. Boudé au Royaume-Uni, ce disque singulier et hors du temps connaîtra un franc succès de notre côté de la Manche. Après un tout aussi épatant Promenade en 1994, disque opératique inspiré autant de Philip Glass que de Michael Nyman, il connaîtra enfin la reconnaissance en Angleterre avec l’exubérant Casanova en 1996. Succès qu’il confirmera avec son tout aussi épatant album Fin de siècle de 1998.
Au fil de douze albums, Hannon a continué de bâtir un univers hautement littéraire et tendrement ironique qui en fait une des figures les plus attachantes et singulières de la pop britannique. En 2026, il sort son treizième disque : Rainy Sunday Afternoon, enregistré dans le mythique studio Abbey Road. Si le disque est un peu moins affûté mélodiquement, il reste d’une grande élégance et le monsieur devrait faire merveille accompagné sur la grande scène du Fort de son « brilliant band » comme il le surnomme : Simon Little, Tim Weller, Tosh Flood, Ian Watson, Andrew Skeet et Marian Gibs. Ramène nous au paradis, Neil !
The Divine Comedy sera en concert sur la scène du Fort à 20h55.
Smerz, hors-piste scandinave

Direction la Norvège ensuite avec l’épatant duo électro Smerz. Enfin pas qu’Oslo, parce qu’on a cru comprendre que les deux se partageaient entre la Norvège et Copenhague. Composé d’Henriette Motzfeldt (chant, violon, clavier) et de Catharina Stoltenberg (chant, sampler), le duo existe depuis 2015 et s’est d’abord fait connaître avec une poignée de eps (Okey réédité en 2016 par les Anglais d’XL Recordings, Have Fun, en 2017) suivis par un premier album Believer (XL recordings, 2021), moins orienté vers le tout-clubbing, avec ses violons, violoncelle, flûte et ses voix éthérées qui vont d’accents r’nb en interludes rap sans oublier des chants en norvégien (ou danois, on n’en sait trop rien !) ou une voix lyrique, une électro qui peut aussi bien sonner expérimentale et abstraite que lorgner vers l’énergie rave, voire gabber ! Bref, un album sacrément détonnant et curieux, entre musique baroque, R’nb, électro, expérimentale et pop. Forcément adoubées par Björk (qui insère l’un de leurs morceaux dans l’un de ses mixes), les deux musiciennes n’en restent pas là et continuent de déployer leurs talents sur des projets aussi divers que singuliers !
On les retrouve notamment derrière deux aventures hors-normes en 2024. L’ep Allina, d’abord, où pour la marque de vêtements All-In, Smerz invente le personnage d’une pop star et compose ses chansons pailletées, morceaux de r’n’b’ vrillé d’electroclash. Ou dans un style radicalement différent, ensuite, lorsqu’elles écrivent une pièce chorale pour les 8 voix de l’ensemble GAEA, Tidligere den dagen ! (sorti sur Shopping Records leur propre label) ensuite. L’année suivante, les deux poursuivent leurs expérimentations avec leur véritable second long format, Big City Life, sorti chez les Danois d’Escho. Treize morceaux qui continuent de mêler « les techniques de composition de la musique classique, l’expérimentation de la musique électronique et l’immédiateté de la [dream] pop » avec le même talent éclectique, mais qui nous aura, pour notre part, moins convaincu.es. Sans oublier leur dernier ep en date, Easy paru à nouveau chez Escho en mai 2026, sur lequel les deux se frottent à l’autotune le temps d’un morceau. Dernièrement, les deux Norvégiennes se sont produites avec deux autres musiciens sur scène (Rune Nielsen à la batterie et Villads Oester à la basse et à la guitare). On ne sait avec quelle configuration le duo se présentera sur la scène de la Route du Rock, mais autant dire qu’on s’attend (on espère) à ce qu’elles y sortent des sentiers battus.
Smerz sera en concert sur la scène des Remparts à 22h20.
DARKSIDE, sorciers sonores

On retourne ensuite sur la scène du Fort avec une autre tête d’affiche de la soirée. Le projet du producteur électronique américano-chilien Nicolas Jaar et du guitariste américain Dave Harrington, DARKSIDE a pourtant connu une genèse aussi particulière que l’est le son hybride du duo. Alors que Dave Harrington accompagnait Nicolas Jaar sur scène sur la tournée du séminal Space is only noise en 2011, les deux commencent à composer ensemble (la légende raconte qu’ils ont même fait cramer leurs enceintes -au sens littéral-) pour donner d’abord naissance à un premier ep, Darkside (Clown & Sunset) donc, trois premiers titres déclinés en 15 minutes qui posent les bases de ce qu’ils étireront à l’envie en live au plus vite : textures rêches, sonorités hyper travaillées, blues malade et narcotique qui lorgne du côté du dub. Du down tempo sous l’influence du Floyd !
Pour autant, leur collaboration suivante est des plus surprenantes. Sous le nom de Daftside, les deux sortent en effet Random Access Memories Memories via Soundcloud, autrement dit un remix détraqué et génial du Random Access Memories des Daft Punk sorti la même année (2013). En même temps indus, noise, iconoclaste et sincèrement respectueuse, leur relecture de l’album du côté sombre de la force en propose un funk exsangue mais des plus jouissifs et audacieux. Quelques mois plus tard, en octobre 2023, Darkside sort son premier véritable album sur le label de Nicolas Jaar (Other People via Matador), Psychic, porté par un premier titre de 11 minutes, Golden Arrow, au groove névrotique et aux sonorités hyper texturées, tout en entrelacs rythmiques. Une sorte d’ambient languide et hypnotique, véritable odyssée déglinguée, entre craquètements et souffles, textures élimées et basses hypnotiques au groove malsain qui ne laisse pas nos oreilles indifférentes.
Pourtant quelques mois plus tard à peine, en août 2014 quelques jours après leur live à la Route du Rock sous le déluge (!), le duo dévoile qu’il s’arrête, parce que -pour le moment- arrivé au bout d’un processus. Et chacun repart vers ses projets personnels. On est donc des plus étonné.es quand en juillet 2021, l’album Spiral voit le jour. Voix éthérées, voyage nébuleux entre progressif et mysticisme, guitares glitchées ou basse slapée, sonorités du monde entier (guitare touareg cotonneuse, gong ou bol tibétain..), psychédélisme électronique : Spiral ouvre la porte à une nouvelle tournée mondiale plutôt inespérée.
Le duo y devient trio en s’adjoignant au batteur Tlacael Esparza avant de sortir un troisième long format, Nothing en 2025, encore plus éclaté dans ses ingrédients (disco funk Daft punkien avec S.N.C., americana, avec Are You Tired ?, punk progressif sous acides seventies (!) avec Graucha Max, dub jazz et groovy avec Slau, percussions latines sur American References, deep house, electronica, ambient, et on en passe des kilos tant le trio suit de chemins différents dans un même morceau !), mais particulièrement percutant et efficace. Ajoutez à cela un travail sur le son bien souvent dantesque et vous comprendrez que le Fort st Père risque de se transformer en dancefloor géant à ciel ouvert. Les trois aimant expérimenter, improviser en concert, et ne jamais proposer tout à fait la même prestation, on a hâte de découvrir la face cachée du live qu’ils donneront à entendre pour ce retour à la Route du Rock. Forcément gagnant.
DARKSIDE sera en concert sur la scène du Fort à 23h20.
Ditz, Chaos debout

On avoue volontiers avoir sorti notre plus belle danse de joie à l’annonce du retour de DITZ sur la scène des remparts. Il faut dire qu’on suit ce quintet de Brighton comme le lait sur le feu depuis que nous avons découvert en 2016 leur EP1. Ce premier trois titres plongeait dans un creuset rempli de métal en fusion post-punk, noise rock, grunge et post hardcore pour un alliage aussi étincelant que redoutablement tranchant. Voix obliquement flegmatique et classieusement braillarde, riffs explosifs et furieusement abrasifs et rythmiques incendiaires, ces trois titres nous avaient autant disloqué la nuque que collé un sourire béat. Il a fallu s’armer de patience pour enfin pouvoir écouter leur 5 song EP, sorti en juillet 2020, qui confirmait haut la main toutes les qualités d’artificiers de la bande et nous offrait en guise de cerise sur la bouteille de nitroglycérine une monstrueuse reprise du déjà terrible Fuck The Pain Away de Peaches (qui jouera justement après eux !). On savait alors les gars prêts à s’attaquer à leur premier long format. Hélas, un virus taquin et tenace est passé par là et il a fallu se contenter de quelques titres distillés au fil des mois avant la sortie en mars 2022 sur leur label Alcopop de The Great Regression.
Fort heureusement, le disque est largement à la hauteur de nos pourtant folles attentes. On sent que chacun des dix titres a été obsessivement peaufiné pour un impact maximal. La force de frappe du groupe n’a jamais été aussi saisissante et la bande se paye en plus le luxe d’avoir des paroles imparables dans leur féroce lucidité. En équilibre délicieusement instable entre agressivité pure et évidence mélodique, le disque vous choppe dès le Clocks inaugural et ne vous lâche plus jusqu’au cataclysmique final goguenardement appelé No thanks I’m Full. Leur second long format Never Exhale, sorti en autoproduction en janvier 2025, enfonçait joyeusement le clou avec des petites touches indus et toujours une force de frappe terrassante de bout en bout.
Pour notre part, et malgré une prestation complétement folle à l’Antipode en avril 2025, nous sommes loin d’être rassasié.e.s et nous n’avons qu’une hâte c’est de nous reprendre tout ça dans la tronche à plein volume. On vous donne donc rendez-vous au premier rang. Préparez-vous à l’impact.
DITZ sera en concert sur la scène des Remparts (!) à 0h45.
Peaches, Rebel girrrl

Autre retour à la Route du Rock (mais pour elle, c’est la troisième fois après 2004 et 2009, le même soir que St Vincent si on se souvient bien) celui de la Canadienne merveilleusement déjantée Peaches. Merrill Nisker (pour l’état civil) nous y avait offert deux prestations délicieusement kitsch avec une pincée de provoc’ et encore plus d’humour (dont ce rayon laser pointant sur son entrejambe !). Il faut dire que depuis The Teaches of Peaches, premier album electro-clash des plus efficaces sorti chez Kitty Yo au début du siècle (2000), la musicienne, productrice et performeuse ne s’est jamais montrée avare en prestations drôles et crues.
Après avoir suivi Gonzalès à Berlin et avoir sorti ce premier album entre disco pop et électropunk donc, Peaches prend la barbe pour un Fatherfucker tout aussi transgressif et affirmé que queer et féministe (ce qui n’était pas des masses fréquent à l’époque), s’autorisant même un duo avec Iggy Pop (Kick it). Avec son positionnement sexuellement transgressif sur scène (poses provocantes, moumoutes pubiennes et tenues improbables) toujours porté par des morceaux malins, sexys et taillés pour la danse, Peaches parvient à imposer une voix aussi singulière que percutante.
Au delà de l’impeccable jeu de mot du titre, pour Impeach my Bush (2006), elle s’entoure de Mickey Petralia (aussi producteur de Ladytron) et Greg Kurstin (Gwen Stefani) pour sculpter un son encore plus varié et plus léché, à la mesure de la pop millésimée et infectieuse des stars de l’époque (oups, she did it again), qui porte son propos encore plus loin, peut-être même jusque dans les chaumières puritaines américaines. Heavy glam avec Boys wanna be her, sans concession dans ses lyrics (« stop relying on your dick » ), aussi rock (on entend la guitare de Josh Homme des Queens of the Stone Age ou Beth Ditto en backing vocal) qu’electro-trash, avec en prime un duo avec Joan Jett (« You love it ») merveilleusement percutant.
Viendront ensuite deux nouveaux longs formats tout aussi magnétiques I feel Cream (2009) et Rub (2015 avec Feist et Kim Gordon), un opéra électro-rock Peaches Does Herself, adapté en un film, un spectacle solo d’après le Jesus Christ Superstar seventies d’Andrew Lloyd Webber Peaches Christ Superstar, le rôle d’Orfeo dans l’Orfeo de Monteverdi en 2012 entre autres. Avant que Peaches ne revienne cette année, 10 ans après son dernier album, avec le bien nommé (rapport au climat ambiant) No Lube So Rude (sans lubrifiant, c’est brutal), enregistré avec le coproducteur The Squirt Deluxe et paru chez Kill Rock Star. Peaches rappe, crie, condamne, réaffirme le droit de disposer de son corps, avec la même énergie que par le passé. D’autant que poser ça à 59 ans est loin d’être anodin. Beats qui claquent, frictions limite indus, avec un son résolument actuel (et même des cordes sur Be Love), Peaches rappelle l’urgence de la révolte dans nos contrées tentées par les virages extrêmes transphobes, xénophobes, homophobes (Not in your mouth none of your business !), masculinistes et on en passe. « When she talks, I hear the revolution (…) Rebel Girl, you are the queen of my world » chantait jadis Kathleen avec Bikini Kill en 1993. On ne dira pas mieux.
Peaches sera en concert sur la scène du Fort à 1h40.
Cortisa Star, ce n’est pas son genre

Comme c’est devenu l’habitude, les soirées se prolongeront en dehors du Fort avec des aftershows souvent endiablés. Ce jeudi à 3h du mat, s’ils vous reste encore quelques forces après le combo DITZ/Peaches, vous allez pouvoir vous achever en beauté avec Cortisa Star juste avant le dj set du Néerlandais Mark Knekelhuis dont on vous parlait plus haut. La rappeuse et modèle transgenre nous vient du Delaware. Tout a démarré par une blague sur un post où elle se surnommait ironiquement une « princesse du rap underground » sans jamais avoir posé une rime. Suite aux nombreux encouragements qu’elle a ensuite reçus, elle s’est lancée et a sorti en 2024 deux titres : Cortisa Crump et Fun qui ont cartonné sur les réseaux.
Son style abrasif et ses basses débridées ont attiré l’attention d’artistes comme Charli XCX et Lil Nas X. Elle continue donc de tracer son chemin atypique et rentre-dedans pour mieux exploser des codes encore trop corsetés avec sa vision hautement personnelle du rap contemporain. Ca devrait donc déménager sévère sur le chemin du retour de la première soirée au Fort.
Cortisa Star sera en concert pour l’aftershow à partir de 3h00
Alors, désormais prêt.es pour cette première journée à la Route du Rock ?
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La Route du Rock a lieu du 12 au 15 août 2026.