Les 7 et 8 novembre 2025, Kool Thing revenait à l’Antipode de Rennes pour une seconde édition de cet événement dédié à ce qui se fait de plus excitant en matière de musiques alternatives et indépendantes. Deux soirées sur la grande scène diablement éclectiques et une chouette flopée de concerts gratuits essaimée dans tout le quartier de la Courrouze, nous avons été encore une fois gâtés. On vous raconte la première soirée diablement électro-punk qui, comme prévu, a bien secoué notre vendredi.
Compte rendu écrit à deux mains par Isa, Mr. B et photographié par Mr B.

Avec son air de parfait échauffement pré-TransMusicales ou de Route du Rock session automne et son clin d’œil à Sonic Youth, l’événement Kool Thing a, dès sa première édition, gagné sa place dans notre calendrier des rendez-vous immanquables de l’année musicale rennaise. Deux jours consacrés à mettre en avant ce qui se fait de plus excitant en matière de musiques alternatives et indépendantes actuellement, on ne pouvait rêver mieux pour nous consoler de la grisaille automnale. Après une première année très réussie dont on garde en mémoire la générosité de l’Orchestre Tout puissant Marcel Duchamp, la délicatesse de Tapir!, la Pétillance de Menelas, la radicalité de Dummy et la jubilation communicative des Totorro, la seconde édition se déroulait vendredi 7 et samedi 8 novembre 2025 à l’Antipode de Rennes et autour. On vous raconte la soirée d’échauffement du vendredi 7.

Maria Sommerville
L’ouverture de cette première soirée soignait ses contrastes car, malgré une large dominance de l’éecltro au menu, elle s’ouvrait par les brumes délicates de Maria Somerville. L’Irlandaise anime avec talent le renommé Early Bird Show sur NTS Radio où ses sélections matinales vont de l’ambient et du shoegaze à des chansons traditionnelles. Elle a de plus sorti deux albums autoproduits : The Man Called Stone In My Shoe et All My People en 2018 et 2019, et plus récemment Luster sur le prestigieux label 4AD. On avait déjà vu sur scène le trio en ouverture du samedi à la Route du Rock été 2025. Cette seconde occasion ressemble beaucoup à la précédente mais profite de deux avantages : le son sublime du lieu et notre fraicheur par rapport à notre état au bout de trois journées du festival estival.
On retrouve avec plaisir la douce montée en puissance d’un set qui démarre dans des ambiances pop éthérées de Slowdive avant de progressivement faire monter la pression. Côté jeu de scène, on est aussi à l’opposé de la majorité des groupes du moment avec un jeu très intérieur, voire dos au public, et une scène plongée dans une obscurité brumeuse. La basse et la batterie se font progressivement de plus en plus présentes et les sonorités plus stridentes. Les voix se muent lentement en suppliques. On finit même, yeux clos, par se laisser envelopper dans une bulle sonique assez impressionnante dont on ressort le sourire aux lèvres.
Snapped Ankles

Après cette intro shoegaze et vaporeuse, la soirée va donc basculer dans une programmation beaucoup plus électronique. Bien que d’aucun.es s’en montrent troublé.es, on y trouve de notre côté parfaitement notre compte. D’autant que depuis la sortie de leur dernier album en mars dernier, on a une certaine tendresse pour les chevilles fêlées qui enchainent. Autrement dit Snapped Ankles dans la langue de Madchester.
Formé en 2011, le groupe londonien a été plus que productif depuis son 1er ep en 2012, True Ecology, avec déjà une palanquée d’albums sortie chez le très qualitatif Leaf label (Come Play the trees en 2017, Stunning Luxury en 2019, Forest your problems en 2021, plus deux lives en 2020 et 2025) avant donc ce sacrément efficace Hard Times Furious Dancing, au titre inspiré du recueil de poèmes d’Alice Walker « Hard Times require Furious Dancing » (les moments difficiles exigent de danser avec acharnement). A leur image bricolée et engagée, la formule s’affiche taguée sur un drap blanc tendu derrière la scène.

On retrouve d’ailleurs d’autres slogans devant les instruments de Mikey Chestnutt (synthés, séquenceurs) et Jordan Parry (synth bass et séquenceurs) : Girls kick ass ou Turn down the gas. Car les quatre ont tout un décorum sur scène : machines de bric et de broc, pieds de micros transformés en branches d’arbres surmontés de potards servant de percussions tout aussi bricolés, tenues de scène à l’envie (mélange entre tenue de camouflage sylvestre et vêtement technique fluo orange, surmontés de fibres cotonneuses qui masquent leurs visages telles de fantomatiques mousses espagnoles, avec en plus des lampes frontales aux rayons verts dont ils balaient la scène et la salle, tel le batteur Jake Long qui éclairera un long moment un slammeur ravi et hilare tout au long de son surf sur les bras tendus devant la scène).
Paddy Austin (voix, claviers et autres machines bricolées) lance les hostilités avec Pay the rent et son intro de techno tribale, vite rejoint par ses comparses dont une batterie sautillante et un gimmick anthémique particulièrement irrésistible pour les jambes. Bref, nous voilà très vite emporté.es dans ce mélange entre punk eighties (versant Cabaret Voltaire) et électro en mode rave et techno âpre plutôt étourdissante menée tambour battant par nos quatre Anglais avec une joie et une bienveillance sacrément communicatives. Paddy Austin saute dans le public, invite un spectateur à percuter son pied de micro de sa baguette, grimpe à nouveau sur la scène, bondit de part et d’autre de ses machines, loupe un potard, se bat avec ses claviers, mais sans jamais se départir de son énergie.
Puisque l’époque n’est pas à la joie, c’est le moins qu’on puisse dire, dansons donc comme de doux forcené.es avec nos prolifiques zozos masqués en créatures de la forêt. Chaque morceau (Bay Lan, le plus ancien Rythm is our business, Dancing in transit, Personal Responsabilities et son final rave on bien vénère) se révèle progressivement irrésistible (excellent Small World ou I want my minutes back) et les répétitions finissent d’emporter tout un chacun.e dans cette danse euphorisante hautement addictive.
Parce qu’il est bricolé en plus d’être diablement efficace, le son des Anglais est immensément chaleureux, particulièrement à l’image des quatre musiciens qui invitent et accueillent le public à faire corps avec eux. Le concert se fait avec et non contre ou face à la foule : pour preuve cette danse générale devant la scène, le sourire sur tous les visages. On fera plus tard les goélands, les vagues ou même les touristes (Raoul) avec le même amusement, accompagné.es de slams mouvant au-dessus de nos têtes. Au final, un chouette concert qui nous aura tout autant filé le sourire que des fourmis dans les pattes.
YARD

C’est un peu moins subtil et davantage avec le mode rouleau compresseur activé que la soirée se poursuit avec le trio Yard. Pour autant, comme Snapped Ankles nous a bien échauffé les chevilles, on est prêt.es à enchainer avec l’électro-noise explosif du trio de Dublin. D’autant que si on a écouté leurs quelques singles et leur premier ep sorti en mai dernier, on les avait manqués aux TransMusicales l’an dernier. De front sur la scène de l’Antipode (qu’ils retrouvent – c’est là qu’ils ont enregistré leur session KEXP en décembre 2024), Dan Malone à la guitare (avec plein de pédales d’effets), l’ancien bassiste de Gurriers Emmet White au chant et claviers/Minibrute au centre et George Ryan aux claviers et autres beats, nous offrent l’occasion de nous rattraper.

Et autant dire que les trois envoient et ne font pas dans, au hasard, la folk fragile et ciselée. A l’image de Trevor qui commence sur des sonorités métalliques, bifurque vers une techno rock portée par la voix d’Emmet White pour, après des basses bien grasses et une mélodie tout en spirale, se transformer en un déchainement tout en cris. Ces gars-là ont écouté NIN, Suuns ou leurs compatriotes Gilla Band, c’est manifeste. Electronique, indus, techno, noise voire une touche post-punk : les Irlandais mélangent tout ça à leur sauce (c’est-à-dire dans le tambour d’une machine à laver en mode essorage à 1400 tours / minute) avec une belle réussite pour peu qu’on se laisse porter par le chant souvent quasi métal d’Emmet White (mais il sait aussi calmer le jeu) ou par le marteau-pilon de Lawmaker par exemple. Les Irlandais s’y entendent pour laisser suffisamment d’espace à leurs morceaux pour se développer (Sunlight, excellent).
Dans un déluge de lumières clignotantes et cinglantes, les trois s’agitent comme de beaux diables, dansant au-dessus de leurs instruments ou arpentant la scène comme possédés par les sonorités punk-indus-techno qui sortent de leurs amplis. Devant la scène, ça danse, pogote à qui mieux mieux, tant la musique du trio condamne au mouvement. Pour autant, ce n’est pas que rentre-dedans ou agressif. Ces gars là ont vraiment bossé leur son et leur live show et l’efficacité de leur set s’en ressent. Ça tape dur, c’est lourd, massif, mais pour peu qu’on aime les musiques électroniques un poil bruitistes (c’est notre cas), on ne peut que reconnaitre la maitrise des trois pour délivrer un set certes assez monolithique mais diablement cohérent. En tous les cas, nos gambettes n’auront pas molli une seconde !
Marie Davidson

Qui de mieux pour conclure cette soirée qu’une des figures les plus aventureuses et singulières de la foisonnante scène indépendante canadienne ?
La musicienne et productrice franco-canadienne Marie Davidson semblait parfaite pour tenir ce rôle et elle va nous en offrir l’éclatante confirmation. La foisonnante carrière de la Montréalaise l’a menée des exprimentations au free jazz en passant par l’électro minimale et on en passe. Pour ce soir, elle enfile sa tenue d’incendiaire de dancefllor avec une vitalité totalement irrésitible. Si elle puise largement dans son dernier disque City of Clowns sorti en février 2025 chez Deewee avec son détonnant mélange d’introspection, d’electro clash, d’italo disco, de techno acérée et de spoken word aux paroles aiguisées comme des scalpels, elle met rapidement l’Antipode sens dessus-dessous. Il faut dire que devant comme derrière ses machines, elle fait preuve d’une vitalité bondissante hautement communicative. En plus, de son énergie solaire, elle se montre aussi d’une folle générosité et d’une redoutable finesse dans ses compos alternant les divers styles électro dans un joyeux tourbillon. Autre qualité de la dame, elle sait aussi nous rappeler entre deux déluges de beats, les réalités des dangers de la tech en roue libre et les trop nombreux confilts atroces qui ont lieu pendant qu’on danse. Une somme de qualité qui nous fait d’autant plus regretter que nous ayons autant de mal avec sa voix ce qui nous empêche de nous laisser complétement emporter. On aurait adoré lacher plus les amarres mais ça aura au moins l’avantage de nous laisser des forces pour le particulièrement généreux second round du lendemain.

On salue également bien bas le duo de DJ rennais Teethpark dont les sélections avisées et acidulées nous ont ravis d’un bout à l’autre de la soirée. Des personnes qui mettent Being Dead dans leur playlist sont de toutes façons forcément des gens biens.
La galerie photo complète de la soirée du vendredi 7 novembre par Mr B. :

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