
Comme tous les ans, dès le début de l’été, chacun.e disserte autour de la programmation de la nouvelle édition de La Route du Rock (d’autant qu’il est bien trop tôt pour les prévisions météo). Cette année, le plus mal(ou)in des festivals aura lieu du 12 au 15 août et se partagera une fois encore entre le Fort St Père dans les terres, la plage Bon Secours et la Nouvelle Vague à St Malo (sans oublier le théâtre Chateaubriand pour la conférence de Christophe Brault). Entre embruns, coups de soleil et cirés (on est des vieux de la vieille), le festival allie en effet comme chaque année une programmation travaillée et bien souvent enthousiasmante. On vous la détaille comme toujours en deux longs (!) morceaux (comme deux faces d’un vinyle ou d’une K7, pour rester fidèles au logo des pirates malouins). Après la face A à lire ici, on bascule sur la face B. On vous laisse choisir votre format, en espérant vous y retrouver cet été.
Christophe Brault, la conférence : 5, 4, 3, 2, 1…
On commence cette revue en détails de la deuxième partie de la programmation avec le retour de l’ami Christophe Brault pour une de ces conférences érudites, passionnées et passionnantes dont il a le secret.
Cette année, pour la collection été, notre cher Christophe (que vous pouvez ici écouter tous les mois dans Music Machine pour une sélection mensuelle de nouveautés rock et un retour historique sur les oldies) s’interroge sur le passage progressif des quatuors et quintets (Beatles, Rolling Stones, The Who, The Kinks, Pink Floyd…) aux power trios et aux duos (Cream, The Jimi Hendrix Experience, Suicide d’abord, Nirvana, Daft Punk ou les Sleaford Mods ensuite…) voire au.à la musicien.ne désormais seul.e derrière son laptop !
Comme toujours, il faut chercher du côté des évolutions technologiques qui transforment progressivement les contraintes musicales (un mur d’amplis pour grossir le son des guitares -le stack, inventé par Jim Marshall-, un synthé qu’on peut transporter sur scène, des machines qui permettent de faire autant de barouf seul qu’avec un orchestre…). Mais aussi, sûrement du côté des contraintes économiques (plus facile de tourner en duo ou seul plutôt qu’à six ou sept !). Christophe Brault vous propose de vous expliquer tout cela en détails avec la fougue qu’on lui connaît. L’année dernière, pour les raisons que certain.es connaissent, mais aussi pour avoir délivré une fois encore une conférence passionnante, Christophe avait eu droit à une standing ovation hyper méritée. Vous êtes prévenu.es, ne le manquez pas !
Christophe Brault sera en conférence au Théâtre Chateaubriand à St Malo le vendredi 14 août à 14h.
Dj sets sur la plage… ou pour finir la nuit
Si vous n’êtes pas comme nous en train de rédiger les compte-rendus de la nuit passée, on ne saurait que trop vous conseiller d’aller profiter du festival sur la plage les après-midis. Les doigts de pied en éventail face à la mer, vous pourrez découvrir l’électro vaporeuse et en apesanteur d’Helen Island le jeudi, nos chouchous québécois Bibi Club et leur avant pop arty diablement émouvante le vendredi et la non moins excellente indie pop de l’Américaine Lael Neale à ne surtout pas manquer le samedi.

Juste avant chacun de ces concerts, trois artistes prendront les platines pour vous aider à vous réveiller en douceur sur la plage. Ou à ne pas aller vous coucher (au Fort st Père) puisque les trois auront également la tâche de vous faire danser jusqu’à l’aube chaque soir. Le jeudi on découvrira avec bonheur les sets du Néerlandais Mark Knekelhuis pour un voyage musical sans frontière aucune. Le lendemain c’est Barely Lit Path (un hommage à Oneohtrix Point Never ?) qui prendra les platines avec une sélection qui devrait naviguer entre morceaux actuels (RnB, hyperpop) et IDM et enfin, le samedi, on aura le plaisir de retrouver Wolfïn (qu’on connaissait sous l’identité de Malouve le jour) pour un dj set un poil différent puisqu’elle propose sous cet autre alias nocturne un mix entre techno, acid et post punk. Bref, vous n’êtes pas couché.es !

Fontaines DC, le retour des héros

Direction désormais le Fort st Père pour la suite de la programmation. Après leurs deux premiers passages à la Route du Rock, les Irlandais de Fontaines D.C. reviennent cette année en terre conquise et en tête d’affiche de la soirée et de l’édition (soirée qui affiche complet depuis plusieurs mois). Dans leur honnête premier album, Dogrel (Partisan Records, 2019), un poil trop produit à notre goût pour que ses brûlots sentent totalement le souffre, la bande menée par Grian Chatten, Conor Deegan III (basse), Carlos O’Connell (guitare), Conor Curley (guitare) et Tom Coll (batterie) montrait qu’elle savait combiner un chant/déclamation qui rappelait tout autant un Robert Smith époque Fire in C.A.I.R.O sur le clashien Sha Sha Sha que The Streets sur le tube Hurricane Later ou Oasis (ouch) sur Television Screens, basse ronde et élastique post punk et guitares la salive aux lèvres. Sans oublier sa ballade pleine de brume et d’alcool Dublin City Sky qui évoquait forcément les Pogues. Un second album A Hero’s death en juillet 2020, puis un troisième Skinty Fia en avril 2022 avec les mêmes qualités (et défauts) sont venus confirmer et amplifier les succès critiques et publics des Dublinois.
Après une première venue en 2019 dans la catégorie « jeune groupe prometteur » qui nous avait laissé plutôt mitigé.es, le groupe était revenu en 2022 dans une version musclée. L’atmosphère sombre et lourde de Skinty Fia s’était retrouvé noyée par un déferlement sonore brouillon. On était resté de marbre.
Depuis, le groupe a sorti un quatrième album, Romance (2024), sur son nouveau label XL Records. Un album beaucoup plus produit, qui s’éloigne de l’urgence punk des débuts pour lorgner vers le hip-hop, le shoegaze, le tout teinté d’ambiances plus électroniques. On confesse qu’on garde nos préférences régionales aux mélodiquement imparables Undertones ou aux plus abrasifs Gilla band ou DITZ mais nous sommes cependant très curieux.es de voir comment le groupe a évolué scéniquement.
Fontaines DC sera en concert le samedi 15 août au Fort st Père
Aldous Harding, folie douce

Parmi les annonces préliminaires qui se sont succédées pour cette édition 2026 de la Route du Rock, celle de la venue d’Aldous Harding est sûrement une de celles qui nous a le plus enthousiasmé.es. Depuis 2015 et au fil de quatre albums tous plus épatants les uns que les autres, cette Néozélandaise née Hanna Claynails Harding n’en finit pas de tracer une route d’une réjouissante personnalité. Son premier album sans nom, sorti en 2014, réussissait l’exploit d’à la fois s’inscrire dans une grande tradition de folk sombre et intimiste (Kate Bush, Joan Baez, Joni Mitchell, Vasti Bunyan…) tout en ayant déjà un grain qui n’appartient qu’à elle grâce à un sens de la composition d’une grande délicatesse et à sa voix tour à tour évanescente, troublante ou malicieuse.
Avec les trois albums qui vont suivre : Party (2017), Designer (2019), Warm Chris (2022), et tout récemment Train on the Island (2026), tous sortis chez 4AD et produits par le grand John Parish, elle va progressivement, et avec beaucoup de bonheur, élargir son terrain de jeux. Si la corde sensible continue d’y vibrer de la plus belle des manières, viennent s’y ajouter des tonalités pop et un grain de folie assez irrésistible. Les trois premiers singles (One Stop / Coats / Venus in the Zinnia, en duo avec le guitariste H. Hawkline), distillés avant la sortie de Train on the Island, en sont le parfait exemple.
Mélancolie et euphorie, intimité et excentricité s’équilibrent à merveille à l’écoute de ses dix titres sans faille. Sur scène, la dame et ses musiciens semblent restituer toutes les finesses de ces compositions tout en y insufflant une vivifiante énergie. Si on ajoute à ça que la maîtresse de cérémonie vit plus au cœur de ses chansons qu’elle ne les interprète et vous comprendrez qu’on a de fortes chances de tenir là un démarrage de soirée sur les chapeaux de roues.
Aldous Harding sera en concert le samedi 15 août au Fort st Père
Kurt Vile& The Violators, back to rock

On retrouvera également Kurt Vile and the Violators, projet solo du co-fondateur de The War on Drugs, joué à plusieurs sur scène. Auteur dune dizaine d’albums de folk qui flirtent parfois avec le psyché, parfois avec une écriture plus classique à l’américaine (le garçon cite Neil Young, Lou Reed ou Dylan en tête, notamment pour leur diction particulière qui devient partie intégrante de leur univers), mais qui ont progressivement quitté les rivages lo-fi des premiers albums (Constant Hitmaker -2008- et God Is Saying This To You… -2009) pour une écriture parfois plus incisive et tranchée (sur Childish Prodigy en 2009 ou Smoke Ring For My Halo en 2011 qui lui ouvrent une plus grande reconnaissance critique), Kurt Vile cultive arrangements à la fois nonchalants et racés, notamment sur son cinquième long format Wakin On A Pretty Daze (2013). N’hésitant pas, qui plus est, à étirer les formats de la sacro-sainte chanson pop (plusieurs titres dépassent les 7-8 minutes). Son dernier opus, Philadelphia’s been good to me (chez Verve Records), s’inscrit dans la même veine folk-psyché, avec cependant des compos plus épurées qui marquent un retour vers le lo-fi des débuts.
On attend avec une petite inquiétude la version live, tant le concert donné en 2014 sur la scène du Fort nous avait déçu.es : un concert poussif, lent et monotone, qui ne mettait pas en valeur les compos pop-folk teintées de psyché. Séance de rattrapage qui, sait-on jamais, nous surprendra peut-être dans le bon sens.
Kurt Vile & The Violators sera en concert le samedi 15 août au Fort st Père
Baxter Dury, un dandy pour danser

En guise de fidèles des lieux, le très anglais Baxter Dury se pose là. Avec deux venues à la collection hiver de la Route du Rock (2006 et 2012, si on se souvient bien) et deux escales estivales en 2014 et 2022, le voilà de retour sur la grande scène du Fort ce vendredi 19 août ! Depuis Happy Soup, sorti en 2011, le Britannique a réussi à se faire un prénom après deux premiers essais restés confidentiels (en termes de ventes, du moins) Len Parrot’s Memorial Lift en 2002 et Floor Show en 2005, notamment grâce à ces 10 titres à la simplicité directe où s’entremêlent la voix grave du songwriter et celle omniprésente et légère de Madelaine Hart aux chœurs. Épurée, aux arrangements minimalistes, la musique de Baxter Dury gagnait pourtant en luminosité sur ce troisième album. Sa basse ronde et ses chœurs sautillants et élastiques vous donnant même parfois envie de vous trémousser avec un flegme tout britannique (on pense à Claire ou à la dernière partie de Leak at the Disco par exemple).
Ont suivi depuis ce coup de maître It’s a Pleasure (2014), Prince of tears (2017), The Night Chancers (2022), mais aussi B.E.D. surprenant plan synthétique à trois avec Etienne De Crecy et Delilah Holliday. Après un album plus sombre (I Thought I Was Better than you en 2023), Baxter Dury est revenu l’an dernier avec Allbarone (2025), produit par Paul Epworth, aux ambiances plus électroniques et clairement taillé pour le dancefloor.
Sans oublier ce qui a fait son succès depuis Happy Soup : le charisme déglingué, la classe nonchalante et l’humour flegmatique. Le dandy devrait une fois de plus conquérir le cœur des festivaliers.ères. De notre côté, on appréhende quelque peu depuis ses passages estivaux. Si ses deux concerts hivernaux à la Nouvelle Vague nous avaient enchanté.es, on était resté de marbre devant les gesticulations grotesques du bonhomme lors de son passage en 2022. Etait-ce juste le concert raté d’un frontman en légère méforme ou bien est-ce le format en extérieur qui ne sied pas à son répertoire plus intimiste ? Nous attendons de voir si les arrangements scéniques d’Allbarone permettront de faire bouger le Fort Saint-Père.
Baxter Dury sera en concert le vendredi 14 août au Fort st Père
Divine Comedy, le divin retour

Parmi les retours de cette 34ème édition, celui de The Divine Comedy est en effet l’un de ceux qui nous a fait le plus bondir de joie. Vingt-quatre années (déjà !) après son second passage et trente années (ouch) après sa première venue, l’Irlandais Neil Hannon, maître d’œuvre de ce « one-man-band » comme il l’appelle, sera enfin de retour sur la scène du Fort Saint-Père en 2026.
En 1993 alors que la bataille entre le grunge américain et la Brit pop fait rage sur les ondes, un jeune prodige irlandais va se distinguer et frapper un grand coup avec son second album hors-norme : Liberation. Après un premier essai composé avec quelques amis en 1991 sympathiquement maladroit, Hannon décide de prendre les choses en main en solo, recrute un trio à cordes et compose 13 merveilles de pop sophistiquée et malicieuse. Évoquant aussi bien Scott Walker que Jacques Brel, les compositions du bonhomme réussissent brillamment l’équilibre entre exubérance mélodique et finesse d’écriture. Boudé au Royaume-Uni, ce disque singulier et hors du temps connaîtra un franc succès de notre côté de la Manche. Après un tout aussi épatant Promenade en 1994, disque opératique inspiré autant de Philip Glass que de Michael Nyman, il connaîtra enfin la reconnaissance en Angleterre avec l’exubérant Casanova en 1996. Succès qu’il confirmera avec son tout aussi épatant album Fin de siècle de 1998.
Au fil de douze albums, Hannon a continué de bâtir un univers hautement littéraire et tendrement ironique qui en fait une des figures les plus attachantes et singulières de la pop britannique. En 2026, il sort son treizième disque : Rainy Sunday Afternoon, enregistré dans le mythique studio Abbey Road. Si le disque est un peu moins affûté mélodiquement, il reste d’une grand élégance et le monsieur devrait faire merveille accompagné sur la grande scène du Fort de son « brilliant band » comme il le surnomme : Simon Little, Tim Weller, Tosh Flood, Ian Watson, Andrew Skeet et Marian Gibs. Ramène nous au paradis, Neil !
The Divine Comedy sera en concert le jeudi 13 août au Fort st Père
Mogwai, Dans le mur du son

Autres habitués du festival, on retrouvera ensuite les Écossais de Mogwai pour leur quatrième fois à la Route Du Rock. On les avait vus dans le noir avec capuches et casquettes vissées bien profondément sur la tête en 2006 puis plus détendus et (un peu) plus communicatifs en 2011. Les voilà de retour pour célébrer, on espère avec classe, leurs trente années d’existence.
A la fin des années 1990, les deux écossais Stuart Braithwaite (guitare) et Dominic Aitchison (basse) fondent avec leur pote Martin Bulloch le groupe Mogwai. Ce nom emprunté à la créature mignonne et velue se transformant en zébulon démoniaque dans le film Gremlins de Joe Dante, « n’a pas de sens particulier, et nous avons toujours eu l’intention d’en trouver un meilleur, mais comme beaucoup d’autres choses, nous ne l’avons jamais fait. » avoue Braithwaite. Le trio va d’emblée poser un des jalons du style post-rock avec leur très remarqué premier album Mogwai Young Team sorti chez Chemikal Underground en 1997.
Conçu comme un seul long morceau, le disque presqu’intégralement instrumental prend le temps de bâtir de longues plages atmosphériques parcourues de telluriques déflagrations soniques. Ce style qui fera à la fois leur renommée et leur embarras car ils déclinent l’étiquette chaque fois qu’ils le peuvent, ils vont pourtant le peaufiner au fil d’un impressionnante discographie flirtant avec la trentaine d’albums si on compte les lives et les Bandes Originales. Il se révèlent d’ailleurs fort habiles dans ce dernier exercice et on vous conseille hautement leurs musiques composées pour les séries Les revenants, The bombing of Pan Am ou les ballets avec balle de Zinédine Zidane dans le fascinant documentaire Zidane : Un portrait du 21e siècle de Douglas Gordon et Philippe Parreno.
Après deux rééditions très réussies en 2023 via Chemikal Underground Records de leurs deux premiers albums Mogwai Young Team et Come On Die Young, le groupe a sorti en 2025 The bad Fire sur son propre label Rock Action. Ce onzième disque au titre emprunté à la parabole écossaise désignant l’enfer, est forcément sombre mais pas plombant. Malgré de douloureuses épreuves familiales durant sa composition, on notera en effet la volonté de célébrer leur trente années d’activité tout en jouant avec leur acquis avec, par exemple, la présence de synthés tout droit sortis des films de John Carpenter, d’un vocoder délicat ou de titres étonnamment aériens.
En live, Mogwai devrait encore une fois nous offrir une expérience hautement physique avec son « rock qui se vit, au moins autant qu’il ne s’écoute. » comme on dit sur Arte Live Web. Leurs murs de son réussissent l’exploit d’être aussi imposants tout en restant toujours très mélodiques et on apprécie de se laisser porter par ces voyages sonores même si le style et l’intériorité de l’expérience ne conviendront sûrement à tout le monde dans les conditions d’un festival.
Mogwai sera en concert le vendredi 14 août au Fort st Père
Ditz, Chaos debout

On avoue volontiers avoir sorti notre plus belle danse de joie à l’annonce du retour de DITZ sur la scène des remparts. Il faut dire qu’on suit ce quintet de Brighton comme le lait sur le feu depuis que nous avons découvert en 2016 leur EP1. Ce premier trois titres plongeait dans un creuset rempli de métal en fusion post-punk, noise rock, grunge et post hardcore pour un alliage aussi étincelant que redoutablement tranchant. Voix obliquement flegmatique et classieusement braillarde, riffs explosifs et furieusement abrasifs et rythmiques incendiaires, ces trois titres nous avaient autant disloqué la nuque que collé un sourire béat. Il a fallu s’armer de patience pour enfin pouvoir écouter leur 5 song EP, sorti en juillet 2020, qui confirmait haut la main toutes les qualités d’artificiers de la bande et nous offrait en guise de cerise sur la bouteille de nitroglycérine une monstrueuse reprise du déjà terrible Fuck The Pain Away de Peaches (qui jouera justement après eux !). On savait alors les gars prêts à s’attaquer à leur premier long format. Hélas, un virus taquin et tenace est passé par là et il a fallu se contenter de quelques titres distillés au fil des mois avant la sortie en mars 2022 sur leur label Alcopop de The Great Regression.
Fort heureusement, le disque est largement à la hauteur de nos pourtant folles attentes. On sent que chacun des dix titres a été obsessivement peaufiné pour un impact maximal. La force de frappe du groupe n’a jamais été aussi saisissante et la bande se paye en plus le luxe d’avoir des paroles imparables dans leur féroce lucidité. En équilibre délicieusement instable entre agressivité pure et évidence mélodique, le disque vous choppe dès le Clocks inaugural et ne vous lâche plus jusqu’au cataclysmique final goguenardement appelé No thanks I’m Full. Leur second long format Never Exhale, sorti en autoproduction en janvier 2025, enfonçait joyeusement le clou avec des petites touches indus et toujours une force de frappe terrassante de bout en bout.
Pour notre part, et malgré une prestation complétement folle à l’Antipode en avril 2025, nous sommes loin d’être rassasié.e.s et nous n’avons qu’une hâte c’est de nous reprendre tout ça dans la tronche à plein volume. On vous donne donc rendez-vous au premier rang. Préparez-vous à l’impact.
DITZ sera en concert le jeudi13 août au Fort st Père
Marie Davidson, Hard Times, Furious Dancing

Qui de mieux pour quasi conclure la soirée qu’une des figures les plus aventureuses et singulières de la foisonnante scène indépendante canadienne ? La musicienne et productrice franco-canadienne Marie Davidson semble en effet parfaite pour tenir ce rôle.
La Montréalaise a démarré sa foisonnante carrière dans le duo Les Momies de Palerme avec Xarah Dio. Leur album de 2010, Brûlez ce coeur, est une des plus fascinantes références du mythique label Constellation Record. Elle a ensuite multiplié les collaborations de grande classe avec David Kristian, le projet orchestral Land of Kush ou le sublime et passionnant projet Coin Coin Chapter One: Gens de couleur libres de Matana Roberts.
Elle a aussi marqué l’électro minimale avec l’album Demain est une autre nuit de 2016 du duo Essaie pas en compagnie de son complice Pierre Guerineau. Parallèlement, elle a également sorti des disques en solo dont le troisième Adieux au dancefloor disséquait avec malice et acuité son rapport ambivalent à la dance music et la culture club.
Elle a depuis enchainé les albums marquants avec Working Class Woman chez Ninja Tune en 2018, Renegade Breakdown sur le même label en 2020,et enfin le très beau City of Clowns en 2025 chez Deewee. Se moquant des barrières stylistiques des musiques électroniques, elle y mêle introspection, electro clash, italo disco, techno acérée et spoken word aux paroles aiguisées comme des scalpels pour disséquer les monstrueuses méga-entreprises de la tech. Sur scène, la dame nous a fait une épatante démonstration de sa vitalité bondissante et hautement communicative lors de la dernière édition de Kool Thing à l’Antipode. De quoi donc danser jusqu’à bout de forces tout en gardant un oeil acéré sur le monde actuel.
Marie Davidson sera en concert le vendredi 14 août au Fort st Père
Horsegirl, Indie forever

Après Memorials l’an dernier, nous sommes de nouveau particulièrement gâté.e.s en terme de groupe d’ouverture de l’édition. On retrouvera en effet dès 18h30 une de nos formations coup de cœur de ces dernières années : Horsegirl. Ce trio, originaire de Chicago et désormais basé à New York, est composé de Penelope Lowenstein (guitare, voix), Nora Cheng (guitare, voix) et Gigi Reece (batterie). Malgré leur jeune âge, les trois jeunes femmes s’inspirent avec talent d’un temps qu’elles n’ont pas connu (nous si) : les années 90. Elles puisent ainsi leur inspiration dans le meilleur des groupes indy rock américains de cette époque. Après quelques singles et EP déjà très remarqués, les demoiselles ont sorti en 2022 leur premier long format : Versions of Moderne Performance. Enregistré avec John Agnello (Kurt Vile, The Breeders, Dinosaur Jr.) dans le mythique studio Electrical Audio (Steve Albini), le disque impressionne par sa solidité mélodique et son déluge de riffs à la fois lumineux et distordus.
Pour leur second disque, Phonetics On and On (Matador, 2025), elles font cette fois appel à la magicienne Cate Le Bon (qu’on pourra d’ailleurs aussi entendre juste après sur la scène du Fort). Elles enregistrent durant deux semaines glaciales de 2024 dans les studios de Wilco à Chicago. Délaissant les guitares saturées sous les conseils de Le Bon, la bande dépouille ses compositions tout en y ajoutant des petites touches de violons, synthés ou gamelan. En délicat équilibre entre épure et expérimentations délicates, l’album est d’une évidence et d’un charme désarmants. Harmonies vocales délicieuses, simplicité irrésistible sans pourtant tomber dans la facilité, difficile de ne pas succomber à une telle démonstration de talent, surtout quand elle est délivrée par un groupe aussi jeune. On piaffe maintenant d’impatience de vérifier si le charme agit autant en live. On vous conseille donc fortement d’arriver tôt !
Horsegirl ouvrira les concerts du jeudi 13 août au Fort st Père
Chest, l’art délicat de l’enchainement

Pour passer derrière la monstrueuse locomotive Fontaines DC (et après la chenille), les programmateurs ont fait le pari du local avec Chest. Les Parisiens ont ouvert les scènes pour DITZ, KNIVES et Heavy Lungs et voilà donc que ce soir-là ce seront les stars irlandaises qui feront leur première partie.
Après le rabat-joie EP All Good Things Ends paru chez Howlin’ Banana, le groupe viendra défendre la sortie à l’automne 2026 de son premier album Happy Broken. On compte bien sur leur post-punk noisy furibard mais n’oubliant pas les mélodies dans le chaos pour embarquer tout le monde ans un joyeux tourbillon sonique.
Chest sera en concert le samedi 15 août au Fort st Père
Elias Ronnenfelt, auberge danoise

On avoue volontiers ne pas avoir gardé un souvenir impérissable de la prestation en 2013 des Danois d’Iceage sur la scène du Fort. La faute surement à un Nick Cave impérial ce soir-là mais sans doute pas que. On donnera par contre volontiers une seconde chance au meneur et chanteur du groupe Elias Rønnenfelt. Le musicien et poète danois reviendra en effet ouvrir la soirée d’échauffement à la Nouvelle Vague du mercredi 12 août.
Délaissant le post-punk volcanique de sa formation collective, il se montre beaucoup plus aventureux en solo. Après un premier album hautement éclectique Heavy Glory en 2024, il a sorti en 2025 Speak Daggers, album conçu chez lui avec de nombreuses collaborations d’artistes proches dont The Congos, Erika de Casier, Fine, Dean Blunt, Yung Lean ou encore Fousheé. De ce collectif contrasté est né un album assez insaisissable et se moquant bien des étiquettes ou des styles. Un disque aux ambiances sombres mais avec une énergie lumineuse que nous sommes assez curieux de découvrir sur scène.
Elias Ronnenfelt sera en concert le mercredi 12 août à la Nouvelle Vague à St Malo
Sprints, pyromanes irlandais

En matière de boute-feu de cette édition, on met une petite pièce sur les Dublinois de Sprints. Menée par la charismatique Karla Chubb, la bande est également composée de Sam McCann, Jack Callanet et du nouveau guitariste Zac Stephenson. La couverture incendiaire de leur premier album annonce clairement la couleur : leur garage punk est là pour vous chopper par la nuque et ne pas vous lâcher jusqu’à la dernière note.
Pour All That Is Over, leur deuxième album, de nouveau produit par Daniel Fox (Gilla Band), le groupe ne perd pas vraiment en intensité mais gagne par contre en nuances. Du lancinant Abandon aux accents flamenco de l’ample final Desire, en passant par le débridé Descartes, le groupe montre qu’il est capable de reliefs tout en gardant son énergie rageuse. La réputation scénique du groupe étant plus qu’élogieuse, on fait le pari que cela devrait être un joyeux bordel devant la scène des Remparts lors de leur passage. On croise aussi les doigts pour le groupe nous offre leur épatante reprise de Deceptacon, l’imparable tube de Le tigre.
Sprints sera en concert le vendredi 14 août au Fort st Père
Cortisa Star, ce n’est pas son genre

Comme c’est devenu l’habitude, les soirées se prolongeront en dehors du Fort avec des aftershows souvent endiablés. Ce jeudi à 3h du mat, s’ils vous reste encore quelques forces après le combo DITZ/Peaches, vous allez pouvoir vous achever en beauté avec Cortisa Star juste avant le dj set du Néerlandais Mark Knekelhuis dont on vous parlait plus haut. La rappeuse et modèle transgenre nous vient du Delaware. Tout a démarré par une blague sur un post où elle se surnommait ironiquement une « princesse du rap underground » sans jamais avoir posé une rime. Suite aux nombreux encouragements qu’elle a ensuite reçus, elle s’est lancée et a sorti en 2024 deux titres : Cortisa Crump et Fun qui ont cartonné sur les réseaux.
Son style abrasif et ses basses débridées ont attiré l’attention d’artistes comme Charli XCX et Lil Nas X. Elle continue donc de tracer son chemin atypique et rentre-dedans pour mieux exploser des codes encore trop corsetés avec sa vision hautement personnelle du rap contemporain. Ca devrait donc déménager sévère sur le chemin du retour de la première soirée au Fort.
Cortisa Star sera en concert le jeudi 13 août au Fort st Père
Snuggle : un petit câlin dream pop ?

On l’avait pressenti mi-juillet : il y avait peu de chances que Ciel initialement programmé et dont on vous avait parlé dans la face A, se produise à la Route du Rock si on se fiait à leurs récentes communications sur les réseaux. Le groupe y parlait d’annuler tous ses concerts cet été à cause des problèmes de santé de sa bassiste et chanteuse Michelle Hindriks. Sans surprise, ils ne pourront assurer leur date à la Route du Rock. On leur souhaite sincèrement de se remettre au plus vite et de revenir rapidement au meilleur de leur forme… et pourquoi pas sur une nouvelle édition ? Pour les remplacer, le festival a donc fait appel à Snuggle. Vous avez sans doute lu comme nous un récent article du Monde sur le succès des artistes pop danois.es qui ne sont plus seulement apprécié.es au Danemark mais s’exportent désormais au-delà des frontières scandinaves. Pour exemple, La Route du Rock a programmé Elias Rønnenfelt, le frontman d’Iceage mercredi et Smerz jeudi. Et remplace donc Ciel en ouverture des concerts au Fort st Père le samedi 15 août sur la scène des Remparts par les Danois.es de Copenhague Snuggle, qui se sont comme beaucoup rencontrés sur les bancs du désormais célèbre conservatoire de musique rythmique (RMC) de Københaven.
Pop, mais plutôt rêveuse, la musique du duo composé d’Andrea Thuesen Johansen (chant, guitares, piano, synthé) également membre de Baby in Vein et Vilhelm Tiburtz Strange (guitares, basse, piano, synthé et batterie) auparavant guitariste de feu Liss (avant le suicide de son leader Søren Holm) est surtout marquée par une douceur vaporeuse. Quelques sonorités électroniques subtiles et délicates, des textes à la mélancolie douce-amère, des guitares et des voix allégées de réverb’, des mélodies comme des nuages de sucre glacé : leur premier album Goodbyehouse paru en septembre 2025 chez les Danois d’Escho, propose un joli équilibre entre intimité et douceur. Avec son nom fort approprié (snuggle = câlin) convoquant les brumes chaleureuses plutôt que les brouillards angoissants et électriques, la dream pop un poil shoegaze de Snuggle se veut cosy et enveloppante. Alors certes, rien de bien neuf sous la brume, mais les Danois.es devraient sans peine nous faire commencer cette dernière journée au Fort tout en douceur, ce qui ne sera pas de refus après les deux jours marathons précédents.
Snuggle sera en concert le samedi 15 août au Fort St Père
Big Wett, indéçancefloor

Le dernier soir et avant la rennaise Wolfïn dont on vous parlait plus haut qui concluera l’édition sans nul doute en apothéose, vous pourrez lâcher tous vos chevaux sur l’énergie imparable et décomplexée de Big Wett. L’Australienne s’est rapidement fait un nom dans la scène club avec ses titres frontaux, allant droit au but sans s’embarrasser de métaphores et ne lésinant pas sur les beats dévastateurs.
Prude et amateur.ice.s de subtilités, passez votre chemin. Big Wett transforme ses sets en célébration débridée, queer et inclusive qui devrait faire monter la température jusqu’à l’incan-décence pour vous emmener jusqu’au bout de cette édition tout feu tout flamme.
Big Wett sera en concert le samedi 15 août au Fort st Père
Si vous êtes venu.e.s à bout de nos deux généreux pavés, vous avez maintenant tous les éléments en main pour les quatre journées de cette nouvelle Route de Rock. On s’y retrouve très vite avec comme d’habitude nos revues de détails par journée, nos photos et nos reports à chaud durant tout le festival.
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La Route du Rock aura lieu du 12 au 15 août 2026.