Shannon Wright en tournée en novembre : interview

Shannon Wright revient près de Rennes pour trois dates en ce début novembre. Ne la manquez pas. Après la sortie d’un brûlot abrasif qui nous a saigné le cœur à blanc en mars dernier, le sublime In Film Sound, Shannon Wright a enchaîné sur une tournée en Europe au printemps. On a eu la chance de l’y entendre sur trois dates intenses (Paris, Nantes, Bordeaux) qui nous ont laissées bien souvent bouleversées et exsangues. Mais également de la retrouver une nouvelle fois (oui, on mesure notre chance) pour une interview  (lire la première  là).

Rencontrer Shannon, c’est toujours un moment à part. On a les jambes qui tremblent. La gorge sèche. On se sent paradoxalement aussi ému qu’impressionné. Peut-être parce que Shannon Wright est aussi douce et timide dans la vie qu’elle peut être déchainée sur scène. Peut-être surtout parce que ses disques nous ont, un à un, arraché le cœur. Ou parce que ses concerts nous ont bouleversés comme aucun autre. Shannon en live, c’est une tornade. A l’intégrité et à la sincérité qui vous font mal au ventre mais vous libèrent en même temps. Sur scène, le visage souvent dissimulé derrière ses cheveux, Shannon Wright se cache. Mais se donne, et donne, entière. Sans filet, possédée. Ses déflagrations sonores vous mettent de terribles claques dont vous peinez à vous relever. Vous pensez enfin arriver à vous rétablir ? Peine perdue, le morceau suivant vous renvoie directement dans les cordes… On le savait, pourtant on ressort de chacun de ses lives, complètement hébété, abasourdi.

Dans la grande loge du Krakatoa de Bordeaux, en cette journée torride d’avril (oui la seule !), on installe les micros avec une boule dans le ventre. On a encore le cœur qui bat bien trop vite. Mais pour rien au monde on ne voudrait être ailleurs. On a lancé les micros comme on se jette dans le vide. Entre les rires et les sourires timides, on a eu la gorge serrée une nouvelle fois. Peur d’aller trop loin. Et les yeux humides. De part et d’autre. On gardera pour nous comme un poignard en plein cœur ses yeux soudain rendus brillants par l’émotion. Toutes nos excuses, une nouvelle fois pour les morceaux qu’on a coupés, parce que parfois trop personnels, pour elle, pour nous. Il reste quand même l’essentiel. Rencontre.

 

2010-11-23-ANTIPODE-Alter1fo-16Petite piqûre de rappel pour ceux qui ne la connaîtraient pas.

En 1998, l’américaine saborde son groupe, Crowsdell, et part, seule, avec sa guitare comme unique bien. De là naîtront les fragiles et troublants Flighsafety et Maps of Tacit (1999 et 2000), puis plus tard, le rêche et sublime Dyed in the Wool (2001). Une vraie claque déjà. De ces disques qu’on écoute en boucle pendant des jours, sans rien vouloir écouter d’autre. Tout ça grâce au très bon label bordelais Vicious Circle qui vient alors de signer la sortie de l’album dans l’hexagone. La France a aussi la chance de la découvrir en live, en première partie de Calexico lors de prestations intenses. Shannon est écorchée et passionnée, elle ne laisse personne indifférent. On l’a dit. Plus qu’une claque : une tornade.

En 2004, elle retrouve Steve Albini pour son album (alors) le plus rock et le plus rêche, Over The Sun. Cet album change des vies. Tumulte de guitares électriques, voix poussées à l’extrême. C’est un disque abrasif. Shannon y manie la guitare « comme une serpe » disent les gars de Vicious. Et puis il y a le pianoCes morceaux doux en apparence qui vous poignardent tout aussi fort. Suivra un disque avec Yann Tiersen qui la fera connaître davantage (écoutez par ici ce que Yann Tiersen dit de cette rencontre qui l’a plus qu’inspiré).

Puis contre toute attente, Shannon revient en 2007, avec Let in the Light, un album apaisé, sans pour autant être rangé. On l’imagine plus heureuse, moins à vif, mais on la sait toujours aussi exigeante. Shannon ne lâche rien. Elle n’a rien à faire des clichés, des modes, des étiquettes. Elle reste sur le fil tendu.  Intègre. L’album suivant, Honeybee Girls, sorti en septembre 2009, alterne les assauts frontaux, les climats orageux et les moments plus paisibles… Mais méfiez-vous de l’eau qui dort. Sous ce calme apparent, les cassures apparaissent. Et les morceaux au piano se révèlent tout aussi ravageurs, tout comme cette incursion très rare dans la discographie de l’Américaine, dans les terres électroniques sur un morceau glaçant et bouleversant, Father.

On pensait attendre plus longtemps avant la sortie d’un nouvel opus. Et puis Secret Blood est arrivé début novembre 2010. Une entrée en matière sur les chapeaux de roue, un brûlot hardcore (l’énorme Fractured qui prend toute sa puissance en live), des ballades renversantes et encore des mélodies qui livrent progressivement leurs secrets. La sortie dIn film Sound cette année a encore enfoncé le clou. On ne pensait (naïvement) pas que Shannon pouvait aller encore plus loin. En 9 titres désormais essentiels, elle livre un album à la densité qui vous percute l’âme, vous ouvre la poitrine et perfore vos poumons. Explosions rêches, riffs qui transpercent, propulsés par une rythmique à la puissance nucléaire ou accalmies poignantes et déchirantes (oui, Who’s sorry now ? ou  Bleed juste après) In Film Sound déchaîne les corps et libère les âmes. Ce dernier album a d’ailleurs d’ores et déjà rejoint la liste des disques qui feront date dans la carrière de l’Américaine. Des disques qui feront date dans nos vies.

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2010-11-23-ANTIPODE-Alter1fo-28Alter1fo : On est complètement dingues d’In film Sound. Cet album est juste sublime.

Shannon Wright : (réellement touchée) Oh, merci !

C’est toujours vous sur cet album, on reconnaît votre son, mais en même temps, j’ai l’impression que vous avez eu une nouvelle approche pour ce disque. Votre guitare est encore plus abrasive, je ne pensais pourtant pas que c’était possible…(Elle rit) Et j’ai l’impression que certaines structures sont un peu différentes, pas seulement couplets/refrain… (Elle acquiesce) Est-ce que c’est quelque chose que vous vouliez ? Vous avez eu une approche différente pour cet album ?

Shannon Wright : Oui, je pense que oui, inconsciemment, probablement …

(Elle s’interrompt) On peut fermer la porte ? (on se lève pour repousser le battant derrière nous… Elle s’excuse en souriant…) Ce doit être les enfants. Il y a beaucoup d’amis ici ! Ils viennent nous rendre visite.

2013-ITW Shannon_WRIGHT-alter1fo 1Ça fait plaisir de l’entendre.

Shannon Wright : (Elle rit, heureuse puis reprend) Oui, je pense définitivement, qu’inconsciemment… C’est plus un challenge qu’une volonté au départ : « j’ai envie de faire ceci ou j’ai envie de faire ça ». J’essayais plutôt de chercher quelque chose d’intéressant pour moi.

Vous avez enregistré cet album avec Kevin Ratterman à Louisville, Kentucky. Vous le connaissiez ?

Shannon Wright : Je l’avais rencontré une fois. Kyle et Todd qui jouent avec moi, avaient enregistré avec lui avant. Il venait de monter un nouveau studio. Et c’est vraiment un studio incroyable avec le meilleur équipement qui soit, plein de trucs vintage…

Quand on y est allé, mon but principal était d’enregistrer live, à l’inverse des gens qui, de nos jours, enregistrent leurs morceaux par échantillons, en numérique, et tous ces trucs…

Et puis je voulais vraiment revenir au fait de répéter les morceaux. Pour ensuite les jouer. Et enfin les enregistrer. Il semble que désormais ça n’existe plus cette façon de faire. C’était le but de tout ça.

Et puis Kevin utilise un équipement vraiment extraordinaire ! C’est pour cela que ça sonne de cette manière.

2010-11-23-ANTIPODE-Alter1fo-12Est-ce que vous pouvez nous parler de l’enregistrement ? Parce qu’on a vu des photos de ce moment, et c’était chouette, vous sembliez si heureuse !

Shannon Wright : (rires) Merci (touchée). On a pris beaucoup de plaisir. Et en même temps il y a eu beaucoup de moments de dur labeur.

Je travaille comme une dingue en studio, à en devenir folle. Kevin est très positif, extrêmement encourageant. Il était tellement excité pendant l’enregistrement des chansons !Il était très enthousiaste , et ce chaque jour.

Au départ, on devait enregistrer sur un nombre restreint de jours. Et il a dit : « pourquoi on n’enregistrerait pas sur deux jours de plus ? » Je n’avais pas l’argent pour deux jours de plus. Alors il a dit (elle chuchote) : « c’est ok »…

Il voulait faire un très bon album. Parce qu’il y avait toujours des choses sur lesquelles je voulais travailler. Pendant l’enregistrement, je travaillais jusqu’à 7 heures du matin pour réarranger certaines choses ou essayer d’autres mélodies ou… peu importe quoi. Il était complètement ouvert là-dessus. Todd, Kyle et moi, au départ, nous avons eu trois jours d’enregistrement pour les prises de base. Après ça, Kyle et Todd sont partis et j’ai fini les voix et le reste. Ensuite Kevin et moi avons mixé l’album. C’était juste nous deux.

Shannon Wright Todd Cook and Kyle CrabtreeEst-ce que vous pouvez aussi nous parler de Kyle et Todd qui ont enregistré avec vous et qui sont aussi avec vous sur scène ce soir ?

Shannon Wright : Ce sont de vieux amis, qui font partie des Shipping News (Caro montre mon t-shirt du groupe, elle rit !) Oui, ils vont aimer ça ! Montre leur en sortant !

C’est comme ma famille. C’est tellement facile. Je pense, je ne sais pas… Quand on sort de scène tous ensemble, on est juste… Waow. Il y a comme une sorte de magie entre nous qu’on ne peut pas vraiment expliquer.

Oui, ça se voit sur scène…

Bob Weston a fait le mastering. C’est un de vos amis, je crois (elle acquiesce). Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec lui ?

Shannon Wright : Je voulais juste faire cet album avec des gens avec qui je fais de la musique depuis toujours. Récemment j’ai fait pas mal de concerts avec Shellac. J’ai fait l’ATP avec eux. J’ai fait leur anniversaire. Bob et moi on a beaucoup discuté pendant ces moments-là. Je lui ai demandé : « tu aurais le temps de masteriser mon album ? »

C’était vraiment bien. Ce n’est pas souvent qu’on arrive à faire ça parce que chacun a sa vie et est très occupé.

Bob est toujours super occupé, tout comme Kyle, Todd et moi… C’était vraiment bien d’arriver à avoir tout le monde réuni pour cet album cette fois. C’est important pour moi que ce soit comme une famille.

2010-11-23-ANTIPODE-Alter1fo-19Tout le monde a remarqué que vous aviez utilisé la même police pour l’artwork d’Over The Sun et In Film Sound. Et beaucoup ont l’impression que c’est une sorte de lien entre ces deux albums de guitare abrasive. Vous êtes d’accord ? C’était quelque chose de volontaire ?

Shannon Wright : Non, je pense que je suis particulièrement difficile avec les polices et j’aime celle-ci. (Rires) J’ai fait l’artwork du recto. Ce n’est pas fait avec photoshop ou quelque chose comme ça. C’est vraiment un tag que j’ai fait et que j’ai pris en photo. Ils ont fait d’autres propositions que je n’aimais pas vraiment et j’ai dit « J’aime la police sur Over the Sun, pourquoi ne pas juste utiliser celle-ci ».

Pas de raison particulière…

Shannon Wright : Non pas d’explication glamour ou incroyable à donner à propos de ça. (Rires)

J’aime vraiment cette photo que Thomas [thomR] a prise de vous et de votre jazzmaster. (Elle acquiesce) Je suis tellement fière de lui et particulièrement heureuse que vous ayez choisi cette photo pour l’artwork. C’est un gars exceptionnel.

Shannon Wright (avec des étoiles dans les yeux autant que nous…): Oui, il l’est.

Shannon Wright - crédit photo  Thomas RabillonPourquoi avez-vous choisi cette photo ?

Shannon Wright : Quand on était en tournée en 2010…

Avec Yann Tiersen ? [Thomas avait suivi Yann Tiersen en tournée aux Etats Unis, notamment sur plusieurs dates dont Shannon assurait la première partie. Vous pouvez retrouver les films de Thomas ici]

Shannon Wright : Non, c’était juste en solo. Il est venu, pendant une semaine je crois, pour filmer, pour prendre des photos. Il m’a envoyé cette photo.

Je suis sur la photo et pourtant j’ai pensé : « waow, quelle photo vraiment magnifique! » Il m’en a envoyé d’autres qui étaient également très belles. Je l’avais montrée à Kyle et il l’avait aussi aimée… Et quelqu’un a dit : « tu devrais utiliser cette photo que Thomas a prise » Et j’ai dit oui, bien sûr. Je viens d’ailleurs juste de le voir à Paris [sur la date de l’avant-veille]

Nous aussi (rires).

Shannon Wright : Et il avait le vinyle. Il l’avait acheté ou on le lui a donné, je ne me souviens pas… Et il a dit (imitant la voix de Thomas, particulièrement excité) : « Je ne savais pas que tu avais mis la photo là-dessus » Il était tellement heureux. (Elle sourit, nous avec)

Shannon-Wright-In-Film-SoundVous nous avez expliqué avoir réalisé l’artwork tout à l’heure. Vous avez donc écrit votre nom et le titre de l’album sur ce mur. Est-ce que vous pouvez nous expliquer cela davantage ?

Shannon Wright : C’est juste… Je ne sais pas comment expliquer en fait… C’est à Atlanta, où je vis. Je me sentais frustrée ce jour-là. Je vis dans un quartier très pauvre. Ce jour-là, je pensais à des trucs… Il y a une immense zone pleine de tags partout, et je pensais de quelle manière cette façon de s’exprimer était une autre forme d’expression. Et je pensais au fait que je joue de la musique, et que c’est mon moyen de m’exprimer [voir notre première interview de Shannon Wright là]. Et je voulais en quelque sorte simplement ajouter mon petit tag aussi, même si j’ai une écriture manuscrite terrible (rires) J’ai pensé : « c’est moi, donc c’est honnête.» Vous savez, ce n’est pas très sophistiqué !

Vous savez, c’était drôle, je l’ai fait en plein milieu de la nuit (rires). J’ai roulé à travers la ville, et il y a plein d’endroits où c’est écrit Shannon Wright In film Sound dans toute la ville. Je veux y retourner et peindre par-dessus quand je rentrerai. (rires) J’ai fait les tags et après j’ai choisi les photos selon les lieux, les couleurs. Je suis montée sur le toit de ma voiture et j’ai pris ces photos. C’est de là que ça vient. Sur la pochette au verso, c’est une autre photo que j’ai prise cette nuit là.

2013-ITW Shannon_WRIGHT-alter1fo 3Toujours d’Atlanta, donc… Vous avez expliqué le titre In Film Sound en disant que nos vies étaient comme des films différents. Est-ce que vous pouvez nous expliquer cela davantage ?

Shannon Wright : Quand j’ai trouvé ce titre, je pensais à la manière dont on peut voir certaines choses dérangeantes, tristes. Qu’elles passent dans nos vies. Et puis on les oublie… Le jour où j’ai fait l’artwork, ce titre m’est venu. Je pensais combien il est dingue que l’on voie la souffrance, ces choses-là, qu’on se dise à quel point c’est terrible et que pourtant, on avance. D’une certaine manière, c’est une question de survie. Pour être capable de se lever le matin.

Je pensais à ces films muets, à la façon dont ils peuvent disparaitre. Ils peuvent avoir été importants et intenses sur le moment et puis un jour ils tombent dans l’oubli.

C’est à ce genre de choses que je pensais quand j’ai trouvé ce titre.

Je pensais justement à cette signification, il y a deux jours, à Paris quand vous avez dédicacé Bleed pour chacun d’entre nous dans la salle, comme si partager cette chanson et ce moment avec chacun d’entre nous était une manière de relier tous ces films ensemble.

Shannon Wright : (elle acquiesce) Oui, vraiment. C’était sur le moment. Je me suis sentie tellement touchée par le public, je me sentais complètement connectée au public, et c’était comme si cette chanson était pour nous tous, à ce moment précis.

(…)

Vous avez joué Last Things Last avec Rachel Grimes à l’ATP l’an dernier. Le morceau était dédicacé à Jason [Noble, membre de Rodan, Shipping News ou Rachels, décédé en août 2012. Shannon, comme Shellac et beaucoup d’autres avaient multiplié les initiatives pour qu’il puisse avoir les moyens d’accéder à tous les soins nécessaires à sa guérison, la sécurité sociale n’étant pas la même aux U.S.A.] On en a vu des vidéos…

Shannon Wright (émue) : C’était très difficile pour chacun d’entre nous. C’était un ami très cher… Nous avons fait cette chanson ensemble. Il avait écrit la chanson et voulait que je la chante. Je ne l’avais pas chantée depuis que je l’avais enregistrée.

Et la fois précédente quand nous étions à l’ATP, il était là. C’était un moment très difficile pour chacun d’entre nous, mais on a réussi. On ne pensait pas qu’on y arriverait, mais… (long silence ému)

JasonNoble

Louise est une de mes chansons préférée. Et je me souviens que pendant un concert il y a longtemps, je crois que c’était à St Malo, à la Route du Rock d’hiver, vous avez expliqué que c’était une chanson pour votre grand-mère et à quel point les grands-mères pouvaient être essentielles dans nos vies (ses yeux se brouillent, les nôtres aussi). Et puis dans cette interview arrache-cœur pour Libération, vous avez expliqué que votre grand-mère vous avait acheté votre première guitare (elle acquiesce) et que vous aviez ce rituel formidable, tous les samedis, elle vous achetait un single (elle rit à ce souvenir heureux). Pouvez-vous nous expliquer à quel point votre grand-mère a été importante dans votre relation à la musique et nous parler un peu de ce rituel ?

2010-11-23-ANTIPODE-Alter1fo-31Shannon Wright : (elle s’éclaircit la voix, émue). J’étais très timide. Je ne sais pas, je crois qu’elle essayait de me faire comprendre que la musique m’apporterait beaucoup de bonheur. Le fait que je n’étais pas une personne ennuyeuse ou quoi que ce soit de tel. C’était la musique pour moi. Tous les samedis, on partait acheter un 45 tours et c’était super excitant. Quand j’ai été plus grande, elle m’a acheté une guitare, mais je ne l’aimais pas vraiment parce qu’elle me faisait mal aux doigts (rires). Je n’en jouais plus. Elle avait un piano, dont elle jouait, mais dont je ne jouais jamais. Elle me demandait de venir chanter à côté d’elle. Mais je n’y allais jamais parce que j’étais vraiment extrêmement timide. Je ne chantais que dans ma chambre et elle s’asseyait derrière la porte pour m’écouter. Elle ne me l’a dit que des années plus tard. Je pense qu’elle m’a doucement et tranquillement poussée vers la musique. Elle ne l’a jamais fait de façon évidente. Elle n’a jamais fait de tentative trop insistante. C’était juste ce petit murmure tout le temps « peut-être que tu aimerais ça »…

(très sérieuse) Je pense qu’elle a probablement été la plus grande influence pour moi. C’est sûr.

(…)

2010-11-23-ANTIPODE-Alter1fo-41J’ai des questions stupides de fan, mais je me dois de les poser, désolée…

Shannon Wright : (rires) D’accord !

Dans une ancienne interview de 2002, vous parliez d’une machine à écrire que vous utilisiez pour écrire les paroles de vos chansons. En regardant la pochette de Secret Blood, je me suis demandée si c’est cette fameuse machine à écrire que vous avez utilisée ?

Shannon Wright : Oui ! Je ne sais pas, je crois que c’est une sorte de rituel pour moi. Elle me calme, ou peut-être que c’est le fait d’avoir écrit tellement de paroles sur cette machine à écrire. Elle est juste dans ma chambre et je l’utilise seulement quand il est le moment d’écrire des paroles.

Pouvez-vous nous parler de votre jazzmaster ? Quand l’avez-vous rencontrée ?

Shannon Wright : Je crois que c’était en 1999. Quelqu’un que je connaissais devait la vendre parce qu’il avait besoin d’argent. Il me l’a vendue pour 200 dollars. Au début, je me suis dit : « wah, c’est une très chouette guitare » .

Ensuite, je l’ai modifiée. Je ne pourrais jamais faire de l’argent avec, en la revendant à une personne qui serait attirée par son prestige.

Elle est complètement modifiée pour mon jeu, maintenant. Je serai complètement dévastée si je la perdais, mais (elle touche du bois) j’espère que ça n’arrivera jamais. (Sa voix change) J’aime ma guitare, c’est assez dingue. Je ne la laisse jamais dans le van. Je ne la laisse généralement jamais sur scène. Je suis très protectrice avec elle (rires).

(On parle ensuite d’accordage où je tente de traduire péniblement mes sol, ré, en D, G et de setlists pleine de secrets dans les rires)

2010-11-23-ANTIPODE-Alter1fo-36Pour finir, quels sont vos prochains projets après cette tournée. Et s’il vous plait, ne nous dite pas à nouveau (voir interview là) que vous voulez arrêter…

Shannon Wright : … (après quelques secondes de silence, on éclate de rire)

Bon d’accord, vous pouvez…

Shannon Wright : Je ne vous le dirais pas mais j’y pense définitivement. Je n’ai aucun projet planifié. Jouer est un un gros projet pour moi, être en tournée… C’est un long process pour organiser la tournée.

En ce moment précis, j’essaie de profiter de ce que j’ai fait, de ce que je fais, profiter des concerts, du public, juste de vivre le moment et ne pas penser à ce que je vais faire après ça. Qui sait ? Je vais sûrement rentrer et déprimer après avoir travaillé autant.

Quand on travaille depuis si longtemps sur un projet et qu’ensuite, il s’arrête, c’est vraiment bizarre. On doit un peu faire le deuil de ces moments pendant quelque temps.

Merci beaucoup…

Shannon Wright : You’re welcome. Merci.

Une nouvelle fois, on remercie les dieux qui veillent peut-être là-haut, puisque Shannon revient en concert en France en novembre (voir ci-dessous), et qui plus est avec les essentiels Todd Cook et Kyle Crabtree à la basse et à la batterie.


Photos live et interview, enregistrement, montage son : Caro

Autres crédits photo : Thomas Rabillon, Shannon Wright – except photo November Tour : ?

Un immense merci à Guillaume Le Collen de Vicious Circle pour avoir une nouvelle fois rendu tout ça possible.

 

Shannon Wright sera en concert en France (mais aussi en Suisse, Belgique et Italie) en novembre 2013 :

ven 1 SAINT NAZAIRE – Le VIP
sam 2 BREST – La Carène
dim 3 LAVAL – Le 6
lun 4 LILLE – La Péniche
mar 5 BRUXELLES (Bel) La Rotonde
mer 6 ARLON (Bel) L’entrepôt
jeu 7 REIMS – La Cartonerie
ven 8 ZURICH (CH) – Bogen
sam 9 ANNECY- Le Brise Glace
dim 10 CACGLIARI (It) – Mood
lun 11 No show
mar 12 YVERDON (CH) – L’Amalgame
mer 13 VALENCE – L’Oasis
jeu 14 TOULOUSE – Le Connexion Live
ven 15 MONTPELLIER – Festival 34 Tours
sam 16 PAU – La Centrifugeuse

Site de Vicious Circle (bio, discographie, etc…)

5 commentaires sur “Shannon Wright en tournée en novembre : interview

  1. Sweet-protection

    Très bel interview… Shannon est une très grande artiste…

  2. isa

    merci 🙂

    UNE TRES TRES TRES grande artiste 😉

  3. jardin féroce

    « On parle ensuite d’accordage où je tente de traduire péniblement mes sol, ré, en D, G »

    J’aimerais savoir ce qu’elle dit de ses accordages et pourquoi elle accorde si bizarrement ses guitares, ça serait possible d’avoir ce morceau de l’interview?

  4. isa

    haha ! non, elle nous a dit : « ce sont mes secrets » donc on respecte. Elle ne nous a pas dit que ça devait rester off, elle ne le fait jamais. C’est juste une histoire de confiance mutuelle. Et il est inimaginable qu’on ose (ne serait-ce qu’imaginer déjà !) trahir cette confiance 🙂
    Mais on comprend votre curiosité 😉
    A l’avenir, si on a la chance de la recroiser pour une interview, on lui posera la question… différemment 😉
    Par contre, elle nous a dit aussi plein de choses très personnelles là (http://alter1fo.com/shannon-wright-en-interview-something-to-live-for-82549) si ça vous intéresse.

    Merci pour votre lecture attentive.

  5. Anonyme

    Merci pour votre réponse.
    Ah oui, si c’est personnel alors… si vous avez l’occasion de revoir Shannon Wright, oui, j’aimerais beaucoup l’entendre parler de ça, si elle a envie.
    J’avais lu l’interview il y a quelques temps, que j’ai trouvée très intéressante, et bien difficile aussi car elle a l’air de bien galérer et elle montre un l’envers du décors du milieu de la musique.

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