Maintenant 2014 – Compte-rendu de la Nuit Arts et Sciences

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesFaire de la peinture avec la voix, plonger avec les oreilles dans une collection d’instruments scientifiques, frotter ses papilles à de la glace à l’azote, vider le contenu phosphorescent d’une seringue dans un bocal et la faire entendre à plus de 5 000 kilomètres de distance en temps réel, observer des manipulations minutieuses sur grand écran, faire de la musique avec un bac à sable ou faire tomber la pluie en tendant les mains…

Voici quelques exemples de ce que proposait le festival Maintenant dans le cadre de la Nuit Arts et Sciences au Diapason ce jeudi 16 octobre. Histoire entre autre, de nous convaincre que les cours de sciences à l’école avait leur intérêt (shame on us).

Explications.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesDes installations interactives mêlant arts et sciences

Dans le hall du Diapason, plusieurs ateliers mêlant arts, sciences et technologies attirent yeux curieux, oreilles alertes et bouches… grandes ouvertes. La faute à Culisciences, autrement dit aux apprentis de la Faculté des Métiers (BP salle et cuisine) associés à des étudiants en chimie qui proposent un cocktail « canadian smash », des préparations salées, mais surtout des ateliers offrant glaces à l’azote, émulsions, gels aromatisés au sucre pétillant à des palais complètement ravis. Gros succès. Chacun se presse pour recevoir des petites cuillères pleines d’émulsions fantasmagoriques.

Le co-fondateur des soirées Arithmetic, Fox se charge quant à lui de l’ambiance musicale avec un dj set élégant mêlant ensemble électro et deep house, et avec des vinyles s’il vous plaît.

Plus loin, on se retrouve autour d’un bac à sable. Et nous voilà partis à creuser, ériger des montagnes, former des cratères pour ensuite leur faire de l’ombre avec nos mains et voir le niveau de l’eau monter. Vous n’avez rien compris ? Alors on vous explique. L’installation Bac à sable a été créée en Californie par des chercheurs à l’université de Davis (UC Davis) puis réalisée par Science Animation à Toulouse. Elle permet de visualiser les courbes de niveau et la topographie à la surface du bac à sable.

Un bac à sable, des petites pelles d’enfants, une kinect et un vidéo-projecteur permettent ainsi aux curieux se retroussant les manches de créer montagnes, cratères, lacs ou rivières. En temps réel, des couleurs correspondant aux courbes de niveau apparaissent (du bleu pour l’eau, du vert au blanc pour les courbes d’altitude, comme la convention le demande), suivant chacune des modifications que vous effectuez.  Afin de pouvoir observer les effets des écoulements sur la topographie, il suffit de mettre ses mains au-dessus d’une zone pour voir l’eau apparaître sur le relief qu’on a recouvert. On peut alors observer le déplacement des écoulements et leurs effets sur le relief. Complètement bluffant.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesD’autant que le projet va encore plus loin, puisqu’au lieu de nous présenter comme initialement, le Bac à Sable seul, ce dernier a évolué sous la forme Bac à Sable Vs Bac à son. En temps réel là encore, Sylvain Garnavault, (davantage connu comme jongleur et créateur de la compagnie Parabole pour laquelle il a inventé des spectacles mêlant jonglages et multimédia -notamment Interfaces utilisant le jonglage comme élément de contrôle multimédia) code les transformations du paysage topographique pour en faire un paysage sonore. On comprend (?) que chaque couleur est plus ou moins associée à un son et que selon la zone choisie (un petit carré projeté, piloté par Sylvain Garnavault, se balade sur le relief du bac à sable définissant la zone qui va être transformée en sons), le paysage sonore diffère. En plus de sélectionner la zone transformée en paysage sonore (zone qui a été modelée par vos mains, on le rappelle), Sylvain Garnavault choisit également de zoomer ou non dans le carré choisi. Plus il zoome, plus le son gagne en intensité, un peu comme si vous rapprochiez votre oreille de la source sonore. En dé-zoomant, l’inverse se produit et l’intensité faiblit, comme si vous reculiez vous même votre oreille. Épatant.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesDans un espace sombre Stimmmaler nous évoque une installation présentée dans le cadre du Premier Dimanche d’Electroni[k] aux Champs Libres, Moc, par le collectif multimédia Lab 212. Il s’agissait en effet de faire pousser en arbre en sifflant (et pas forcément sur l’air de savez vous planter les choux !), puis faire varier sa forme et son ramage en fonction de la tonalité, de l’intensité du son, et cela en temps réel, sur un grand écran placé en face du jardinier en herbe qui sifflotait dans un micro. C’est un peu la même chose avec ce Stimmmaler aux trois m (de Stimme, voix et Maler, peintre en allemand) avec lequel Benjamin Böhm  nous propose de peindre avec notre voix. Il suffit de tenir un mégaphone (composé d’un micro et d’une télécommande de wii cachés) devant sa bouche et de le diriger face à un grand écran blanc. Le mégaphone sert de pinceau à distance. Mais pour pouvoir peindre avec en dirigeant ses mouvements vers l’écran, on a besoin de peinture. Et la peinture ici, c’est la voix. Sachant que le volume et la hauteur de la voix définissent les couleurs de la peinture et le type de pinceau utilisé. Si ceux qui s’y essaient semblent y trouver leur compte, on regrette quand même de ne pas les entendre (le djset un peu plus loin couvre les voix) : on aurait aimé comprendre quels effets de voix correspondaient à quels effets sur la peinture numérique. Néanmoins, le public semble ravi, puisqu’en plus de peindre à la bouche, il est possible d’imprimer son œuvre pour la conserver.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesDans un espace encore plus sombre, un gros pavé lumineux nous rappelle le Spacecube, réalisé par (déjà) Romain Scordia et Ronan Thersiquel, présenté l’an dernier. Il s’agissait d’une surface interactive (entendez une grande table écran tactile au décor interstellaire) qui permettait de mixer de la musique avec des cubes et autres palets de bois : en posant simplement de petits cubes sur la surface tactile éclairée, vous maitrisiez les paramètres d’un son séquencé : vous en modifiiez le volume en tournant le cube, vous rajoutiez et pilotiez des effets, la construction de l’espace sonore étant définie par la position des objets sur la surface. Pour ce Noise Field Synthesis, inventé par le collectif CosmicGarden (dont font partie les deux garçons pré-cités), les principes semblent être sensiblement les mêmes : une table tactile et cinq objets à déplacer pour faire naître des sonorités puis varier la position du son dans l’espace (des haut-parleurs sont disposés tout autour de l’installation) afin de créer des paysages sonores uniques. A la différence que cette fois-ci, l’installation mêle sons « naturels » (issus d’enregistrement dans la nature) et sons de synthèse, avec l’objectif de « renforcer l’ambiguïté entre concret et abstrait, naturel et artificiel. » Aussi intuitive que simple d’utilisation, l’installation Noise Field Synthesis remporte elle aussi un beau succès.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesA l’étage, on retrouve également une pièce sonore réalisée dans le cadre du dispositif Métropole Electroni[k]. Depuis 2008, l’association propose en effet à des musiciens (mais aussi à des plasticiens) de réaliser des créations sonores pendant une résidence dans un lieu de Rennes Métropole (Maison de retraite de Cleunay, Médiathèque de Betton, gare SNCF, aéroport pour n’en donner que quelques exemples). Les artistes investissent le lieu de résidence, développent leur projet puis restituent leur création au public sous la forme d’une carte postale sonore. Pour les créateurs de Métropole Electroni[k], ces projets permettent « de découvrir ou de redécouvrir des espaces urbains, d’appréhender la ville par l’oreille et ne plus la penser simplement comme source de bruits et de nuisances » . Depuis le lancement de Métropole Electroni[k], 15 cartes postales ont déjà vu le jour. Celle proposée par Nicolas Bernier (dont on a parlé il y a quelques jours ici) est donc la 16ème.

Connaissant l’intérêt plus que développé pour les diapasons de Nicolas Bernier (Frequencies, présentée l’an dernier était une performance sonore mêlant les fréquences acoustiques des vibrations des diapasons à d’autres totalement numériques) – ce qui explique le diapason sous une cloche de ce soir au centre de la borne d’écoute- Damien Simon a invité l’artiste à découvrir la collection d’instruments scientifiques de l’Université Rennes 1. Armé de multiples micros, l’homme s’est immergé dans la collection et a créé « une banque de son articulée autour des diapasons, des cylindres de Marey et des ambiances même du lieu » . En plus de ces sons captés, Nicolas Bernier a ajouté au montage la voix de Dominique Bernard qui explique la vie et l’histoire du lieu, plaçant cette carte postale sonore entre création documentaire radiophonique et création musicale. Le lieu (bien bondé) et le temps de la soirée n’invitent pas à une longue écoute, mais on se promet d’y retourner en ligne, tant les quelques bribes qu’on en a entendus nous ont semblé prometteurs.

Il est alors temps de rejoindre la salle de spectacle du Diapason pour découvrir Bsynthome.

Bsynthome par Yro et Transforma

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesOn a déjà expliqué ici à quel point on était impatient de retrouver le projet issu de la nouvelle collaboration d’Yro et du collectif berlinois Transforma, BSynthome, tant on avait pris une claque magistrale avec le précédent volet de la performance. Lors de leur précédente venue, pour la présentation au Tambour (lors de la soirée anniversaire des 10 ans de Cultures Electroni[k]) de la première partie de la trilogie, Asynthome (suivra logiquement un Csynthome) le collectif allemand Transforma (qu’on avait pour notre part découvert avec la performance vidéo live Waiting Room avec Chloé en 2008) et le plasticien Yro (alors Yroyto) nous avaient en effet totalement subjugués.

Pourtant, sur le papier au départ, on ne s’attendait pas à être emballé. Filmées, captées puis montées en temps réel, des manipulations d’objets (des papiers découpés, des boules, de l’encre, un bac en plastique transparent, des saladiers, bref, rien a priori d’extraordinaire) devenues images (puisque filmées, montées en temps réel pour être projetées sur un écran en fond de scène) généraient elles-mêmes le son qui accompagnait la performance. On n’aurait jamais pensé être aussi ému devant un plateau de verre recouvert d’encre mouvante, par des bulles qui se créent dans un liquide ou de simples triangles de papier. Et pourtant…

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesPour Bsynthome, les principes restent essentiellement les mêmes : ce sont les actions des artistes sur les objets, les éléments présents (cylindre transparent, cubes en matière friable, ballon, sorte de matière caoutchouteuse, prisme…) sur scène qui vont permettre de fabriquer les images et les sons en temps réel. En utilisant l’espace scénique comme un laboratoire, les artistes présentent simultanément le processus de création et son résultat, aussi bien sur scène qu’à l’écran (la projection sur l’écran est aussi captivante à la fois dans sa mise à distance que dans sa recréation esthétique du moment) afin de créer « une chorégraphie complexe à la frontière entre concert, cinéma et théâtre. »

Un immense fracas sourd retentit dans le Diapason plongé dans l’ombre, marquant le début de la performance. Sur scène, les différentes stations de travail commencent à se mouvoir : un prisme, une plaque transparente se mettent à tourner, une lumière, renvoyée par une sorte de miroir balaie la scène de manière circulaire. Très vite, on se laisse prendre par l’univers des artistes. Ceux-ci entrent en scène tout de noir vêtus, revêtent des gants noirs en latex et commencent leurs « expériences » filmées et montées en temps réel. Les doigts gantés apparaissent sur l’écran, saisissant des pinces, dépiautant le latex autour d’un cube, grattant la surface friable d’un matériau qui s’effrite. Filmés en gros plans ces gestes, tout simples qu’ils soient, sont mis en scène de manière particulièrement esthétique. Le montage en temps réel des images et du son (puisque qu’une partie -?- du son est générée par les manipulations des artistes sur scène tel ce matériau crépitant lorsqu’Yro l’écrase sous son pilon) participe lui aussi de la mise en scène et renforce encore notre immersion dans la (re)création esthétique.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesL’un des premiers tableaux montrant une surface transparente recouverte d’encre (? – on ne voit pas, on est assis par terre) glisse de manière continue nous faisant même perdre successivement nos repères visuels et l’équilibre. On se retrouve une nouvelle fois happé par la performance, les yeux et les oreilles écarquillés face aux manipulations des trois artistes sur la scène. Pourtant, pendant la performance, alors que le retour d’un ballon gonflé explosant sur une pointe fait un clin d’œil au premier volet de la trilogie (ASynthome se finissait sur un moment de tension extrême avec un simple ballon de baudruche se gonflant dans un bac transparent muni d’une pointe à son autre extrémité : toute la salle retenant son souffle, complètement suspendue à cette image du ballon allant vers sa fin, le plastique résistant longtemps avant l’explosion finale), on se sent moins immergé dans le processus qu’on ne l’avait été avec Asynthome.

Les principes de la performance restent aussi excitants qu’intéressants, le rendu est une nouvelle fois de haute tenue (et si la majorité des performances étaient de cette qualité, on ne serait pas à plaindre, c’est certain) pourtant on regrette un moindre travail sur l’intensité et le rythme de la performance en son entier. Les tableaux s’enchaînent plus qu’ils ne jouent pleinement, non pas sur la trame narrative, mais sur les variations de rythmes et d’intensité. Entendons nous bien : Asynthome nous avait complètement révolutionné la tête en nous montrant quelque chose d’aussi inédit (mais on n’est pas des pros de l’art contemporain) qu’abouti esthétiquement ; Bsynthome creuse le même sillon avec autant de talent d’exécution, mais sans la claque. Les artistes avaient mis la barre tellement haut avec Asynthome qu’on attendait (peut-être trop) d’eux qu’ils franchissent encore une étape. Néanmoins, une bonne partie de ceux qui n’ont pas vu Asynthome sortent de la salle avec des étoiles plein les yeux. La performance, malgré nos (légères) déceptions n’en reste malgré tout pas moins intéressante et on passe un moment agréable. Mais sans la claque.

Miscible : et le public ?

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesOn sera beaucoup plus critique avec Miscible qui va suivre (même si pas vraiment avec les artistes qui l’ont créé). Proposée par Manuel Chantre et Maotik la performance invite publics français et canadien à interagir simultanément à Montréal et Rennes, en écho d’ailleurs à la monumentale installation Eotone place Hoche (créant une symphonie éolienne avec les vents de Québec, Rennes, Montréal et Nantes – voir là). Avec la collaboration d’enseignants (chercheurs, chimistes et électroniciens) de l’Université de Rennes 1 et l’équipe du Métalab de la SAT, le Québecois et le Français ont en effet choisi de travailler autour de la téléprésence et de dépasser les aspects seulement visuels et sonores qu’on utilise aujourd’hui (vidéo-conférence, …). Ils ont ainsi décidé d’aborder la téléprésence en lui donnant une dimension sensorielle. Voilà déjà une idée intéressante, se dit-on.

Les publics de Rennes et Montréal sont ainsi invités à participer simultanément à la création d’un spectacle en temps réel à pas moins de 5200 kilomètres de distance. Il s’agit en effet de créer une performance collective entre deux lieux en se concentrant d’une part sur la visualisation d’une expérience chimique (se servir par exemple de lumière ultra-violette pour faire apparaître la fluorescence de certains molécules présentes dans le Schweppes !, utiliser la neige carbonique, jouer sur base et acidité pour faire varier les couleurs…), d’autre part sur l’aspect sonore. Chouette, se dit-on encore, lorsqu’on comprend donc que ce sont les réactions chimiques qui « engendrent elles-même du visuel et du son entendu à Montréal et à Rennes » . Pour ce faire, l’équipe a analysé les expériences, liquides, solutions, afin de pouvoir les amplifier en temps réel aussi bien visuellement que d’un point de vue sonore. Les glouglous et autres pschht de neige carbonique, les entrechocs de cristaux ou les gouttes à gouttes des perfusions deviennent ainsi matière sonore amplifiée.  Le but étant de créer une œuvre musicale et visuelle commune, jusqu’à la miscibilité totale, autrement dit l’homogénéité parfaite entre les actions des deux publics.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesSur le papier, c’est beau. Dans la salle du Diapason plongée dans le noir total où l’on découvre les potences auxquelles sont attachés des néons de lumière ultra-violette et des perfusions au contenu phosphorescent (qui descend remplir des bocaux transparents), c’est beau aussi. Au centre de la salle, six cercles lumineux (les petits pour Montréal, les gros pour Rennes apprend-on à la fin de la performance) retranscrivent les expériences visuellement avec de très beaux effets colorés lumineux tandis que deux écrans géants proposent d’autres relectures visuelles tout aussi esthétiques de part et d’autre de la salle. C’est encore beau. Quand aux sons, on ne peut pas dire que ce soit extrêmement innovant dans les textures ou les timbres (on ne parle pas de composition puisque la composition est finalement écrite en temps réel par le public), mais ça reste agréable, et au vu du principe de départ (amplifier les expériences scientifiques), c’est même intéressant.

On ne reviendra pas trop non plus sur la mise en lieu, si on peut dire, tant effectivement, il nous semble difficile vu la capacité de la salle, le public nombreux et le dispositif scénique de trouver une disposition totalement satisfaisante. On regrettera juste que cette disposition, même si bien pensée au départ pour rendre l’interaction avec le public possible, ne permette finalement pas totalement les échanges et la participation attendus (trop de monde ? fluidité des déplacements rendue difficile -public assis au sol, debout derrière pour que tout le monde voie…- ). Les expériences en elles-même sont également visuellement spectaculaires avec leurs couleurs vraiment fantastiques. Mais voilà, le public, les amis, le public…

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesQue Miscible repose sur l’interaction avec le public, c’est formidable. Et ça pour le coup, ça a plutôt bien marché, les spectateurs étant invités à venir à tour de rôle, qui à remplir un bocal avec une seringue au contenu fluorescent, qui à transvaser des cristaux de neige carbonique dans des bocaux transparents et on en passe… Mais déjà, le public, il n’a rien compris… parce qu’on n’a pas pris cinq minutes pour lui expliquer. La moitié de la salle n’avait aucune idée de ce que nous étions en téléprésence avec Montréal. L’installation aurait grandement gagné à être précédée par un peu d’explications. Certes, un film avec deux écouteurs expliquait le principe de la performance et sa mise en place à l’extérieur de la salle. Mais si une vingtaine de personnes l’ont vu, c’est bien malheureusement le maximum. Prendre 5 minutes avant que la performance ne commence pour expliquer tout ce chouette projet aurait permis au plus grand nombre (qui n’a pas forcément lu le programme -très bien fait cela dit- de Maintenant, dans sa grande majorité, comme on le constate pendant toute la soirée) de ne pas en rester à l’écart.  A côté de nous, parmi ceux qui ont tenu jusqu’au bout, on entend l’étonnement et la perplexité : « ah bon, on est en direct avec Montréal ? » « eux aussi, ils faisaient les mêmes expériences que nous ? Mais alors, on les entendait ? » ce qui est tout de même dommage. Et ce sont ceux qui sont restés.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesOn aurait ainsi également apprécié que le rythme de la performance soit pensé et réfléchi. Le public, ne comprenant pas dans sa grande majorité d’une part que les sons et les visuels sont créés en direct par les expériences en train d’être faites, d’autre part qu’ils se mêlent à ceux créés par les expériences réalisées en même temps à Montréal, voit simplement des bénévoles qui lui tendent des seringues et des louches pour remplir des bocaux. Certes c’est joli, mais au bout du vingtième invité dans le public à vider une seringue dans un bocal, le public commence à s’ennuyer ferme, et comme dans une classe si vous ne maintenez pas le rythme, les spectateurs se mettent à parler entre eux, à ne plus du tout faire attention à ce qui se passe, à ne plus écouter les sons, vides de sens qui emplissent le Diapason. Le brouhaha monte  (et encore on les a trouvés patients et sacrément bien disposés, les spectateurs de ce soir) et beaucoup sortent de la salle. A l’arrivée de trois « techniciens » prenant de longues minutes à décrocher les poches de perfusion juchés sur un escabeau qu’ils viennent de déplier, on trouve le temps encore plus long. Non, on ne s’attendait pas à un film de super-héros haletant et on n’a absolument pas de problème avec les rythmes lents. Mais là, on a carrément l’impression d’être oublié. Le public dans tout ça ? On sent bien qu’il n’est à aucun moment le cœur du propos (malgré l’interaction revendiquée). Rien n’a été pensé ici sur les variations de rythme, d’intensité. Les expériences se déroulent, mais qu’on soit là ou pas (à part pour vider des seringues), on sent bien que ça ne change rien.

MAINTENANT 2014 : Nuit Arts et SciencesC’est d’autant plus patent à la fin de la performance quand les universitaires/artistes prennent le micro pour s’auto-congratuler entre Rennes et Montréal du succès de l’opération. On a envie de crier : « ouh ouh, on est là, les amis« . Sauvés qu’on est quand même par un Montréalais qui au bout de plusieurs minutes nous demande comment on a vécu l’expérience ici à Rennes (il n’aura malheureusement pas de réponse) et nous explique comment ça s’est passé à 5000 km de là. La découverte stylisée et progressive sur les écrans géants des spectateurs de Montréal aurait dû être un summum. Mais comme personne n’y comprend rien, les images sont elles aussi vidées de tout sens et de toute émotion. Seuls quelques applaudissements de part et d’autre de l’Atlantique à la fin de la performance et cette intervention très tardive du Montréalais nous réchauffent le cœur. Si on veut aisément croire que les technologies mises en œuvre, les procédés utilisés furent extrêmement complexes, tout comme les heures de travail (Maotik semble épuisé) pour mettre la performance en place ont dû être innombrables, on est beaucoup plus hésitant à qualifier l’expérience de « succès » …

Photos : Caro

 

 

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Le site de Maintenant : http://www.maintenant-festival.fr/

Le festival Maintenant a lieu à Rennes du 14 au 19 octobre 2014.

1 commentaire sur “Maintenant 2014 – Compte-rendu de la Nuit Arts et Sciences

  1. Un anonyme qui souhaite le rester

    Très bon compte rendu, je suis particulièrement en accord avec votre restitution du projet Miscible. J’ai pris connaissance de l’ensemble des détails relatifs à ce projet dans un cadre professionnel et ait été proprement surpris de constater la distorsion massive entre le discours sur la perf’ et la perf’ en elle-même. Il y a eu un manque évident de pédagogie tant en termes d’ambitions scientifiques qu’artistiques.Dommage !

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