[Livre] : L’île de Bréhat du feu d’artifice à l’Absent, par Serge Joncour

Du Rififi dans l’île de Bréhat.

Pour cette petite pépite de Serge Joncour, on dirait : « voilà une gourmandise pour amateurs de jeux littéraires dans la veine des Papous dans la Tête de France Culture », cette émission culte du dimanche après la messe, à 12h45. Serge Joncour est cette voix de province en décalage avec le monde de la modernité.

Ici c’est l’histoire du parfait sans gène, Boris, qui débarque dans une famille, ayant un pied à terre à l’île de Bréhat, cette merveille de beauté de la côte nord, aux hôtes immortels, qu’un Eric Orsenna a hissé au sommet de sa clinquante renommée académique.

Une famille gagnée par une sorte de lassitude, « les dames s’exposant au soleil sans retenue, pour le plaisir cosmétique de peaufiner le hâle, donner du sens à l’ennui » (p. 187). Le père trouve enfin de la distraction et le goût de rire, sinon de vivre, chez ce personnage à la limite du vulgaire. Boris, l’ami du fils parti en Amérique, va donner le ton.

La famille de vignerons côtés et reconnus va s’encanailler faisant tomber pour quelques heures les barrières des bonnes manières. Bains de minuit, sortie avec le fameux Riva, fumettes et dans cette fébrilité générale, l’enthousiasme reprend le dessus sur les animosités rampantes. Seul André-Pierre n’est pas de la fête : il est sans doute le seul à savoir où est passé réellement le fils de la famille, Philip.

André-Pierre, l’antithèse de Boris, maladroit au tennis, droit dans ses bottes, le bras droit de M.Chassagne, homme de droit chargé de gérer le domaine, sursaute quand Boris le tutoie, où quand Boris débarque un matin avec sa chemise Dior que sa femme Vanessa lui avait offert.

Serge Joncour s’amuse et nous avec lui, son œil coquin, passe de l’un à l’autre, cultivant comme un vrai laboureur sillon par sillon l’art de la provocation. Il s’amuse tant, qu’il nous sert ici ou là des alexandrins rimés, « comme à une victoire, une paix de gagnée, / goûtant pour de bon au repos du guerrier. » (p. 209)

La fin est magistrale, et nous finissons par découvrir Philip. L’énigmatique ?

Serge Joncour UV

C’est drôle jusqu’au bout avec au final un feu d’artifice comme un clin d’œil à  Antoine Blondin, un Singe en Hiver.

Extraits

(p.65) : « La bruine vaporisait la côte d’un pessimisme total »
(p32)  : « Le vieux gobait l’air comme un thon qu’on remonte, suffocant jusqu’à la cyanose, le vieux qui riait déjà en jurant que tout allait bien, que ça n’était rien, rien d’autre qu’une blague. »
(p 215) : « Ce soir-là il n’y eut qu’une seule détonation, un tir qui ne produisit pas le moindre éclat, pas la moindre étincelle, pas le plus petit mouvement de gaieté. »


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