78 logements CROUS pour 1000 étudiant·e·s à Rennes

Surprise ! Le mois dernier, on a découvert à l’intérieur des annexes d’un marché public lancé par Rennes Métropole un volumineux document intitulé « Projet de Programme Local de l’Habitat de Rennes Métropole (2023 – 2028) ». Bon, il faut être honnête, avec près de 300 pages, on a survolé rapidement le dossier, allant à l’essentiel et certainement pas en mode lecture cosy-sous-le-plaid-et-prise-de-notes. Néanmoins, dès le 19 juillet, on dévoilait certains extraits dans nos colonnes, mettant en lumière les difficultés croissantes d’accès au logement social (lire ici : (19/07/2023) Rennes Métropole bientôt en zone tendue ? ). Après le second volet consacré à la surélévation (lire là : (31/07/2023) [Urbanisme] : Rennes Métropole veut « aller plus haut » !), notre exploration se poursuit pour évoquer aujourd’hui un enjeu crucial à Rennes : le logement public étudiant.


Avec 72 000 étudiant·e·s, soit 11 % de la population totale, Rennes Métropole s’affirme comme le premier pôle d’enseignement supérieur du Grand Ouest, occupant ainsi la huitième position à l’échelle nationale. Au cours de la dernière décennie, Rennes a suivi la tendance observée dans de nombreuses autres métropoles universitaires, en enregistrant une croissance soutenue de sa population étudiante : +27 % entre 2008 et 2018, dépassant même la moyenne nationale de + 22 %. Il faut dire que le statut de « ville étudiante » constitue un des moteurs de l’attractivité rennaise.

Projet PLH - Répondre au développement de la population étudiante
Projet PLH 2023-2028 – Répondre au développement de la population étudiante

Dans ce contexte, la demande en logement étudiant a explosé. Selon l’enquête de l’Observatoire national de la vie étudiante de 2020, 33 % des étudiant·e·s habitent chez leurs parents ou chez l’un deux, 45 % sont en location (seul ou à plusieurs), et 12 % vivent en résidence universitaire, comme l’illustre le schéma ci-dessous.

Des situations de logement hétérogènes, sources d'inégalités pour les conditions d'études
Des situations de logement hétérogènes, sources d’inégalités pour les conditions d’études

Plus localement, à Rennes, une grande majorité des étudiant·e·s, soit 81 % est décohabitant, c’est à dire ne cohabite pas avec leur famille, et opte pour leur propre home-sweet-home. Et pour cause. 62 % ont obtenu leur baccalauréat en dehors du département de l’Ille-et-Vilaine.

Projet PLH 2023-2028 - Etudiants à Rennes Métropole
Projet PLH 2023-2028 – Etudiants à Rennes Métropole

Mais qu’en est-il pour les plus modestes ?

Le logement est le premier poste de dépense d’un étudiant·e, et contribue de plus  en plus à sa précarisation. Les logements des CROUS ont à cet effet principalement vocation à accueillir des personnes étudiantes bénéficiaires d’une bourse sur critères sociaux, en situation de handicap et étrangères boursières.

En Bretagne, le centre régional propose 8 500 logements dispatchés sur les campus des 4 départements, dont 6 000 places à Rennes. Rapportée à sa population estudiantine, en 2021 Rennes n’affiche qu’un ratio de 78 logements CROUS pour 1 000 étudiant·e·s.

Bien que ce chiffre se maintient au-dessus de la moyenne nationale (61 logements/1000) et que la situation ne soit pas aussi préoccupante que dans d’autres villes telles que Nantes, ou Lyon, la capitale bretonne demeure malgré tout bien en retrait par rapport à d’autres pôles universitaires comme Lille (102 logements/1000), Bordeaux (100 logements/1000) ou encore Nancy (91 logements/1000).

Répondre au développement de la population étudiante
Projet PLH 2023-2028 – Répondre au développement de la population étudiante

Aujourd’hui, plus aucun logement n’est disponible à Rennes si la recherche s’effectue depuis la centrale dénommée : « trouverunlogement.lesCROUS.fr ». Sur l’ensemble du territoire, à l’heure où nous publions, seuls 36 logements sont libres.

+ d’1fos : Pour cette rentrée 2023, le CROUS BRETAGNE a mis à disposition 150 nouveaux logements à Rennes.

Plus grave est la tendance qui se profile.

Lorsqu’on examine la dynamique sur une période plus étendue, il apparaît que ce ratio s’est largement détérioré. En effet, il est passé de 105 logements CROUS en 2008 à 78 en 2020. Une perte sèche de presque 25 %. Une tendance similaire est observée à l’échelle nationale, mais de moindre ampleur.

Projet PLH - Répondre au développement de la population étudiante
Projet PLH 2023-2028 – Répondre au développement de la population étudiante

Le marché immobilier s’en trouve alors modifié

Le manque évident de disponibilité dans le secteur locatif public, notamment au sein du CROUS, exerce une pression immobilière significative. Les étudiant·e·s sont alors contraints de se tourner vers le marché locatif privé pour trouver un toit. « 71 % des logements de T1 privés sont loués à des étudiant·e·s. »

Projet PLH 2023-2028 - Etudiant dans un T1 '1 pièce'
Projet PLH 2023-2028 – Etudiant dans un T1 ‘1 pièce’

Cette situation a engendré une dynamique vicieuse à Rennes, avec la prolifération de nombreuses résidences privées, principalement dédiées aux étudiant·e·s et aux jeunes professionnel·le·s. Des logements particulièrement prisés en raison de leur éligibilité à divers avantages fiscaux, comme le dispositif Pinel pour les habitations non meublées.

En somme, une forme de spéculation inédite a transformé les logements en véritables instruments financiers, excluant « une part de plus en plus importante de la population. »

En 2022, on dénombre 2,95 millions d’étudiant·e·s en France. Dans le même temps, le réseau des CROUS gère un parc de 176 000 logements étudiants répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain et dans les départements d’outre-mer. (Macron n’a pas tenu ses promesses sur le logement étudiant (comme la plupart de ses prédécesseurs), NDLR)
Un programme de réhabilitation a été engagé par les Crous et devrait porter ses fruits à l’horizon 2024. Ce plan vise à rénover 95 % du parc de logements étudiants, 55 % du parc a déjà fait l’objet d’un engagement financier.
Le syndicat étudiant l’Union Étudiante exige la création de 150 000 logements CROUS, la baisse et encadrement des loyers, l’augmentation des APL pour suivre la hausse des loyers et la mise en place d’un revenu d’autonomie pour toutes et tous à 1128€/mois.

« Ce n’est ni aux étudiants ni aux personnels des universités de se serrer la ceinture ! »

Une pétition qui fait du bruit et son nid : « STOP À LA CRISE DU LOGEMENT ! »

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