Au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, la menace des légionelles refait surface dans les canalisations. Reste à savoir si le principe de précaution est réellement respecté.
Au cours de l’audience publique du 28 août 2025 devant le tribunal administratif, Maitre Juliette Beigelman, avocate pénaliste exerçant notamment en droit pénitentiaire, tire la sonnette d’alarme sur les conditions sanitaires du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. En effet, avec un taux au-dessus des seuils réglementaires, la présence de légionelles détectée quelques jours auparavant au niveau du bâtiment E3 soulève de graves inquiétudes.
Ce n’est pourtant pas la première fois que l’établissement connaît ce genre de dysfonctionnement. Rappelez-vous, à l’été 2023, un épisode sérieux avait provoqué l’interdiction formelle de boire l’eau du robinet. Une distribution quotidienne de bouteilles d’eau aux détenues pour leur consommation et leur toilette avait dû être organisée pendant plusieurs semaines, et ce, en plein été. En remontant plus loin encore, en novembre 2022, il a fallu plus d’un mois et demi pour rétablir une situation normale.
Cette fois-ci, en attendant une désinfection par chloration choc, seul l’accès aux douches est interdit. Et c’est bien ce que Maitre Juliette Beigelman, que nous avons contacté par téléphone, déplore. « Bien que l’eau ait été déclarée impropre à l’hygiène corporelle, les mesures prises sont insuffisantes, puisque aucune n’a été mise en œuvre concernant l’eau consommée. » Faute de recevoir chaque jour une eau véritablement potable, sa cliente, détenue et fragilisée par des pathologies pulmonaires, se voit contrainte d’utiliser l’eau du robinet de sa cellule, quand bien même elle présenterait des dangers potentiels. Or, la légionellose pulmonaire peut s’avérer fatale dans près d’un cas sur dix, proportion qui grimpe à un·e malade sur sept chez les personnes immunodéprimées.
Aussi l’avocate a-t-elle saisi le juge administratif dans le cadre d’un référé-liberté, procédure d’urgence en cas d’atteinte grave et illégale à une liberté fondamentale, afin d’obtenir la mise en place de mesures à assurer une protection entière à sa cliente, en l’occurrence la distribution de packs ou bouteilles d’eau en quantité suffisante, et à préserver son droit fondamental de ne pas être soumise à des conditions de détention inhumaines ou dégradantes.
De son côté, l’administration pénitentiaire se retranche derrière les préconisations de la société d’audit et de certification, et la documentation émise par l’agence régionale de santé Bretagne : la légionellose se contracte en inhalant des microgouttelettes (aérosols) et non par consommation. Circulez, il n’y a rien à boire ! Un argument que l’avocate nuance « En cas de fausse route, l’eau contaminée peut gagner les poumons ce qui peut provoquer une contamination. Le danger est donc bien réel », précise-t-elle.
Mais l’aspect le plus alarmant selon Maitre Beigelman réside dans le fait que « la directrice du centre pénitentiaire a reconnu que c’était le même circuit d’eau pour les douches comme pour les robinets. » Ce système unique permet donc aux détenues de disposer d’eau chaude dans leur cellule, ce qui, de fait, les « expose à une contamination par inhalation ».
Autre préoccupation, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, semble se décharger de sa responsabilité en affirmant dans son mémoire en défense que toute détenue disposant de ressources financières peut se procurer, en cantinant des bouteilles d’eau. Autrement dit, la garantie de conditions sanitaires relève du portefeuille de chacune… si tant est qu’il soit suffisamment rempli. En matière d’iniquité, difficile de faire mieux ou pire, c’est selon.
Malgré ces différentes observations, le juge a cependant rejeté la requête de Maître Beigelman. Une décision incompréhensible pour l’avocate qui la conteste fermement : « Je m’interroge sur l’acceptation du risque pour ce type de public particulièrement vulnérable On fait fi du principe même de précaution. »
Après un délai technique incompressible imposé par les opérations de désinfection visant à éliminer toute trace de légionelle, une nouvelle série d’analyses est prévue d’ici le 10 septembre au plus tard. Si les résultats s’avèrent conformes, les douches pourront rouvrir dans la foulée.
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