Les 20 et 21 mai 2026, l’Antipode bouclait en beauté sa saison de concert avec deux soirées vivifiantes d’indie rock dans tous ses états. Le mercredi 20, on a eu droit à une sélection majoritairement féminine, hautement contrastée et largement internationale. On y a entendu le post rock des argentines de Fin Del Mundo, le punk écorché des canadien.ne.s de Piss et le garage punk survolté des australo-grecs de Frenzee. On revient en mots et surtout en images sur une première soirée parfaite pour vérifier ce que la musique indépendante a dans le ventre en 2026.

Pour conclure en beauté sa saison de concert 2025-2026, l’Antipode nous proposaient deux soirées nous évoquant fort une Face B à l’immanquable festival Kool Thing de l’automne. En grands fans de l' »événement explorant les mille facettes de la musique indépendante actuelle, nous étions absolument ravi.e.s de ce rab inattendu. Le premier round avait lieu le mercredi 20 mai et il mettait à l’honneur des formations des trois coins du monde et principalement féminines. Tout ça était de plus tout simplement gratuit pour les détenteur.ice.s de la carte curieuse. Formule gagnante puisque la soirée a très rapidement été complète.

On démarrait par une escale à Buenos Aires avec Fin del Mundo. Fondé dans la capitale Argentine, ce quatuor composé de Julieta Heredia (guitare), Julieta Limia ( batterie), Lucía Masnatta (chant, guitare) et de Yanina Silva (basse) s’inspire aussi des paysages hallucinants de la Patagonie pour composer de longues plages entre shoegaze, post-rock, math-rock et dream pop, traversées par une énergie toute électrique. Sur scène, le quatuor sait mettre en valeur la délicatesse des harmonies et du chant en espagnol tout en emballant le tout avec rythmiques enlevées, des structures délicatement tordues et des riffs diablement accrocheurs. En milieu de set, Julieta Heredia exprime leur (visible) plaisir et leur surprise de jouer ici et rend hommage à nos locaux de Totorro qui font partie de leurs inspirations. Même si on sent au fil du concert qu’elles accusent un peu de fatigue, elles parviennent tout de même à emballer le set avec une complicité assez touchante et on en ressort le sourire aux lèvres.

Le second quatuor de la soirée venait lui de Vancouver et c’était tout simplement le groupe que nous attendions le plus de ces deux journées. On avait en effet découvert, les canadien.ne.s de PISS en février 2024 avec leur impressionnant Three demo et nous avions bien été scotché.e.s par la rugosité de leur punk hardcore explorant sans pincette les recoins les plus insoutenables de l’âme humaine.
Le set démarre sur une première déflagration sonique suivie d’une annonce perpétuant la grande tradition punk hardcore de l’avertissement préalable. On nous prévient donc de la dureté des propos qui vont être entendus puisque les textes traitent essentiellement et de façon très frontale des Violences Sexistes et Sexuelles. Le tout est accompagné de consignes pour ne pas déranger quiconque choisirait de partir. En une demi-heure d’un concert d’une intensité rare le quatuor va enchainer des explosions de purs chaos soniques, mais aussi quelques ballades déchirantes à la Slint. L’implication physique des quatre artistes est assez impressionnante avec au cœur de l’ouragan la frontwomen et poétesse Taylor Zantingh exorcisant sa rage et sa douleur dans un déferlement vocale et physique. Entre les morceaux, elle lance haletante des samples dont de nombreux extraits des interventions d’Andrea Dworkin, féministe américaine aussi radicale que controversée, mais ayant posé de nombreux jalons durant les années 70 et 80. Un set brut, cru, qui secoue et bouleverse malgré la troublante contradiction d’avoir principalement des hommes aux premiers rangs. Y étant très souvent collé, nous constatons tout de même que les demoiselles, et souvent les plus jeunes y revendiquent, de plus en plus souvent leur place. On espère bien que ça continuera et s’amplifiera.
On continuera en tout cas à suivre de très près la suite des aventures de PISS et, notamment, la sortie annoncée de leur premier long format qui nous intrigue au plus haut point.

Comment passer derrière ça ? La soirée se conclut par le trio Frenzee qui va nous offrir un show plus classique, mais pas moins efficace. Composée de deux frangins Adonis et Nikos Xylouris et de leur sœur Apollonia, la bande navigue entre riffs punk rock typiquement australien et hardcore groovy fleurant bon la Californie. Un mélange détonnant qui prend toute sa saveur en live grâce une énergie et un sens de l’emballement assez irrésistibles. Arpentant la scène comme le public avec jubilation, Apollonia déploie une énergie assez ébouriffante et les deux frangins nous balancent rythmes et accords démoniaques avec un savoir-faire remarquable. Des riffs et du kiff, quoi de mieux pour terminer une aussi belle soirée ? On retrouvera le trio avec grand plaisir cet été au prochain Binic Folks Blues Festival où ils ne manqueront sûrement pas de foutre le feu.
