Les détails qui fâchent se cachent toujours là où personne ne regarde. Pour mémoire, en 2016, Rennes Métropole a confié l’exploitation, la gestion et la promotion du centre des congrès du Couvent des Jacobins à la SPL Destination Rennes, via un contrat de neuf ans courant depuis le 1er janvier 2017. Comme chaque année, le délégataire a remis son rapport d’activité. Un pavé de près de 150 pages que nous n’avons pas eu le courage, ni le temps, de lire intégralement. #grosseflemme. Mais à force d’avoir l’œil exercé, il n’a pas fallu longtemps pour tomber sur quelques pépites que la Métropole garde plutôt discrètes.

Une fuite… et une facture qui explose
Premier enseignement : l’eau coule à flots. Et pas qu’un peu. En 2023, une fuite sur le réseau a fait s’envoler la consommation d’eau du centre des congrès. Les chiffres sont éloquents : 3 477 m³ en 2023, contre 1 857 m³ en 2022 et/ou 1 345 m³ en 2024. En clair, en une seule année, le bâtiment a englouti l’équivalent de deux années de consommation normale. Une performance digne d’un célèbre club de football installé à la Piverdière… (lire : [Brève] : Histoire d’eau du SRFC, NDLR). Sauf que bon, ici, à la fin des fins, ce sont les contribuables qui trinquent !

Un bâtiment qui prend l’eau, littéralement
Mais la fuite n’est que la partie émergée de l’iceberg. Comme nous l’avions déjà révélé l’an dernier (lire : À Rennes, le centre des congrès prend-il l’eau ?, NDLR), le bâtiment souffre de problèmes d’infiltration bien plus profonds. Le rapport le confirme, noir sur blanc : « En plus des infiltrations déjà identifiées en partie basse du Bâtiment, il a été constaté des infiltrations dans les parties supérieures du bâtiment. Ces infiltrations questionnent sur l’étanchéité des différentes toitures terrasse. »
Un constat pour le moins préoccupant, d’autant plus que les conséquences potentielles annoncées sont lourdes, tant sur le plan technique que sanitaire. Le rapport est explicite : « À court ou moyen terme, les infiltrations d’eau qui restent abondantes et omniprésentes dans les sous-sols pourraient occasionner des problèmes de fiabilité de fonctionnement des équipements présents dans ces locaux. » Et ce n’est pas tout ! La présence permanente de remontées capillaires ou d’infiltrations pourrait amener à condamner certaines zones « devenues insalubres pour la présence de personnel ou de public. »
Ce scénario #TeamCatastrophe n’a malheureusement rien de théorique. Le rapport identifie une première victime, puisque « l’espace “Foyer des Artistes” est d’ores et déjà retirés de l’exploitation car impropre à son usage par les clients. (depuis janvier 25) » Plus inquiétant encore, la liste des zones concernées ne cesse de s’allonger d’une année sur l’autre. En comparant les rapports 2023 et 2024, on constate que le rez-de-chaussée (Accueil Saint Anne et accueil Échange) ainsi que l’étage R+1 (Office traiteur) ont été ajoutés à la liste, signe d’un problème qui progresse plutôt qu’il ne se résorbe.

L’annexe 12 du rapport met clairement en lumière l’ampleur du problème : il ne s’écoule pratiquement pas un mois sans qu’un nouvel épisode d’infiltration ne soit signalé, comme en témoignent plusieurs exemples recensés.
- Infiltration au plafond (côté baie vitrée) – détectée en janvier 2024 au niveau Foyer des artistes niveau S3
- Infltration par le haut de la baie vitrée coulant sur le store rideau – détectée en février 2024 au niveau de la Salle Commission S1
- Infiltration d’eau dans les gaines technique de la salle 11 provenant apparemment de l’étage supérieur – détectée en mai 2024 au niveau Salle 11 gaines technique
- Infltration d’eau suite intempéries – détectée en octobre 2024 au niveau du PC sécurité, salon Ouest, Loges Collectives Femmes
- etc.
Un nouveau sinistre… minimisé ?
Comme si les fuites et infiltrations ne suffisaient pas, un nouveau problème structurel se serait invité dans la grande salle de réception du premier étage. Le rapport le consigne ainsi : « Un nouveau sinistre est apparu concernant le sol en résine de notre grande salle de réception de 720m2 du premier étage. Celui-ci se fissure et se désagrège de plus en plus à divers endroits. » Un dossier de dommage-ouvrage a bien été ouvert, mais la suite laisse perplexe. « Le rapport d’expertise indique, que ce sinistre ne présente pas de caractère de gravité et qu’il n’est pas de nature à rendre l’ouvrage impropre à sa destination. » Une conclusion que les rédacteurs du rapport eux-mêmes jugent discutable : « Ce rapport et la position de l’assureur nous semble discutable et a fait l’objet d’échanges avec la Métropole et nous conduit au regard des difficultés rencontrées et de la sinistralité antérieure à proposer d’organiser conjointement une mission d’audit assurantiel avant la fin de la garantie décennale. »

Bref, affaire(S) à suivre !
Rapport 2024 : Délibération du Conseil Métropolitain n°C 2025-153 du 2025-12-18
Rapport 2023 : Rapport annuel du délégataire 2023-1
