[2025] Des bouqu’1 sous le sap1 #24 : Terminus Noël

Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours (ou presque) jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Ouvrez donc les pages jour après jour… On conclut nos sélections avec un conte de Noël, bien évidemment pas comme les autres. Montez donc dans Le Tram de Noël de Giosuè Calaciura.

Comme d’habitude, on vous a gardé une petite merveille pour conclure cette édition 2025 de notre calendrier de l’avent papivore. Il s’agit d’un petit roman dépassant de peu la centaine de pages mais dont la force ne se mesure pas à la quantité. Le Tram de Noël de l’auteur italien Giosuè Calaciura vous transporte dans une nuit de Noël avec celles et ceux pour qui la magie de la fête s’est éteinte depuis bien longtemps.

Nous sommes donc le soir du réveillon à Rome. Le tram de la ligne 14 quitte le centre de la ville éternelle pour se rendre vers la lointaine banlieue. Son conducteur a calfeutré sa cabine de vieux journaux et limité au maximum les lumières dans la cabine. Pourtant, la lumière syncopée des belvédères va dévoiler aux passagers qui veulent bien le voir un étrange paquet posé sur la banquette arrière du wagon et contenant un nourrisson abandonné.

En courts chapitres, Calaciura évoque les histoires du conducteur, d’une jeune femme aux espoirs brisés, d’un vieux domestique à l’habit blanc, d’un vendeur de parapluies fuyant la police, d’un magicien dont les tours n’amusent plus personne, d’un jeune noir orphelin ou encore d’une infirmière. Les destins brisés narrés dans une langue d’une précision de scalpel où la tendresse n’exclut pas la dureté vont s’agréger autour de ce bébé si mal parti dans la vie. Cette petite vie qui démarre et qui serait sans doute un fardeau insurmontable dans la vie de toutes ces personnes déjà écrasées par leurs propres soucis va cependant éclairer cette nuit à l’écrasante obscurité. Avec ce livre, Giosuè Calaciura se livre à une brillante relecture du Un conte de Noël de Dickens. Un livre à la fois terrible et lumineux pour redonner un peu de sens à cette fête trop souvent policée sous les artifices clinquants d’un consumérisme absurde.

« Quand le tramway passa, ces étincelles inattendues et festives apparurent comme la queue lumineuse d’une comète – si basse, si rasante, si peu cosmique, si humaine -, et ils décidèrent que cette nuit-là était celle qu’ils attendaient dans le silence de leurs logements pollué par le bruit blasphémateur des télévisions, les cris des disputes dans l’immeuble, le trouble sans sainteté de toute question, de tout commentaire. »

Ce superbe texte est de plus magnifié par les illustrations aux noirs profonds et aux rouges explosifs de Gérard Dubois. Ce collaborateur de prestigieux journaux comme Time Magazine, The New-Yorker ou Le Monde, qui compte parmi ses fans Stephen King et Guillermo Del Toro, dresse les portraits de cette galerie de personnages avec une acuité et une puissance rare. Son mélange de réalisme cru et fantaisie mélancolique ajoute encore un peu de sombre magie à un livre qui n’en manque pourtant pas.

Du même auteur, on vous conseille aussi très chaudement l’inoubliable Borgo Vecchio.

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