Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours (ou presque) jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Ouvrez donc les pages jour après jour… Et pour cette 19è proposition, un sombre roman noir sous le soleil californien.

Jordan Harper est critique de rock et scénariste de séries télé à ses heures perdues, il écrit des romans policiers. Le dernier roi de Californie est son 2è roman et il déménage ! Si vous survivez à la scène introductive où un truand se fait crucifier et brûler vif, tant mieux pour vous ! Poursuivez la lecture, ce n’est que le début d’une spirale infernale. Mais si la violence crasse et la fureur corrosive vous donne de l’eczéma, passez votre chemin et fuyez, comme Luke, le héros de ce roman noir, ce coin de Californie sordide…
A 7 ans, Luke a donc quitté la Californie, fuyant le monde de la drogue, des gangs, de la misère sous le soleil. Son père, Big Bobby, à la tête du redoutable gang Combine, croupit en prison. La vie faisant, Luke est viré de son université à Colorado Springs. Sans emploi et sans argent, le voilà contraint de revenir à dans cette charmante bourgade de Devore, dans la banlieue de San Bernardino. Il est encore et toujours rongé par la honte de n’avoir su/pu encaisser un événement traumatisant auquel il a assisté à l’âge de ses 7 ans, motif de son départ. L’accueil est froid à Devore mais la famille reste la famille, surtout chez les Crosswhite. Et on daigne tout de même lui attribuer un mobil-home pourri au fond de ce qu’il reste de jardin, dans le désert.
Coïncidence ? au même moment, une guerre des gangs éclate entre le clan Crosswhite dirigé par son oncle et un gang rival. Le fils prodigue se retrouve confronté à ce qu’il a toujours cherché à fuir. La devise de la famille, gravé dans la peau avec des cendres, ne laisse aucune place au doute : “Sang et amour”. Extrait : « Luke regarde le cœur noir tatoué sur son torse. Les cendres de John mêlées à l’encre. Tout ce qu’il voulait à une époque, c’était avoir ce cœur tatoué dans la peau. Voir son père, mais pas avant de s’en sentir digne. Pas avant d’arborer le cœur noir familial, d’avoir fait ses preuves. Maintenant, tout ce qu’il voit, c’est le mensonge mêlé aux cendres et à l’encre. Tout ce qu’il voit, c’est la lâcheté de sa famille ».
Voilà un roman noir vaguement trash qui parle surtout d’amitié et de loyauté, avec violences et effusion. L’ambiance est poisseuse, les personnages n’ont aucun filtre : il y a un côté frères Coen et Tarantino indéniablement. Luke, chétif et malingre, sujet à des crises d’angoisse récurrentes, est confronté à un choix cornélien : résister à l’ADN familial, à l’histoire criminelle de sa famille et s’en affranchir une fois pour toute OU se faire violence, intégrer le gang des Crosswhite et gagner la reconnaissance perdue de la figure paternelle. Un choix violent où sa fragilité s’oppose à la testostérone des éléments masculins du gang Combine : « La vie nous chope entre ses mâchoires d’ours et tous les mouvements qu’on fait et les cris qu’on pousse pendant qu’elle nous dévore. C’est ce qu’on appelle le libre arbitre. Comme si l’ours n’était pas là, comme si nos lamentations, notre fureur et toutes les choses qu’on foire relevaient simplement de notre choix. »
S’en suivent environ 300 pages de bain de sang, de malbouffe englutie en famille, de larcins pour fournir le garage du clan familial en pièces détachées, de chien maltraité, de labos clandestins de kétamine (coucou Breaking Bad) et de flingues dans tous les sens. Aucune pitié, une cruauté à fleur de peau et la volonté de défendre sa famille bec et ongles, malgré la peur et les tentatives d’intimidation.
Extrait : « C’est pour ça qu’avec ses hommes il a crucifié Troy au sol de cette caravane et l’a laissé brûler vif. […] On se demandera quel péché Troy a commis contre le Steel pour mériter une fin pareille. Mais en réalité Troy n’était pas plus coupable que les bœufs immolés pour Odin au temps des Vikings. On avait simplement besoin de son fantôme. Du pouvoir de sa peur et de sa douleur ».
Aucune lueur d’espoir, même le changement climatique et ses feux monstrueux s’y mettent et ne laissent aucun échappatoire aux personnages… Mais c’est la famille elle-même qui donnera le dernier coup de grâce, entre mensonges et lâchetés. Les derniers chapitres ont une odeur de brûlé et d’apocalypse. Brûlez tous en enfer, finalement !
Jordan Harper signe ici un roman d’initiation aux accents sombres malgré le soleil californien, un envers du décor de la Californie du bord de mer et des séries. Mais un envers du décor bien plus intéressant au demeurant.
Le dernier roi de Californie / de Jordan Harper – Date de publication originale : 2022 (The Last King of California) / Date de publication française : avril 2024 – Actes Sud (collection Actes noirs) – ISBN : 978-2-330-19029-3
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