Retour sur Mythos : Nelvar ou la couronne fantasque de la lutte des classes

Nelvar, le royaume sans peuple est une fiction. Et pourtant, on y retrouve bien des ressemblances avec nos contrées actuelles. Entre politique, conflits claniques, alexandrins et une bonne dose d’humour, la Cie Les Grands Ecarts vous plonge dans une performance de haut vol, puisant son inspiration dans les mythologies fantastiques pour mieux cerner notre mythologie contemporaine. On vous raconte. 

Couronne et pouvoir sont deux mots intrinsèquement liés au Royaume de Nelvar. Un royaume orphelin de son monarque depuis peu. Et voilà le début de cette histoire. Menée tambour battant 2h45 durant, cette fable est racontée par les comédiens eux-mêmes qui alternent leurs propres rôles avec celui du narrateur omniscient. Et cette fable est surtout une quête, un road-movie fantastico-aventureux pour retrouver une couronne, celle de Boroghmar, celle qui ne peut aller que sur la tête de celui qui sera digne de diriger Nelvar…

Nous voilà plongés dans l’aventure d’une délégation censée représenter les différents peuples/clans/tribus/communautés du royaume. Où l’on côtoie elfes, orcs, trolls, magiciennes et humains. Les uns usent d’un langage populaire tout en images et en grossièretés, slamé et en alexandrin, les autres ont un langage châtié et intellectuel. Une forme d’union dans la division… Et derrière cette alliance de courtoisie pour la quête ultime d’une couronne censée rassembler le royaume, les failles se révèlent une à une : les orcs sont opprimés, ostracisés, victimes de violences systémiques ; les trolls, grands besogneux, s’échinent pour le pouvoir en place sans plus de reconnaissance ; les elfes sont victimes d’elfophobie depuis l’enfance ; les magiciennes subissent le patriarcat ravageurs des mages… Seuls les humains semblent s’en sortir sans trop de tracas. Sous nos yeux, un état du monde où lutte des classes, intolérance, conflits religieux, spécisme sont au centre de l’arène.

Un propos agrémenté subtilement de références fantastiques et d’heroic fantasy, de Tolkien à Kaamelott en passant par Games of Thrones. Un choix qui prend une tournure particulière notamment lors du duel entre un mage et une magicienne en fin de spectacle où l’esthétique de Final Fantasy est convoquée pour le plus grand plaisir des spectateurs. Ou quand la magie prend toute sa place dans cette église désacralisée du Vieux St Etienne en plein week-end pascal ! Inquisiteurs, tenez-vous bien !

Mais la grande force des comédiens est de distiller ces questions sociétales dans un mélange d’humour décapant, de jeux de mots virevoltants et de burlesque entêtant. La mise en scène est simple mais incroyablement efficace. Peu de décors, mais un travail sur la lumière et les costumes qui font tout. Les mimiques des comédiens transforment chaque tableau en un condensé d’expressions jubilatoires. Les effets sonores et la musique jouée sur scène (harpe, caisses claires, thérémine) nous plongent dans cette grande odyssée fantastique aussi simplement qu’au cinéma. Et l’interpellation régulière du public et son implication dans certaines joutes du spectacle font de cette fiction une fable de démocratie participative et théâtrale à la fois. Comme en politique finalement…

Cette dernière s’inscrit en filigrane tout au long de Nelvar : on y cause ruissellement de la fortune, effondrement des royaumes, capitalisme ravageur, prolétariat, fausses promesses, revendications identitaires, intégration, autoritarisme… Et si le propos décrit avec force notre monde actuel dans ses noirceurs les plus viles, il n’en reste pas moins que l’humour et l’espoir nous font pencher du bon côté lors d’un final pour le moins inattendu.

C’était le coup de cœur des programmateurs Mythos et ce fut un gros coup de cœur du public également ce samedi soir. Une standing-ovation avec six rappels pour Logan de Carvalho et la troupe de comédiens à ses côtés ! Nelvar a conquis les Rennaises et les Rennais assurément.

 

 

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