Retour sur Mythos : Anthony Martine ou le conte acéré mais pailleté

Il était une fois l’histoire d’un garçon noir dans un monde trop blanc et trop méchant… Tel pourrait être le sous-titre de cette performance « Quand on dort, on n’a pas faim » menée tambour battant par Anthony Martine. Un récit autobiographique acéré, burlesque et sans concession. 

Plongée immédiate dans un décor de conte de fées : un château, des ombres chinoises mimant l’amour entre un prince et une princesse, une lumière-lune de perles… Ne vous y trompez pas ! « Quand on dort, on n’a pas faim » n’a rien d’un conte de fée. C’est plutôt le récit autobiographique sombre et désabusé de l’adolescence d’Anthony Martine. Une adolescence qu’il décortique sans prendre de gants en nous plongeant dans un cabaret pop, avec strass, talons, paillettes et tous les codes drag pour en rehausser sa noirceur.

Il en rêvait de son entrée en prépa littéraire au Lycée Henri IV, tout comme son père. Histoire de « venger sa race ». Le Château, ce graal enfin atteint, n’en sera que plus cruel. Ses camarades de classe, blonds, blancs, d’apparence accueillants, révéleront leur violence intrinsèque et leur racisme débridé.

Pour oublier les brimades du jour, il découvre les nuits parisiennes avec sa muse maléfique, Paris Ardant, jumelle délurée de Fanny. Il multiplie les expériences homosexuelles où les vieux blancs fantasment son jeune corps noir. Spirale infernale du modèle blanc et hétéronormé qui s’impose à lui et à qui il ne peut échapper… Bouffon du roi le jour, bouffon du roi la nuit.

La violence du récit autobiographique d’Anthony Martine est toutefois allégée par une mise en scène hybride, mêlant effets sonores, costumes, archives vidéos personnelles, chansons revisitées, références pop. Et le bouffon du roi se moque de lui-même avec beaucoup d’humour et de distance, se moque aussi des autres avec une précision chirurgicale…

Quand on dort, on n’a pas faim est un bonbon amer et doux, acidulé et sucré. Les revendications sont légitimes et interrogent le public, majoritairement blanc, à revoir notre modèle de culture profondément racisé. Un conseil ? courez voir cette performance foutraque mais qui soulève bien des questions. Et révisez votre répertoire de zouk (ou partez à sa découverte plutôt…).

 

 

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