B. FALMARES, réfugié poétique

Falmarès est né en 2001 en Guinée. Il se dit « Réfugié Poétique ». Soulagements 2 : tropiques Printaniers est son deuxième recueil.

Recueil de Poésie

Quelles lectures faisons-nous de la poésie ? Sommes-nous habités comme Rimbaud par le désenchantement, un désenchantement qui dans le Bateau Ivre prend parfois une allure de désillusion, « toute lune est atroce et tout soleil amer », jusqu’à prononcer ces quatre mots « et que ma quille éclate » ?

En regard de cette référence, pouvons-nous imaginer, Falmarès, ce jeune Guinéen, sur ce zodiac de fortune, au milieu de 180 migrants, la quille battue par les vagues de la Méditerranée, prononçant ces mots et faire revivre Arthur Rimbaud ? Dans ce cas y a-t-il une poésie vaine et inutile pour les jours ordinaires, et une poésie éloquente à l’appel des abîmes ?

Ainsi Falmarès poursuit la quête d’une poésie de l’humain, de la solitude, une poésie de la lucidité dépoussiérée d’ésotérisme. Dans l’écriture de Falmarès, c’est le sens qui guide ses pas, le sens de la vie exprimé dans toutes ses dimensions, un sens qui devient comme le sang qui irrigue le corps, la destination, les valeurs ou les émotions :

« Ô toi balafre noire, ma balafre !
Alors donc,
Alors dis-moi la figure des hommes miens ?
Soûl de joie et tristesse de mars !
Ô mars ! Vieux mars est mon triste sang ! »

Ici c’est le quotidien qui lui revient, comme un souvenir puissant de son enfance :

« Femmes douces,
enfants lisses,
vont à la source à la recherche d’eau pure et limpide
à la recherche de vie
suivant des chemins d’espoir
marchant des kilomètres et des kilomètres

à la recherche d’eau à la recherche de vie.
femmes douces,
enfants lisses »

Les ponts ne sont pas rompus, le passé revit en évocations sensuelles et sonores. Les émotions pénètrent chacun de ses chants, et chaque pas le ramène à Koba dans son village :

« écument les vagues pastorales… »

« Et chaque pas lui dicte une lettre familiale, »

« Ô maman je t’écris une lettre, je t’écris entre deux vents, je t’écris… »  

Falmarès Guinéen 18 ansSon Afrique bat le tam-tam, dix chants pêle-mêle de joie et de cris d’amour, inaugurent le recueil. Puis cette longue mise en scène de son pays suit son appel à tous les migrants, aux migrants de tous les voyages, aux amis, aux camarades.

Oh ! Sœurs et frères migrants suivent son regard penché vers les souvenirs rassemblés, empilés au fond de son cœur. Chaque chant commence par :

« Ô cirque, battage de tam-tam, et toujours toi tam-tam.. »

« Si je ne vous chante Qui donc vous chantera. »


Aujourd’hui il a dix huit ans, il étudie au Lycée Jean Guéhenno de Vannes, il porte tant d’espoir dans ses yeux. Ses yeux transfigurent son nouveau pays, la Bretagne, sa ville Koba se dit Vannes en breton. J’aime tant le voir sourire.

Mohamed B. FALMARES : Soulagements 2 (éditions Les Mandarines – ISBN 2916995986 – Janvier 2020, 10€)

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