Au revoir Simone, Furie et Monogrenade @ l’Antipode MJC : compte-rendu

2014-11-Antipode-au_revoir_simone-alter1fo 8Samedi soir placé sous le signe du charme le 8 novembre dernier à l’Antipode MJC avec la venue du trio de Brooklyn Au revoir Simone, du quatuor rennais Furie ou du sextet canadien Monogrenade. Des mini-jupes, des claviers vintage, des cordes, des chœurs, et on en passe, voici ce qu’on a pu y découvrir. Compte-rendu.

Furie

On était ravi à l’idée de retrouver Furie sur scène en ouverture de la soirée. Nous avions pu découvrir le projet d’Astrid Radigue (Mermonte, Souful Singers ou plus récemment Lady Jane) sur scène lors de la Carte Blanche offerte à Laetitia Shériff par les Embellies en mars dernier, puis en savoir plus sur sa gestation grâce à une longue interview [lire l’interview de Furie réalisée par Yann et So ici]. Depuis, on savait que le groupe (Astrid Radigue au chant et aux claviers, Jérôme Bessout à la batterie, Florian Jamelot à la guitare, désormais rejoints par Pierre Marais -guitare, chœurs, claviers, batterie-) avait été en résidence à l’Antipode pour peaufiner son set et avait également travaillé sur l’enregistrement de nouveaux titres (à écouter là) plus que prometteurs. Autant dire que nous étions donc impatients et curieux de retrouver la formation après ces quelques mois.

2014-11-Antipode-FURIE-alter1fo 1Sur scène, Astrid s’assoit au centre derrière son fameux Bontantpis rouge, tandis que Florian Jamelot lance les premiers arpèges répétitifs de Tantrum sur sa telecaster. A gauche, Pierre Marais qui a désormais rejoint la formation, complète les lignes mélodiques à la jazzmaster tandis qu’en fond de scène l’indispensable Jérôme Bessout ponctue et souligne avec finesse le chant d’Astrid. Quelle bonne idée d’avoir demandé à Pierre Marais de compléter le line-up, se dit-on déjà : son apport à la guitare pour soulager Florian des boucles permet un dialogue de guitares palpitant pour les oreilles et donne davantage de dynamique à la prestation. On en est encore plus persuadé dès le premier refrain: le chorus à deux voix (Astrid/Pierre) est une réussite et leurs deux timbres se mêlent à merveille (le garçon chante lui aussi particulièrement bien…). On souhaiterait d’ailleurs même que les musiciens utilisent encore davantage ces cordes (vocales) à leur arc.

2014-11-Antipode-FURIE-alter1fo 9Ce n’est que le premier morceau et déjà, on se dit que Furie a fait des pas de géants depuis sa prestation au Jardin Moderne. Pour preuve, les applaudissements se feront de plus en plus nourris au fil des titres qui s’enchaînent. Set plus dense, variant les climats, accalmies, montées plus rock où le jeu incisif de Florian Jamelot souligne l’aspect pop des compos tout en les pervertissant légèrement, le tout dans un même morceau pour le plus grand plaisir de nos oreilles, débordements d’énergie où les deux guitares se lâchent, puis jeux polyrythmiques entre Pierre Marais (passé derrière les fûts) et ce putain de batteur qu’est Jérôme Bessout (notamment sur un solo à deux têtes), qui au fil des morceaux, s’amuse à varier les tessitures (baguettes, mailloche, tambourin à clochettes, etc…) avec un sens de l’à-propos impressionnant. Son vocabulaire rythmique particulièrement varié (on est loin du poum-tchack, poum tchack-tchack) ou sa frappe percutante, aussi juste que précise nous emballent complètement à nouveau. Les morceaux s’enchaînent (malgré un éclairage intempestif des lumières dans la salle), dont une reprise de Knowledge & Feeling des talentueux Fat Supper sur lequel Leo Pruh’homme avait invité Astrid à chanter, pour un set en même temps varié et homogène, qui, depuis le Jardin Moderne, a gagné autant en dynamisme qu’en maîtrise.

On se souvient des propos des musiciens en interview : « Le propos dans Furie, c’est Astrid qui l’amène avec ses lignes de chant, ses couplets et ses refrains. Pour [nous] la question qui se pose est la suivante : comment peut-on servir un couplet-refrain et le rendre un peu plus intéressant qu’un couplet refrain basique ? On s’inspire forcément des groupes qui ont eux mêmes explosé ce format couplet-refrain. Le but est de trouver une zone commune (…) on a envie qu’il y ait plusieurs lectures sur cette musique là : quelque chose de finalement assez accessible au départ, mais en deuxième lecture de rendre la chose moins aseptisée » . Il apparaît à la découverte de ce nouveau set, que progressivement le groupe y parvient de plus en plus.  Au final, bien sûr la formation n’en est encore qu’à ses premières armes et a encore besoin de temps pour peaufiner son propos, mais ce nouveau concert à l’Antipode se révèle encore une fois prometteur.

Monogrenade

2014-11-Antipode-MONOGRENADE-alter1fo 6C’est ensuite le sextet québecois Monogrenade qui enchaîne sur la scène de l’Antipode. La formation s’est fait remarquer avec un premier album (Tantale, 2011 au Canada, 2012 ici, sorti après un premier maxi La saveur des Fruits, 2009), dont le titre-phare Ce soir a facilement trouvé un paquet d’aficionados du St Laurent à la Seine. Des arrangements malins et soignés, plein de jolies trouvailles planquées dans des mélodies immédiatement accessibles, la voix tout en délicatesse de son chanteur ou un alliage tout en finesse de l’électronique et de l’acoustique ont ainsi permis au sextet de conquérir un public de plus en plus nombreux. Leur second album paru cette année, Composite, a confirmé en dix nouveaux titres tout le bien que beaucoup pensaient des Canadiens. Autant dire donc, qu’une bonne partie du public est venue ce soir pour (re)découvrir les Québécois en live, comme le prouvent les applaudissements qui éclatent dès l’entrée en scène des musiciens : à gauche, le trio féminin de cordes (une violoncelliste, deux violonistes) qui abandonne parfois ses instruments pour des claviers ou assurer les chœurs, à droite, Jean-Michel Pigeon au chant, aux claviers ou à la guitare, Mathieu Collette et François Lessard respectivement à la batterie et à la basse (ou aux claviers ou même la guitare acoustique sur Ce soir).

2014-11-Antipode-MONOGRENADE-alter1fo 5Le concert commence par une intro atmosphérique aux cordes avant l’arrivée de percussions électroniques (le batteur se sert d’un pad électronique en plus de ses fûts) et de la basse percussive de Cercles et Pentagones sur laquelle la voix de Jean-Michel Pigeon chante doucement ses textes en français. On est dans un premier temps intéressé par le mélange entre les sonorités acoustiques et électroniques du début du titre, et plutôt charmé par les chœurs féminins aériens qui se détachent progressivement sur les cordes, portant la chanson vers de nouvelles directions. Le titre suivant commence par l’intro très lente aux claviers de Le Fantôme. Si on s’ennuie un peu sur le début du titre, malgré de chouettes chœurs masculins, le morceau bascule sans prévenir, mêlant dissonances de cordes et aux claviers qui captivent immédiatement nos oreilles (sûrement le plus intéressant passage du set) avant un nouveau virage instrumental qui rappelle les bandes originales de film. Une cavalcade rythmique succède alors à une avalanche d’arpèges : wah, se dit-on, les Monogrenade en ont sous la pédale et on finit emballé après un titre de ce calibre.

Pourtant, on va l’avouer tout de suite. On ne sait pas quoi penser de Monogrenade. On était déjà perplexe à l’écoute des disques (un paquet de bons titres, mais aussi quelques détours un peu faciles), on attendait donc le live pour infirmer ou non notre premier sentiment. On reste finalement aussi perplexe. Si ces trois premiers titres nous font pencher vers l’idée d’un sacré potentiel chez ces Canadiens, la suite du concert nous convainc rarement autant, voire nous hérisse carrément sur quelques titres. Sur la suite, les musiciens varient ainsi habilement les accalmies et les montées, insérant quelques bonnes idées notamment sur les timbres (la guitare acoustique mêlée à l’électronique sur Ce Soir, les cordes souvent, l’apport d’une trompette -qu’on n’entend pas assez malheureusement), mais se vautrent parfois dans des morceaux trop faibles (l’horrible Tes Yeux, malgré une chouette ligne de guitare funky) où les violonistes/violoncelliste abandonnent leurs instruments pour n’assurer quasi que les chœurs. Et disons le franchement, quand les cordes ne sont plus là pour donner un contrepoint aux compositions, on s’ennuie souvent ferme.

2014-11-Antipode-MONOGRENADE-alter1fo 12Pourtant, plus loin, Ce soir fait mouche, notamment grâce à ce mélange d’arpèges à la guitare sèche avec ce pied electro four on the floor, une montée de cordes à la John Barry et un riff à la guitare funky et chaloupé. Le titre est acclamé, tout comme Metropolis qui clôturera le set avec ses cordes mêlées aux bips électroniques dans des flashs lumineux. On s’était permis pour annoncer ce concert de comparer  les compositions de Monogrenade à celles de Patrick Watson ou leur l’énergie scénique et leurs mélanges acoustico-électroniques à ceux de Tunng. On révise notre jugement après cette prestation : les compos n’ont pas  la même qualité d’arrangements que celles des Anglais ou du Canadien sur la longueur, et si certains moments possèdent une réelle fulgurance, Monogrenade se montre plus inégal, passant même parfois du sublime au pompier.

On en est d’autant plus désolé que Monogrenade, sur quelques passages a montré le meilleur. Reste que cela n’est que notre avis, et que le public de l’Antipode se montre au contraire pour beaucoup ravi de la prestation des Québécois.

Au revoir Simone

2014-11-Antipode-au_revoir_simone-alter1fo 3Après 4 soirées à l’Olympia à l’affiche avec Etienne Daho (comme première partie, mais aussi en partageant la scène avec lui -le Français les ayant invitées sur son dernier album en date ; les jeunes femmes lui rendant la pareille en lui demandant un remix d’une de leurs chansons-), le trio de Brooklyn Au Revoir Simone s’est donc arrêté à l’Antipode MJC pour le plus grand bonheur des fans d’électro pop.

Oniriques, comme en apesanteur, les morceaux d’Erika Forster, Annie Hart et Heather D’Angelo ne sont bien sûr pas sans rappeler l’iridescent talent des essentiels Broacast (on ne dira jamais combien Trish Keenan est immensément regrettée) ou encore Stereolab, notamment sur leurs premiers albums. On pense à la pop aérienne de leur second album officiel, The Bird of Music, petite merveille de délicatesse ouatée à trois voix, portée par des singles aussi délicats que graciles, The Lucky One ou Fallen Snow. Avant cela, le trio (auparavant quartet jusqu’en 2005) avait sorti un premier mini album Verses Of Comfort, Assurance & Salvation (2005) qui posait déjà les bases de ces mélodies épurées aux claviers parfois sautillants, parfois mélancoliques et aux voix délicates et légères. Tout aussi réussi (si ce n’est même davantage), Still Night, Still Light (2009) se montrait peut-être plus sombre, mais sans jamais tomber dans la noirceur et surtout, apparaissait comme un véritable album, dense, homogène, construit, loin du collage de vignettes pop côte à côte. Une belle réussite. Avec leur quatrième album, Move in spectrums, sorti à l’automne dernier, le trio se révèle un tantinet plus dansant, moins mélancolique, délaissant les ambiances fragiles de leurs premiers disques pour l’énergie et l’efficacité.

2014-11-Antipode-au_revoir_simone-alter1fo 10Sur la scène de l’Antipode, c’est d’ailleurs essentiellement ce dernier aspect qu’elles vont mettre en avant en jouant essentiellement les titres de ce Move in Spectrum mélangés à quelques uns de Still Night, Still Light passés à la même moulinette de l’efficacité. Si on est un tantinet déçu dans un premier temps (on aime davantage leurs trois premiers disques que le dernier en date), on en prend finalement rapidement notre parti. Les trois New Yorkaises ont la classe chevillée au corps, et quitte à perdre en subtilité et en fragilité, elles gagnent en redoutable efficacité et livrent un set aussi maîtrisé qu’hédoniste.

Sur une même ligne, derrière leurs claviers vintage, les trois jeunes femmes assurent de bout en bout. A gauche, Erika Forster assure le couplet de Gravitron qui débute le set, avant que ses camarades ne la rejoignent sur les chœurs. Toutes trois assurent tour à tour chants ou chœurs. Quant à la rythmique, c’est Heather D’Angelo (à droite) qui la lance d’un coup de baguette sur un pad électronique comme sur Just like a tree, au refrain résolument eighties, qui enchaîne. Another Likely Story et sa rythmique en 4/4 martelée fait encore monter l’intensité et une bonne partie de la foule se balance sur les trois voix aériennes qui se mêlent « You know I’m a chi-i-i-i-i-i-ld » chantent les trois jeunes femmes, envoûtant une bonne partie de la foule. Émue par leurs longues gambettes, nues ou en collants, découvertes par de très courts atours ou un décolleté particulièrement généreux, la gente masculine autour de nous se montre des plus enthousiastes. Mais il serait malvenu de réduire le succès de la prestation des trois jeunes femmes à leurs charmes physiques ou aux déhanchements d’Annie Hart. Les New Yorkaises maîtrisent leur sujet, livrent des compos

2014-11-Antipode-au_revoir_simone-alter1fo 6L’intro délicate de Tell Me (comme la précédente issue de Still Night, Still Light) ralentit le tempo et nous plonge dans ses méandres aériens, notamment ceux de ses chœurs suspendus, malgré le micro facétieux d’Annie Hart (au centre) qui descend brusquement et va flirter du côté d’Heather D’Angelo. Le refrain hyper catchy de More Than se révèle être une bombinette redoutablement efficace en live, tout comme The Lead is Galloping sur lequel les premiers rangs s’empressent de lever les bras pour accompagner la danse des trois musiciennes derrière leurs claviers. De le même manière, encouragée par les jeunes femmes qui font l’effort de quasi toujours parler en français entre les morceaux, la salle tape des mains sur l’intro et le final d’Anywhere you looked pour un retour de Still Night, Still Light. Sur scène, les musiciennes partagent des éclats de rire complices puis enchaînent sur un autre morceau d’électro pop efficace Somebody who.

2014-11-Antipode-au_revoir_simone-alter1fo 4Annie Hart quitte alors ses claviers pour se saisir d’une basse pour un Crazy particulièrement jouissif et dansant (avec sa basse à la New Order) avant de l’échanger avec Erika Forster pour un Shadows particulièrement réussi, entre basse galopante, nappes de synthé lentes et voix graciles qui clôt le set.

On espère alors en rappel retrouver l’apesanteur des premiers albums ne serait-ce que pour un titre. On est exaucé avec un « morceau un peu plus ancien » en français dans le texte, le délicat Sad Song (sur The Bird of Music) qui n’est pas sans rappeler la période Neon Golden d’un Notwist, au féminin. Les fans sont ravis. Nous aussi. Le final a cappella finit de nous envouter malgré des applaudissements un poil anticipés du public. Le très doux Through the backyards (premier titre de leur premier album) est tout aussi délicieux et prenant. La longue intro instrumentale de Knight of wands (Still Night, Still Light) nous fera lentement redescendre, et tout comme la salle, on acclamera longuement les jeunes femmes à la fin de ce set aussi efficace que gracile.

Photos : Caro

2 commentaires sur “Au revoir Simone, Furie et Monogrenade @ l’Antipode MJC : compte-rendu

  1. djeepthejedi

    Hey disdonc!!! Je vous trouve un peu dur sur Monogrenade là et très généreux avec les Simone mais aussi étrangement modéré avec Furie. Sinon le report est tellement précis qu’on dirai presque une recette de cuisine… mais je taquine c’est un plaisir de vous lire.

  2. isa

    haha ! 🙂 merci Djeepthejedi pour ton indéfectible fidélité…
    tout ça reste une question de goût 😉 en tout cas, merci pour ton retour ! C’est chouette d’avoir plusieurs avis !

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