Embellies 2018 – Arm, Madensuyu & Drame @ Ubu : De l’art de finir

Samedi 24 mars, ce sera déjà le dernier jour de cette édition anniversaire des Embellies. En guise d’apothéose, le festival nous a concocté une soirée à l’Ubu regroupant toutes les qualités pour être un bouquet final de toute beauté. En plus de pouvoir y danser jusqu’à épuisement dans une boum endiablée célébrant 20 années  de passion musicale, vous pourrez vous prendre de plein fouet les mots affutés d’Arm, le baroque rock des Madensuyu et les rythmes aventureux de Drame.

Au fil des années, le festival des Embellies a toujours su soigner ses sorties. L’édition 2018 ne devrait pas faire exception avec cette ultime soirée à l’Ubu qui nous parait porteuse des plus belles des promesses.

Honneur aux Belges : commençons par le duo composé de Stijn Ylode De Gezelle (guitare et piano) et Pieterjan Vervondel (batterie) venu de Ghent : Madensuyu. Nous les avions découverts un mois de décembre sur une des scènes des TransMusicales. C’était en 2010 et le duo nous avait sacrément ravi les oreilles en faisant preuve d’une énergie fiévreuse et communicative, tout en restant assis de bout en bout du set. Nous avions alors ramené dans notre besace leur second album D is done, sorti en 2008, au fusible prêt à sauter. Leur noise-rock tortueux nous avait emballé et électrisé en deux temps trois mouvements. Le double chant mêlant allégrement rage et susurration, collant notamment parfaitement à la belle alchimie distorsion/mélodie des compos.
En 2013, Madensuyu nous a tout autant collé l’oreille aux baffles avec la sortie d’un troisième long format maîtrisé de bout en bout, étonnamment nommé Stabat Mater. En 10 titres à haute tension qui parlent donc de la douleur d’une mère qui perd son enfant, les Madensuyu remettaient une nouvelle fois le couvert brillamment. Le duo sait en effet tendre ses compositions comme les cordes d’un ring avec ce qu’il faut de punch pour vous renvoyer dans les largeurs et tout autant d’élasticité pour vous ouvrir les oreilles en vous baladant, désespérément sincère, entre mélancolie et tension, haut-voltage incandescent et mid-tempi qui parlent aux tripes. De ces beaux albums faits avec passion et honnêteté, qui font tristement rarement la une mais qu’on chérit pourtant davantage à chaque écoute. Pour leur troisième album Current, le duo explore avec l’inventivité et le sens du contrepied qu’on lui connait des entrelacs de voix et de piano. Il n’oublie pas au passage la tension si vive qui sous-tend leur musique, même dans ses moments les plus apaisés. Nous sommes donc prêts à parier qu’ils devraient, une fois de plus, nous coller une claque magistrale sur scène.

Changement de style avec le rap orageux d’Arm. Depuis le début des années 2000, le rapper Arm mène ses projets musicaux comme il l’entend et avec un esprit d’aventure et d’ouverture que l’on salue bien bas. En solo, en collaboration avec Olivier Mellano, Robert Le Magnifique ou encore Tepr ou Iris dans Psykick Lyrikah,  le bonhomme multiplie les collaborations et les projets les plus variés avec une inspiration et une classe qui forcent le respect. Mêlant sans complexe hip hop, électro, rock et post-rock, puisant aussi bien dans le cinéma, le théâtre ou la littérature, sa soif d’aventure musicale semble inextinguible. Il a ainsi mis en ligne une ébouriffante lecture publique de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire accompagné par la guitare atmosphérique d’Olivier Mellano ou la mise en musique du roman de Dorothée Piatek : Le Silence des Oiseaux. Son album de 2013 Jamais trop tard sorti chez Yotanka et Ulysse Prod  impressionnait une fois de plus, par sa puissance sombre et son caractère éminemment intime et personnel. Pour son nouvel album Dernier Empereur, il choisit pour la première fois de sortir un disque sous son seul nom. Façon sûrement d’afficher une volonté de se mettre à nu de façon plus directe. Car si sa plume est toujours aussi affutée et que l’on retrouve les beats electro mélancoliques coutumier du monsieur, il se permet quelques titres plus directement dans l’émotion et même quelques clins d’œil aux sons actuellement à la mode dans le rap, histoire de montrer qu’il est bien de son époque tout en n’en restant définitivement en marge.  A chacun de ses concerts auxquels nous avons eu la chance d’assister, Arm s’est avéré encore plus intense qu’en disque. Il décoche ses mots, le verbe et le bras solides, toujours en équilibre délicat entre puissance et émotion. Pas de démonstration de virtuosité, de bons mots qui tuent ou de rimes habiles, il distille introspection, rage ou mélancolie avec une finesse rare. Attention donc, avis de forte tempête scénique en prévision.

Enfin, vous allez pouvoir vous perdre dans les délicieux labyrinthes rythmique et synthétiques de Drame. En 2015, le tourangeau Rubin Steiner s’enferme avec ses amis musiciens et un matériel bien porté sur la rythmique (congas, percussions, basse, batterie et synthétiseurs) pour trois journées d’improvisation. De ce chouette moment de liberté était né un album au charme analogique certain et doté d’une capacité remarquable a vous titiller les neurones tout en vous  filant des fourmillements irrépressibles dans le bassin. Trois ans plus tard, ils remettent le couvert pour une seconde galette dans une formule plus resserrée (une batterie, une basse et trois synthés) mais en gardant  de nouveau une base d’improvisation. On retrouve cette capacité de la bande à s’emparer du krautrock au sens large du terme et surtout à vous vriller la tête pour mieux vous pousser à bouger votre petit corps. Une petite préparation physique semble donc de rigueur pour profiter à plein de cette probable tornade.

La soirée se prolongera jusqu’à potron-minet par une Boum des 20 ans menée par toute la fine équipe qui aura assuré derrière les platines dans la semaine : DJ Pouss-Disk, GranDJgéant et Land. On gage qu’ils devraient tous avoir à cœur de boucler le festival dans un joyeux bazar festif et dansant.

Pendant toute la durée du festival, retrouvez tous nos articles sur les Embellies ici.


Les Embellies présentent Arm, Madensuyu et Drame en concert à l’Ubu, 1 rue Saint-Hélier, Rennes
le samedi 24 mars à partir de 21h, ainsi qu’une boum endiablée animée par DJ Pouss-Disk, DJ GranDJgéant et Land.

Tarifs : Sortir 6 euros / Étudiants, moins de 26 ans, demandeurs d’emploi : 12 euros / Plein : 14 euros / Sur place : 16 euros.

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