L’épatant festival Pies Pala Pop de l’association Des Pies Chicaillent revenait au Jardin Moderne les 12 et 13 juin 2025 pour une cinquième édition toujours aussi inspirée, aventureuse, pétillante, radicale, fédératrice… On vous raconte la seconde soirée du samedi avec Paloma 004, BRNDA, Billy Fuller, Eraser, Bound by Endogamy et Les Petits aux platines.

Depuis 2016, la belle bande de l’asso Des Pies Chicaillent s’ingénie avec une énergie réjouissante à pimenter les scènes rennaises les plus incongrues avec de savoureuses petites touches d’indie pop/rock frondeuses. Découvertes, pépites, légendes… l’asso a l’esprit large et aventureux. Leurs soirées ont, de plus, toujours le petit supplément de chaleur humaine et de passion qui les rend hautement sympathiques. Tout ce bel esprit est fort logiquement concentré dans leur épatant Pies Pala Pop Festival au Jardin Moderne. La cinquième édition de l’événement a, de nouveau, été un pur bonheur. Ambiance et accueil ultra-chaleureux, jauge au confort parfait, scène extérieure toujours aussi agréable, programmation parfaite, on commencerait (presque) à être à court de superlatif tant l’événement nous propose la quintessence de tout ce qu’on aime et défend. Après une première soirée déjà très réussie, nous avions de très grandes attentes sur la seconde du samedi 13 juin. Allait-elle toutes les tenir ?

Nous avons de nouveau eu le bonheur de collaborer avec Yann et PM de Canal B sur un plateau radio en direct du Jardin Moderne. Au programme du Grand Tout de ce samedi 13 juin 2026 : toujours aucun souci technique (merci PM!), Billy Fuller, Paloma 004, Eraser, Antoine des Pies Chicailles, Ebby et BRNDA. C’est à écouter par là
Apéro autrichien indie rock avec Paloma 004

Pour cette seconde soirée, ce sont les Autrichiens de Paloma 004 (prononcez Paloma null null vier) qui ouvrent le bal sous le soleil une nouvelle fois. Au départ projet solo de la toute jeune Lisa Obereder, avec juste une guitare et une boîte à rythme, Paloma 004 s’est progressivement étoffé et stabilisé avec Karoline Swickle à la batterie, Philpp Bayerle à la seconde guitare (plutôt rythmique) et Jonas Rausch désormais à la basse. Après une première tournée à l’automne avec des dates jusqu’à Prague, Leipzig ou Berlin, le groupe s’exporte à nouveau au printemps et on retrouve les quatre en Bretagne au Pies Pala Pop après un détour par Bratislava, Londres, Bruxelles ou Paris.

Si le groupe est un poil fatigué par ses déplacements à travers l’Europe (tout se fait en train, nous a confié Lisa Obereder – merci pour la planète) et que Karoline Swickle se bat ce soir contre de tenaces microbes, leur set n’en pâtit pas une seconde et les quatre entament les hostilités tambour battant par la doublette Speer / Heiteres, archétypes particulièrement efficaces d’une indie rock naviguant entre post punk et power pop. Le dialogue basse-notes solo de Lisa Obereder sur sa telecaster noire et blanche, bientôt strié par les accords tout en scansions de Philipp Bayerle sur sa jaguar rouge (Malheur) se trouve rehaussé d’un refrain mélodique des plus efficaces, tout comme Habit qui suit, seul titre de la setlist chanté en anglais. Et c’est une des premières réussites de Paloma 004 : nous faire complètement oublier que le chant est en allemand ! Leur efficacité mélodique suffit à ravir les oreilles et leur set, particulièrement équilibré alternant tubes gonflés à l’énergie power pop /post punk (Alles fängt neu an, Ich Meine) et ballades indie-rock délicatement mélancoliques (Some) ou mid-tempo (Sterne) est parfait pour commencer la soirée.

La setlist, essentiellement issue de leur premier album, Alles fängt neu an, sorti il y a pile un an sur le label viennois Fettkakao en 2025 (le label de Lime Crush, présent au Pies pala Pop il y a deux ans) se permet même quelques surprises avec de nouveaux (?) morceaux tout aussi agréables. Au final, on ne boude pas notre plaisir sur ces compos particulièrement bien troussées, qui gagneraient peut-être à s’émanciper un poil de leurs modèles, mais n’en restent pas moins d’une efficacité mélodique des plus réjouissantes. Une parfaite manière de commencer cette seconde soirée.
Les Petits n’ont de petit que le nom

Entre les groupes, derrière les platines, on est archi-ravi de retrouver Doortje Hiddema et Michiel Klein qui ont joué le soir précédent sur scène avec Ebby pour une sélection des plus personnelles (Casper, le bassiste y a aussi participé, nous a expliqué Doortje). Sous le nom de Les Petits (on vous laisse profiter du jeu de mots sur Klein/petit), les Néerlandais proposent un mélange musical particulièrement enthousiasmant, qui pour notre plus grand plaisir, se balade du Lucky Number d’Optic Sink à I don’t want to be happy des Contortions, en passant par nos chouchous absolus d’ESG et Pylon (Cool). On s’excuse cependant platement de ne pas avoir reconnu le morceau inédit du groupe néerlandais que Doortje nous a promis de glisser dans la playlist, mais on aura gardé les oreilles grandes ouvertes (voire les pieds frétillants) à chacune de leurs sélections, souvent pointues, mais toujours passionnantes !
Notre rendez-vous avec BRNDA

Autant le dire tout de suite, le concert de BRNDA était une de nos plus grosses attentes de cette édition. Les américain.e.s font en effet partie de nos grands coups de cœur discographiques de 2025 avec leurs deux derniers longs formats sortis sur Crafted Sound, les indispensables Do You Like Salt? en 2021 et Total Pain en 2025; Deux disques qui n’ont guère quitté nos platines grâce à un sens mélodique aigu, une liberté de genre folle et une délicieuse absurdité dans les paroles. On attendait avec une certaine fébrilité de découvrir comment la bande de Washington DC transposait ça en live.

On retrouve Leah Gage qui démarre derrière les futs, Dave Lesser à la guitare, Mark McInerney à l’autre guitare et Nick Stavely à la basse et tout ce beau monde au chant. Dès les premiers morceaux, on a le plaisir de constater que l’énergie et la jubilation de leurs tubes art punk passent largement l’épreuve du live. Du rythme, de la joie, une folie douce mais contagieuse, le quatuor nous offre une belle démonstration de pétillance scénique qui contamine largement un public ravi. Avec un flegme assez désarmant, nos quatres allumés réussissent à insufller un grain de folie punk dans chacun de leur morceau. Alternant les chants ou changeant carrément d’instrument, ils font régner un réjouissant et irrésitible bordel qui colle un grand sourire aux lèvres et file la bougeotte dans les gambettes. On a bien sûr droit à une une version débridée et sautillante de l’imparable Service Loser et le set se conclut en apothéose sur un Burn The Zoo chaotique à souhait. Groupe et public en ressortent visiblement aux anges de ce qui restera comme un des grands moments de cette édition 2026.

Le créneau « second-groupe-du-samedi-sous-le-soleil-couchant » confirme, après l’épatante prestation de Gus Englehorn l’an dernier, en tout cas qu’il reste le parfait écrin pour des moments magiques dans ce festival.
Partir loin avec Billy Fuller

La nuit règne désormais sur le site et c’est exactement l’ambiance qu’il nous fallait pour la pretation de Billy Fuller. Le bassiste anglais ayant collaboré dans son aussi discrète que féconde carrière avec Massive Attack, Baxter Dury, Rachid Taha, Anika ou Robert Plant, est surtout connu comme confondateur de Beak>. Il vient défendre sur scène Fragments son excellent premier album sous son nom sorti début avril sur Invada Records.

Pour cette mission, il est accompagné d’Andy Sutor à la batterie et de Joe Charsley Smith, à la guitare et aux machines, mais aussi d’une impressionnante collection de pédales d’effets dont la multitude nous évoque un cockpit d’avion de ligne. Le charme de sa musique planante et cinématographique, née de ses improvisations personelles au fil d’une décade, agissent dès l’introductif et Rumer.

Avec une solidité rythmique remarquable et uns richesse sonore assez fascinante, le trio enchaine les titres de Fragments, presque dans l’ordre du disque mais dans des versions d’une ampleur remarquable. La setlist est pimentée de quelques inédits mais aussi des riffs délicieusement hypnotiques et du déluge de larsens de The Meader de Beak>.

Le concert envoutant passe comme un charme et il est d’autant plus plaisant que Fuller se révèle généreux en anecdotes savoureuses ou en malice quand il se débarasse habilement d’un spectateur un peu trop oblique et envahissant à son goût. Ce très beau moment se conclut sur la montée et la ligne de basse monstrueuse de Full Fat en guise d’ultime étape d’un voyage musical qu’on aura adoré partager en leur compagnie.
L’énergie punk et engagée du girl gang Eraser

Après la classe de l’espiègle Billy Fuller et de ses épatants acolytes, retour sur la côte est des Etats Unis et direction la Pennsylvanie avec le quatuor américain Eraser. Rassemblant Sonam Parikh (Drill, Ursula) aux synthés et au chant, Pier Harrison (Privacy Issues) à la guitare, Kat Bean (Amanda X, Clasp) à la basse et Juliette Rando (Corey Flood) à la batterie, les quatre pratiquent un mélange détonnant de post-punk et de no wave, une sorte de punk dansante diaboliquement entrainante.

La bande de Philly qui cultive un solide sens du collectif, y compris dans les compositions, possède un farouche esprit DIY, teinté d’humour et d’engagement. On n’est donc pas étonné que le girl gang commence pied au plancher : basse en avant et batterie des plus efficaces, synthés martelés et chant sous adrénaline. Sonam qui nous a expliqué l’après-midi l’influence des musiques de films Bollywood sur sa manière de jouer des synthés de façon percussive, sa façon de danser sur scène et de partager l’énergie du moment avec la foule, ne tarde pas à descendre au milieu du public avec son micro, bondissant au milieu des corps, tandis que ses trois comparses aux mains sûres gardent la baraque sans faiblir.

Juliette Rando truffe son jeu massif sur les fûts de trouvailles malignes. Kat Bean navigue sur le manche pour des lignes de basse aussi mélodiques que rythmiques toujours méchamment chaloupées. Sonam Parikh danse d’un bout à l’autre de la scène, ponctue son chant punk de vrilles de synthés au groove bancal, constamment striés par les accords de la guitare de Pier Harrisson, qui parfois les décoche à genoux. On y découvre certains titres de leur premier EP Hideout sorti en avril 2025 chez Siltbreeze Records en live en version encore plus punchy, portés par la présence scénique de Sonam Parikh dont la douceur entre les morceaux contraste étonnamment avec l’énergie qu’elle y déploie ! Au final, un show efficace, engagé qui donne déjà envie de danser sur les braises. Ça tombe bien, vu le duo qui va suivre…
Dans le tourbillon Bound of Endogamy

Il est hélas alors déjà temps de conclure cette très belle édition. En guise de bouquet final, Des Pies Chicaillent a parié sur les suisses de Bound By Endogamy.
Vu le souvenir ému qu’on a de leur concert en clôture de l’épatante soirée à l’Ubu des Trans Musicales 2023 consacrée au label Bongo Joe, on se doutait qu’il serait gagnant et ça n’a pas manqué.
Kleio Thomaïdes et Shlomo Balexert démarrent le set en (relative) douceur derrière leurs machines. Leur électro oragnique et glacée comme l’enfer contraste fortement avec le concert précédent mais on n’a rien contre les chaud -froid. Surtout que les choses vont rapidement s’emballer dès que Schlomo s’installe derrière la batterie. Kleio lâche alors la bride et se lance dans une danse aussi débridée que communicative. Le duo, qui connait bien les Dame Area, était présent la veille pour leur concert et on sent tout de suite qu’ils veulent se montrer à la hauteur du concert de la veille. Ils vont largement y parvenir avec leur diabolique mélange de rythmes tribaux, de samples abrasifs et de chant envoutant. Avec une intensité scénique rare, ils enchainent les titres sur un rythme d’enfer en réussisant à monter en puissance d’un cran à chaque nouveau titre. Les chorégraphies de possédé de Kleio sont déjà une performance impressionnante en elles mêmes mais elles se combinent de plus avec une performance vocale assez saissisante qui amène sa voix au bord de la rupture vers un chant rageur et âpre proche du growl.

Leur concert aussi saississant que généreux emporte le public qui n’en demandait pas moins et termine ce cinquième Pies Pala Pop dans un mémorable chaos en forme d’épatant second round de la torgnole de la veille. Final réussi donc pour une édition qui nous aura, encore une fois, totalement conquis.e.s.
La bonne nouvelle, c’est que vous n’aurez pas à attendre un an avant de refaire la fête avec Des Pies Chicaillent puisque l’asso fêtera ses 10 ans les vendredi 20 et samedi 21 novembre 2026. Réservez les dates car cela s’annonce assez dantesque.
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