[compte-rendu] Samedi au Pies Pala Pop festival #4 : Jour de grâce

L’épatant festival Pies Pala Pop de l’association Des Pies Chicaillent revenait au Jardin Moderne les 13 et 14 juin 2025 pour une quatrième édition toujours aussi inspirée, aventureuse, pétillante, radicale, fédératrice… On vous raconte l’épatante seconde soirée du samedi 14. On y a vu dans l’ordre Nightshift, Gus Englehorn, Marcel Wave, Memorials et Alien Nosejob enrobés des sélections de DJ Marvina et c’était juste parfait.

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Nous étions reparti.e.s le pied léger et la tête pleine de musique de la première journée du quatrième Pies Pala Pop Festival au Jardin Moderne de l’asso Des Pies Chicaillent. Nous y retournons avec autant d’entrain tant la programmation de ce samedi nous ravit au plus haut point. Nous avons hélas loupé le concert surprise (trop) matinal de The Hobknobs à l’Amrock café. On s’en mord un peu les doigts, car on y retrouvait la grande tringle flegmatique des regrettés Lewsberg  et des musiciennes des épatantes The Klittens et que ça avait l’air hyper classe. Nous arrivons tout de même tôt. Nous avons des interviews à rattraper après les ratés de la veille et nous apprécions aussi de prendre le temps de savourer la chaleur et la qualité de l’accueil des groupes par le festival.

PLATEAU CANAL B : Comme chaque année, nous avions prévu de causer en direct avec les groupes du festival en collaboration avec l’impeccable Yann de Canal B. La capricieuse technique en a, hélas, décidé autrement et nous avons été obligé.e.s de revenir à des méthodes moins sophistiquées pour finalement pouvoir nous entretenir avec Marcel Wave, Memorials et Nightshift.

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C’est reparti pour un second round avec les Ecossais.e.s de Nightshift. Le soleil est au beau fixe et ça sied parfaitement aux mélodies indie pop délicatement expérimentales de nos natifs de Glasgow. La bande fait la part belle à son troisième et dernier album Homosapien (sorti en juillet 2024 sur le label chicagoan Trouble In Mind Records) mais aussi à son tout nouveau single Dice /Firefly sorti la veille du concert. Ces deux titres sont disponibles gratuitement sur bandcamp mais avec un appel à faire un don à Children Not Numbers. Le groupe affiche d’ailleurs sur scène un drapeau palestinien pour nous rappeler que ce n’est pas la fête partout dans le monde actuellement.  Malgré tout, leur musique conjuguant inventivité et efficacité nous fait un bien fou. Comme sur disque, le groupe n’est pas dans la démonstration forcée et interprète « juste » ses titres fourmillant de petites idées malignes avec justesse et une douceur solaire. À l’heure où trop de groupes surjouent systématiquement l’emballement scénique, c’est fort appréciable.

GusEnglehorn@PPP2025-alter1fo (11)

C’est ensuite au très attendu Gus Englehorn de monter sur scène. L’ex-snowboarder et baroudeur invétéré est accompagné sur scène par sa complice et compagne Esté Preda à la batterie, mais aussi au chant.
On adore la malice et la folie de leurs trois albums Death & Transfiguration (2020), Dungeon Master (2022) et The Hornbook, (2025). L’asso Des Pies Chicaillent avait déjà invité le couple en octobre 2022 au Bistro de la Cité et nous les avions honteusement loupés. Nous sommes tout particulièrement heureux d’avoir une seconde chance de plonger en live dans cet univers si singulier, surtout dans un contexte aussi parfait que ce festival.

Le duo ne va nous décevoir, bien au contraire. L’alliance du chant merveilleusement lunaire de Gus avec des riffs cinglants et une batterie à la simplicité et la puissance tribale captive instantanément le public. On a l’impression d’assister à un singulier et vivifiant croisement entre Daniel Johnston, Syd Barrett, Franck Black, Robert Wyatt… et les White Stripes sauf que le tout a une personnalité aussi touchante que fascinante. Nous assistons alors à un de ces moments rares ou artistes et public se nourrissent de leur joie et de leur énergie respectives dans un mémorable cercle vertueux. Le concert n’en finit pas de monter en euphorique puissance jusqu’à un final à la demande qui s’achève sur un tonnerre d’applaudissements.

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Ce fut assurément un des moments magiques de cette édition et la brillante confirmation que le duo est à suivre de très très près dans ses prochaines aventures.

MarcelWave@PPP2025-alter1fo (1)

Pas facile d’enchainer derrière ça, mais les Londoniens de Marcel Wave vont parfaitement savoir jouer du contraste. Là encore, on attendait de pied ferme le groupe. La talentueuse britannique Maike Hale-Jones et ses compagnons de route Lindsay Corstorphine, Christopher Murphy (de Sauna Youth / Monotony) et les frangins Oliver et Patrick Fisher de Cold Pumas sont à l’origine d’un de nos disques de chevet, le merveilleux Something Looming sorti en juin 2024 chez Upset the Rhythm et Feel It Records. Nous ne sommes visiblement pas les seul.e.s vu le nombre de gens qui repartiront avec le vinyle de l’album ce soir-là.

MarcelWave@PPP2025-alter1fo (9)

Le quintet va interpréter avec un flegme mordant et une malice contagieuse ses tubes d’art punk aussi acides qu’accrocheurs. Paroles ciselées et aussi déprimantes qu’hilarantes, riffs affutés, orgue Hohner tonitruant, facétieux et inventif et rythmiques épurées mais irrésistibles, le combo est parfait pour chanter l’horreur de la routine capitaliste, le déclin des centres-villes, le revers de la gloire hollywoodienne ou le côté glauque inhérent à toutes fêtes. Avec une belle complicité et un plaisir communicatif, les Marcel Wave livrent une prestation enlevée et vivifiante. Leur imparable façon de dresser des saynètes impitoyables, mais tellement lucides sur notre époque fait donc autant mouche en live que sur disque et le concert passe comme un charme tout en nous laissant la petite pointe d’amertume qui rend leur musique aussi indispensable.

Pour en savoir sur le groupe et le disque, n’hésitez pas à écouter notre chouette rencontre avec la bande enregistrée sur le festival.

Memorials@PPP2025-alter1fo (6)

On a aussi rencontré Memorials dont on est archi fan l’après-midi même (lire ou écouter l’interview de Memorials ici) et c’est avec d’incompressibles frémissements d’impatience que, la nuit désormais entamée, on attend l’entrée en scène du duo composé de Verity Susman (Electrelane -le groupe, pas le chat-, Vera November…) et Matthew Simms (It Hugs Back, Wire, Better corners…), tant on est tombé raides dingues de leurs premières sorties discographiques. Autrement dit, deux bandes originales pour des documentaires (Women against the Bomb,  qui raconte la lutte non violente pendant quasi 20 ans de milliers de femmes en pleine guerre froide contre la base militaire britannique de Greenham Common et Tramps ! autour des New Romantics londoniens et leur flamboyance queer ), un maxi commandé par le centre Pompidou  en réponse à l’installation Precious Liquids de Louise Bourgeois et surtout un premier album libre de contrainte, le tout aussi addictif et passionnant Memorial Waterslides paru cet automne sur Fire Records. On attrape les copains manu militari pour se poster devant la scène, ayant d’ores et déjà l’intime et fébrile pressentiment que le concert de Memorials va nous mettre dedans dehors.

On aura l’intense soulagement d’une confirmation sans équivoque du talentueux duo britannique. Entre les irrésistibles Lamplighter à l’efficacité pop irrépressible tout en mélancolie sautillante (si, c’est possible !) au monumental Boudicaaa final à la puissance échevelée et débridée qui donne envie de hurler de concert avec Verity, Memorials va nous proposer un voyage d’une incomparable profondeur.

Passant des claviers au saxophone, tout en assurant l’essentiel du chant lead, Verity boucle sa voix, créant dans nos oreilles écarquillées une chorale habitée, à laquelle se joint la voix de Matthew Simms, qui passe, avec autant de déconcertante facilité que sa comparse, de sa guitare de gaucher (jazzmaster forever) -quitte à la jouer avec une baguette- à un jeu de batterie à tomber, sans oublier les échantillonnages en direct que les deux combinent avec une effroyable virtuosité. Dire que les deux adorables bourriques nous avaient confié l’après-midi perdre en finesse en live ! Autant crever le suspense direct : la subtilité avec laquelle les deux construisent les morceaux, improvisant sur les trames déjà écrites en ferait pâlir plus d’un.e, tout comme l’interprétation à la fois immensément juste et sincère qu’ils en délivrent sur scène.

Pour preuve cet hypnotique Peacemaker instrumental, dont le saxophone envoûtant et l’intensément habile jeu de batterie nous emmènent loin, très loin.

De concert avec le public du Pies Pala Pop, on vit le set comme un rêve tant on est porté.es par ce voyage habité d’une inspiration indéniable, mêlant avec autant d’audace que de talent, pop, éléctro vintage, kosmische music, prog échevelé, folk déglinguée, avant noise, psyché, recherches expérimentales, voire free jazz (pardon, la liste est longue, mais il y a tout ça dans Memorials) tout comme par l’époustouflante construction du set qui nous prend par l’oreille pour ne plus jamais nous lâcher.

Mais surtout, bien que le duo n’en fasse aucunement l’affichage, en plus du plaisir musical et même physique que procurent leurs morceaux tout au long de ce set dantesque, l’émotion qui s’en dégage, des clochettes doucement entrechoquées par Verity devant le micro au chant déchaîné de Boudicaaa (immense !) se révèle aussi prenante qu’intensément touchante. On finit donc le concert aussi enthousiastes qu’ému.es. La prestation époustouflante de bout en bout du duo britannique nous a irrémédiablement coupé le souffle et la salve d’applaudissements crépitant soudainement autour de nous confirme qu’au public tout autant. Pour notre part, on se languit déjà de ré-entendre Memorials sur scène (à la Route du Rock très bientôt). Assurément, l’un des points d’orgue du festival (qui n’en manquait déjà pas !).

AlienNosejob@PPP2025-alter1fo (14)

Il faut bien qu’à un moment ça se termine et ce sont les Australiens d’Alien Nosejob qui étaient en charge du bouquet final. Avouons le d’emblée, l’équipe d’alter1fo n’est guère friande de rock garage et notre intérêt pour le style est assez proche du néant. Nous reconnaissons cependant une légère jalousie face à l’hyperactivité du diable de Tasmanie Jake Roberston qui en plus de participer à une impressionnante multitude groupes (Ausmuteants, Frowning Clouds, Smarts, School Damage…) dégaine les albums sur un rythme effréné tout en ayant cogéré le label Aarght Records, contribuant ainsi d’une autre manière à la mise en lumière de la scène musicale indépendante australienne. Le bonhomme déboule accompagné de cinq complices dont trois jeunes femmes visiblement en voyage scolaire bien rock’n’roll. La bande démarrait sa tournée européenne au Pies Pala pop et elle va le faire avec la manière. À défaut d’originalité, le set est une parfaite bouffée d’énergie rock. Menée sur un train d’enfer, la demi-heure de concert met le feu aux poudre à grands coups de riffs ravageurs et de chant délicieusement hurlé. Reconnaissons aussi au bonhomme un sérieux talent de composition qui rend le set tout à fait plaisant et explosif malgré nos réticences.

DJMarvina@PPP2025-alter1fo
On conclut ce report par un grand coup de chapeau aux sélections de DJ Marvina à 200% approuvées par l’équipe. On a visiblement un bon nombre de disques en commun avec elle et ce fut un bonheur total de les entendre s’enchainer de façon aussi fluide que maligne.

Vous l’aurez compris à l’enthousiasme débordant qui se dégage de nos deux comptes-rendus de ce quatrième Pies Pala Pop Festival, nous avons été totalement conquis.e.s par cette nouvelle édition. Réussir à conjuguer une programmation à la fois exigeante et accessible avec un accueil combinant chaleur humaine, confort et bienveillance aussi bien en direction des artistes que du public et des bénévoles, ce n’est pas un mince exploit. Nous saluons donc bien bas les équipes de l’association Des Pies Chicaillent et du Jardin Moderne pour cette nouvelle brillante réussite. Comme le public qui a de nouveau largement répondu présent cette année, nous avons désormais bien inscrit dans la catégorie « immanquable » un événement qui a réussi par sa singularité et sa simplicité à gagner sa place de choix dans notre déjà fort généreux paysage musical local.

Notre galerie photo complète du samedi :
Pies Pala Pop Festival #4 : Samedi 14 juin 2025

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