L’épatant festival Pies Pala Pop de l’association Des Pies Chicaillent revenait au Jardin Moderne les 13 et 14 juin 2025 pour une quatrième édition toujours aussi inspirée, aventureuse, pétillante, radicale, fédératrice… On revient en détails sur un festival et une première soirée du vendredi 13 qui auront, encore une fois, tenu toutes leurs promesses. On y retrouvait dans l’ordre Johanna Heilman, The High Water Marks, The Klittens, Cola, M(h)aol mais aussi Super Crayon DJ set et c’était un pur bonheur.

Depuis 2016, la belle bande de l’asso Des Pies Chicaillent s’ingénie avec une énergie réjouissante à pimenter les scènes rennaises les plus incongrues avec de savoureuses petites touches d’indie pop/rock frondeuses. Découvertes, pépites, légendes… l’asso a l’esprit large et aventureux. Leurs soirées ont, de plus, toujours le petit supplément de chaleur humaine et de passion qui les rend hautement sympathiques. Tout ce bel esprit est fort logiquement concentré dans leur épatant Pies Pala Pop Festival au Jardin Moderne. La quatrième édition de l’événement a, de nouveau, été un pur bonheur. Ambiance et accueil ultra chaleureux, jauge au confort parfait, scène extérieure toujours aussi agréable, programmation parfaite, on commencerait (presque) à être à court de superlatif tant l’événement nous propose la quintessence de tout ce qu’on aime et défend.
Même la météo était au beau fixe pour l’événement. Alors qu’on nous annonçait déluges orageux et grêles pour le démarrage, tout ça a été expédié avant même l’ouverture des portes et nous avons pu profiter d’un soleil radieux sur les deux soirées.
PLATEAU CANAL B : Comme chaque année, nous avions prévu de causer en direct avec les groupes du festival en collaboration avec l’impeccable Yann de Canal B. La capricieuse technique en a, hélas, décidé autrement et nous avons été obligé.e.s de revenir à des méthodes moins sophistiquées pour finalement pouvoir nous entretenir avec Marcel Wave, Memorials et Nightshift.

C’est la Texane Johanna Heilman qui ouvre le bal. Cette peintre et prof d’arts est également une musicienne active de la scène d’Austin. En solo ou avec le groupe shoegaze Wildfires, elle écume les salles d’expositions et de concert, les bars, les clubs locaux depuis déjà deux décennies avec la volonté d’aller à la rencontre des publics les plus variés. En 2020, en pleine épidémie de COVID, elle est diagnostiquée malade d’un cancer du sein. Son long et éprouvant combat contre la maladie, elle va le transformer en chansons rassemblées sur l’album When We Were Electric sorti en juin 2023. Ce sont les titres si singuliers et personnels de ce disque qu’elle va nous interpréter en compagnie de ses trois complices. Malgré la force émotionnelle de ces chansons où s’entremêlent la colère, les peurs indicibles et la lumière de l’acceptation, elle dégage sur scène une réjouissante énergie, pimentée par un humour noir discret mais troublant. L’édition de l’an dernier avait démarré sur le coup de tonnerre de Sacrificial Chanting Mood. C’est par une flèche en plein cœur que débutait celle-ci.

La suite n’en sera pas moins réjouissante puisque c’est le quatuor The High Water Marks et son indie pop toute en fraicheur qui enchaine. Issu d’une histoire d’amour transatlantique (après un concert à Oslo au début des années 2000, l’Américaine Hilarie Sidney -guitare, chant- et le Norvégien Per Ole Bratset -guitare, chant- entament une longue et fructueuse correspondance, montent un groupe et fondent une famille !), le groupe américano-norvégien cultive avec un talent indéniable les pop songs aux mélodies accrocheuses, des chansons lumineuses, rafraichissantes comme une brise d’été. On sait la co-fondatrice du collectif Elephant 6 Hilarie Sidney traqueuse (malgré déjà, une fort longue carrière musicale !), se demandant toujours avant de monter sur scène pourquoi elle s’inflige ça. Mais très vite, sous le soleil, le sourire l’emporte. Les regards d’encouragement échangés, les yeux rieurs de l’un à l’autre et la belle complicité qui rassemble les quatre musicien.nes sur scène (on retrouve Øystein Megård derrière les fûts et, pour cette tournée en Europe, Elin Stomner à la basse) réchauffe immédiatement les cœurs. Devant une audience toute ouïe et tout sourire, les quatre déroulent leurs morceaux pleins de gourmandises (notamment issus de leur très chouette septième long format Consult the Oracle) avec un talent affuté et une énergie chaleureuse, naviguant de chœurs (à deux, à trois, quand Øystein accompagne les voix d’Hilarie et Per Ole) en duo de guitares aux mélodies sautillantes et punchy, switchant régulièrement la voix lead de l’un à l’autre. Pour les derniers morceaux, retrouvant ses premières amours (elle était la batteuse d’Apples in Stereo), Hilarie Sidney prendra même place derrière la batterie pour une fin de concert toute aussi réussie et enthousiasmante. Un grand rayon de soleil sur scène… Éloignant définitivement l’orage.

C’était ensuite au tour des très attendues The Klittens de monter sur scène. Ces cinq néerlandaises sont en effet l’une des nouvelles pépites en matière de musique indépendante venue d’Amsterdam. On adore leur 7 titres Citrus sorti en avril 2022 et surtout leur excellent second EP Butter tout juste paru en mars 2025 et écrit collectivement avec un titre conçu par chacune des membres de la bande. On retrouve bien alignées en front de scène : Yaël Dekker (au chant), Winnie Conradi (à la guitare), Katja Kahana (à l’autre guitare), Marrit Meinema (à la basse) et Laurie Zantinge (à la batterie). Sur leur bandcamp, le quintet définit sa musique comme « des chansons joyeuses sur des sentiments tristes, jouées par des musiciennes peu aguerries mais qui s’en moquent« ; Une formule qui va faire merveille sur scène. En équilibre parfait entre spontanéité et maîtrise, leur set bigarré passe avec une fraicheur folle de la pop sautillante, au punk bien crade sous les riffs et passant par un déferlement de tubes post punk ou indie rock irrésistibles. Comme chez leurs compatriotes de Tramhaus, si la meneuse Yaël Dekker emballe le concert avec une belle énergie, l’aspect collectif est aussi particulièrement soigné et chacune à leur tour, elles rejoignent avec talent le micro. Après une touchante lecture de poèmes gazaouis, le concert s’enflamme dans un final débridé qui nous rappelle que la bande est bien un groupe de punk à la base et achève de nous coller le sourire jusqu’aux oreilles. Quel bonheur de voir un groupe largement confirmer tout le potentiel qu’on y percevait.

On approche (déjà) de la fin et c’est au tour de la tête d’affiche de la soirée de jouer. Cola est en effet la nouvelle aventure du chanteur guitariste Tim Darcy et du bassiste Ben Stidworthy (qu’on avait adoré suivre dans Ought) désormais accompagnés par le redoutable batteur Evan Cartwright. Leur premier album Deep In View et leur second The Gloss, sorti en juin 2024 sont deux merveilles de post punk au sens mélodique rare et au groove délicieusement bancal. On a pu en apprécier la version live lors de l’édition 2022 de la Route du Rock été avec un poil de frustration cependant, car ils étaient programmés bien trop tôt en ouverture de la première journée. Nous étions donc particulièrement ravis de les retrouver avec un peu plus d’espace et de temps pour s’exprimer. Cette marge de manœuvre supplémentaire, ils vont en effet l’investir avec une épatante maestria. Son parfait, fluidité et rythme soutenu, le groupe impressionne d’emblée par son professionnalisme. L’alliance de la basse virevoltante de Stidworthy et du jeu de batterie aussi évident que puissant du jazzeux Cartwright est un bonheur total. D’autant plus que cette section rythmique de folie accompagne parfaitement les riffs affutés et le chant fascinant de Darcy. Cette maîtrise ne vire pourtant jamais à la froide démonstration technique grâce à la complicité et à l’humour pince-sans-rire de la bande. Le concert est une brillante démonstration que parfois « less is more » et leur musique, pourtant épurée à l’os, captive un public conquis par cette prestation de très très haute volée.

La soirée se concluait avec les camarades de tournée de Cola : la formation irlando-britannique M(h)aol. D’abord quintet sur leur tonitruant EP assez clairement intitulé Gender Studies (2021) puis avec leur tout aussi explosif premier album Attachment Styles (2023), le groupe est devenu un trio suite à deux départs et a su se réinventer pour leur son second album Something Soft. Ce soir-là, on retrouve la batteuse/chanteuse Constance Keane, accompagnée de Jamie Hyland (basse et production) et de Sean Nolan (guitare) mais aussi d’une bassiste supplémentaire dont on n’a, hélas, pas choppé le nom. Le quatuor interprète dans un chouette chaos sonore leurs morceaux parlant de féminisme… et de chiens morts. Batterie et basse monolithiques, chant entre intériorité et hurlement, déluge de dissonances, l’univers musical du quatuor impressionne par sa radicalité et son humour sombre. On apprécie ce mélange détonnant d’explosivité et d’abrasivité poisseuse, mais on regrette juste que les fins de morceaux abruptes et le rythme un peu haché freine un peu la montée en puissance du set. On pinaille mais on a quand même beaucoup apprécié et on leur donne rendez-vous avec grand plaisir au mois d’août au Fort Saint-Père pour la Route du Rock 2025.

On termine ce premier report avec un coup de chapeau au duo DJ Super Crayon qui nous a ravi les oreilles d’un bout à l’autre de la soirée avec leurs sélections inattendues et hautement contrastées, mais totalement irrésistibles.
Au final, ce vendredi nous aura ravi de bout en bout, et ce, d’autant plus, que nous ne nous attendions pas à un tel niveau d’excellence. Nous avions en effet une petite préférence sur le papier pour le samedi. Cette seconde journée tiendra-t-elle ces folles promesses ? Suspense… il faudra lire le second comte-rendu pour le savoir.
Notre galerie photo complète du vendredi :

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