Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours (ou presque) jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Ouvrez donc les pages jour après jour… et en guise de 12è proposition, un polar noir (oui, encore un !) avec une sordide histoire d’enfants pas sages…

« Les enfants sont des tortionnaires en puissance » pourrait être le sous-titre des Enfants du massacre, ce polar italien qui nous a fait froid dans le dos.
Italie, années 1950-60 à Milan. La toute jeune institutrice Matilde Crescenzaghi est retrouvée battue à mort, nue, violée, scalpée dans sa salle de classe. Onze garçons adolescents en rupture sociale et marginalisés, pré-délinquants en puissance, sont de potentiels suspects. L’enquête s’annonce difficile pour le carabinier Duca Lamberti. Mais c’est sans compter sur son flair, sa grande sensibilité et sa détection des mensonges et faux-semblants. Car la réalité est bien pire qu’on ne l’imagine…
Voilà un polar sordide où la violence morale et psychologique atteint des sommets. La misère d’une certaine couche de la population italienne est passée au crible tout comme ses mœurs. Âmes sensibles, s’abstenir.
En effet, ces enfants du massacre ne sont pas des enfants de chœur, les adultes qui leur servent de parents non plus : « Bien qu’à lui, Duca, cela ne plaisait pas, même les criminels et les délinquants avaient des parents. D’une façon abstraite et métaphysique les parents sont toujours un peu coupables si leurs enfants sont des criminels. »
L’enquêteur s’enfonce dans les abysses de la psychologie adolescence. Ces derniers opposent en effet à ses interrogatoires un système de défense imparable : « C’est pas moi, c’est les autres. J’ai rien fait, ils m’ont obligé ». Une descente aux enfers entre culpabilité et innocence intimement mêlées. Convaincu en son âme et conscience que ces délinquants en puissance n’ont pas pu calibrer un tel meurtre tous seuls, Duca Lamberti cherche la main organisatrice de cette mise à mort théâtrale. Et n’hésite pas à user de syllogismes lors de l’interrogatoire de chaque adolescent pour les pousser dans leurs retranchements et les faire craquer : « Pour les gens ordinaires, tu es un pauvre gamin de treize ans, corrompu par les mauvaises fréquentations et par la société de consommation. Pour moi, tu es né délinquant, comme d’autres naissent blonds. »
Giorgio Scerbanenco frappe fort avec ce roman pourtant écrit en 1968 mais toujours criant d’actualité. Le personnage principal Duca Lamberti est atypique : radié de l’Ordre des médecins et condamné à trois ans de prison pour euthanasie après avoir cédé à la demande d’une patiente souffrant d’un cancer en phase terminale, il devient enquêteur pour la Questure de Milan. Une reconversion professionnelle et une prise de position morale sans doute très étonnante et controversée à l’époque de la sortie du roman dans une Italie conservatrice et profondément catholique.
La délinquance juvénile dénoncée dans Les Enfants du massacre ne s’est jamais tarie en Italie et la violence terrifiante qui s’inscrit en filigrane des chapitres est tout aussi présente à l’heure actuelle : « Pourtant, le nombre ne comptait pas dans un massacre, ce qui comptait c’étaient les modalités et l’esprit du massacre. »
Troisième opus de la série Duca Lamberti, il conviendrait de lire les deux autres romans : Vénus Privée et Tous des traîtres. Et également le quatrième, en guise de suite et d’apothéose finale : Les Milanais Tuent le Samedi. Tous republiés chez Gallmeister.
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