[2025] Des bouqu’1 sous le sap1 #04 : Le jeu du plus qu’un jour

Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours (ou presque) jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Ouvrez donc les pages jour après jour… Aujourd’hui, à nouveau, une sélection douce et sensible pour les plus minots d’entre nous.

Peut être parce que petit.e, on tentait d’emprisonner l’air des endroits aimés dans nos mains. De fermer nos paupières pour en/y capturer les lumières éphémères. Peut-être parce que plus grand.e, au moment de dire au revoir à la maison des grands parents chéris, on a voulu garder imprimé dans nos rétines l’interrupteur du salon, le carrelage en casson de la cuisine, les micros brûlures sur le parquet devant la cheminée. Ou le contact froid mais chaleureux du métal de la rampe de l’escalier du garage quand on les descendait « en rappel ». Peut-être parce que ce truc qu’on avait petit.e et qu’on a un peu conservé grand.e, on l’a retrouvé très ému.e dans ce nouvel album d’Audrey Poussier Le jeu du plus qu’un jour, paru chez l’indispensable et salutaire Ecole des Loisirs. Un truc que grand.e on ne dit plus, mais qu’on fait toujours un peu.

Pour les deux zouzous de l’histoire (cousin-cousine, frangin-frangine ?), c’est l’avant dernier jour chez pépé et mémé. Celui qui sent la fin. Le retour. Le départ. Celui où on a envie de profiter et d’emporter bien au chaud tout le bonheur des jours de l’été qui s’achève (si l’on en croit les shorts des enfants assis à même l’herbe).

Pour ne pas se laisser emporter par la vague à l’âme, par ce petit picotement de mélancolie qui brouille la voix à la fin des vacances (« plus qu’un jour et on s’en va »), les deux enfants ont mis en place un jeu (dont on devine qu’il est rituel à chaque départ, comme l’Accident du siècle, chez d’autres avant eux), le fameux « jeu du plus qu’un jour » qui donne son nom à l’album. Les règles (dont on devine qu’ils les ont eux-mêmes inventées) sont simples : passer en revue chaque pièce de la maison de pépé et mémé et y choisir ce qu’on préfère : le jouet, ça semblera évident, mais aussi la porte (c’est moins commun), l’assiette, la chaise, l’escalier, le verre, la chambre, la carafe ou une des photos accrochées au mur de l’escalier, sans oublier le garage ou le jardin.

L’album commence par la vue de la façade de la maison depuis le jardin, s’arrêtant un instant sur le détail de la fenêtre de la chambre verte reflétant les nuages orangés et sa gouttière, avant d’en dévoiler l’intérieur, d’abord quasi en coupe avec toutes les pièces aux couleurs vives à la peinture épaisse et profonde qui s’affichent ensemble. On y vagabonde du regard comme les deux enfants ont dû y gambader jours après jours, accrochant nos yeux aux détails qui s’y révèlent. Les pages suivantes proposant en cascades les plus petits objets choisis agrandis sur toute une page comme l’assiette où on met les fruits ou les vues en coupe des pièces et des recoins. La marche qui va dehors. La porte qui ouvre sur le garage. Offrant même parfois des détails précieux telle la façon qu’a la lumière de se glisser sous la petite chaise qui dit tout autant la vie qu’on a vécue ici.

S’engage alors un inventaire à la Prévert, et le dialogue des deux, qui prend les couleurs des chambres qu’ils ont choisies, la verte et la violette (celle du coffre à jouets). On s’y sent invité.es, nous aussi, à choisir, entre la perceuse et le marteau, l’arbre-vaisseau ou la la carafe aux petits triangles bleus, chaque évocation élue appelant aussitôt les souvenirs des lecteurs et lectrices à venir s’y agréger. Avec toujours des retours sur ces vues en coupe des pièces où l’on se surprend à chercher les objets choisis, non plus seulement connus, mais désormais reconnus. De cette lutte toute en petites merveilles pour échapper à l’effacement, on sort aussi ragaillardi.e que par la dégustation d’une madeleine moelleuse et dorée !

Et pour ne pas se laisser gagner par le (parfois douloureux) vertige du temps qui passe, du présent qui n’est déjà plus, du changement perpétuel sur lequel les enfants s’arrêtent le temps d’une page (« Tu sais, le jardin, l’année prochaine, il ne sera pas le même. Tout va pousser un peu. D’ailleurs nous non plus, on ne sera pas les mêmes. On change tout le temps. Tous les jours, toutes les heures (…). On a déjà changé depuis qu’on a commencé le jeu »), nous est offerte la joie pure du jeu qui reprend, de la potion géante, la dernière de l’été que les enfants décident de faire aussitôt, basculant à nouveau dans le plaisir d’être au présent. Avec même, la promesse d’un futur souhaité : « et on la cache pour l’année prochaine. »

Un album doux et sensible comme un bouquet de mimosa, celui-là même qui s’encadre sur la quatrième de couverture (et qu’on a pour le moment cherché sans succès dans les différentes pièces) qui pourrait sans peine mêler son parfum à celui du sapin sous lequel le glisser.

Définitivement -on emprunte la formule au nom du blog d’Elsa Gounod- un grand livre pour petites personnes.


Le jeu du plus qu’un jour d’Audrey Poussier aux éditions L’école des loisirs

ISBN : 9782211341868 – Paru la première fois en 2025 et dans cette collection le 20/08/2025 – Sur le site de l’Editeur


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