Pour la 11e année, le festival Autres Mesures revient explorer avec passion et générosité les territoires vastes et contrastés des musiques contemporaines. Du 15 janvier au 17 février 2026, cette onzième édition vous proposera une large sélection de ce qui se fait de plus émoustillant dans ce domaine musical, parfois intimidant, mais toujours passionnant pour celles et ceux qui se lanceront dans l’aventure. Fidèle à sa démarche originale, cette riche sélection investira une dizaine de lieux d’exposition rennais et sera, de plus, le plus souvent gratuite. Seconde partie de notre revue de détails gourmande de cette nouvelle édition.

À partir du 15 janvier 2026 et jusqu’au 17 févier, le festival Autres Mesures revient en force pour une onzième édition toujours aussi généreuse et nomade. On poursuit nos petites présentations de ce qui vous y attend avec la seconde salve qui débarquera mi-janvier. Des voix autour d’un feu de camp dans une chapelle, une guitare à double manche qui carillonne comme une volée de cloches et une cornemuse qui vous invite à la transe : préparez-vous pour vos prochains coups de cœur.
Dimanche 25 janvier : Stimmung de Karlheinz Stockausen @ La Chapelle du Conservatoire
Le dimanche 25 janvier, rendez-vous à la Chapelle du Conservatoire pour découvrir Stimmung, une création de cette œuvre du compositeur d’avant-garde Karlheinz Stockhausen par l’ensemble vocal Oxymore.
Voilà un compositeur de « musiques savantes » que les fans d’électro ou de rock connaissent tout autant, tant le musicien allemand a inspiré une jeunesse des sixties passionnées d’expérimentations et de « modernités » (de Kraftwerk aux musiciens de Can, de Jefferson Airplane ou du Grateful Dead dont il fut professeur notamment). Ayant d’abord fait sienne la musique sérielle ou l’utilisation d’instruments électroniques (notamment live) dans les années 50 et au début des années 60, Karlheinz Stockhausen va s’ouvrir à la spiritualité, notamment d’Extrême-Orient, entre 1968 et 1970 et ce mysticisme va alors profondément innerver sa musique et ses choix.
Karlheinz Stockhausen compose Stimmung durant les premiers mois de 68 dans le Connecticut alors qu’il y réside avec ses deux jeunes enfants et sa femme, la peintre Mary Bauermeister (à laquelle il dédicace la pièce). Il revient juste d’un voyage à Hawai et au Mexique où il a visité les temples aztèques et mayas avant un arrêt en Californie où le Flower Power bat son plein. En parallèle, la rencontre avec la musique de John Cage va amener le compositeur allemand à encore faire évoluer sa pratique de la composition.

Pour Stimmung, par exemple, grande latitude sera laissée aux interprètes. La pièce rassemble ainsi six chanteurs (une basse, deux ténors, une alto, deux sopranos), assis sur scène, en cercle dans la position du lotus, comme s’ils se trouvaient « autour d’un feu de camp ». Les musiciens doivent tenir de longs ostinatos sans vibrato, sur un accord de mi bémol neuvième. De ce chœur à six voix tout en jeux de souffles confinant à la méditation et reposant sur la micro-tonalité, émanent de nouvelles sonorités, de nouveaux timbres.
La pièce est divisée en 51 petites séquences avec des « modèles », auxquels s’ajoute une liste de onze « mots magiques » (des noms de divinités ou de personnages sacrés issus de diverses spiritualités -antique, aztèque, aborigène, chrétienne, musulmane…-) que les interprètes vont prononcer pendant l’interprétation de l’œuvre. Ajoutez à cela trois poèmes érotiques (en allemand) qui s’agrègent à l’ensemble en sprechgesang (parler-chanter).
Les mots magiques et les modèles se présentent sous la forme d’un jeu de cartes que chaque interprète pose devant lui. Il ou elle peut les tirer et les exécuter au hasard ou les assembler dans un ordre qu’il ou elle choisit. Chaque performance de la pièce est donc unique.
L’interprétation qu’en donnera l’ensemble vocal Oxymore dirigé par Eléanore Le Lamer devrait vous replonger dans l’état méditatif qui avait saisi les spectatrices et spectateurs le 9 décembre 1968 lors de sa création au GRM. L’œuvre y avait rencontré un succès immédiat. On gage qu’il en sera de même à la Chapelle du Conservatoire plus de cinquante ans après…
Création 2026 / En partenariat avec le CRR, les Tombées de la Nuit et le soutien de la DRAC Bretagne
Jeudi 29 janvier : Brìghde Chaimbeul et Megabasse @ l’Antipode
Quelques jours plus tard, on ne quittera pas la transe méditative puisque le festival Autres Mesures vous invite à l’Antipode pour découvrir deux étonnant.es musicien.nes, virtuoses de leurs instruments, pour le moins peu habituels le jeudi 29 janvier.

Vous pourrez tout d’abord découvrir Brìghde Chaimbeul et sa cornemuse (Scottish smallpipes) venues de l’île de Skye. Compositrice virtuose, la jeune femme propose une approche novatrice de la musique traditionnelle. Elle revisite en effet les répertoires folks traditionnels de son instrument (une petite cornemuse au son plus doux et plus rond, dont la poche gonflée d’air grâce à un soufflet actionné par le bras, alimente en même temps un ensemble de bourdons, et la mélodie qui en sort par une sorte de flûte) qu’ils soient bulgares ou écossais par exemple, mais surtout en sonde les résonances équivoques avec les états de transe propre aux musiques répétitives.
En concert particulièrement, Brìghde Chaimbeul aime plonger le public avec elle dans un temps suspendu, au milieu de légendes écossaises, perdu au coeur des sonorités des drones (les bourdons créés par sa cornemuse), dont les notes laissent progressivement échapper des harmonies inouïes. Par la répétition de motifs similaires, à la manière du minimalisme américain (Steve Reich, Terry Riley), Brìghde Chaimbeul tente de nous amener à cet état de transe, quasi d’hypnose, que provoquent ces longs développements quasi immobiles.
Après son premier album The Reeling (2019) enregistré live dans une église des Highlands, on ne s’étonne pas qu’elle ait collaboré avec Colin Stetson pour composer un second long format, Carry them with us paru en 2023, tant la parenté entre le saxophoniste avant-gardiste et Brìghde Chaimbeul dans leur travail sur le souffle continu et ses vibrations semble évident. Pour sa venue à l’Antipode, Brìghde Chaimbeul viendra présenter Sunwise, son troisième et dernier album en date (paru en juin dernier) : nul doute que sa performance devrait se révéler hypnotique de bout en bout.

Le même soir, Pierre Bujeau, aka Megabasse (on le connaît aussi en groupe dans Tanz mein Herz ou Omertà), se présentera sur la scène de l’Antipode avec sa guitare à double manche. Mais plutôt que de jouer les Steve Vai ou Jimmy Page (et on l’en remercie), le musicien nous fera découvrir cet étrange instrument sous un nouveau jour.
Si l’on en croit l’envoûtante écoute de Flamenca, sa dernière parution discographique en 2025 sur Efficient Space, sa double guitare sonne parfois quasi comme un carillon, créant une sorte de drone modal flottant, tout en amplitude. Les notes résonnent, toutes en réverbération, pour un résultat entre ambient lumineux et minimalisme des plus réussis. Sur disque, le garçon nous a cueilli.es. On gage que sa musique devrait encore davantage nous emporter en live.
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