Les Cramps. Pour l’amour d’Ivy !

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C’est l’histoire d’un livre maudit qui va nous plonger aux tréfonds des racines du Rock’And Roll tout en narrant l’une des plus romanesques histoires d’amour que le Rock puisse conter. Car que sont les finalement les Cramps ? Scientifiquement parlant, ce serait les fameuses douleurs abdominales caractéristiques de l’arrivée des menstrues. Plus prosaïquement, ce serait un génial groupe de Rock’And Roll qui émergea à l’aube du punk New-yorkais pour proposer sa propre version d’un Rockabilly totalement oublié.

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Mais plus poétiquement, les Cramps sont une formidable histoire d’amour entre 2 Freaks, Erik Lee Purkhisher futur Lux Interior et Kristy Wallace future Poison Ivy Rorscharh. Le couple originaire D’Akron se rencontre à Los Angeles. Rapidement ils se découvrent une passion commune pour le Rockabilly et le Garage Sixties et pour tout un sous-pan de la culture américaine que l’on ne nomme pas encore la Trash Culture. Ceci englobe, les films de séries Z, les Comics à 2 cents, les serials Killer et de façon plus globale, tout ce dont l’Amérique se débarrasse après 5 minutes d’utilisation.

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Le couple rejoint New-York en 1975. Ils vont rapidement établir des connexions avec les clubs qui vont servir de tremplins à la future scène Punk (CBGB, Max Kansas City, etc.). Ils vont en toute logique monter leur propre groupe, le Punk a prouvé que tout le monde pouvait le faire. Dès le début, les Cramps vont développer une personnalité propre dont ils ne dévieront jamais. Lux, s’occupe du beuglement, tandis qu’Ivy, fan de Link Wray, Bo Diddley et de Duane Eddy s’empare de la 6 cordes. Un second guitariste viendra recouvrir l’ensemble de nappes de Fuzz échappées des disques des Seeds ou des Shadows Of Knights. La rythmique sera tenue pour les 14 ans à venir par Nick Knox un discret et taciturne batteur.

Le premier single du groupe « Surfin’ Bird » est produit par Alex Chilton (ex-Box Tops, ex-Big Star) alors au creux de la vague. Coup d’essai, coup de maitre. Les Cramps ont tapé juste. Ce morceau mi-surf mi-garage des Trashmen lui même copié/collé de 2 titres de Doo Wop des Rivingstons (« Bird Is A Word », « Papa-Oom-Mow-Mow ») est d’une fureur difficilement égalable. Les Ramones vexés de ne pas l’avoir trouvé avant, le caseront sur leur 3ème LP « Rocket To Russia ». Les Trashmen peuvent désormais dormir tranquille, grâce aux Cramps ils resteront pour la postérité. En 1979, ils signent chez IRS, le label de Miles Copeland, le frère du batteur du groupe policé, The Police. Toujours sous la houlette d’Alex Chilton, ils enregistrent à Memphis, leur 1er LP « Songs The Lord Taught Us ». Ce classique est composé pour une bonne moitié de reprises dont « Strychnine » des Sonics, « Tear It Up » du Trio Burnette, et surtout Fever, ce classique que l’on n’aurait pas forcément vu chez les Cramps qui aiment les choses plus confidentielles. Sur la pochette, ils posent en noir, comme échappés d’un de ces films d’horreur que le couple Interior/ Rorscharh affectionne tant. D’ailleurs, s’il avait eu 2 boulons au niveau des tempes, Lux aurait fait un très honorable Frankenstein.

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Au lendemain de la sortie de l’album, Bryan Gregory décide de prendre le large. Lux et Ivy le prennent très mal et ils le dénigreront, interview après interview, tout au long de leur carrière. On ne quitte pas le navire Cramps impunément. Le titre phare de l’album est Garbageman, une profession de foi. Ils se démarquent du camp Punk et se proclament roi et reine du recyclage. Ils piochent dans les poubelles de l’Amérique pour en proposer une version neuve, Crampsienne. Car les Cramps ne sont pas un groupe passéiste, ni un groupe de revival Rockabilly. S’ils ont jeté les bases du Psychobilly, ils se sont vite démarqué de cette scène dont l’unique crédo est de jouer le plus vite possible. Eux ils ont plus d’âme, même si elle a été vendu au diable. Ce sont des passeurs. Ils apportent enfin un éclairage sur des grands oubliés du Rock’And Roll. Hormis ceux déjà cités, ils vont permettre de redécouvrir des fous géniaux comme, Charlie Feathers, le Count Five ou le cinglé d’Hasil Adkins, dont la reprise du « She Said » frôle l’excellence.

Après un deuxième album dans la lignée du 1er, les Cramps amorcent un nouveau virage en 86 avec « A Date With Elvis ». Sur la pochette de l’album, Ivy apparaît seule en tenue de Pin-up, version diablotine, corne et trident inclus. Le discours devient plus ouvertement sexuel. L’époque fait que l’on ne s’encombre plus des métaphores d’antan. Les Cramps vont s’y engouffrer corps et âme. Cela va donner une série de titres, plus drôles les uns que les autres : « What’s Inside A Girl ? » « Can Your Pussy Do The Dog ? » « Kizmias » (Kiss My Ass, CQFD). S’ils revendiquent ouvertement le coté sexuel du Rock’And Roll, ils ne se vautreront jamais dans une grivoiserie de bas étage, toujours à la limite, sur le fil du rasoir.

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Sur le LP suivant, « Stay Sick », on retrouve Ivy, en tigresse, de dos, juste vêtue d’un string. La pochette est une nouvelle fois, signée Lux Interior. Ce sera aussi le dernier avec l’inamovible Nick Knox. Empêtré dans de lourds problèmes d’alcool et usé par les tournées, il sera débarqué de force. Cet album est considéré comme l’apogée du groupe. Le suivant « Look Mom, No Head! » dont le titre est un clin d’oeil à l’expression enfantine, « Regarde maman, sans les mains ! ». Le disque est plus garage que les précédents et légèrement moins bon, à cause départ de leur batteur. Les 3 derniers albums (Flamejob, Big Beat From Badsville et Friends Of Dope Island) suivront la même lignée : du Rockabilly à la mode Garage avec son lot de pépites exhumées du passé. Durant les années 90, le groupe connaitra des problèmes incessants de lineup ce qui les contraindra à réduire leurs rythmes de tournées. Puis le groupe sera définitivement dissous après la mort soudaine de Lux Interior 2 jours après la sortie du livre d’Alain Feydri, le 4 février 2009.

Parler d’un groupe comme les Cramps, n’est pas chose aisée. Il fallait qu’un érudit du Rock s’y colle, et Alain Feydri était sans nul doute, l’homme de la situation. Celui qui oeuvre principalement pour la presse de l’ombre (Nineteen, Dig It, Abus Dangeureux) avait toutes les qualités pour nous raconter cette histoire et surtout pour délier le fil de toutes les merveilles dans lesquelles ont puisé les Cramps. Car ce livre, c’est l’histoire de tous ces musiciens oubliés, de ces films de séries Z, de ces réalisateurs undergrounds et de la totalité de ce qui est décrié par l’historiographie officielle. Ce livre est presque un dictionnaire, mais comme je le dis souvent, on a les défauts de ses qualités. L’écriture est dense, peut être même un peu trop ? Il ne faut pas rater une ligne au risque de perdre le fil de cette riche histoire. Mais pour les Cramps, en aurait-il pu être autrement ?

Le livre est sorti initialement chez le petit éditeur Montpelliérain, Julie Production chez qui Alain Feydri a publié ses 3 livres : Le Cramps, les « Kinks, une histoire anglaise » et « Flamin’ Grovies le feu sacré ». Le livre était épuisé, mais l’éditeur Camion Blanc vient juste de le rééditer dans les règles de l’art. Une bonne nouvelle pour un ouvrage hautement recommandable. A mettre dans toutes les mains donc.

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Ceux qui voudront approfondir vont avoir du pain sur la planche. Les Cramps n’ayant pas sorti de mauvais album, on conseillera donc de les aborder par ordre chronologique. Pour s’immerger dans leurs racines, on pourra se contenter de l’excellente compilation Rockin Bones: 1950s Punk & Rockabilly parue chez Rhino Records. Les plus fanatiques pourront essayer de dénicher les 3 volumes de « Songs The Cramps Taught Us » qui compilent l’ensemble des morceaux recyclés par les Cramps. Au niveau cinéma, la tâche est plus ardue et nécessiterait presque un article à elle seule. Conseillons juste 2 films, « Faster, Pussycat! Kill! Kill! » de Russ Meyer et « Cry Baby » de John Waters, pour qui les Cramps avaient signé 3 titres non retenus pour la bande son. Avec tout ça vous allez pouvoir largement combler les longues soirées d’hiver à venir. That’s All Folks !

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Les Cramps, pour l’amour d’Ivy ! Alain Feydri aux éditions Camion Blanc : ISBN 9782357791947
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Liens

http://julieprod.chez-alice.fr/
http://www.camionblanc.com/

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