Biennale Daunat : fini de rire ?

Tout doit disparaître

De l’art « poulet-mayo ». C’est ainsi que certains le désignent, depuis qu’un fabricant de sandwichs cent fois millionnaire distribue de l’avant-garde artistique à des Rennais qui ne lui ont rien fait. Cet homme discret – c’est ce qu’on dit de lui dans toutes les gazettes où il va se faire tirer le portrait – est Bruno Caron, patron du groupe Norac qui produit les sandwichs Daunat, les crêpes Wahoo! et tout le smic nutritif des fringales autoroutières.

Alors que « sa » troisième biennale d’art contemporain s’apprête à dresser le bilan d’une édition en forme de naufrage, Alter1fo revient sur ce cocktail étrange de junk-food et d’art conceptuel et sur son truculent initiateur.

Caron_Ouest FranceBruno Caron, au siège du groupe alimentaire Norac, à Rennes (c) Ouest-France

 

UN « OBJET DE PARADE POUR LA JET-SET » ?

Qu’est-ce qui peut bien mener du salami à l’art contemporain? Il y a d’abord que l’agroalimentaire, c’est très bien pour s’enrichir mais ça ne sauve pas de l’ennui : « Parler affaires, c’est ennuyeux et répétitif  » confirme Bruno Caron (1). S’ajoute à cela un lancinant problème de décoration intérieure, qu’il expose avec candeur aux lecteurs compatissants du magazine de Rennes Métropole : « Ce n’était évidemment plus possible [d’accrocher des posters aux murs de] mon nouvel appartement, avec ses si belles boiseries et son parquet de Versailles non moins magnifique  » (2). Notre marchand de jambons-beurre entame donc, dans les années 90, une collection d’art contemporain. « Si je l’avais découvert aujourd’hui, je ne m’y serais peut-être pas intéressé : c’est devenu un objet de parade pour la jet-set », affirme-t-il sans rire au Monde (1).

Siège NORAC

Siège du groupe NORAC et de l’association Art-NORAC,
place Hoche à Rennes (c) Google

Cela ne le dissuade heureusement pas de se lancer dans le mécénat en fondant en 2005 l’association Art-Norac (Caron à l’envers) qui, depuis 2008, organise la biennale d’art contemporain de Rennes (3). Une générosité motivée par l’amour de l’art, on n’en doute pas ; relevons tout de même quelques avantages secondaires de cette démarche follement philanthropique.

 

BRUNO CARON : GENTIL, MAIS PAS CON

Bruno Caron, d’abord, est un investisseur avisé : le million qu’il donne de la main gauche, il en reprend la plus grande partie de la main droite. La très opportune loi de 2003 sur le mécénat lui permet en effet de récupérer 60 % de sa mise sous la forme d’un crédit d’impôt (4).

Bruno Caron est également un manager, bien conscient qu’un projet de mécénat est toujours un levier utile pour « fédérer une équipe », comme on dit dans les RH. Les 3000 salariés du groupe ont ainsi la grande joie de recevoir régulièrement, avec leur fiche de paie, des livrets d’initiation à l’art contemporain et des bulletins d’inscription à des concours internes qui leur permettent « de [se mobiliser] pour porter haut les couleurs de leur site et de leur entreprise  » (5).

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Salariés du site guingampais de Daunat en débrayage, 16/05/11.
(c) Le Télégramme

Il en est beaucoup, hélas, que ces pitreries n’arrivent pas à distraire du chiffre en bas à droite de leur bulletin de salaire, cause de conflits sociaux récurrents chez Daunat (6). Ainsi cette jeune femme, qui déclarait l’an dernier au Télégramme : « La prime d’ancienneté de 5 % a été fondue dans le salaire de base. Comme la prime de froid. On paie aussi notre demi-heure de pause. (…) La moyenne des salaires, c’est 1 100 à 1 200 €  » (7). Son collègue d’ajouter : « On est maintenant à 9,58 € brut de l’heure. (…) On n’a aucune reconnaissance de toute façon. Qu’on ait trois ans ou quinze ans de boîte, c’est pareil  » (8).

Une petite minorité d’employés (9) a heureusement su se préserver de ce mauvais esprit contestataire et s’investit de bon cœur dans les activités artistiques proposées par l’entreprise. Au risque d’y perdre un peu de leur dignité : en témoigne cette vidéo fabuleuse où l’on en voit certains planter des pains de Lodève dans un potager, construire une carte de France avec des sandwichs club ou se faire photographier le nez dans une baguette… (10)

 

Pendant ce temps, Bruno Caron s’offre une campagne de promotion personnelle autrement plus gratifiante en se voyant consacrer des articles pour le moins complaisants, avec sa trombine en prime, dans de nombreux titres de la presse locale et nationale (11). On imagine combien ce doit être désagréable pour un homme si « discret », selon l’indéfectible poncif journalistique qui s’exerce à son endroit…

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« Bruno Caron, Les particules alimentaires », Kostar oct.-nov. 2012

 

ÉLUS DOCILES, PUBLIC CLAIRSEMÉ : DES SUBVENTIONS POUR UN BOUILLON

On imagine plus difficilement, en revanche, comment des élus locaux en sont venus à penser qu’il serait judicieux d’abonder en deniers publics une initiative privée aux intérêts si transparents. Car quand Bruno Caron met la main à la poche, le contribuable est prié d’y mettre le bras : d’abord, on l’a vu, sous la forme d’un manque à gagner fiscal. Mais encore sous la forme de subventions, à hauteur de 807 000 euros (12), versées principalement par la ville de Rennes et Rennes Métropole.

À quel titre? Le maire de Rennes Daniel Delaveau, dans son éditorial du programme de la biennale, assure que « ce projet (…) entre en résonance avec la capacité à défricher, à inventer, à innover dans laquelle Rennes Métropole enracine son dynamisme » ; bref, qu’il « contribue à rendre notre territoire attractif ». « Attractivité », « rayonnement » : les nouveaux sésames d’un pouvoir socialiste depuis longtemps acquis aux recettes éculées du marketing territorial. Tout est bon pour aguicher l’investisseur, dont les devises sont supposées fondre sur la ville contre quelques gages de bonne volonté : un quartier d’affaires, un centre des congrès, une biennale.

Neway
Prairies en voie de désertification au « New Way Mabilais »…

Ce racolage humiliant du chaland fortuné, pour être particulièrement tape-à-l’oeil, n’en est pas moins totalement raté. Si l’édition 2008 avait suscité une certaine curiosité, la couverture presse n’a, depuis, cessé de s’étioler ; tandis que la fréquentation de cette dernière édition devrait, selon toute évidence, rester largement sous le seuil de la honte. L’objectif annoncé était de dépasser les 50 000 entrées réalisées en 2010 : à peine plus de 10.000 visiteurs s’étaient montrés au début du mois de Novembre selon le Mensuel de Rennes (13), qui compare justement la performance aux presque 7000 visiteurs enregistrés au FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain) les 3 jours suivant son inauguration en juillet dernier. L’administration de la biennale ne communique plus sur la fréquentation et n’a pas souhaité nous en donner les chiffres ; il est très improbable, au vu des allées désertes des différents lieux d’exposition, qu’elle ait redressé la barre depuis.

 

LES PATRONS : DES ARTISTES COMME LES AUTRES ?

Les raisons de cette échec ? Elles sont multiples sans doute, mais il est certain que le cahier des charges thématique fixé par Bruno Caron est un véritable boulet : la biennale se voit en effet assigner la mission d’ « explorer les relations entre l’art et l’entreprise » (13). Son constat de départ est le suivant : « l’entreprise souffre actuellement d’une image globalement dégradée. Les patrons n’ont (…) pas bonne presse et l’entreprise devient un « vilain mot «  (8). Elle est « souvent perçue comme un lieu de difficultés, de déceptions, voire d’exploitation » (14).

Tout cela fait beaucoup de peine à notre homme d’affaires au grand cœur, qui n’établit cependant aucun lien de cause à effet entre ce désamour tragique et le niveau de rémunération de ses employés. C’est d’autant plus étonnant qu’il s’avère par ailleurs capable des rapprochements les plus virtuoses :

« L’entreprise est un univers où l’on crée et où, via le produit, on rencontre le public. Une certaine analogie est donc possible avec l’art contemporain et son processus de création car l’art contemporain est l’expression des artistes de notre époque, qui proposent d’autres manières de voir le monde. L’entreprise essaie également d’inventer un nouveau monde  » (8).

Usine Châlons
Salariés inventant un nouveau monde sur une ligne de production
à l’usine Daunat
de Chalon-sur-Saône (c) www.lequotidienlesmarches.fr

Bref, les patrons sont des artistes comme les autres. Il fallait y penser. Ne restait plus qu’à trouver un commissaire d’exposition pour servir cette soupe là : c’est ici qu’intervient l’inénarrable Anne Bonnin.

 

LA MYSTÉRIEUSE AFFAIRE DE LA COMMISSAIRE BONNIN

Anne Bonnin a remporté le commissariat d’exposition de cette biennale et de la prochaine à l’issue d’un concours organisé par Art-Norac. Elle est « l’une des commissaires d’exposition les plus douées de sa génération » , lit-on dans le Monde (16). Le quotidien national de référence sait sûrement de quoi il parle, même si le compliment paraît quelque peu prématuré du fait que l’intéressée n’a dirigé que deux autres expositions : l’une en 2009 pour l’école municipale des Beaux-arts de Gennevilliers ; l’autre la même année, pour la fondation d’entreprise Ricard.

Anne Bonnin est donc la principale responsable de cette chose qui, pendant deux mois, a été plus visible sur les murs de Rennes qu’un portrait de Kim Jong-il dans les rues de Pyongyang :

Prairies large
Affiche officielle de la biennale (c) Les Ateliers de Rennes

Au-delà du parti-pris graphique – appétissant comme le céleri-rémoulade d’une cantine d’entreprise -, l’intitulé intrigue. Pourquoi « Les prairies  » ? Le lecteur nous pardonnera de l’abandonner à la nébuleuse et délirante explication de la commissaire elle-même ; il y est question d’une sombre histoire de cowboys et d’indiens.

 

Pour être abscons, cet extrait a le mérite de révéler l’intérêt principal de cette biennale, qui réside dans le potentiel comique de la plume et du verbe d’Anne Bonnin (et de ses acolytes). Car pour le reste, l’essentiel des œuvres présentées laisse le visiteur dans une perplexité muette ou moqueuse, selon sa capacité à se laisser intimider par l’attirail muséographique et la police culturelle présente en force sur les lieux. Loin d’être désertes comme il semble au premier abord, les ailes du NewWay-Mabilais sont en effet hantées par le pas lent des médiateurs, que la vue d’un visiteur ou l’audition d’un commentaire sarcastique fait sortir de leur torpeur ; ils surgissent alors de nulle part pour couper court au sarcasme et servir, non sans une certaine gêne, l’indispensable laïus conceptuel duquel l’œuvre n’est la plupart du temps que le prétexte.

Mais qu’on se rassure : la visite prend un tour bien moins sinistre dès lors qu’on est pourvu du guide gratuit de l’exposition, en grande partie rédigé par sa commissaire ; et l’on promet alors au visiteur quelques fous-rires fameux, au moment de confronter une œuvre famélique au lyrisme débridé de son commentaire. Qu’on nous permette d’en livrer ci-dessous un petit florilège:

 

BALLADE AU TRAVERS DES PRAIRIES DÉSOLÉES

Scott_Poupées

Différentes œuvres de Judith Scott (1943-2005). Artiste « dont on ne peut certifier les intentions esthétiques ni la volonté symbolique » (Guide de l’exposition, p.65). Et pour cause : cette femme atteinte de trisomie 21, sourde et muette par-dessus le marché, vivait en institution où elle avait développé la manie d’enrober de multiples couches de tissus des objets souvent dérobés à ses co-pensionnaires.

 

Camnitzer_ligne droite1

Luis Camnitzer, The Parallel Lines, 1976. « La ligne droite (…) a donc un écho tout particulier chez un artiste longtemps exilé forcé aux Etats-Unis, et très concerné par la situation des dictatures sud-américaines  » (Guide de l’exposition, p.40).

Camnitzer_ligne droite2

(Gros plan du précédent) Un examen attentif suggère qu’au-delà des dictatures sud-américaines, les benzodiazépines restent une source d’inspiration majeure.

 

Astali Peirce_Surface Value

Tolia Astali & Dylan Peirce, Surface Value, 2012. « Ces fragments mnémoniques évoquent une atmosphère de conspiration désuète : le monde communiste » . (Guide de l’exposition, p. 35)

 

Benitez_Papier

Jesus Alberto Benitez, Sans titre, 2012. Un artiste « très influencé par la musique, et notamment par le Death Metal et l’électroacoustique expérimentale « . (Guide de l’exposition, p. 37)

 

Poisson_Courge

Michael E. Smith, Untitled, 2012. L’objet fixé au mur est une courge. « En dépit de son économie de moyens, l’effet dramatique est certain. (…) La tragédie et l’anxiété apocalyptiques semblent bien trop âpres pour ne pas porter en elles leur propre catharsis, nécessaire  » (Guide de l’exposition, p. 68)

 

On laissera le mot de la fin à la commissaire, qui dans la conclusion de son éditorial a cette phrase magnifique : « Les Prairies invitent à une traversée paradoxale de la platitude, des platitudes  » (17).

C’était donc ça.

 

 

 

____________________________________

 

sandwich daunat

Daunat, baguette de campagne poulet-crudités, 2012. « Un sandwich à l’accent authentique qui allie des pains goûteux à des ingrédients simples et de qualité » (www.Daunat.com)

 

 

Notes:

(1) Le Monde, 30/01/08.

(2) Rennes Métropole magazine oct. 2012

(3) La seconde biennale d’initiative privée en France et non la première, comme le clame un peu partout Bruno Caron. Les casinos Partouche ont en effet fondé la leur au Havre en 2006. http://artslehavre.com/HTML/PRESENTATION.html (prélevé le 26/11/12)

(4) Loi n°2003-721 du 1 août 2003 – art. 40 JORF 5 août 2003. Modifie l’article 238 bis du Code général des impôts. Cette réduction d’impôt s’effectue dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires mais le groupe Norac, avec ses 500 millions de C.A., est loin d’atteindre ce plafond.

(5) http://www.daunat.com/actualites-rh , mis en ligne le 15/06/12

(6) Dernièrement: grève en Juin 2010 sur le site de Morangis en région parisienne, plusieurs débrayages sur celui de Saint-Agathon près de Guingamp en Mai 2011, dans les deux cas pour des questions de salaires.

(7) « Guingamp: colère des salariés de Daunat », Le Télégramme, 17/05/11.

(8) « Débrayage des salariés de Daunat », Ouest-France, 17/05/11.

(9) « Regards croisés sur le mécénat » sur le site Eland’arts. http://www.elandarts.com/regards-croises-sur-le-mecenat-i31.html . Prélevé le 25/11/12. (Selon Bruno Caron, 10% des employés du groupe NORAC auraient « manifesté » un intérêt pour sa démarche. On ignore sur quoi se fonde cette affirmation).

(10) Notons que passer pour un idiot devant une caméra semble être une véritable tradition chez Daunat. Voir ce lipdub : http://videos.letelegramme.com/player.php?sig=iLyROoafJG7P

(11) Le Point 1/03/2007, Les Echos 17/10/2007, Le Monde 30/01/08, Ouest-France 13/05/08, Challenges 22/05/08, Le Figaro 23/05/08, La Croix 24/06/08, Challenges 08/09/11, Kostar Oct.-Nov./12, Rennes Métropole magazine oct. 2012… liste non-exhaustive.

(12) Communication Art Norac

(13) http://www.lesateliersderennes.fr/les-ateliers-de-rennes

(14) « Bruno Caron, les particules alimentaires », Kostar n°32, oct.-nov. 2012

(16) « 3 questions à Anne Bonnin », Le Monde, 06/10/12

(17) Guide de l’exposition, p.13

 

Illustration de Une : affiche officielle détournée par LnPear

17 commentaires sur “Biennale Daunat : fini de rire ?

  1. pareto

    et bien bravo pour cet engagement sans concessions…et je ne peux que souscrire à votre regard et votre analyse.
    entre le fiasco vivacités et le fiasco des prairies mais y a-t-il un capitaine dans le navire rennais ?

  2. Albani

    Je déplore cette méchanceté gratuite sur un art qui ne peut être compris par tous. Nos goûts en matière d’art nous sont propres et ne peuvent être discutés. L’auteur de cet article est-il critique d’art ? je ne penses pas !
    Quand à ce moqué de l’handicap d’un artiste je trouve juste cela déplorable et gratuit. Où est le respect d’autrui ? Le respect de l’art ? Le respect du métier de chacun ?
    La désobligeance envers l’équipe de la biennal et des salariées du groupe Daunat me fait mal à voir. Ce sont tous des personnes qui ne méritent pas cette insulte gratuite.
    L’auteur n’a-t-il jamais mangé de sandwich ou même de nourriture de fast food, n’a-t-il jamais vue d’art de sa vie ? Tous ses salariés on besoin de se travail et lire de tel article ne peut être acceptable.

    On ne peut plaire à tous et ce genre de critique n’est en aucun cas constructive. Quant à déplorer l’attitude d’une chef d’entreprise pourquoi attaquer les salariés ?

    Je ne peux adhérer à ces propos qui n’ont aucun fondement à mon sens.

  3. Cora

    Pour reprendre des propos :

    Différentes œuvres de Judith Scott (1943-2005). Artiste « dont on ne peut certifier les intentions esthétiques ni la volonté symbolique » (Guide de l’exposition, p.65). Et pour cause : cette femme atteinte de trisomie 21, sourde et muette par-dessus le marché, vivait en institution où elle avait développé la manie d’enrober de multiples couches de tissus des objets souvent dérobés à ses co-pensionnaires.

    Sourde et muette par dessus le marché !!!! Mais quel honte de dire des choses pareil. Se moquer du handicap est atroce.
    Je ne tolère pas du tout ce langage et venant d’un journaliste je trouve cela honteux. Qui est-il pour se moquer ainsi. Qui a pu autoriser un tel manque de respect et un langage pareil. Je comprend pas ce journal et ce journaliste.

    Quelle cruauté.

  4. gaelt

    @pareto : merci.

    @Albani : Dieu préserve  » l’auteur de cet article » d’être jamais critique d’art. Si c’est l’opinion d’un commentateur professionnel que vous recherchez, vous vous tournerez utilement vers l’article de Julie Portier intitulé « Biennale de Rennes : finissons-en avec le modernisme » dans le numéro 217 du Quotidien des Arts et dont voici un extrait : « Le parcours [du New Way Mabilais] n’est construit que sur des critères formels, n’articulant pas d’autre discours, et empêchant tout dialogue entre les oeuvres, prises dans un décor ton sur ton. L’usage du béton et de la rouille dans un bâtiment de béton et de rouille finit par friser, au détriment des artistes, un maniérisme de la pauvreté. Pire, l’absence de confrontation avec le lieu confine, par cette adhésion trop fervente au site, à un fétichisme ennuyeux des débris du modernisme : une passion très française. Ceux qui n’ont pas renoncé à penser la place de l’art dans la vie seront très mal à l’aise devant le spectacle des ouvriers s’affairant dans un décor similaire, de l’autre côté des baies vitrées, ce qui apparaît comme rien d’autre qu’une barrière sociale. »
    Quant aux assertions selon lesquelles cet article serait désobligeant envers les salariés du groupe Daunat, on ne peut y répondre qu’en invitant à une relecture plus attentive : il s’agissait au contraire de montrer que si quelqu’un se moque d’eux -et de nous-, c’est bien leur patron.

    @Cora : je vous assure qu’elle était sourde et muette par-dessus le marché. C’est un fait, et je ne crois pas que quelqu’un ici le lui reproche. Si c’est s’en moquer que de le dire, le lecteur voudra bien corriger de lui-même et lire : « non-entendante » et « non-parlante ».

    ____________________

    À défaut de pouvoir, par manque de temps, leur répondre, on invitera d’éventuels futurs commentateurs à prendre cet article anodin avec la même légèreté qui a présidé à son écriture, en considérant que ces prairies paraîtraient bien tristes sans une petite bande de coyotes rigolards.

  5. Madame Saucisse

    Albani, je sais pas si tu es une blague ou si tu es sérieux.

    Mais Albani, je ne te dirai qu’une chose : Chapeau !

  6. Jean-LuK

    Gaelt, soit, vous avez exagéré avec Judith Scott, quelle soit sourde et muette importe peu, par contre ses créations valent avant tout par les sommes folles que certains acceptent d’y mettre.

    Pour le reste, je vous trouve bien réservée et très gentille ! C’est de la merde en général et quand on constate le peu de place fait à l’art non contemporain à Rennes, c’est à dire l’art de plus de quelques dizaines d’années ainsi que tout l’art actuel à qui l’ont ne concède pas le qualificatif élogieux de contemporain, et l’immense place fait à cedit art contemporain, il y a de quoi s’interroger.

    J’ai publié quelques images sur Twitter, des comparaisons, que vous pouvez allégrement intégrer à votre article si cela vous chante.
    https://pbs.twimg.com/media/A7VlQd7CAAA0sks.jpg:largehttps://pbs.twimg.com/media/A7VlXaFCQAEhKOO.jpg:large et https://pbs.twimg.com/media/A7VllqNCAAAfDvI.jpg:large
    Quand je compare le machin de Jesus Alberto Benitez et le tableau de Le Nain, j’ai presque envie de pleurer, si ce n’est que l’on va bien s’amuser le jour où l’on pourra dire que le roi est nu.

    Je vois que vous vous intéressez aux peintures murales, à ces vilains tagueurs. Vous avez raison, leurs productions valent souvent bien mieux que ce que l’on abrite à grands frais dans des bâtiments dispendieux.

  7. David

    Eh bien moi je dis BRAVO! à Gaelt pour cet excellent article et merci à Alter1fo pour la diffusion… Les vrais extraits d’interviews et les commentaires qui accompagnent ces « oeuvres » sont dignes des faux-reportages du Groland… C’est à se pisser dessus 🙂
    Je vais très régulièrement voir des expos, principalement à Paris, et je ne me permettrais pas de dire « ça c’est bien et ça c’est nul », mais il faut quand même savoir que le marché de l’Art, comme beaucoup d’autres, est hautement spéculatif, et donc complètement pourri par des enjeux qui n’ont rien à voir avec le travail artistique. Il est à l’image de notre époque, vendu au Roi pognon…
    Quant au mépris du salarié ou du handicapé, il n’est pas là où l’on croit…
    Bravo Alter1fo et Gaelt, je relirai ce genre d’article avec grand plaisir.

  8. Piplette

    Merci pour cet article fort bien écrit et bien documenté. l’art contemporain ou l’art de broder autour du vide..Merci!

  9. Louis

    Au passage, une réaction de Norac comme ON les aime face à l’édition de fausses invitations…
    http://www.imagup.com/data/1169120225.html

    « Précieux AU sésame »

  10. Léon

    MERCI ! Cet article est parfait.

  11. ginette

    oui c’est sur que des peintures murales croûteuses avec des lutins et des elfes c’est beaucoup plus intéressant…
    si seulement y avait une opinion politique construite derrière ce texte car oui il y a des choses à dire et à critiquer mais là c’est juste un ramassis d’idées reçues et de spéculations

  12. LN

    @Ginette « c’est juste un ramassis d’idées reçues et de spéculations » Je me permets de vous renvoyer aux notes « de bas de page » qui prouvent que cet article pleinement argumenté et documenté est le fruit d’un travail fouillé. Si vous n’y voyez qu’une énième critique gratuite de l’art contemporain en général, prenez le temps de le relire et d’aller jeter un oeil aux références que l’auteur s’est donné la peine d’énumérer à la fin de son papier. Là n’est clairement pas son propos.

  13. alex

    « Rennes Métropole valorise vos déchets »
    slogan municipal, panneau à l’angle de l’avenue Charles Tillon et de l’avenue du Bois Labbé.

  14. Bruno

    Au mieux, cet article serait drôle. Mais comme le dit Léon, dans son commentaire du 3 décembre « MERCI ! Cet article est parfait ». Bref, personne n’échappe à la complaisance dénoncée dans l’article. Cet article est donc de l’art. Et si on suit le précepte de son auteur, il est donc une merde à exposer parmi les autres à la prochaine Biennale. L’alter-mondialiste est donc bien un artriste : le monde est sa

  15. Bruno

    Au mieux, cet article serait drôle. Mais comme le dit Léon, dans son commentaire du 3 décembre « MERCI ! Cet article est parfait ». Bref, personne n’échappe à la complaisance dénoncée dans l’article. Cet article est donc de l’art. Et si on suit le précepte de son auteur, il est donc une merde à exposer parmi les autres à la prochaine Biennale. L’alter-mondialiste est donc bien un artiste : le monde est sauvé !
    Désolé pour la double publication, le commentaire est parti trop vite. Ça donnera à l’auteur de « l’article », l’occasion de réagir deux fois pour tenter de se justifier. Quel artiste !

  16. Wilemo

    Excellent article ! Il ne dénonce pas l’art, mais la fatuité et la sacralisation.

  17. Froufrou

    Pour Albani….
    Essayez au moins de faire un commentaire sans faute d’othographe, cela sera plus « lisible » et pour parler du fond des propos….savez-vous lire ?
    Je vous conseille de relire l’entièreté de l’article afin de bien comprendre (peut être est-ce impossible) la nature du texte. A moins que « Albani » n’existe même pas et se trouve être une fausse personne « du peuple », outrée que l’on dise du mal de la démarche Biennale sans même prendre le soin de lire ou de comprendre les reproches imputés à celle -ci. Votre commentaire est tellement à côté de la plaque…
    Mais je ne pense pas que vous le compreniez, mais si c’est le cas, « Albani »….c’est « gerbissime ».

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