Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Aujourd’hui, on vous cause du destin des frères Abalakov narré par Cédric Gras.

Rennais que nous sommes, habitués aux terrasses de café et à la mer à moins d’une heure de route, nous n’avons jamais éprouvé la moindre appétence pour l’alpinisme, et encore moins pour Staline, qu’on se le dise ! Pourtant, difficile de se détacher des pages des Alpinistes de Staline, l’ouvrage de Cédric Gras paru il y a quelques années déjà. On est passé à côté, allez savoir pourquoi, mais mieux vaut tard que jamais.
Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas d’un roman, mais bien d’un récit historique, dense, consacré à deux sibériens, les frères Evgueni et Vitali Abalakov, dont les exploits ont marqué les années 1930. Ils ont réussi à dompter les vertigineux sommets baptisés dont le pic Staline (pic Ismail Samani) tout en inventant des techniques d’alpinisme dont certaines demeurent encore en usage aujourd’hui. Il faut comprendre qu’à cette époque, on gravissait les sommets presque à mains nues, tant les équipements faisaient défaut. « Vitali est l’ingénieur austère. Evgueni l’artiste bohème et charismatique, beaucoup plus fort en alpinisme. », confie Cédric Gras.
Avec une précision nourrie par ses propres expéditions et une plongée dans les archives nationales parfois opaques de l’ex-KGB, l’auteur-voyageur-aventurier redonne ainsi vie à des figures oubliées. Ces hommes, portés par deux passions communes, celle de la liberté et de la nature, ne purent cependant pas échapper aux engrenages implacables de l’Histoire. Car si les Abalakov furent chargés de mener d’immenses expéditions scientifiques au service d’une URSS avide d’étendre son influence et son prestige, « l’alpiniste est un prolétaire comme les autres, un ouvrier du vertige. Il n’est pas là pour s’épanouir béatement sur la beaté des sites. » « L’alpinisme soviétique incarne à qui veut l’entendre un idéal d’altruisme, de camaraderie et de subordination des aspirations personnelles à la communauté », la mécanique totalitaire Stalinienne finit par les atteindre. « Étrange époque où la candeur des jeunesses léninistes côtoie la cruauté des purges. » Vitali, l’un des deux frères, est arrêté et envoyé au goulag, tandis qu’Evgueni poursuivit seul son ascension vers d’autres sommets. « Le destin décide pour eux, des montages qu’ils gravissent, des objectifs, de tout. »

Enfin, on savoure également la plume de l’auteur : sa lucidité, lorsqu’il affronte les zones d’ombre dans ses recherches, son refus de gommer les incertitudes. Tout résonne avec justesse. « En marchant d’un bon pas, je tente encore une fois de me remémorer le pourquoi. Pourquoi je mène depuis tant de moins l’enquête sur ces alpinistes oubliés ? Comment en vient-on à fouiller la vie d’inconnus ? De quel droit d’ailleurs, si ce n’est celui de la mémoire. » Pas de doute, la montage, ça vous gagne !
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