[2025] Des bouqu’1 sous le sap1 #01 : deux thrillers pour frissonner

Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours (ou presque) jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Ouvrez donc les pages jour après jour… et en guise de mise en bouche en ce 1er décembre, osez deux thrillers pour frissonner sous le sapin !  

Le monde des tueurs à gages est sans pitié mais non dénué d’humour. Voici un thriller aussi drôle que palpitant, nourri aux guet apens tordus et aux armes plus variées les unes que les autres. L’Agent Seventeen est paru sous la plume de John Brownlow en mars 2024 (parution française chez Gallimard) mais avait obtenu au préalable le Prix Ian Fleming du meilleur thriller (2023). 
John Brownlow, scénariste, réalisateur et romancier qui a fait des études de lettres à Oxford, signe une étonnante dédicace à sa mère en guise d’ouverture : « Pour ma mère, qui m’a appris l’importance d’avoir des ennemis. » Le ton est donné et on vous prévient, il va en pleuvoir des ennemis dans ce thriller palpitant… 
 
Seventeen, héros du roman, est donc agent secret et tueur à gages. Mais il fait fi de toute discrétion et toute réserve incombant à sa profession : il aime le clinquant, les belles bagnoles, l’alcool et les jolies filles :  « Le blazer, la Rolex, la chemise ouverte, les lunettes de soleil et les cheveux gominés suffisent pour que les gens s’inventent leurs propres histoires et me jugent en conséquence. » 

Une enfance affreuse, sa mère droguée et tuée sous ses yeux vont en faire le plus impitoyable des tueurs. Mais un tueur avec une petite âme cachée bien au fond, derrière un égo démesuré : « On m’appelle Seventeen parce qu’il y en a eu seize avant moi. Porter un numéro, c’est comme porter une médaille. C’est comme être le quarante-cinquième président des États-Unis, la douzième Miss Monde, ou le champion du monde de boxe catégorie poids lourds. Ça veut simplement dire que tu es le meilleur. Le plus costaud, le plus beau, le plus résistant, ou, dans mon cas et celui des seize autres qui m’ont précédé, le plus létal, donc le plus craint. »
 
Sixteen, alias Kondracky, devenu auteur de romans d’espionnage, son prédécesseur donc, a disparu sans laisser de traces. C’était le meilleur et la nouvelle mission de Seventeen est de retrouver son prédecesseur et de l’achever sous peine sinon d’être lui même trucidé. Un jeu du chat et de la souris où les rapports s’inversent. « Ma prochaine cible est Sixteen et, un jour prochain, j’aurai Eighteen sur le dos. » Seventeen se retrouve alors plongé au cœur d’un complot qui le fait passer de traqueur à gibier. Secret d’Etat, intérêts privés, faux-semblants et course contre la montre : tout y est ! Un roman haletant et détonnant. Et un faux roman d’espionnage au final tant John Brownlow se joue des codes traditionnels. Dès l’incipit, vous êtes prévenus : ce roman va vous surprendre : « Être un agent secret, ce n’est pas ce que tu penses. C’est chiant. Je ne veux pas dire chiant dans le sens sans intérêt. Je veux dire chiant parce que tu te prends la tête, tu serres les fesses et tu grinces des dents. » Oublié le décryptage d’une situation géopolitique propre aux romans d’espionnage, ici rien n’est vraisemblable… et on le vit plutôt bien côté lecteurs. 
 
John Brownlow réussit donc à transformer le roman d’espionnage pour en faire un page turner extrêmement bien ficelé : la narration à la première personne dynamise le récit ; les chapitres sont très courts et vont à l’essentiel ; l’humour déjoue la violence et certains dialogues nous font bien rire ; le suspense est entretenu tout au long des chapitres et des courses poursuites. On s’attache à Seventeen même si c’est un tueur ignoble car il ne tue que des gens qui le méritent… On s’attache au duel Sixteen-Seventeen sorte de combat de coqs entre Rambo et Terminator. 

Un thriller plutôt enjoué et divertissant où l’humour et l’action prennent toute la place. Pour celles et ceux qui en auraient assez de James Bond, voilà un bon compromis. Et si vo us accrochez, une suite, L’assassin Eighteen, est disponible.  
 
 
L’Agent Seventeen  / John BROWNLOW – Editions Gallimard – paru le 09 mars 2023 – ISBN 978-2-0730-4462-4
Sur le site de l’éditeur


Tous des animaux est le premier roman traduit en France du gallois Morgan Greene, salué par Chris Whitaker et Jo Nesbø, rien que ça ! Ce roman est un condensé de zones grises, de secrets enfouis, d’Amérique profonde, de frontières floues entre le Bien et le Mal et de justice rendue soi même sur le mode « Œil pour œil, dent pour dent ».

Qui donc a tué Samy Saint John, fils du notable le plus détesté de Savage Ridge, bourgade de l’Etat du Washington ? alors ça, on le sait dès le premier chapitre : « Ce n’était pas un dimanche soir comme les autres… pour la simple raison qu’on venait d’enterrer le corps de Sammy Saint John. Juste après l’avoir tué. »  Il s’agit de trois adolescents : Emmy, Nicholas et Peter. Par contre, pourquoi l’ont-ils tué reste un grand mystère. Et il faudra aller au bout des 405 pages pour les pièces du puzzle s’articulent et que la lumière (dans l’ombre tout de même) se fasse.

Sans corps retrouvé, l’enquête a été classée par le shérif Poplar et chacun des ados a fui Savage Ridge, le plus loin possible. Mais la pugnacité de la famille Saint John a raison de la fuite des trois gamins devenus adultes. Une enquêtrice plutôt têtue, Sloane Yo, engagée par le frère de Sammy, les fait revenir et leur donne du fil à retordre. L’étau se resserre, les tentatives d’intimidation pleuvent et les vannes lâchent, découvrant d’autres secrets et d’autres affaires que la communauté s’était bien garder de dévoiler.

Une subtile réflexion sur la culpabilité s’insinue au fil des pages tandis que la pression monte dangereusement mais sûrement. Morgan Greene tient le lecteur en apnée, menant des va-et-vient constants entre passé et présent, organisant à sa guise les pièces du puzzle. Construit sous la forme d’un roman choral, ce thriller donne aussi à lire les points de vue de chacun des personnages, distillant subtilement détails et indices au gré des pages.

Comme Slonae Yo, on découvre petit à petit le chaos et pourquoi Emmy, Nicholas et Peter ont été conduits à trucider Sammy Saint John. Le personnage du patriarche, Thomas Saint John, est sans doute le plus abouti du roman : un homme d’un cynisme absolu, conscient son argent, de la puissance qu’il lui confère et de son statut d’intouchable. Il est odieux, même malade et au fond de son lit médicalisé : « Thomas Saint John était un type exécrable. Il l’avait toujours été. Même sur son lit de mort, il semblait tout faire pour se rendre détestable. Il n’avait ni amis, ni associés. Personne n’avait envie de passer du temps avec lui. Personne ne pouvait le supporter. C’était un homme impitoyable, capable de vous trancher la gorge sans le moindre scrupule en un clin d’oeil s’il pensait pouvoir en tirer profit. »

Le dénouement est brutal, violent et finalement assez rassurant. Le lecteur tombe des nues en apprenant la vérité. Un mal pour un bien… Et un bon moment de lecture !

Tous des animaux / Morgan GREENE – Editions Sonatine – paru le 06 février 2025 – ISBN 978-2-3839-9194-6
Sur le site de l’éditeur

 

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