[Municipales Rennes 2020] – Tout le monde en ordre de Marche !

Ouest-France est incorrigible et c’est bien à cela qu’on le reconnait. Le quotidien régional aux larges subventions sonnantes et trébuchantes+d1fos, n’a retenu qu’une seule information de la conférence de presse donnée par les élus du parti de Gauche (PG) en février dernier : celle de présenter une liste France Insoumise (FI) aux municipales de 2020+d1fos. Aux oubliettes le bilan de mi-mandat mais peu importe puisque ce n’est un secret pour personne. Tous les partis politiques ont les yeux rivés sur les prochaines échéances électorales+d1fos. Déjà en 2017, le député de la République en Marche de la 8eme circonscription d’Ille-et-Vilaine, Florian Bachelier, celui-là même qui n’hésite pas à balancer sur les Internets un dossier de presse composé de photos à son effigie accompagnées de textes élogieux+d1fosannonçait précocement, sans l’ombre d’une hésitation et avec sa modestie qui le caractérise, son intention de gagner la ville de Rennes+d1fos… Du coup, on a eu envie de faire un petit état des lieux des forces politiques à deux ans du scrutin – forcément subjectif !

Ouest-France 09/2017 – Florent Bachelier

PS : Post Scriptum…

Après le presque-grand chelem de LREM aux dernières législatives[1], assurément moins drôles que celles de 1910+d1fos, le Parti Socialiste local a bien du souci à se faire. Sauf énorme surprise, Nathalie Appéré sera bien candidate à sa succession « Elle joue clairement sa survie politique » souligne Julien Joly, journaliste au Mensuel de Rennes. « Depuis plusieurs mois, elle se conforte dans une posture ′anti-Macron′. Elle multiplie dans son discours les marqueurs « de gauche » : dénonciation de la baisse des APL, valorisation de la démocratie participative… »

La maire de Rennes n’a pourtant pas beaucoup de marches marges de manœuvre. Elle sera attaquée sur son bilan au cours duquel la capitale bretonne s’est concrètement métamorphosée pour le plaisir des uns (vestisseurs) et le malheur des autres. Beaucoup de grands projets (parfois qualifiés d’inutiles par une frange de la population) lancés au cours de l’ère Edmond Hervé/Daniel Delaveau ont vu le jour : LGV, Centre des Congrès… Cette vision d’une Rennes ′friendly-business[2] tournée vers la Start-up Nation[3], le tourisme d’affaire et les city-breakers entraîne chez beaucoup d’habitant·e·s l’impression d’être dépossédé·e·s de leur ville. Une perception qui s’aggrave à chaque nouvelle disparition du patrimoine historique (maison du Peuple, maison Poulain, mur Dubonnet, Hôtel des demoiselles…) et avec la bétonisation de celle-ci (abattage des arbres de l’Avenue Janvier, transformation des prairies Saint Martin en ′parc urbain′, nouvelle place Saint-Germain, Place (M)Hoche…) Malgré son engouement croissant au fil des éditions, le budget participatif impulsé et porté par les élu·e·s écologistes (EELV) peine à contrecarrer ce  sentiment d’impuissance devant les bulldozers des promoteurs qui « façonnent Renéville[4]  à leur image. »

Afin de faire oublier son admiration pour Michel Sardou[5], son soutien à Manuel Valls aux Présidentielles+d1fos et l’usure de 40 ans de socialisme, Nathalie Appéré (qui avait deux ans quand E.Hervé a été élu en 1977) devra trouver sa place entre la gauche de LREM et la gauche de la gauche sans pour autant « se couper des revendications d’habitants sur des thèmes chers à la droite : propreté, sécurité… » comme le précise le journaliste. Tel un numéro de funambule ou de contorsionniste, l’exercice semble délicat. Toutefois, il a bel et bien commencé. On se souvient du fameux hashtag « Rennes accélère » et du « coming-out » (+d1fos) assumé par la Maire faisant les yeux doux à la centaine de chef·fe·s d’entreprises venu·e·s l’écouter, sans oublier ce fameux plan-propreté lancé à grand renforts de publicités communiqués de presse+d1fos

FI + EELV = ?

De son côté, la France Insoumise de Rennes est déjà en ordre de marche, sans mauvais jeu de mot. « Ces élections locales sont des moments politiques majeurs, nous avons vocation à y prendre toute notre place. Après avoir battu le Président de Rennes Métropole aux législatives nous comptons battre Mme Appéré et son équipe aux Municipales. » Des groupes d’action thématiques dans le transport, l’éducation, la santé, le logement et bien d’autres sont déjà constitués pour formuler des propositions « Ces groupes sont ouverts à tou·te·s. Hors de question pour nous de faire de la politique à l’ancienne, en constituant une liste avant d’établir un programme. La FI est un mouvement qui regroupe des organisations et des personnes très différentes, aux cultures politiques très différentes […] l’important c’est le programme. »

Un coup dur pour l’ancienne adjointe d’Edmond Hervé aurait été une alliance entre la FI et EELV. Mais à l’heure actuelle, malgré le fait que ces deux organisations semblent avoir la même volonté, les mêmes éléments de langage et la même stratégie pour 2020, cela semble caduc ou mort-né. Pour Matthieu Theurier,  « le positionnement de la France Insoumise nous semble fermé […] Une élection municipale n’est pas une élection de personne, elle n’est pas non plus l’occasion pour un mouvement politique ou un autre d’affirmer un leadership. Elle est bien, selon nous, le temps pour construire un nouveau projet pour notre ville. » D‘ici fin avril, une association verra le jour ayant pour vocation la réunification des mouvements politiques afin de les dépasser. « Cette association aura pour objectif de construire un projet écologique, citoyen et solidaire pour Rennes et sa Métropole » conclut Matthieu Theurier. L’expérience de 2014 d’une liste commune ne se renouvellera donc pas[6]. A moins que…

LR + EM = LREM ?

A moins que le spectre de laisser un boulevard à la République en Marche ne devienne trop problématique. Toujours selon Le Mensuel(Janv. 2018), Carole Gandon, référente départementale de LREM, a bien l’intention de s’installer comme ′LA′ première opposante à la Maire de Rennes. « Ce sont leurs affaires ! Mais qu’ils ne viennent pas dire aux gens qu’ils font de la politique autrement. Et encore une fois, malheureusement, il est question de personnes plutôt que de projets. » réplique la FI. « Lecteurs assidus de la presse locale, nous n’avons jamais vu LREM évoquer le moindre sujet, politique local de fond »

Carole Gandon serait d’ailleurs déjà à l’offensive. Et pour cause. Avec un score de 88 % pour Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle+d1fos dans la capitale bretonne, tous les espoirs sont permis. Elle « avance ses pions prudemment » témoigne Julien Joly. Pour ne pas dire timidement car  « dans son discours public, elle ne lance pas autant de scuds qu’on aurait pu attendre […] Elle préfère ringardiser son adversaire, en mode ′c’est l’ancien monde, la ville a besoin d’un nouveau souffle′. » Un peu comme ce que fait la droite depuis des années, finalement. A l’Ouest, rien de nouveau !

Outre de pouvoir s’appuyer sur un mouvement structuré en Ille-et-Vilaine, qui compte 7 500 adhérents dont 2 400 marcheurs actifs, Carole Gandon n’hésite pas à multiplier les sorties sur le terrain pour se faire (re)connaitre, à chercher des soutiens et à consulter tous azimuts. Elle a rencontré Daniel Delaveau (soutien de Macron aux présidentielles+d1fos) et Amélie Dhalluin, conseillère municipale Les Républicains. Cette dernière garde une main tendue et explique qu’ « il est trop tôt pour travailler sur des alliances mais si on a un combat commun qui est de changer la mairie avec un projet commun, alors personne ne fermera la porte… » Pour Matthieu Theurier, il ne faut y voir aucune surprise. « La politique d’Emmanuel Macron est pour l’essentiel une politique de droite libérale. Une alliance de ce type au niveau local ne fera que confirmer cet état de fait. » L’hypothèse serait audacieuse mais néanmoins futée puisque, qui serait plus amène à battre une femme sinon deux femmes ? Le tandem aurait de sérieux atouts à faire valoir : l’une apporterait la crédibilité et l’ancrage d’une élue locale et l’autre, celle de la majorité présidentielle avec tout ce qui cela induit. Rennes étant un bastion à gagner, il ne fera pas de doute que les moyens seront mis à la hauteur de l’enjeu ! Enfin, on aurait aussi pu évoquer la rencontre de Carole Gandon avec le chef de file éternel de l’opposition, Bertrand Plouvier, stéréotype d’une certaine ′politique à Papa′, mais à quoi bon ? On suppose – à tort ou à raison – qu’il ne s’agit là que d’une entrevue de simple politesse afin de ne vexer aucune susceptibilité.

Épilogue, et pis nous ?

Avec notre regard extérieur, on a quand même l’impression que tout le monde avance à pas de velours, sans dévoiler son jeu. Deux ans, c’est loin. Deux ans, c’est long et il peut se passer beaucoup de choses d’ici 2020.  LREM a largement le temps de décevoir son électorat et il ne faut pas enterrer le PS aussi vite. « On ne peut pas baser les municipales sur les résultats de la présidentielle qui s’est déroulée dans un climat exceptionnel avec un vote en faveur d’En Marche lié à une volonté d’éviter un duel Fillon/Le Pen au second tour » justifie Christophe Fouillère, le 1er secrétaire du PS35(Mensuel de Rennes – Avril 2018). Selon lui, rien n’est joué  : « les électeurs d’Ille-et-Vilaine se basent sur des projets locaux portés par des équipes locales. »

Et puis, d’autres candidat·e·s peuvent se dévoiler et se déclarer. Rappelez-vous du parcours surprise de Charlotte Marchandise-Franquet (adjointe, déléguée à la santé) désignée par LaPrimaire.org lors des dernières présidentielles. Cet exercice de candidature citoyenne peut-il éventuellement se renouveler au niveau local ? Sans doute, il n’y a qu’une marche à franchir ! 

[1] – Les candidats En Marche l’emportent à Rennes sud, Rennes nord, Rennes centre-ouest, seul le socialiste François André a réussi à conserver son fauteuil.
[2]Entreprises. Rennes veut s’assumer business friendly 
[3] – Depuis qu’il a été élu,  Emmanuel Macron martèle le même message avec sa formule Start up nation. 
[4] – Expression largement utilisée pour désigner la ville de Rennes ; par le blog de Hubbert Le Hobbit 
[5] – Nathalie Appéré : « J’aime beaucoup la chanson populaire et la variété Française. J’ai parfois confessé ma grande admiration pour Michel Sardou… » (TVR –  20/03/2018 à 01h19′
[6] – Le Front de gauche et les écologistes d’EELV ont décidé de mener une liste commune dans la capitale bretonne en 2014 (voir ici)

 

2020-2021 ?
L’exécutif ne compte pas modifier le calendrier électoral pour regrouper les élections municipales, prévues en 2020, avec les départementales et les régionales de 2021, a indiqué vendredi une source gouvernementale, contrairement à un scénario évoqué ces dernières semaines dans la presse. « Ce sujet n’a jamais été évoqué, ni par Matignon, ni par l’Intérieur, ni par personne chargé de ce sujet au gouvernement », a assuré cette source haut placée.

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1 commentaire sur “[Municipales Rennes 2020] – Tout le monde en ordre de Marche !

  1. Reflechissons

    « L’herbe est toujours plus verte ailleurs !  »
    Élection dangereuse effectivement, à venir, à Rennes. Mais à mon modeste point de vue, les Rennaises et Rennais ne devrait pas prendre le risque de radicalement changer de casquette. Notre ville fait partie des plus agréables de France depuis des annnées ! À quoi bon vouloir autre chose ?

    Rennes a une dynamique qui fonctionne, n’en déplaise aux grincheux.

    Et si, la politique c’était ça : un consensus ?! Ok pour moi tout n’est pas parfait aujourd’hui, mais à l’échelle de la ville rennes est tellement agréable à vivre que je n’ai pas envie d’en changer la gestion. Pour gagner quoi, au final ?

    Ciao, alter1fo ! 😉

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