Vidéosurveillance à Rennes : un rapport démontre son inefficacité !

A Rennes, il a été décidé de redéployer les 32 caméras de vidéosurveillance déjà présentes sur le territoire et d’en acquérir 17 autres (dont 9 pour remplacer les plus usagées). À cela, la ville se dotera en plus de 8 caméras mobiles qui pourront être fixées sur les lampadaires puis retirées dès la fin d’une manifestation ou d’un rassemblement, par exemple. La capitale bretonne disposera ainsi d’un arsenal d’une cinquantaine de caméras. Et tout cela, sans mise au vote par le conseil municipal malgré l’opposition des communistes, des écologistes, de l’Union Démocratique Bretonne et du parti de gauche. Circulez, y a rien à voir !

Ben si, justement…

Début 2010, la vidéosurveillance ne devait être qu’un « outil, mis en expérimentation, pour une durée d’un an »(8). Force est de constater qu’elle s’est pérennisée et normalisée. Cette nouvelle décision d’extension « pragmatique et maîtrisée(1) » selon les mots de Nathalie Appéré s’apparente plutôt à un non-choix ou à un statu-quo-mou #JouelacommeHollande. Elle fait pourtant suite à la remise du rapport commandé par la Ville sur l’efficacité de l’outil.

Écrite par l’universitaire et sociologue Eric Heilmann, l’un des spécialistes français de la question(2), ses conclusions sont sans appel ! L’effet des caméras est quasi-inexistant quand il n’est pas contre-productif. C’est écrit noir sur blanc : « La vidéosurveillance n’a pas apporté la preuve de son efficacité en matière de prévention de la délinquance à Rennes… Quand à la mythologie [qu’elle] permettrait d’identifier l’auteur d’une infraction, elle ne résiste pas au principe de réalité(3). » Nouvelle preuve (s’il en fallait encore une) que la « télé-réalité » n’apporte rien de bon.

0,10% des affaires traitées grâce à la vidéosurveillance…

Selon l’étude d’Heilmann, à Rennes, « l’utilisation judiciaire des images est rare et marginale(3) ». Autrement dit, les recours aux images pour aider à l’élucidation d’affaires de délinquance sont proches de zéro. Pour donner un ordre d’idée, les réquisitions demandant à voir les rushes s’élèvent au nombre de 7 en 2012, 14 en 2013 et 15 en 2014 sur près de 14 000 faits de délinquance, soit un taux proche de 0,10 % des affaires traitées.

De plus et comme le souligne Gaëlle Rougier(4) (EELV), quand bien même on fait l’effort de demander les extraits vidéos, « l’exploitation des images pour identifier des suspects est rendue difficile par la présence de végétation, panneaux publicitaires, mobilier urbain ou encore de certains éclairages sur l’espace public la nuit. » Le pire, c’est qu’on le savait déjà !

Un rapport officiel du ministère de l’intérieur révélait déjà en 2009 que « les taux d’élucidation progressent sensiblement  de la même manière dans les villes avec ou sans vidéo surveillance» Yannick Le Gargasson (Parti de gauche) ne s’est pas gêné pour le rappeler en séance(5). Bref, à quoi servent donc les caméras ? A prévenir des faits de délinquance peut-être ?

Un faible effet sur la prévention…

Malheureusement, concernant la prévention, même constat d’échec (et mate). Le rapport démontre que « la présence de caméras ne permet pas de prévenir les violences physiques (homicides, agressions) » puisque selon un inspecteur de la police nationale  « dans 8 cas sur 10, les auteurs des délits sont alcoolisés et les caméras n’ont pas d’effet sur eux(3). »

Idem pour les vols, « l’action rapide et discrète d’un pickpocket ou d’un voleur à la tire est difficile à détecter sur un écran. » Rappelons en plus qu’« en moyenne, il n’y a personne derrières les écrans les 2/3 du temps.(5) » Pour le flagrant délit, on repassera ! « La vidéo a un impact limité dans les espaces urbains étendus à contrario des espaces clos comme les parkings(3). »  Enfin, le témoignage d’un policier, plutôt lucide et circonspect sur « l’utilité des caméras(3)»  avoue d’ailleurs à l’universitaire au cours d’une patrouille que « les caméras déplacent dans l’espace ou dans le temps le phénomène, sans le résoudre pour autant(3). » 

Caméra ou le comique de répétition…

Entre la rémunération des personnels, l’achat et la maintenance des équipements, le coût de la vidéosurveillance est loin d’être négligeable. La Cour des Comptes avait chiffré les frais d’une caméra à 7 400€ par an en moyenne (cf. rapport). Malgré les faibles effets bénéfiques, la vidéosurveillance est paradoxalement devenue un incontournable des politiques de sécurité urbaine, le nombre de caméras installées par les collectivités augmentant chaque année(6). Pire, elles sont devenues un mobilier urbain comme un autre.

Il faut se rendre à l’évidence. Les seuls gagnants de cette mascarade sont les entreprises spécialisées du secteur qui ont à cœur de récupérer cette manne d’argent public. Au placard les rapports à la passion triste qui démontrent, chiffres à l’appui, la faible efficacité de leur technologie.  L’idéologie, le discours politique et la communication sont de mise pour convaincre les élu.e.s de s’équiper (encore plus). « Si je ne mets pas de caméras, les gens croiront que je ne fais rien » avoue un maire en 2015 à Eric Heilmann(7).

Et cela marche. Même en terre ′socialiste′… 17 nouvelles caméras seront installées à Rennes malgré ce rapport qui conclut par la recommandation suivante :  « l’extension du système de vidéo-surveillance ne répond pas à une nécessité immédiate. » Et là, on repense à la phrase d’Albert Einstein : « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » Décidément, la vidéosurveillance est une chose trop grave pour ne la confier qu’à nos élu⋅e⋅s politiques. 

©www.lesechos.fr

Rennes sous surveillance :

Le marché de la vidéosurveillance.

Bretagne. Rennes va expérimenter la Vidéoprotection en 2010

rubrique_unjour

(1) Rennes. Vidéosurveillance : pour les élus, c’est trop… ou pas assez !

(2) Éric Heilmann : « La vidéo-surveillance s’est largement banalisée »

(3) Rapport final « La vidéosurveillance et la prévention de la délinquance : quel impact ? » Eric HeilMann-2017

(4) Souriez, vous n’êtes (presque) pas filmés

(5) L’ineptie de l’extension de la vidéo-surveillance à Rennes, intervention de Yannick au Conseil Municipal du 9 octobre 2017

(6) Surchauffe autour de la vidéosurveillance

(7) La France sous vidéosurveillance

(8) Vie nocturne. Rennes expérimente la vidéosurveillance

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2 commentaires sur “Vidéosurveillance à Rennes : un rapport démontre son inefficacité !

  1. Nathalie Appéré

    Je ne partage pas votre analyse, ces caméras sont utiles, la preuve en a été apportée à quelques reprises, comme dans cette affaire : https://www.humanite.fr/fin-de-regne-pour-le-taureau-de-la-bac-de-rennes-639465

  2. geantvert

    En Chine, des caméras devinent qui sont les passants dans la rue https://dg7k.net/5sqkks

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