« La Prévalaye est un concentré de tout ce qu’il ne faut pas faire ! »

Situé entre la Vilaine, la rocade et Saint-Jacques-de-la-Lande, le secteur de la Prévalaye s’étend sur plus de 450 hectares mais reste encore trop peu connu des Rennais·es. Pourtant, à quelques minutes seulement du centre-ville, des voitures et du béton, c’est le dépaysement garanti ! Il y a là, par exemple, un centre d’accueil de loisirs, des jardins familiaux, l’écocentre de la Taupinais, la base nautique du moulin d’Apigné, une plage…
Accueillant une biodiversité d’importance régionale (NDLR, parfois quelques raves-party plus ou moins tolérées par le voisinage), le site fait partie intégrante d’un vaste programme de réaménagement intitulé « Vallée de la Vilaine ». Piloté par la Métropole, celui-ci a pour but de « valoriser le territoire et de rendre plus accessibles la Vilaine, ses affluents et ses étangs ». Forcément, sur le papier ou à travers des maquettes 3D, tout semble parfait dans le meilleur des mondes, sauf que depuis 2018, un collectif de citoyen·ne·s dénonce l’absurdité et la non-concertation des travaux déjà engagés… « Vivre en intelligence », dites-vous ?

La Prévalaye ©Politistution

ALTER1FO : Bonjour David, vous êtes à l’initiative de la pétition « Stop à l’urbanisation de la Prévalaye dans le dos des Rennais.e.s ! » qui récolte aujourd’hui plus de 600 signatures. Pouvez-vous nous en dire plus ?

DAVID : Les personnes qui se mobilisent à travers cette démarche pétitionnaire sont de simples promeneurs et promeneuses de la Prévalaye. Toutes ont découvert, en octobre 2018, avec effarement, le début des travaux sur le site : destruction de boisements, arrachage de haies bocagères, comblement de fossés, arasement de talus, amputation de terres agricoles…

C’est grâce aux associations de quartier que nous avons pris connaissance de ce programme de valorisation « touristico-ludique » de la « Vallée de la Vilaine ». Le chantier de la Prévalaye fait donc partie intégrante de ce projet avec, à plus long terme, l’idée de développer une fonction de port fluvial autour de l’île d’Apigné…

Pour celles et ceux qui n’ont pas de voitures et qui veulent changer d’air, créer un « Parc Nature » à quelques minutes du centre-ville, c’est plutôt une bonne chose, non ?

Effectivement, cela part toujours d’une bonne intention, mais cela est réalisé avec une vision totalement déconnectée de la réalité du terrain. Un parc urbain où l’on empile les usages et les équipements ne correspond à aucun besoin identifié ou attente exprimée et surtout ne répond pas aux enjeux écologiques actuels.

À Rennes, la conception de la Métropole et de la Ville pour faire venir les gens dans la nature est de mettre « de la ville dans la nature » ! Je schématise un peu mais c’est exactement ce que nous disent les personnes qui se plaignent des différentes réalisations, dont certaines sont déjà terminées. On n’urbanise pas la nature pour lui accorder une valeur et une utilité !

La Prévalaye ©Politistution

Lors du conseil métropolitain de janvier 2019, vous avez pris la parole et interpellé les élu·e·s en dénonçant « l’urbanisation de la Prévalaye » qui se faisait, selon vous, « dans le dos des Rennais ». Jean-Luc Gaudin, vice-président de Rennes Métropole délégué à l’aménagement, a défendu le projet. Apparemment, il ne vous a pas rassuré ?

Il nous a été répondu en séance que tout a été fait correctement, dans les règles. Selon moi, ce projet a été conçu « hors-sol » avec l’appui d’un cabinet parisiennote1 missionné à cet effet. Ce qu’il se passe ici est symptomatique d’une certaine dérive : on construit pour les gens, mais sans les gens !

Nathalie Appéré a réaffirmé récemment dans Libération que « la transition écologique et la démocratie locale » devaient « être au cœur de la relance ». Pourtant, la première réunion publique a eu lieu alors que les travaux étaient entamés depuis plusieurs semainesnote2. Faut-il y voir un double langage ?

Promouvoir la lutte contre le dérèglement climatique et la démocratie locale ne reste qu’à l’état du slogan s’il existe une incohérence entre les déclarations d’intentions et les réalisations de projets. Le pire dans cette affaire reste sans doute la méthode utilisée. La Ville et la Métropole n’ont pas tenu compte des expertises et des recommandations faites par les associations « concertées », concertées entre guillemets, j’insiste ! Ces dernières se sont inquiétées des conséquences désastreuses que pouvaient avoir l’aménagement de la nouvelle piste dans l’allée cavalière de la Prévalaye sur les populations d’amphibiens. D’autant plus que ce bétonnage s’est fait en pleine période de reproduction. (NDLR, cette piste incite les vélos, cyclos, même des 2-roues motorisés  à l’emprunter et à rouler plus vite. En 48 heures, on a retrouvé onze salamandres et un crapaud épineux écrasés, selon Pauline Pennober, d’Eau et Rivières de Bretagne). Personnellement, j’estime que ces associations se sont fait balader.

Il y a pleins de problèmes qui s’empilent. J’ai l’impression que la Prévalaye est un réceptacle de tous les mauvais choix, un concentré de tout ce qu’il ne faut pas faire ! Finalement, nous ne faisons que renvoyer aux politiques la réalité de terrain que nous constatons.

La Prévalaye ©Politistution

En 2019, la presse évoquait le possible déménagement du centre d’entraînement du Stade Rennais estimant que « les infrastructures actuelles ne répondaient plus aux normes d’un club moderne et ambitieux ». Depuis les choses ont évolué, mais pas dans le bon sens, selon vous…

Avant tout, nous n’avons rien contre le football, ni le SRFC ! On a bien conscience que le stade Rennais est un acteur économique important qui valorise beaucoup de choses positives dans la ville, et même au-delà. En tout cas, il semblerait que le stade négocie une extension de ses infrastructures sur les parcelles de la Piverdière… On utilise le conditionnel, car, encore une fois, on ne sait pas grand-chose et tout cela reste opaque. Mais nous restons vigilants, nous ne souhaitons pas qu’une demande émanant d’une entreprise commerciale se transforme en diktat au détriment des enjeux environnementaux.

Pour conclure, comment voyez-vous l’évolution de votre combat dans un avenir proche ?

On sait que la pétition est nécessaire, mais ne sera pas suffisante. On poursuit plusieurs objectifs : informer, sensibiliser les citoyen·ne·s sur la question de leur cadre de vie et tenter de créer des synergies. Modestement, on souhaite créer des formes de contre-pouvoir face aux décideurs politiques. En somme, nous faisons de la politique !


MISE A JOUR DU VENDREDI 03/07/2020 :

Deux jours avant l’installation ce vendredi 3 juillet du conseil municipal fraîchement élu, le nouveau président du Stade Rennais est fier d’annoncer par voie de presse l’agrandissement de 8 ha, à la Prévalaye, des bâtiments et terrains du club. Projet négocié en secret avec la Ville depuis 2019…

Communiqué de presse du Collectif de sauvegarde de la Prévalaye, Vendredi 3 juillet 2020


note 1 : Rennes Métropole et les sept communes du territoire traversées par le fleuve (Bruz, Chavagne, Laillé, Le Rheu, Rennes, Saint-Jacques-de-la-Lande et Vezin-le-Coquet) ont engagé un vaste projet d’aménagement de la vallée, accompagnées par l’agence d’urbanistes-paysagistes Ter et la coopérative culturelle Cuesta

note 2 : Extrait de l’intervention des élus du Parti de Gauche/FI : Par ailleurs, Mme la Maire a démontré une nouvelle fois son incapacité à exercer un minimum de démocratie locale en oubliant totalement les Rennaises et les Rennais, et plus précisément les habitants de Cleunay et les usagers de la Prévalaye, qui ont un point de vue sur le sujet. Nous constatons que la première réunion publique a eu lieu le 11 mars alors que les travaux sont entamés depuis plusieurs semaines.


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