Sabbats et balais au pays des galettes au beurre ou l’expo Sorcières au Musée de Pont Aven

Niché parmi les galeries d’art de bric et de broc et les revendeurs de galettes au beurre, le Musée de Pont-Aven tire son épingle du jeu et apporte un peu d’intérêt à une visite touristique dans la Cité des peintres du Finistère sud. Derniers jours pour profiter de la riche exposition sur les Sorcières (1860-1920) : fantasmes, savoirs, liberté : vous avez jusqu’au 16 novembre 2025 ! 

Rénové entre 2013 et 2016, le musée de Pont-Aven est en fait l’ancien hôtel Julia, quartier général de Paul Gauguin, Paul Sérusier, Camille Corot, Charles Filiger ou encore Maxime Maufra qui firent bouillonner la nouvelle vie artistique de ce petit village breton entre 1860 et 1950. Si les collections permanentes du musée font la part belle à ces artistes dit de l’École de Pont-Aven, les expositions temporaires sont en général de grande qualité et méritent le détour.

C’est le cas pour l’exposition Sorcières (1860-1920) : fantasmes, savoirs, liberté en partenariat avec le musée d’Orsay. Une proposition riche, foisonnante, pédagogique et suffisamment sombre pour nous fasciner et un parcours autour du feu en quatre étapes pour ces pauvres femmes qui ont bien souvent finies brûlées vives sur des bûchers…

L’exposition revient donc d’entrée de jeu sur les clichés et la mythologie associée à cette figure depuis des centaines d’années, n’oubliant cependant pas de rappeler que les sorcières sont avant tout des victimes avec ce magnifique tableau accusateur de Gustave Moreau.

Autre dimension, celle de la nuit, indissociable des sabbats et activités de ces femmes. L’iconographie est riche et emprunte même des détours bretons avec ce tableau « Les lavandières de la nuit » de Yan’Dargent ou encore le monumental « La légende bretonne » du nantais Edgard Maxence mettant en scène dolmens, korrigans, magicienne et jeune femme apeurée et terrorisée portant la coiffe de Pont-Aven.

Les œuvres de Victor Hugo (l’écrivain ayant illustré lui-même « Le poëme de la sorcière ») et de Gustave Doré indiquent combien la figure de cette femme interroge la société de l’époque. S’en suit un très beau cabinet de curiosités où l’on trouve pêle-mêle bijoux, statuettes et œuvres insolites associés à l’univers des sorcières. Comme une preuve indéniable de leurs métamorphoses ou de leur capacité à apparaître aux yeux des vivants sous différentes facettes.

Oui, oui, il s’agit bien d’une boucle de ceinture…

Autre espace et pas réservé qu’aux plus jeunes, « Au coin du feu » permet de lire ou relire ces contes de fées ou de sorcières qui ont bercé (ou pas) notre enfance. Une immersion sonore avec la Baba Yaga contemporaine de Rebecca Dautremer, la Fée Carabosse ou encore la Fée Mélusine et une plongée vidéo ensorcelante de Katia Bourdarel : « L’Inaccessible II » reprend le principe des ombres portées et fait virevolter les balais des sorcières autour d’un château sombre et hanté… Hypnotisant !

L’étape « Le feu au corps » est cruciale. Si les sorcières ont toujours été représentées comme des femmes vieilles, laides, répugnantes voire malades, certains artistes tentent de les « alléger » et les présentent comme des jeunes femmes plutôt libérées. Drôle de parallèle entre cyclistes et sorcières par le caricaturiste Jean Veber dans « Les Sorcières ou tandem » (1900). Une réhabilitation romantique ratée ? c’est tout le propos de cette étape dans l’exposition : elle interroge ce corps féminin à la merci des hommes, entre image de vieille peau et chair fraîche fantasmée.

Une affreuse devenue icône des luttes féministes ? Icône du savoir a minima. Et c’est sur cette dernière étape que se termine l’exposition : sur le feu du savoir qui anime ces femmes solitaires et vivant en marge. Concoctant des potions (cf l’illustration même de l’affiche de l’exposition) ou étudiant un livre de nécromancie, jamais sans son chat noir sur l’épaule tout de même !, la sorcière a changé de statut. Leurs savoirs constituent une médecine alternative et en font des femmes puissantes et savantes.

Un parcours tout de même bien sombre sur les femmes et la vision qu’en ont eu les artistes et leurs époques. Mais une exposition riche et qui questionne. Vous avez jusqu’au 16 novembre 2025 pour l’arpenter…

A noter : le catalogue de l’exposition est tout aussi riche et apporte de nombreux détails complémentaires sur les œuvres. Un beau livre à mettre sous le sapin :-)—

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Musée de Pont-Aven
Place Julia
29930 Pont-Aven
Ouvert tous les jours : 10h à 18h (sauf le lundi)

Tarifs : 
Plein 8€ (qui permet d’accéder également à l’exposition permanente)
Réduit 6€

Venir à Pont-Aven : 
186 km depuis Rennes par la N165 (environ 2h en voiture)
En train ? gares SNCF de Rosporden (14 km) et Quimperlé (19 km) puis taxi ou car jusqu’à Pont-Aven

Toutes les infos pratiques : https://museepontaven.fr/infos-pratiques/

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