Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours (ou presque) jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Ouvrez donc les pages jour après jour… Retour aux bulles pour cette sixième étape avec le manga délicat et humaniste « Tokyo, ces jours-ci » de l’immense Taiyo Matsumoto.

Parmi nos lectures les plus marquantes de l’année dernière, il y a une petite série de manga en trois volumes qui peut facilement vous échapper dans le flot continu de sortie. Il s’agit de Tokyo, ces jours-ci, publié en de beaux grands formats chez Kana. C’est la dernière série d’un auteur japonais particulièrement cher à notre cœur de lecteur : Taiyô Matsumoto. Ayant connu le succès avec des séries sportives comme Straight (sur le baseball) ou Ping-Pong (là, c’est assez clair), il a principalement bâti son œuvre autour du thème de l’enfance (souvent cabossée) avec des livres puissants et délicats comme Amer Béton, Frères du Japon ou Sunny. Autant de lecture hautement conseillée si vous ne les connaissez pas.

Pour ce nouvel ouvrage, il s’attaque de façon assez inattendue à une BD sur… la BD. Cette thématique est assez courante en manga et nous a déjà valu quelques chefs-d’œuvre dont le passionnant et autobiographique Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi. Ici, le personnage principal n’est pas, comme c’est le plus souvent le cas, un créateur. On y suit en effet Shiozawa, éditeur de mangas, qui démissionne après trente années passées à accompagner auteurs et autrices de manga au sein d’une même maison d’édition. Sauf que cet homme réservé, vivant dans un minuscule appartement bondé de livres en banlieue de Tokyo, et dialoguant avec son moineau de Java domestique (oui, oui, un oiseau), ne parvient à profiter longtemps de cette retraite pourtant méritée. Il se lance alors dans une tournée à travers le pays pour convaincre les auteurs et autrices qu’il aime le plus de créer avec lui une nouvelle revue dans un monde de l’édition japonaise en crise.
Vous n’y connaissez rien au monde si particulier de la BD japonaise et vous avez peur d’être perdu ? Ne vous effrayez pas. La vraie force de l’ouvrage n’est pas dans la description documentaire des rouages et des subtilités de ce monde. Cet univers singulier y est bien évoqué au fil des pages. On y décrit la crise actuelle de l’édition, l’usure des mangakas, leurs faibles rémunérations, la précarité et la rapacité du milieu. Cela est toujours fait par petites touches, claires, mais délicates. Des détails dans l’attitude, le décor ou les vêtements, quelques lignes de dialogue racontent tout ça sans didactisme pesant. L’essentiel ne nous semble pourtant pas là. Ce qui nous a le plus touché dans cette œuvre, c’est plutôt le récit doux et poétique d’une reconquête. L’histoire d’un homme qui a perdu la flamme qui l’animait et qui tente de la rallumer en se tournant vers d’autres qui, comme lui, ont perdu quelque chose en chemin.

Avec son dessin ondulant, aux perspectives délicatement tordues et aux corps à la dynamique follement expressive, l’auteur construit un récit tout en finesse malgré les drames profonds qui s’y jouent parfois au détour des pages. Il réussit surtout à dépasser le simple récit descriptif des enjeux d’un milieu artistique pour nous offrir une histoire d’une profonde humanité, entre une comédie de remariage avec les rêves qu’on a vus s’étioler petit à petit et la reconquête d’un esprit des années passées. Comme quoi, chez Matsumoto, c’est toujours un peu une histoire d’enfance.
Tome 1 paru le 15 novembre 2024 – ISBN / EAN 9782505119890
Tome 2 paru le 10 janvier 2025 – ISBN / EAN 9782505133056
Tome 3 paru le 21 mars 2025 – ISBN / EAN 9782505133063
Entre 220 et 244 pages – 13,25 euros Sur le site de l’éditeur
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