« Plage urbaine », « phare dans la ville », « trame verte »… parlez-vous le marketing territorial ?

De nos jours, les grandes villes et les métropoles se livrent une bataille de plus en plus féroce, comme des entreprises concurrentes sur un marché moribond. Au diable la coopération, tout est mis en œuvre pour attirer sur son propre secteur les startups, les PME, les grands groupes, les cadres, les CSP+, les touristes (d’affaires, si possible). Hashtag #PassezàlOuest… Malheureusement, n’est pas « l’école des fans » qui veut, puisqu’à la fin, il n’y aura pas que des gagnants[1].
Afin d’éviter la dernière place d’un classement de « là où il fait bon vivre+d1fos », le marketing territorial semble être LA solution pour développer l’attractivité du territoire. Chaque mot véhiculé par les communicant·e·s (NDLR : élu·e·s, dirigeant·e·s, publicitaires…) est dorénavant choisi et employé avec la volonté farouche de faire mouche à chaque fois. Les slogans, les punchlines et autres éléments de langage (exagération, euphémisme,  mot-concept, métaphore douteuse…) ont ainsi remplacé le débat d’idées et le raisonnement cartésien. Le sociologue et urbaniste Jean-Pierre Garnier l’écrit mieux que nous : « Les mots du pouvoir sont rarement innocents. Ceux qui accompagnent les évolutions urbaines actuelles n’échappent pas à la règle. Une novlangue métro-techno-politaine est mise au service de l’ordre urbain, social et technologique imposé par les classes dominantes. »
Rennes qui se veut plus attractive qu’elle ne l’est déjà était, qui rêve d’effacer sa réputation de ville étudiante fêtarde et de punks à chiens ne déroge pas à la règle. Voici quelques exemples glanés sur les réseaux sociaux qui nous ont doucement fait rire ces derniers jours.

[Mise à jour – 09/07/2019]

  • #Rambla:

Ne parlez plus de « promenade » ou d’« avenue » mais dîtes « rambla ». Exemple avec des extraits d’articles proposés par des institutions locales telles que l’office du tourisme, Audiar (Agence d’Urbanisme de Rennes) et la communication publique de Rennes, Ville et Métropole.

  • #ExpérienceShopping:

Ne parlez plus de « faire des achats » mais dîtes « vivre une expérience unique de shopping ». Exemple avec la communication du carré Rennais, Association des commerçants et artisans rennais et des extraits de la presse locale spécialisée.

  • #Jungleurbaine :

Ne parlez plus d’ « arbres en bord de Vilaine » mais dîtes « jungle urbaine ». Exemple avec le tweet du responsable éditorial de la SPL  Destination Rennes :

  • #pharedanslaville :

Ne parlez plus d’ « écran lumineux », de « centre commercial » ou d’ « immeuble-tour » mais dîtes « phare dans la ville  ». Exemple avec ces articles extraits du quotidien Ouest-france :

  • #PlageUrbaine :

Ne parlez plus de « parc de promenade et de loisirs » mais dîtes « Plage urbaine ». Exemple avec, de nouveau, un tweet du responsable éditorial de la SPL  Destination Rennes.

  • #CoeurdeVille:

Ne parlez plus de « centre-ville » mais dîtes « cœur de ville  ». Exemple avec ces différents tweets de Rennes, ville & Métropole et de Nathalie Appéré.

  • #TrameVerte :

Ne parlez plus d‘« urbaniser un espace naturel » mais dîtes « aménagez une trame verte et bleue ». Exemple avec ce tweet du Conseil de développement de la métropole 

  • #Portedentrée:

Ne parlez plus de « gare » mais dîtes « une porte d’entrée ». Exemple avec ces nombreux tweets de nos élu·e·s.

 

  • #DynamismeImmobilier:

Ne parlez plus de « hausse des prix de l’immobilier » mais dîtes « dynamisme immobilier ». Exemple avec ce tweet de Rennes business, compte lié à la SPL Destination Rennes.

  • #Futuriste:

Ne parlez plus d’ « architecture improbable » mais dîtes « bâtiment futuriste ». Exemple avec ces nombreux tweets de la presse locale parfois relayés par le premier adjoint Sébastien Sémeril :

Bien sûr, la liste n’est pas exhaustive. On vous laisse aussi travailler pour repérer d’autres exemples et compléter cette énumération  !

 [1] Le rapport 2018 du CGET estime en conclusion que « la concurrence des territoires pour attirer de nouveaux ménages, qui peut certes parfois être le moteur d’innovations locales, semble creuser des inégalités préexistantes en favorisant certains espaces déjà attractifs au détriment de ceux qui le sont moins, et en accentuant les disparités de répartition des différents groupes sociaux. » (p. 114).

3 commentaires sur “« Plage urbaine », « phare dans la ville », « trame verte »… parlez-vous le marketing territorial ?

  1. Erwan CORRE

    Merci pour ce billet !
    C’est vrai que tout cela est bien risible… et pourtant si dramatique… Rennes : un vrai business-model à étudier pour les futurs étudiants biberonnés au macronisme…

  2. Parasite

    Je kiffe grave tous tes posts! Avec toi même pas besoin de perdre du temps sur le web à chercher des infos sur tout ce qui ne va pas à Rennes, tu taffes pour nous ! Merci ! Juste, comment fais-tu pour avoir autant de temps pour trouver tout ça ?

  3. Politistution

    L’insomnie est un atout non négligeable.

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