Lydia Lunch : libido existentielle et féminisme porno punk transgénérationnel

Retour sur la soirée consacrée à Lydia Lunch, le 7 octobre aux Ateliers du Vent

La première partie de la soirée est un entretien entrecoupé de lectures de son livre Paradoxia, qui vient d’être réédité au Diable Vauvert (disponible à Rennes à l’Alphagraph, 5 Rue Echange).
Paradoxia, journal d’une prédatrice est un récit autobiographique, prenant pour point de départ son arrivée à New York, en fuite d’un père incestueux. Mais il n’est pas tant question de fuite, ni de survie, que de vie, de blocs de d’existence à l’état pur. Virginie Despente y écrit dans la préface : « Innocents, coupables, victimes, agresseurs : un seul corps. Tous en elle. Campée sur ses deux jambes, elle écrit comme elle est : elle cogne et ça fait un bien fou.[…] Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas l’inceste, la prise de risque, les assassins, les grandes villes la nuit quand on est une petite lascive d’à peine 15 ans, l’argent volé et les drogues dures, la vitesse et les baises animales. C’est ce qu’elle en a fait. » À propos de Virginie Despentes, Lydia Lunch rapporte : « C’est sans doute la seule personne qui me comprenne quand je dis que je suis un camionneur pédé. Nous sommes comme des frères ! » (Notons, que le film documentaire Mutantes, féminisme porno punk de Virginie Despentes, à fait l’objet d’une projection la veille au même endroit, extrait et plus d’infos : dissidenz intl)
Lydia Lunch relate cette soif qui la mène depuis toujours, une extraordinaire soif d’énergie qui transcende tout ce qui aurait pu la détruire, une véritable libido existentielle. Puis elle dit « Je suis devenue comme les hommes, en pire. Je suis hyper masculine, mais je me sens absolument hyper féminine. Je baise les genres à l’intérieur de moi-même ! » (a gender fucker inside of myself)
lydialunch discussion
Elle nous livre la morale de l’histoire : « La morale de l’histoire, parce que oui on peut lui trouver une morale, c’est que vous pouvez passer votre vie à être en manque d’affection, avide, jamais satisfait. Au bout d’un moment, il faut se décontaminer, se retirer de tout, de toute cette merde et se décontaminer. Faire le vide. Et se remplir de soi-même. Et me voilà, maintenant, j’ai gagné, je suis pleine. Je suis pleine de moi-même. »
Au passage, elle nous fait part d’une hygiène de vie, à toute épreuve : « En dehors de l’héroïne et de l’abus d’alcool fort, tout est bon ! » À la voir là, à plus de 50 ans, avec cette force qui paraît étonnament sereine, cet aplomb procuré par la certitude, traversant des décennies de révolte, de radicalité, de trangression, d’être dans la réalité, d’incarner tout cela sans le besoin systématique de confrontation, on se dit qu’il y a certaines personnes à qui cela réussit !

ll sick for desire
Dans une pièce atenante, on pouvait voir le diaporama Sick with desire qui va sortir en DVD ces jours-ci. Habituellement présenté sous forme de performance live spoken words, il était cette fois accompagné d’une bande instrumentale. Lydia Lunch précise que cette oeuvre-ci n’est pas réelement connexe à Paradoxia, qu’il s’agit de quelque chose qui a à voir avec son installation en Espagne (elle vit depuis plusieurs années à Barcelone), quelque chose de plus romantique mais aussi plus violent par certains cotés. On reconnait toutefois parfaitement son univers visuel, des images de déserts, de batiments abandonnés, d’amants perdus. Toujours ce beau mélange de désespoir, de revanche et de lumière.

 
. concert première partie : Trunks
laetitiasherriff1_200_fil Composé de Laetitia Shériff, Stéphane Fromentin (Le Bougnat, Chien Vert), Daniel Pabœuf (Marquis de Sade, DPU), Régïs Boulard (Son of the desert, Chien Vert, DPU), Florian Marzano (We Only Said), Trunks présente une magnifique synthèse de puissance, de maîtrise et d’audace.
Laetitia Shériff parvient avec une aisance toute naturelle, à balader sa grâce klimtienne au travers de la multitude d’atmosphères visitées, d’arythmies synchrones en envolées hypnotiques, en passant par du gros son carré. Le public en redemande, nul doute que l’ensemble a trouvé une formule détonnante.
www.trunks.fr

 
lydia_lunch_onstage1_300_fil. Big Sexy Noise : There’s something witchy in the air tonight
Il est impressionnant de constater l’amplitude des âges présents dans le public. Non spécifiquement de curieux mus par l’extraordinaire liste de collaborations artistiques de Lydia Lunch (Sonic Youth, Nick Cave, Alan Vega pour n’en citer que trois), mais un public averti, dense de witches auxquelles la plupart des morceaux sont dédiés. Nous ne nous attendions pas à ce que Lydia Lunch soit à ce point transgénérationnelle et la soirée affichait complet depuis quelques temps déjà. Lydia est très forte, elle s’adresse droit dans les yeux, son visage oscille du sourire (entre les chansons) à la moue dévastatrice lorsqu’elle interprète ses textes. James Johnston (guitare, ex Bad Seeds, Faust), Terry Edwards (saxophone et clavier, Madness, Siouxsie, etc.) et Ian White à la batterie, – tous officiant aussi dans Gallon Drunk- sont absolument à la hauteur, laissant leur charisme personnel porter la pythie et hausser le groupe entier vers des sphères parfois planantes sans jamais départir de leur rigueur, du blues explosif au rock dur post-psyche. Oui c’est exactement grand, sexy et bruyant.
Deux rappels, plus d’une heure de concert chaud, chaud, qui a conjugué le plaisir évident des musiciens à jouer ce soir, et celui d’une audience heureuse d’avoir la chance d’adorer une icône. Flamboyante. Un grand moment de rock n’roll.
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www.lydia-lunch.org
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Un dernier mot à propos des Ateliers du Vent : installés dans une ancienne usine et géré par un collectif d’artistes pluri-disciplinaires, les Ateliers du Vent ont constitué l’infrastructure idéale pour cette soirée, que ce soit au niveau de l’organisation, de l’installation des lieux, des lumières et avec bonheur, du son. (www.lesateliersduvent.org).

 

1 commentaire sur “Lydia Lunch : libido existentielle et féminisme porno punk transgénérationnel

  1. heptanes fraxion

    Lydia ,tu me fais du bien !

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