Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours (ou presque) jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Ouvrez donc les pages jour après jour… On poursuit nos sélections avec un polar historique, puissant et visionnaire, sur une utopie socialiste et américaine devant faire face à la terrifiante grippe espagnole et à l’appel des va-t-en-guerres.
On suit avec une grande attention les publications des livres de l’auteur américain Thomas Mullen. Il nous avait en effet bien scotché avec sa trilogie de polars historiques : Dark Town, Temps Noirs et Minuit à Atlanta (tous disponibles en poche chez Rivages Noirs). Il y racontait avec une précision et une puissance peu commune les terribles péripéties de la première brigade de policiers noirs dans l’Atlanta des années 50. Pour patienter, en attendant de découvrir sa nouvelle trilogie d’ouvrages consacrée cette fois à l’affrontement entre le FBI et les forces fascistes dans le Boston de la Seconde Guerre mondiale, nous nous sommes penchés sur son premier livre de 2006 et nous avons bien fait.

La dernière ville sur terre, premier ouvrage de l’auteur de Rhode Island, est loin d’être passé inaperçu. Il a en effet été récompensé par le prestigieux prix James Fennimore Cooper de la meilleure fiction historique. Nous sommes en 1918 aux États-Unis, dans l’État de Washington sur la côte Pacifique. Au milieu des immenses forets qui bordent le Canada et l’Oregon se trouve la petite ville industrielle de Commonwealth. Cette exploitation arboricole est loin d’être comme les autres. Elle regroupe en effet une communauté ayant décidé de s’affranchir de l’emprise des grands patrons du coin pour fonder une entreprise plus respectueuse de sa main d’œuvre et fonctionnant selon les idéaux socialistes qui font tant peur à Donald Trump. Le contexte est plus qu’explosif, car le président Woodrow Wilson vient d’engager le pays dans la Première Guerre mondiale et la grippe espagnole fait des ravages dans tout le pays. Face à la pandémie, la population de Commonwealth vote la quarantaine et instaure des tours de garde sur la seule route menant à l’endroit. Philip Worthy, fils adoptif du fondateur de la scierie, fait parie du premier tour de garde. Lorsqu’un soldat perdu apparait et demande l’hospitalité, il va devoir prendre une décision impossible.
Sur un rythme lancinant, qui fait monter la pression à petit feu, Mullen décortique avec une précision redoutable chacune des petites failles qui vont fracturer une communauté pourtant fondée sur l’entraide. Les idéaux de cette très belle galerie de personnages vont être mis à rude épreuve face à la conjonction des peurs du virus et de la paranoïa engendrée par la présence de supposés agents allemands et l’envoi de jeunes gens sur un front bien lointain. Avec une montée en puissance aussi inexorable que suffocante, jusqu’à une explosion finale qui ne laissera personne indemne, Mullen orchestre son récit à la juste distance de chacun.e de ses protagonistes. Comment rester solidaires face à une menace invisible et à la pression des propriétaires voisins ? Commonwealth se perdra-t-elle de trop se protéger ou de ne pas assez se protéger ? Ce récit écrit pourtant bien avant le COVID et la montée des fascismes résonne aujourd’hui avec une force peu commune et devrait occuper vos pensées bien après l’avoir reposé.
traduit de l’américain par Pierre Bondil
paru en poche le 5 février 2025 – EAN 9782743665678
656 pages – 12 euros Sur le site de l’éditeur
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