[Maintenant 2026] – Douze jours pour être ensemble au présent

Mélancoliquement orphelin.es du festival Maintenant l’an dernier du fait de son passage en biennale, nous voici ravi.es de retrouver la manifestation dédiée aux arts, à la musique et aux nouvelles technologies en ce début d’automne 2026. S’il est désormais nécessaire d’attendre deux ans entre chaque édition, ce temps fort continue de cultiver merveilleusement les pas de côté et les chemins de traverse avec sa programmation toujours un peu à part concoctée par l’équipe d’Electroni[k] qui ré-enchante nos présents. Le programme de cette nouvelle édition ne faillit pas à la règle et devrait mettre un peu de magie et de rêve dans les mirettes -qui en ont, on ne peut plus besoin en ces temps pour le moins incertains-. Petite revue de ce que vous pourrez découvrir du 1er au 11 octobre prochains, dans Rennes et un peu ailleurs. On vous explique.

Maintenant continue de naviguer avec bonheur et curiosité autour des arts, de la musique et des technologies déclinées en spectacles, performances, expositions ou installations variés et bien souvent atypiques, et devrait comme à son habitude nous proposer un moment de respiration pour lever la tête de nos quotidiens souvent bien prenants. Avec, on l’applaudit à nouveau, le souci de permettre l’accès au plus grand nombre : une très grande majorité de propositions sera une nouvelle fois gratuite pour favoriser l’accès à tous les publics.

Le Monde invisible de Flavien Théry et Fred Murie : découvertes de l’invisible

Intégrant la programmation, mais déjà visible sur Rennes dans la salle Anita Conti des Champs Libres depuis plusieurs mois, puisque conçue en résidence à l’Université de Rennes et coproduite par Les Champs Libres, Le Monde Invisible de Fred Murie et Flavien Théry vous invite à découvrir un malicieux et sensible dialogue entre arts et sciences. Après la déjà très chouette exposition Le Rayon Extraordinaire en 2023, mais cette fois-ci après avoir consciencieusement écumé les merveilles des collections anciennes de l’Université de Rennes II, le duo Fred Murie et Flavien Théry revient nous émerveiller.

De leurs inattendues recherches et découvertes, les deux acolytes ont en effet tiré une vingtaine d’installations, qui vous offriront l’occasion de de découvrir, avec ou sans lunettes 3D, des réalités habituellement cachées à notre regard. Cette exploration questionne avec malice, mais aussi avec émotion notre rapport au réel grâce à des touches très personnelles des auteurs. Cerise sur le gâteau, la visite se fait, comme la précédente, au son des compositions de Thomas Poli qui ajoute encore plus de douceur et de charme à ces explorations inouïes et sensibles de l’invisible.

Le vertige de la collision entre réel et virtuel avec s3lf.tech par Émilie Brout et Maxime Marion

s3lf.tech par Émilie Brout & Maxime Marion

De la même manière, l’exposition s3lf.tech conçue et réalisée par Émilie Brout et Maxime Marion est visible à 40mcubes depuis le mois de juin mais continue pendant et après le festival. Premier volet d’un projet développé notamment en résidence à la Villa Kujoyama au Japon en 2025, s3lf.tech est en même temps un ensemble d’installations vidéo, d’objets, de prolongements en ligne sur les réseaux sociaux (ou sur le site du même nom) qui permet de questionner les différents modes de projection de soi à travers les technologies numériques actuelles. Les deux artistes se sont inspirés à la fois de la pratique de streaming où une personne se représente via un avatar contrôlé en temps réel (le VTubing), des fan-fictions (qui permettent aux fans de prolonger le scénario d’un d’un roman, d’un film, d’une série de la manière qu’ils ou elles souhaitent), ou de l’univers des BJD (si comme nous, le concept ne vous est pas familier, sachez qu’il s’agit de Ball Jointed Dolls, autrement dit de poupées articulées faites en résine ou en porcelaine, inspirées des esthétiques des animés et mangas particulièrement populaires en Asie).

s3lf.tech par Émilie Brout & Maxime Marion

Porté.es par la figure de la chanteuse canadienne Grimes qui avait proposé à ses fans de créer de la musique en utilisant Elf.Tech, un logiciel utilisant une intelligence artificielle permettant de reproduire sa propre voix, les artistes ont créé un avatar, Grim3s, librement inspiré de la musicienne. Ils ont ensuite intégré cet avatar dans deux films distincts à découvrir dans l’exposition : un clip musical, lent et hypnotique, et la vidéo d’un échange en streaming avec ses fans (avec la fenêtre de chat reprenant commentaires et questions auxquels Grim3s répond) réellement streamée sur YouTube par Émilie Brout et Maxime Marion. Oui, vous avez le vertige de cette collision entre réel et virtuel. Nous aussi. D’autant que si on a tout compris, la vidéo se termine par un problème technique qui en révèle le dispositif. Ajoutez un troisième film dans lequel on retrouve un autre avatar virtuel, Kageusa, jeune VTubeuse, que Grim3s a invité à faire la promotion de son invention dans sa vidéo, et qui nous donne le vertige : le point de vue de la caméra, mouvant, se déplaçant sans cesse entre qui parle, qui regarde et qui est regardé. Sans compter cette contamination du réel par ce qui se passe dans l’écran : la fourrure du décor de la vidéo virtuelle s’invite sur les sièges et les écrans.

Émilie Brout & Maxime Marion – DR

Bref, vous l’aurez compris, Émilie Brout et Maxime Marion nous invitent à questionner notre monde où les frontières entre authenticité, fiction et reproduction deviennent de plus en plus poreuses. Se révélant tout aussi séduisantes qu’inquiétantes. Pour parfaire ce vertige, ces effets de démultiplication et de mise en abyme, les artistes convoquent diverses technologies de productions d’images : motion capture, 3D, animation, IA et même objet en dur puisque la poupée à l’effigie de l’avatar virtuel Grim3s se retrouve dans une vitrine telle une relique. Avec cet univers instable mêlant avatars, objets, corps fictionnels, alter ego, idole synthétique, Maxime Marion et Émilie Brout montrent que ceux-ci ne viennent pas « simplement se superposer à une personnalité préexistante. Ils agissent en retour sur elle, la déplacent et la refaçonnent. » A notre époque où les images acquièrent une forme d’autonomie en ligne (quid de l’IA), les réflexions et le questionnement proposés par le duo devraient trouver un écho salutaire. D’autant qu’ultime pied de nez et brouillage de piste, l’exposition se prolonge elle-même en ligne sur le site s3lf.tech. On n’a pas fini d’avoir le vertige.

Les notes de Fortuna de Thomas Besset

Les notes de Fortuna de Thomas Besset (Crédit photo Tom Dagnas)

Un tantinet plus organique, enfin du moins en apparence, l’exposition Les notes de Fortuna proposée par l’artiste plasticien Thomas Besset à Basalt (sons & curiosités) – autrement dit le nouveau Bon Accueil- devrait un temps vous réconcilier avec la réalité. Enfin, c’est ce que votre œil croira d’abord. En effet, les œuvres de l’artiste se présentent souvent sous la forme de sculptures en même temps cinétiques et sonores qui s’inspirent des formes complexes d’os, d’organes, d’appareils vocaux qu’ils soient issus d’animaux, de fossiles, de plantes, de fleurs… Oui mais voilà, on est ici davantage dans le laboratoire du savant timbré Victor Frankenstein que dans la simple observation d’entomologiste ou de biologiste. Thomas Besset reprend en effet à son compte les vertigineux méandres de l’hybridation.

Thomas Besset – Crédit DR

D’abord en mêlant diverses techniques aussi bien artisanales (cuivre martelé, grès, silicone moulé…) que technologiques (impressions 3D, composants électroniques…). Ensuite en proposant des œuvres animées qui imitent le fonctionnement d’organismes vivants, rendant poreuse la frontière entre le vivant et l’inerte, entre l’organique et le synthétique, entre le réel et l’imaginaire (des chimères à la SF). Car ses installations/sculptures semblent animées : elles « respirent, palpitent, semblent artificiellement maintenues en vie. » Toutes paraissent imiter le fonctionnement des organismes vivants à l’aide de tuyaux, de moteurs,… « Les pièces que je développe combinent le fonctionnement des appareils vocaux humains et animaux à celui des orgues mécaniques. Des parallèles sont ainsi créés entre le larynx, les cavités buccales et la forme des sifflets, la vibration des anches et celles des cordes vocales, l’appareil respiratoire et le soufflet de l’orgue » expliquait-il ainsi aux Musée et Manufacture Nationaux de Sèvres en 2024. On ne sait encore quelles pièces l’artiste donnera à voir (et à entendre) à la galerie Daphné Oram (aka Basalt), mais à la découverte de son époustouflant travail, on se doute qu’on devrait très certainement en perdre le souffle !

BlockSmog de Guillaumit

BocksSmog Guillaumit – Crédit : Lorriane Torlasco

On aura également le plaisir de retrouver l’univers aux couleurs éclatantes d’un habitué du festival au Jeu de Paume. Après La boîte (quatre sculptures interactives dotées du son et de la musique concoctées avec Gangpol) en 2013, les moutons de Moutonium installés dans le Parc de Grande Prairie à la Courrouze (jeu urbain monumental en même temps assises pour tout un chacun.e qui revisite le saute-mouton des cours d’école en version monumentale conçu avec les Bordelais du Bruit du Frigo en 2022), en passant par la foisonnante et ludique installation proposée au Couvent des Jacobins, Livelyyy, en 2021, l’artiste plasticien touche à tout Guillaumit revient présenter une œuvre qui rappelle justement celle de Livelyyy, BlockSmog.

BlockSmog est  en effet un triptyque de trois fresques murales hyper colorées toutes en géométrie qui représentent trois mondes différents dans lesquels spectateurs et spectatrices sont invités à plonger. Pour cela, il suffit de se munir d’un smartphone ou d’une tablette numérique. Les fresques ne sont en effet pas simplement en deux dimensions, mais s’animent lorsque vous passez l’appareil devant elles, vous donnant alors accès à de mini-jeux qui y étaient dissimulés. Au départ simple fresque murale, l’image se gonflera de plusieurs dimensions, s’animant soudain grâce à la réalité augmentée. Donnant à voir ce qui restait invisible, smartphones et autres tablettes permettent ainsi l’accès à un univers grouillant de couleurs, mais qui pose de réelles questions écologiques. En effet, les trois images vous inviteront à réfléchir sur les impacts de la pollution de l’air, mais surtout, par le biais de cette dimension participative (sous la forme de ces petits jeux qui y sont cachés auxquels vous pourrez jouer) vous proposeront de trouver des solutions pour maintenir vivants nos fragiles écosystèmes.

Guillaumit – Crédit Benoit Hermet

En parallèle, toujours au Jeu de Paume, la création BlockSmog : Eco Feelings prendra la forme d’un test de personnalité interactif, une sorte de quizz en dix questions qui vous permettra d’explorer différentes manières de réagir face aux enjeux écologiques : de l’inquiétude à l’action, de l’analyse aux inventions de solutions. Une création qui s’inscrit dans le projet européen Transition to 8 (qu’on peut résumer en trois questions : « Comment l’expérience humaine peut-elle servir de matière première à la création artistique contemporaine ? Comment réagissons-nous lorsque nous sommes confronté·es à des problèmes sociaux urgents ? Comment la recherche technologique enregistre-t-elle les réactions humaines et les convertit-elle en données numériques ? »), notamment parce que pour cette création transforme des données environnementales et biométriques collectées lors de sessions participatives et citoyennes à Rennes en 2025.

Now Bodies par Rafaela Mascaro

L’identité visuelle du festival : Now bodies par Rafaela Mascaro

Tout aussi coloré, mais un tantinet plus poilu et rondouillard, l’univers de l’artiste Rafaela Mascaro qui signe l’identité visuelle de cette édition (chaque édition Maintenant donne en effet carte blanche à un·e artiste pour réaliser l’identité visuelle du festival) pourra lui aussi être découvert non plus seulement sur les affiches du festival mais aussi en mouvement. A la fois designer et directrice artistique, l’artiste basée au Brésil donnera en effet à voir ses personnages, ses Gang Friends comme elle les appelle, sous une forme animée au Théâtre du Vieux St Etienne.

Bien joufflues et rebondies, ces figures colorées et singulières mêlent illustration numérique, 3D, animation et intelligence artificielle. A la fois hyperréalistes dans leurs détails (jetez un coup d’œil à la netteté de leurs poils ou aux détails de leurs expressions faciales) et fondamentalement surréalistes (couleurs éclatantes, voire saturées, univers glam et pailleté et arc en ciel qui surgit d’un postérieur), ces petits personnages qui miment nos expressions, en même temps peluches dodues et incarnations tout en étrangeté, « entretien[nen]t une tension permanente entre intimité et théâtralité. »

Rafaela Mascaro

Now Bodies avec ces créatures imaginaires déroule un univers de prime abord particulièrement accrocheur mais finalement déroutant. Renvoyé.es à notre curieuse perplexité, on écoutera Rafaela Mascaro : pour elle, ces créatures “incarnent le désir d’appartenir, de créer des liens, d’être vu et de trouver un sens aux côtés des autres” et nous invitent à “imaginer un monde où la curiosité, l’empathie et les liens comptent plus que les divisions.” Dont acte.

L’équipe de Maintenant proposera également une immersion en famille, Super Samedi ! dans l’univers coloré et fascinant de Rafaela Mascaro. Le temps d’un après-midi, petit·es et grand·es sont invité·es à expérimenter, jouer et créer autour de l’identité visuelle du festival au Jeu de Paume le samedi 3 octobre. Les minots -et moins minots- pourront aussi bien inventer les cris des Gang Friends et rendre ces créatures interactives, que faire un quizz « quel Gang Friend es-tu ? », partir pour un jeu de piste à la recherche de la salle mystère ou devenir chimiste en reproduisant les expériences scientifiques des artistes… Au programme également, un bar à sirops, un espace motricité, des jeux géants et on en passe. Des chances que ce samedi d’octobre porte fort justement son nom !

Inference_Commons par David Lazar

Inference_Commons par David Lazar

Et si on transformait l’informatique en feu de camp, propose l’artiste David Lazar aux Ateliers du Vent avec son installation Inference_Commons. Détrompez vous néanmoins : David Lazar ne veut pas jeter les ordinateurs au feu (ni la maîtresse au milieu !) mais au contraire nous inviter à ré-interroger notre rapport à l’informatique. « Je conçois des systèmes qui révèlent les infrastructures cachées » explique-t-il en exergue de son site web. Aussi, en mettant en parallèle deux temporalités différentes, il parvient à mettre au jour ce qui se joue réellement avec les infrastructures numériques modernes. 

Autrefois, les humains se rassemblaient autour du feu, pour parler, se mettre d’accord, délibérer, transmettre… Les décisions et les valeurs communes étaient établies ensemble (à peu près), comme sur le forum, dans l’agora antiques, autour d’un feu que toutes et tous partageaient (enfin plus tous que toutes malheureusement). Aujourd’hui, beaucoup des décisions qui régissent nos vies sont dictées ou pour le moins influencées par les systèmes informatiques (calcul numérique, IA…), qui façonnent l’organisation de la vie collective dans nos sociétés modernes. Pour autant, qui sait réellement ce qui se passe sous le « capot » ? Nos infrastructures informatiques rendent hermétiques et invisibles leurs règles de fonctionnement. « Là où le feu constituait un espace de dialogue, d’écoute et de décision partagée, les systèmes computationnels opèrent désormais de manière diffuse, omniprésente, tout en demeurant largement hors de portée des communautés qui en dépendent.« 

David Lazar

David Lazar propose donc une installation qui rassemble plusieurs écrans d’ordinateurs tel un feu de camp au milieu de l’espace d’exposition et dont le foyer est constitué de composants informatiques dénudés et donc visibles. Des écrans émane un feu « graphique » qui se mêle aux silhouettes des spectatrices et spectateurs. On se rassemble donc ici derechef autour d’un nouveau feu de camp, virtuel cette fois-ci, afin de « faire communauté et décider avec raison de son utilisation. » Prenant le contre-pied de l’opacité du numérique d’aujourd’hui, David Lazar encourage poétiquement tout un chacun.e à se réapproprier son contrôle.

Recalls de Lukas Persyn

Recalls de Lukas Persyn Crédit photo : Jeanne Dubois-Pacquet

Toujours aux Ateliers du Vent, le jeune artiste rennais Lukas Persyn viendra présenter son installation Recalls, la bien nommée, puisqu’elle s’inspire des vestiges des tours hertziennes qui s’élevaient autrefois régulièrement dans nos paysages afin de renvoyer les faisceaux hertziens qui assuraient les télécommunications longue distance (les ondes pour la radio et la télévision entre autres). Aujourd’hui, ces infrastructures, devenues quasiment inutiles, continuent de ponctuer nos paysages, mais sans plus de réelle fonction, elles nous sont devenues quasi invisibles. A la manière des ondes qu’elles ne relaient plus vraiment.

Passionné par les ondes hertziennes, au point d’inventer le projet Hertzian spirits -dont Recalls fait partie- qui explore les ondes hertziennes comme des phénomènes à la fois invisibles et omniprésents, des présences flottantes intangibles qui régissent pourtant une partie de nos quotidiens, Lukas Persyn se propose de nous donner à voir ces ondes immatérielles comme des présences spectrales et fantomatiques.

La Mabilais – Photo Isa alter1fo

Son installation mouvante, est composée de quatorze structures métalliques habillées de projecteurs, miroirs, lentilles, réflecteurs, réparties dans l’espace de l’exposition, partiellement plongées dans la brume et traversées de faisceaux lumineux renvoyés par des miroirs, modifiés par des prisme en verre, qui s’y on a tout compris, témoignent de ces ondes électro-magnétiques que Lukas Persyn a collectées et transformées en ondes lumineuses afin de nous les rendre enfin visibles. Structurée autour d’une boucle d’une quinzaine de minutes (accompagné d’une bande son réalisée par Lukas Persyn et Serguei Spoutnik), cette installation lumineuse en mouvement nous invite à nous rendre compte des infrastructures (désuètes ou non !) souvent invisibles (et/ou invisibilisées) qui peuplent nos quotidiens, les quatorze structures apparaissant comme autant de totems qui symbolisent ces présences fantomatiques, agissant comme relais, désormais, entre le visible et l’invisible, le matériel et l’immatériel.

Bivouac par Bérengère Amiot

Bivouac par Bérengère Amiot

Bérengère Amiot, qu’on a déjà pu croiser dans la programmation du festival (notamment en 2017, dans le cadre de Parcours Sensibles – dispositif qui vise à favoriser l’accès aux droits culturels de tous, et notamment des personnes en situation de grande précarité et/ou d’exclusion sociale- elle avait réalisé une maquette interactive de Rennes, une représentation de la ville subjective par huit de ses habitants, la joliment nommée Carte Mémoire), viendra elle aussi interroger la question des paysages du passé aux Ateliers du vent. En effet, comment retranscrire notre souvenir du paysage ? S’agit-il seulement d’éléments visuels agencés d’une certaine manière devant nous. Ou bien le paysage est-il une expérience plus sensible, qui convoque autant la vue que l’ouïe, le toucher que l’odorat ? Dès lors, comment rendre compte, comment partager à l’autre l’émotion vécue ?

Bérengère Amiot

L’artiste designer a donc créé un micro paysage, des pierres faites de différents matériaux (céramique, bioplastique, …) à la manière d’un Bivouac que spectateurs et spectatrices sont invité.es à déplacer et à agencer selon leur choix et qui deviendront dans la pénombre surfaces/écrans de projections. La designer nous invite en effet à plonger dans son propre souvenir, celui d’une maison de famille en campagne, et d’un jardin. « L’expérience du paysage est une expérience de soi : elle engage autant ce qui est perçu que l’acte même de percevoir » explique Bérengère Amiot. C’est donc les spectateurs et spectatrices qui vont révéler (et modeler – en bougeant les pierres-) ce paysage passé émergeant de l’ombre en utilisant une source lumineuse, par exemple la torche de leur téléphone portable pour recomposer ces souvenirs, en projetant des diapositives (de cette famille, de ce jardin) sur le micro-paysage qu’ils et elles ont agencé. L’exploration du paysage devient alors immersive, celui-ci n’étant plus seulement observé mais ressenti.

La Planète d’Au-Dessus de la Terre d’Elly Oldman

La Planète d’Au-Dessus de la Terre par Elly Oldman

Les Rennais.e.s connaissent désormais très bien Elly Oldman, notamment grâce à son Dessin sans fin (les quinze mètres initiaux étant réagencés dans une fresque murale aux dimensions plus raisonnables -2,5m par 5m-  dans laquelle elle avait  dissimulé un parcours un peu dingue, accessible en réalité augmentée : l’histoire d’une petite fille qui partait dans un monde parallèle ramasser du plastique et autres déchets. Une sorte de chasse aux trésors écologiste interactive où chacun pouvait utiliser des mains virtuelles pour mettre le plastique à la poubelle) puis La Forêt qui fait Peur selon le même principe de narration hybride. Elle revient désormais présenter une nouvelle fresque interactive, La Planète d’Au-Dessus de la Terre. On y découvre Mattie et son robot Mirligros dans une lutte acharnée et ludique conte Platastique (rappelez vous, on le voyait déjà dans le Dessin sans fin) et les plastimonstres.

Elly Oldman – Crédit photo : Lorriane Torlasco

Toujours réalisés à la tablette numérique, les dessins d’Elly Oldman mêlent les références pop et colorées pleines d’humour et invitent à l’immersion dans ce monde dense un tantinet farfelu, non seulement à l’image des Cherche et trouve intemporels, mais aussi grâce à la réalité augmentée à laquelle tout un chacun.e peut accéder via l’application développée par le studio rennais Friday Afternoon et ainsi se lancer dans les différentes aventures proposées (vous l’aurez compris : il s’agit de juguler la pollution plastique). A la manière du Blocksmog de Guillaumit, l’univers coloré et accueillant plein d’humour d’Elly Oldman entend diminuer l’éco-anxiété en permettant de se mettre à l’action et en donnant des solutions pour nous aider à abandonner le plastique. Animations ludiques se chargeant de faire passer le message qu’on espère une nouvelle fois sans fin : plus que le plastique, c’est la protection de l’environnement qui est fantastique !

Fanion Locomotion de Pinaffo et Pluvinage

Voutes et Volutes par Pinaffo et Pluvinage – Crédit : Pinaffo et Pluvinage

Autre retour, celui de l’extraordinaire duo Pinaffo et Pluvinage (autrement dit Marion Pinaffo et Raphaël Pluvinage) qui avait signé l’identité du festival en 2023 avec ses sculptures mouvantes alliant fumées colorées et structures en bois (réalisées sans moteurs, et déclenchées manuellement, les structures économisant l’énergie grâce à un système de balances, contrepoids et autres poulies). On pourra en effet découvrir Fanion Locomotion au centre d’Art les 3CHA à Chateaugiron. Et autant dire que l’installation méritera sans hésiter une petite visite à la cité médiévale.

Pinaffo et Pluvinage – Crédit photo : Pinaffo et Pluvinage

Imaginez plusieurs automates mouvants (dont les mouvements sont programmés) qui créent une sorte de structure en bois auxquels sont accrochés des fanions de soie colorés. Lorsque les différents éléments de la structure se mettent en route, les fanions commencent leur époustouflant ballet, vibrant, tournoyant, ondulant, s’animant, séparément ou ensemble, donnant vie quelques instants à des formes éphémères qui construisent progressivement une chorégraphie aussi aérienne que poétique. Nul doute que dans l’espace de l’immense chapelle des 3CHA, la création du duo devrait prendre une dimension assez incroyable !

Implausible rainbows: an exercise in skyscaping par Lukas Truniger et Bruce Yoder

Direction le Théâtre du Vieux St Étienne pour y découvrir une toute aussi invraisemblable fabrique à arcs-en-ciels. Vous vous souvenez peut-être que Maintenant avait allumé un nuage (d’ampoules) sur la Place Hoche en 2015  ou bien y avait également fait entendre les vents de quatre coins du monde en 2014. Et bien cette année, ce sont les arcs-en-ciels que le festival mettra à l’honneur à travers l’installation du duo americano-suisse formé de Lukas Truniger et Bruce Yoder : Implausible rainbows: an exercise in skyscaping.

A l’aide d’un système mêlant lampes LEP (Laser Excited Phosphor) fixées sur quatre structures en métal dont les faisceaux ricochent sur des miroirs rotatifs et traversent des lentilles de diffraction optique, cette installation donne à voir des arcs-en-ciel artificiels. Les diffractions de la lumière n’y restent pas statiques et toute l’installation est en mouvement, créant un environnement en permanente mutation, ces mouvements d’appuyant notamment sur les phénomènes cycliques du système solaire. Accompagnés de rotations et de variations sonores qui évoluent elles aussi et qui se trouvent tout aussi spatialisées, ces phénomènes lumineux mouvants transforment constamment l’espace autour de nous avec l’ambition démiurgique de réaliser une « composition de ciels artificiels. »

Lukas Truniger et Bruce Yoder – Crédit Ana Sanchez

En s’intéressant à la manière dont nos technologies parviennent à simuler des phénomènes physiques naturels, les deux artistes « explore[nt] les tensions entre observation scientifique, fascination esthétique et volonté humaine de reproduire ou contrôler la nature. » Tout en nous invitant à poser un autre regard sur notre propre ciel pour en souligner les beautés. En plus de la découverte de l’installation tous les jours du festival au Théâtre du Vieux St Etienne, le duo vous y convie également pour une performance live autour de l’installation le soir de l’inauguration du festival (le 1er octobre) où vous pourrez découvrir un paysage sonore fait de rythmiques répétitives et de nappes ambiantes évoluant en direct et suivant ce fascinant ballet d’arcs-en-ciels.

L’harmonie de notre absence de Paul Vivien

Paul Vivien – L’harmonie de notre absence – Crédit : Emmanuel Grimault, Quai des savoirs

Également au Théâtre du Vieux St Étienne, vous pourrez découvrir l’œuvre sensible de Paul Vivien qui travaille autour des relations entre les êtres vivants, les machines et leur environnement. Pour l’œuvre présentée durant le festival, L’harmonie de notre absence, Paul Vivien imagine un monde dont nous, les humain.es, aurions disparu et qui continuerait à vivre sans nous. Mais pour une fois avec douceur, dans un futur moins apocalyptique où espèces et technologies cohabiteraient en harmonie.

Pour nous plonger dans cet après-monde, dans l’ère géologique qu’il a inventée: le molysmocène -l’ère des déchets, Paul Vivien a imaginé un dispositif assez contemplatif à partir d’une platine vinyle détournée. Celle-ci peut en effet lire deux faces d’un même vinyle simultanément. Bien sûr les vinyles ne sont pas ceux qu’on trouve chez Blindspot et ont été totalement customisés par Paul Vivien.

L’harmonie de notre absence par Paul Vivien

Si la face B est bien une piste sonore que vous pouvez entendre, la face A est une maquette de paysage devenue rotative grâce au mouvement de la platine. Ce paysage, minutieusement construit et imaginé par Paul Vivien, se donne en même temps à voir directement sur la platine, mais aussi par le biais d’une caméra qui le filme en gros plans et dont les images sont projetées sur un écran derrière la platine, invitant chacun.e d’entre nous à une balade vidéo contemplative apaisée.

Ambiances électroniques : Let’s dance à la Cité !

Avec trois soirées à suivre les 8, 9 et 10 octobre à la salle de la Cité de 19h30 à 00h15, Maintenant vous invitera également à nous retrouver pour danser sur des projets aussi étonnants qu’enthousiasmants. Sur ces trois Ambiances électroniques, le festival propose en effet une programmation alliant talents en devenir, têtes chercheuses et efficacité sur le dancefloor avec des artistes emblématiques d’une recherche actuelle, qui parlent tout autant à la tête qu’aux jambes, histoire de danser toute la soirée sur un futur en train de s’écrire… Avec une bonne palanquée de projets résolument hors-normes qui explorent les musiques électroniques dans des directions différentes mais avec autant de réussite que de passion, la programmation de ces trois soirées apparaît d’ores et déjà particulièrement excitante.

Ambiance Electronique #1

Katarine Gryvul – Credit photo Vasylyevansdead1

Vous pourrez par exemple danser sur des données biométriques collectées lors d’une expérience participative autour de la question de la pollution de l’air (dans le cadre du projet Transition to 8, dont on vous parlait plus haut) ! La composition électronique réalisée par la compositrice et productrice ukrainienne Katarina Gryvul utilise en effet les données liées aux rythmes cardiaques, à l’activité de la peau ou aux variations de température collectées : celles-ci deviennent la matière première de la musique créée par la musicienne. Ajoutez qu’à ces données initiales, Katarina Gryvul ajoute les siennes captées en temps réel pendant la performance et compose à partir de l’ensemble de ce qui est collecté, liant dans un même mouvement, corps, environnement, technologie et danse !

Cwtch – Crédit Iheb Fehri

Le même soir (le 8 octobre), vous pourrez vous laisser porter par les sonorités profondément analogiques du duo Cwtch, autrement dit la réunion de Fallen Tape et Pal Parallax, d’abord réunis par une passion commune pour les synthés modulaires, mais qui les mêlent désormais aux outils numériques dans des compositions toujours subtiles et classieuses. Peu importe le genre (techno, bass music, ambient…), le duo sait comment mettre les corps en mouvement sur la piste avec ses morceaux hyper texturés. Et toujours avec une subtilité bienvenue.

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, cette même soirée verra le duo suisse Bound By Endogamy de nouveau apporter la preuve qu’il n’y a pas besoin d’être nombreux pour enflammer une scène. On les a déjà vus deux fois par ici et autant dire qu’on s’est pris deux sacrées dérouillées. Duo de post-punk électronique, actif depuis 2019, composé de Kleio Thomaïdes et Shlomo Balexert, tous deux·s issu·e·s du milieu squat/punk helvète, Bound by Endogamy eu envie d’autres horizons. Avec leur féroce sens du DIY et leur envie de musiques électroniques, les deux donnent le jour à un univers singulièrement intense. En live, leur projet se résume à Shlomo à la batterie et au sampler, et à Kleio au chant : ce dispositif pour le moins épuré dégage pourtant une intensité scénique rare. On vous aura prévenu.es !

Blood of Aza – Crédit Clara Wildberger

Pour compléter la programmation de cette première Ambiance Électronique, la DJ et productrice britannique, Blood of Aza viendra proposer sa sélection très certainement riche en basses saturées. Figure clef de la scène underground britannique, d’abord reconnue pour ses remixes de hits rap ou pop, la productrice a su évoluer et propose désormais des sets tout en puissance, marqué par des rythmes torturés qui dévalent comme des torrents prêts à tout emporter sur leur passage.

Ambiance Électronique #2

Le lendemain, le 9 octobre, ça commencera plus joyeusement avec le live aussi vitaminé que coloré de Dj Startup. Simon Lahure, alias DJ Startup, aime bien mêler rythmes breakés et accents big beat, IDM et UK garage, avec des influences de musiques folkloriques et de bandes originales de jeux vidéo. Il n’est pas rare de passer en quatre mesures d’une rave à 160bpm à une mélodie jouée à la guimbarde, de basses bien grasses à un ocarina joué haut et fort ! C’est à la fois immensément joyeux et festif, et particulièrement envoûtant. Une bien belle manière de partager le début du week end.

Oonagh Haines née à Londres et désormais installée près de Redon nous proposera le même soir la découverte de son univers aussi stupéfiant qu’addictif. Imaginez une techno ralentie, d’une lenteur extrême, mais hyper lourde en même temps, qui vous martèle le corps au ralenti. Ambiances poisseuses et nocturnes, avec un sens cinématographique hyper développé, des voix passés à la moulinette d’effets électroniques qui racontent parfois d’absurdes histoires non dénuées d’humour, mais toujours ce minimalisme taillé au rasoir, à l’efficacité assez dingue. Si vous l’avez manquée aux Trans, voilà la parfaite occasion de vous laisser happer par son univers singulier.

Oonagh Haines – Crédit Martin Argyroglo

Arpentant la scène indépendante montréalaise depuis vingt ans l’artiste visuelle et musicienne, Annie-Claude Deschênes (Duchess Says, PyPy) nous présentera son dernier live disco punk pensé autour de son album solo, Les manières de table sorti en 2024. Avec sa pop électro minimaliste chantée en français (on est plutôt du côté de Ruth ou de Deux et de la french synth wave des eighties), Annie Claude Deschênes questionne les rapports que nous avons avec l’art de la table et de la gastronomie (sic), métaphore des codes sociaux à déconstruire. A la manière de Matthew Herbert pour Plat du Jour, elle est partie pour sa part de samples d’ustensiles de cuisine pour composer, en s’affranchissant du format couplet-refrain-pont. Un concept projeté sur scène dans lequel la musicienne invite le public à découvrir ses plats expérimentaux : à la fois performance et musique live, la prestation d’Annie-Claude Deschênes ne devrait ressembler à rien de ce que vous avez vu…

Annie-Claude Deschenes – Crédit Aleister Denni

On retrouvera enfin Antilogic derrière les platines ce même soir pour un set éclectique autour de la bass music mais qui naviguera, on cite entre « bouncy break, Baltimore club, baile funk, deconstructed club, ghetto tech, UK bass, Jersey club et booty music. » D’abord inspirée par les rythmes et la culture polynésiens, Antilogic s’est en effet épanouie au contact de la scène global bass, et franchit les frontières avec autant d’intense gourmandise que de bienvenue fluidité. Un voyage musical sans œillères, sans limites, pour garder l’esprit et l’oreille ouverts.

Ambiance Électronique #3

Tout aussi queer et libre dans l’esprit, la dernière Ambiance Électronique proposée le samedi 10 octobre vous invitera à (re)découvrir le whacking. Danse née dans les clubs underground de L.A. dans les seventies parmi les communautés queer noires, latinx et asiatiques, le whacking s’est vite apparenté à un acte de résistance, d’affirmation et de partage. Ici on était libre, notamment libre de s’affirmer et de s’exprimer. D’être soi-même. Dans le whacking « on frappe l’air avec puissance, on enchaîne les poses de divas hollywoodiennes, on joue avec la musique, le regard, l’attitude… et surtout, on célèbre celles et ceux qui osent être pleinement elleux-mêmes. » Le collectif W*ack à Rennes a eu carte blanche pour concocter une soirée « haute en couleurs, inclusive, électrique et furieusement stylée » avec au programme groove, battles, jams on fire, performances, dj sets de Mounia Nassangar aka BLVK B3RRY, BogotaBeats et même quelques surprises.

W*ack à Rennes

Soirée d’ouverture : arcs-en-ciels lumineux et sonores, dj set afro-caribéen et live électronique

Pour sa soirée d’ouverture, le 1er octobre, le festival carambolera du Vieux St Etienne aux Ateliers du Vent avec une soirée en deux temps.

Une performance live, d’abord, au Vieux St Etienne à 18h30 dont on vous a parlé plus haut puisqu’on y découvrira les paysages sonores suivant le fascinant ballet d’arcs-en-ciels de l’installation Implausible rainbows: an exercise in skyscaping de Lukas Truniger et Bruce Yoder.

Dj Sugar Tantine – DR

Une soirée musicale ensuite, hybride et métissée aux Ateliers du Vent dès 20h30. Vous pourrez y découvrir les chaleureuses sélections de Dj Sugar Tantine, DJ d’origine antillaise fondatrice des soirées Lakay qui met en avant comme personne la vitalité des musiques afro-caribéennes : du shatta martiniquais au bouyon afro-caribéen explosif, du dancehall au rap en passant par l’afro house. Avec ses sets volontairement inclusifs (l’artiste met en avant son identité queer) libres et chaleureux, Dj Sugar Tantine devrait mettre du soleil au coeur de la nuit tombante.

Alexis Lumiere – Crédit Photo : Florian Salabert

Pas moins lumineux (arf) Alexis Lumière (The Cavaliers, Cité Lumière,…) et son électro pop so eighties seront de retour sur le dancefloor de Maintenant après une précédente prestation à la Nuit Électronique en 2022. Le compositeur est en effet aussi bien capable de magnifier des hymnes au « plus sous-estimé des synthétiseurs analogiques » eighties (le casio) que de composer des titres au même grain analogique en hommage à Drexciya ou même de surfer comme Jacno sur les angles de ses synthés. Amoureux solitaire en peau de léopard période Daho, le producteur (du bien nommé studio Fiat Lux), performer espiègle tout en dextérité, devrait ravir les amateurs et amatrices de rafraichissements synthétiques. Et si vous avez aimé, détour obligatoire par La Planète d’Au-Dessus de la Terre d’Elly Oldman dont on vous parlait plus haut puisque c’est lui qui a composé le sound design du jeu vidéo lié à l’œuvre.

Toni Caillou, le champ chant des pierres

Dans la foisonnante programmation du festival Maintenant, vient se nicher un quatuor de propositions particulièrement singulières : la série Expérience qui vous emmènera dans de délicieuses explorations de territoires sonores atypiques, parfois déconcertants, mais toujours bigrement excitants.

Ça commencera le vendredi 2 octobre aux Champs Libres avec un musicien qui compose de la musique avec des cailloux et fait chanter les pierres. Cofondateur du label Editentités et du collectif d’artistes radiophoniques Ondorphine, également connu pour son projet René Danger, Antoine Le Dreff prend ici le nom de Toni Caillou pour ses expérimentations litho-musicales. Collectant ardoise et schiste fort présents dans notre région, couplés à d’autres roches, Toni Caillou s’est trouvé fasciné par les qualités acoustiques des pierres. Et a décidé de s’en servir aussi bien pour les faire résonner que pour les percuter et en faire naître diverses rythmiques.

Toni Caillou – Crédit Luce Roux

A la manière du xylophone ou du métallophone, il a donc conçu ses propres lithophones et autres instruments minéraux tout en s’inspirant du gamelan (instrument collectif venu de Java et Bali, constitué d’un ensemble de percussions dont jouent plusieurs musicien.nes mais que l’on considère comme une seule entité, comme un seul et même instrument). Il en joue certains à la main tandis que d’autres sont couplés à des mécanismes plus ou moins automatisés, faits de vibreurs et de moteurs. L’artiste choisit alors de transformer ou non les sons obtenus en direct en les samplant, en les modifiant par traitement numérique, en les bouclant afin de créer des morceaux pour le moins inouïs (!) qui jouent sur les répétitions, les cycles mais aussi l’improvisation. Matériaux naturels et outils technologiques dialoguent constamment. Et qui sait : de cet ensemble de cailloux pourrait bien surgir une pierre précieuse à nos oreilles. C’est en tout cas tout le mal qu’on vous souhaite.

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Exuvie, live audiovisuel de Noémi Büchi

De retour au festival après son passage en 2021 pour un live en extérieur spatialisé à 360° devant l’Orangerie du parc du Thabor et pour l’expérience audiovisuelle immersive Does It Still Matter présentée lors de l’édition 2024 de Maintenant, l’artiste franco-suisse Noémi Büchi se produira également aux Champs Libres, mais sur le temps de midi le mercredi 7 octobre. Elle viendra y présenter sa nouvelle performance (sous la forme d’un live audiovisuel) issue de son intrigant dernier album en date, Exuvie, paru au printemps, toujours chez -OUS.

Noémi Büchi – Exuvie – Brigitte Faessler

Poursuivant sa recherche autour de la « physicalité » de la musique, Noémi Büchi produit un improbable mélange de sons captivants tout en même temps massifs et ciselés, de boucles symphoniques orchestrales, d’expérimentations électroniques, de grésillements et de rythmiques discordantes : une matière sonore à la fois finement et massivement texturée. Comme elle l’a expliqué, « l’avant-garde, ce n’est pas faire une musique qui n’existe pas encore, c’est effacer les barrières qui existent entre les genres. » Alors elle mélange, elle frotte, elle incorpore, désincarcère. Pour un résultat bien souvent envoûtant et aussi audacieusement complexe qu’étonnamment assez accessible. La musicienne nous donne à ressentir la masse des textures, à appréhender les différents grains des matières sonores, à sentir physiquement les variations de pression des vibrations musicales.

Noémi Büchi – Exuvie

Avec Exuvie, qui signifie « ce qui a été abandonné » en latin, Noémi Büchi continue de s’intéresser au temps, aux questions de linéarité entre présent et passé, mais en travaillant cette fois plus précisément autour de la mémoire, de ce qui a été vécu et de ce qui résonne encore. Sans oublier les transformations, les changements qui marquent le passage de ce qui a été à ce qui est. Pour un temps lui aussi éphémère. Quelles traces restent visibles, tangibles, qu’est-ce qui disparait ? Des échos de musiques diverses viennent s’y lover, parfois personnels, pour venir construire différentes strates de mémoire.

Une narration visuelle accompagne la musique développée par Noémi Büchi, incarnée par la danseuse Rebeka Mondovics qui chorégraphie ici la fugacité du mouvement dans le temps et le corps vaisseau « archive vivante » de ces changements, qui porte les marques, les traces qui restent. Parfois juste intérieurement. Cette incarnation se trouve immergée dans l’univers vidéo développé par la plasticienne Brigitte Faessler qui mélange tout ensemble techniques numériques et analogiques pour créer un univers oscillant imaginaire et réel, déformant nos perceptions en en faisant ressortir l’inquiétante étrangeté.

Cells par Gaspar Claus

Cells – Gaspar Claus – Crédit photo : Alexandre Guirkinger

La veille, le 6 octobre, on aura l’immense plaisir de découvrir les nouvelles compositions d’un de nos violoncellistes préférés, Gaspar Claus, qui viendra poser son archet au Tambour à l’Université Rennes 2. On écoute le musicien depuis longtemps, qu’il s’agisse de ses aventures solo plus récentes ou de ses collaborations, avec entre autres des musicien.nes japonais.es qui mélangent classique, improvisation et avant garde pour Jo Ha Kyù (2013), avec Casper Clausen d’Efterklang (Claus & Clausen), avec la guitare flamenca de son père Pedro Soler (Barlande en 2011, Al viento en 2016 et Serrana en 2017) ou bien sûr avec nos chouchous Vacarme, trio à cordes merveilleux monté avec Carla Pallone et Christelle Lassort. On est donc immensément impatient.es de découvrir ses nouvelles compositions live dans le cadre de Maintenant.

Après son premier essai  solo fort réussi, Tancade, paru en 2021, Gaspar Claus revient en effet ces jours derniers avec un nouvel album, Cells (c’est tout neuf puisqu’il est sorti le 25 septembre) qui conjugue richesse et épure dans un même mouvement aussi paradoxal que réussi. Explorateur infatigable de son instrument, Gaspar Claus y mélange le son organique des cordes à des traitements électroniques (avec l’aide du producteur Basile3), pratique les collages, assemblages, répétitions à l’aide de sa pédale de boucles et emporte l’oreille et le cœur. Pour partager ses morceaux en live, l’inclassable musicien propose un inhabituel écrin : un concert audiovisuel, conçu avec Adrian Bourget, où violoncelle, sonorités électroniques et création lumineuse font corps et donnent à voir et entendre ces paysages sonores émouvants dans une scénographie tour à tour sobre et hypnotique.

Il y a quelque jours à peine, Gaspar Claus expliquait que le morceau Aura d’Hatis Noit avait inspiré World of Idols, le titre d’ouverture de Cells. On aime à penser que c’est justement Maintenant qui nous avait fait découvrir la voix bouleversante et polymorphe de la chanteuse lors d’une prestation suspendue au Parlement de Bretagne il y a quelques années. Sans qu’on se doute alors de la descendance fertile qu’aurait ce morceau à couper le souffle. « El Paradís Són Els Altres » (« Le paradis, c’est les autres », coucou Sartre), conclut le violoncelliste sur Cells, rappelant que c’est avant tout le partage, et la main et l’oreille qui ont tout à gagner à se tendre vers l’autre. Ce que l’expérience live ne pourrait mieux incarner.

Fernande, Cécile par Natasha Pirard

Natasha Pirard – Crédit : Jorre Janssens

Pour conclure le festival, rendez-vous au Musée des Beaux Arts rennais le 11 octobre après-midi pour une performance suspendue menée par la musicienne d’électronique expérimentale et sensible belge Natasha Pirard, à partir de son recueil de chansons le plus intime à ce jour, Fernande, Cécile, sorti sur Dewee (le label des frères Dewaele) à l’automne 2025. Mêlant voix, fields recordings, synthétiseur, violon, le disque est comme un album photo sonore familial dédié à deux femmes essentielles dans sa vie, qui se partagent toutes deux une face chacune. Fernande, grand-mère chérie mais perdue tôt (à sept ans) boussole indestructible qui a laissé une trace indélébile et chaleureuse dans sa mémoire. Cécile, mère repère qui tout en traversant elle-même les aléas de sa vie, a su accompagner sa fille d’un indéfectible soutien.

Hommage à une lignée de femmes, qui s’aiment, transmettent, partagent, la performance de Natasha Pirard souligne l’impermanence de la mémoire, sa fugacité, en écho à Alzheimer — dont a souffert sa grand-mère- mais aussi sa fragile puissance puisque cet album témoigne, magnifie ces présences qui sont ou ont été. Composé en strates de fragments qui s’agrègent, nappes, field recordings, notes éparses et résonances s’assemblent comme des souvenirs parcellaires, d’un jardin en fleurs, d’un buisson de mûres, du chant d’un oiseau dont malgré tout la sérénité jaillit et se déploie. Un moment hors du temps qui devrait nous rappeler une fois encore comme on est bien au présent, bienvenue conclusion à cette nouvelle édition de Maintenant.

Retrouvez tous nos articles sur l’édition 2026 du festival Maintenant ici.


Le festival Maintenant aura lieu du 1er au 11 octobre 2026.

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