Marre de l’esprit de Noël ? Marre des infos cataclysmiques ? ça tombe bien, nous aussi ! Bienvenue dans notre 8ème calendrier de l’Avent Altérophile, dont on espère qu’il sera de nouveau original et divertissant ! Tous les jours (ou presque) jusqu’au 24 décembre, une idée de truc en papier à mettre sous le sapin ou à dévorer de suite. Bon pour l’âme, bon pour nos petits libraires-ami.e.s, bon pour les bibliothécaires, bon pour nos papetiers-ami.e.s, bon pour nos neurones. Ouvrez donc les pages jour après jour… Pour la seconde étape, on vous propose une histoire de sorcières, en Bande Dessinée, aussi généreuse que follement réjouissante.

Nous avons découvert l’autrice argentine Sole Otero avec sa foisonnante et audacieuse saga familiale Naphtaline sortie en 2022. Illustratrice jeunesse, designer textile, la jeune femme originaire de Buenos Aires ne manque pas de talent et son approche de la Bande Dessinée nous avait ravi par sa fraicheur et son inventivité. Autre atout dans son CV qui n’est pas pour nous déplaire, elle a fait partie du collectif latino-américain Historietas Reales ainsi que du collectif tout aussi militant mais plus international Chicks on comics.
Quand nous avons enfin mis la main sur Walicho sa nouvelle traduction sortie en 2024 chez ça et là, nous partions donc avec un a priori plus que positif. Ça ne nous a pourtant pas empêché d’être complétement soufflé par l’ouvrage. En Amérique du Sud, Walicho est un mot qu’on retrouve dans plusieurs langues locales mais toujours nimbé d’une aura mystérieuse et inquiétante. En langue mapuche, c’est une créature qui personnifie tous les maux et les malheurs. En argentin, c’est un maléfice ou sortilège opéré par magie noire. Enfin, en créole et en espagnol, c’est tout simplement le diable. Ce récit, qui sent donc le soufre, démarre sur un bateau colonial du XVIIIe sortant des brumes pour accoster à Buenos Aires et transportant trois sœurs encapuchonnées accompagnées d’un bouc décati, mais peu rassurant. Après ce prologue étrange et virtuose, le livre nous projette sans crier gare dans l’Argentine contemporaine pour nous narrer les truculents déboires de voisinage de la jeunesse locale.
Au fil des presque quatre cents pages menées avec une jubilation narrative irrésistible, l’autrice va tisser une toile entre différents lieux et époques pour bâtir une fresque d’une ampleur remarquable dont les enjeux ne se dévoileront que très progressivement. Grâce à son dessin rond mais d’une grande subtilité et à sa narration aussi fluide que vive, le livre se dévore et même si on se demande longtemps comment tout ça va retomber sur ses pattes, le récit s’emboîte parfaitement au final. On a même envie de relire l’ouvrage une seconde fois d’affilée pour en apprécier la folle mécanique. Teinté d’un humour aux nuances les plus variées, le récit mêle avec une réussite exemplaire horreur, réalisme social et magique, Histoire de l’Argentine… mais aussi émotions avec de très beaux portraits féminins notamment. On se laisse emporter dans cette étrange et vaste histoire d’une famille de sorcières pas comme les autres et on y repense encore longtemps après l’avoir terminée.
Avec ce second essai, l’autrice confirme haut la main qu’elle est une des figures actuelles de la Bande Dessinée internationale à suivre de très très près.
paru le vendredi 16 août 2024 – ISBN : 978-2-36990-405-2
376 pages couleur – 28 euros Sur le site de l’éditeur
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